‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 64 sur 78 · S. SALVE · texte numérisé non relu

S. SALVE

qui habitait les environs d'Amiens! ; il vécut d'abord de la vie séculière, en évitant ses dangers *. Adonné à l'étude des Livres saints et à la pratique de la perfection, il consacra une partie de sa fortune à l'érection d'un petit monastère, dont la tradition fixe l'emplacement à Montreuil-sur-Mer *.

Dieu le récompensa de sa généreuse ferveur en lui

l’ensemble de son récit. Mais on peut supposer que c’est un copiste ignorant qui, des deux Vies des deux Salve, en aura fait une seule. Nous avons essayé de dégager l’histoire de notre évêque des superfétations qui ont porté une sérieuse atteinte à l'authenticité de ces Actes.

‘ On a supposé, mais sans motifs fondés, qu’il naquit à Saint- Sauveur. |

? Plusieurs hagiographes modernes, entre autres Godescard, lui " font mener une vie mondaine, ce qui est tout différent. Cette assertion est démentie par les anciens manuscrits de la Vie de S. Salve. Hic a primævo juventutis flore... in omni sanclitate perfectus, dit un manuscrit de l’abbaye de Fleury, cité par Bollandus, t. 1, page 703 3 Les anciens textes restent muets sur ce point. D'après la tradition, le monastère fondé à Bragum par S. Salve serait l'origine même du nom de Montreuil (Monasteriolum). Il aurait été reconstruit en 878 par le comte Helgaud. On ajoute que S. Salve lui apparut en songe pour lui demander la terre et seigneurie de Cavron, située au-delà de la Canche. On ignore l’époque précise où le monastère de Montreuil prit le nom de Saint-Salve. La liste certaine de ses abbés ne commence qu’en l'an 1000. 11 est question, dès le VIII: siècle, de Salvium in Brago. De Valois et Mabillon croient qu'il s’agit là de l’abbaye de Saint-Salve de Montreuil ; mais Toussaint Du Plessis (Desxcription de la Haute-Normandie, 1, 414) y voit Saint-Saire en Bray, près de Neufchätel, monastère qui fut détruit an IXe siècle. Suint-Saire est le nom populaire sous lequel on désigne, en Normandie, S. Salve, évèque d’Alby. Il faut donc considérer comme erronnée une tradition, assez obscure du reste, qui ferait naître S. Salve à Saint-Saire. C’est la suite de la confusion qui s'est établie entre les deux évêques d'Amiens et d’Alby.

inspirant plus tard la pensée de se consacrer tout à lui et de se retirer dans ce même monastère quil avait fondé sous le vocable de Notre-Dame et de Saint-Pierre ‘. Là, il oublia tous les avantages qu’auraient pu lui procurer dans le monde sa fortune et son rang, et ne s'occupa plus que de vaincre en lui-même l'éternel ennemi du salut et de conquérir des âmes à Jésus-Christ. Le jeûne, la prière, les mortifications, l’obéissance exerçaient toute l’ardeur de son zèle. À la mort de l'abbé, il fut choisi, contre son gré, pour lui succéder ; mais son amour de la solitude l'engagea DATA a se retirer dans une cellule éloignée 2.

4 D’après une autre tradition, il se serait retiré dans une solitude, près d’'Augusta, dans le Vimeu, et n'aurait fondé le monastère de Montreuil que pendant son épiscopat. (MALBRANCQ, de Morinis, t.1, p. 288.)

3 Cette dernière circonstance pourrait bien appartenir à la vie de S. Salve d’'Alby. Mentionnons toutefois une tradition qui le fait vivre en solitaire à Aoust sur la Bresle, où on aurait été : le chercher pour l’élever sur le siége d'Amiens. (M. FL. LEFILS, Hist. de Montreuil, p.42.) C’est immédiatement avant son élection qu’on place le récit de sa prétendue résurrection, en lui appliquant à tort ce que S. Grégoire de Tours (Hist. franc.) raconte de S. Salve d’Alby. Voici en quelques mots le fond de cette légende : S. Salve était mort des suites d’une grave maladie : on allait l’enterrer, quand on s’aperçut qu'il donnait quelques signes de vie ; il sortit en effet de son cercueil en s’écriant : « Seigneur, Dieu de miséricorde, pourquoi me renvoyezvous dans ce lieu de ténèbres. » Après avoir passé troïs jours sans boire ni manger,il raconta à ses religieux qu’il allait entrer en possession du ciel, quand une voix céleste l’en exila en disant : « Qu'il retourne dans le siècle, parce qu’il est nécessaire à nos Eglises. » Alors, continua-t-il, je m’écriai, les yeux baignés de larmes : « Hélas ! Seigneur, pourquoi m'’avezvous fait entrevoir ces merveilles, si vous deviez m'en priver si tôt? » et il me fut répondu : « Allez en paix, je serai votre

D. Il. | 30.

AlorsqueS. Honoré mourut à Port, Salve se trouvait à Amiens : ; il annonça aux habitants de cette ville qu'ils venaient de perdre leur évêque, dont il avait vu l'âme transportée au ciel par un chœur d’anges. Cette nouvelle parvint bientôt aux oreilles de Thierry IL, roi de Bourgogne *, qui députa à Amiens S. Achaire, évêque de Noyon et de Tournay *, tt

gardien , jusqu’à ce que je vous ramène en ces lieux » — Cette légende est consignée dans les bréviaires de La Martonie et de Faure ; elle ne figure plus dans celui de M. de La Motte.

‘ Nous suivons ici la version de Malbrancq (t. 1, p. 288) qui avait consulté des manuscrits de l’abbaye de Montreuil. D’après le texte des Bollandistes, c’est après sa prétendue résurrection que Salve aurait annoncé à ses religieux la mortde S. Honoré.

On peut admettre que Salve venait quelquefois à Amiens; ce fut sans doute pendant un de ces courts séjours qu'il aura été témoin du miracle du crucifix, opéré en faveur de S.Honoré, selon ce que dit une ancienne prose :

Successore suo teste Salvio pontifice.

2 Ceux qui placent S. Salve à la fin du Ville siècle attribuent cette mission à Thierry II], roi de Neustrie, et font remarquer que cette désignation est conforme au texte de la légende : G{oriosissimus rex françorum. Thierry Il n’a jamais pris ce titre, puisqu'il n’était que roi de Bourgogne. On peut se dernander quel intérêt il pouvait prendre à l’élection d’un évêque d'Amiens, ville qui n’était pas de son domaine, et qui, comme Noyon, appartenait à la Neustrie. Sans méconnaître la force de cette objection, nous avons cru devoir maintenir S. Salve au commencement dn VIle siècle, parce que le système de ceux qui le font vivre sous Thierry III, roi de Neustrie (669-691), nous paraît offrir des difficultés encore plus insolubles.

3 Nous suivons ici le texte de Hugues Ménard; celui de Bollandus donne à cet évêque le nom d’Hautgaire, prélat qui aurait vécu sous le règne de Childebert IT et de Thierry IIF, et dont l'existence même est fort contestable. — L'impartialité nous fait un devoir de dire qu'on peut faire une objection chronologique au système que nous embrassons. Comment, nous dira-t-on,

quelques autres légats, pour présider à l'élection du nouvel évêque.

Le clergé ordonna trois jours de jeûne et d’abstinence pour appéler les lumières du Ciel dans les esprits, Quand ce laps de temps fut écoulé, les habitants d'Amiens entendirent retentir dans les airs cet oracle divin : « Sachez que Salve a été choisi par moi pour devenir votre évêque. » Aussitôt presque toute la population se rendit à la cellule du Saint ! et lui dit : « Nous avons bravé les fatigues de la route pour venir vous trouver. Ne méprisez point les supplications de ceux à qui Dieu vous donne pour pasteur. » En vain Salve prétextait de son indignité, il fut obligé de se rendre aux vœux des fidèles et devint le successeur de S. Honoré et le huitième évêque d'Amiens ?, vers les premières années du VII siècle.

Thierry 11 qui mourut en 612, a-t-il pu donner une mission à S. Achaire qui ne monta sur le siége de Noyon que vers l'an 621? Nous répondrons que cette date, donnée par le Gullia christiana nova, n'est sans doute qu’une conjecture, qu'on ne connaît que les noms des quatre prédécesseurs de S. Achaire et qu’il faut probablement reculer au moins d'une dizaine d’années l'intronisation de cet évêque.

1 Où se trouvait alors S. Salve? Est-ce à Aoust, comme le prétend une tradition du Vimeu? Est-ce à Montreuil, comme porterait à le croire le texte donné par les Bollandistes? Ne serait-ce pas plutôt dans les environs d'Amiens, dans une cellule solitaire, comme on peut l’inférer du texte de Malbrancq? On comprendrait alors que presque toute la population — omnes pene in unum globati convenisn'es — ait pu se rendre à une distance peu éloignée d'Amie:

2? Cette chronologie a été suivie par .les anciens bréviaires : d'Amiens, par La Morlière, le P. Bollandus, le P. Stilting, le Gallia christiana, le P. Longueval, M. Ch. Salmon, etc. — L'auteur inconnu des Mémoires sur Saint-Acheul, édités dans les

__ Oubliant dés lors son goût pour lu solitude, il se

mit à la disposition de tous. Il visitait souvent les paroisses de son diocèse, en distribuant aux fidèles le pain de la parole divine ; son onction convertissait les pécheurs, et ses miracles détruisaient les derniers vestiges de l’idolâtrie. Affable envers tous, sévère pour lui-même, compatissant pour les autres, plein de mépris pour les séductions mondaines, il unissait la prudence du serpent à la simplicité de la colombe.

Tant de qualités réunies faisaient apprécier non seulement son gouvernement spirituel, mais aussi le gouvernement temporel qu'il exerçait dans la ville. C’est à l’occasion de ces fonctions que M. Augustin Thierry a fait les observations suivantes sur les changements qui eurent lieu au VIT siècle dans le personnel de la magistrature urbaine : « Les cadres de l’ancienne curie, dit-il, furent brisés ; le corps municipal se forma de tous les citoyens notables, à quelque titre que ce fût, et les membres du clergé y entrèrent comme les laïques. L'évêque intervint directement, légalement, si nous pouvons nous exprimer ainsi, dans le gouvernementet l’administration de la ville. Jusque-là, il n'avait eu

Documents] inédits de M. de Beauvillé, fait siéger S. Salve dès 580 — Democharès et Chenu en font le cinquième évêque d'Amiens. — Le P. Le Cointe, le P. Daire, de Sachy et M. Du: sevel le font siéger comme quatorzième évêque, de 686 à 689. Notre Propre actuel adopte cette dernière opinion, en qualifiant - Thierry de froisième roi des Francs et en substituant le nom d’Hautgaire, évêque de Noyon, à celui d'Achaire. Mais il se met en contradiction avec lui-même, puisqu'il place l'invention des reliques de S. Firmin au commencement du VIle siècle, dans la leçon 1v de la fête de l’Invention du saint Martyr.

sur ses concitoyens qu'un ascendant purement moral, qu'il devait tout entier à ses fonctions épiscopales et au caractère sacré dont il était revêtu. La loi romaine lui accordait à ce titre une espèce de justice-de-paix, le droit d’arranger les différends et de terminer les procès qui lui étaient soumis. Après la dissolution du régime romain, il devint, par le seul fait de sa promotion religieuse, fondée sur l’élection populaire, membre et président du corps municipal. Investi tout à la fois de l'autorité spirituelle et temporelle, il se trouva des lors placé par sa double qualité d'évêque et de magistrat, au premier rang dans la ville, et il eut, dans toutes les affaires, la plus large part d'influence »

Nous ajouterons qu’au VIT* siècle, l'évêque était le protecteur-né des pauvres, le tuteur desorphelins, le défenseur de tous les droits violés et souvent même l’assesseur des rois dans leurs palais. Sa maison épiscopale était tout à la fois un séminaire pour les jeunes clercs, une demeure pour la famille ecclésiastique, un hôpital pour les malades, un hospice pour les vieillards et une hôtellerie généreusement ouverte aux pélerins et aux voyageurs de marque.

L'influence de Salve s’étendait au-delà de son diocèse. Le roi Thierry avait souvent recours à ses conseils, et c'est en partie grâce à la sagesse de ses avis, qu'il put faire rentrer dans l'obéissance les populations qui s'étaient soulevées contre lui pour s’exonérer de tout tribut. Ce fut sans doute pour le

! Recueil des monuments de l'histoire du Tiers-État, t. 1, | p ©.

récompenser de son zèle qu'il lui fit don de la terre d'Augustla ‘.

La cathédralede Notre-Damedes Martyrs (Saint- Acheul) était trop éloignée de la cité, où aucune église n'avait encore été construite. Aussi $. Salve y éleva-t-il une nouvelle cathédrale qu'il dédia à S. Pierreet S. Paul et qui devait plus tard prendre le nom de Saint-Firmin-le-Confesseur. Il laissa à Notre-Dame des Martyrs un certain nombre de prètres pour y célébrer l'office divin, en sorte que, pendant quelque temps, il y eut pour ainsi dire deux cathédrales à Amiens.

Plusieurs auteurs modernes lui attribuent l’érection d’une autre église dédiée à Notre-Dame? ; mais rien dans les anciens textes ne justifie cette supposition. La légende de $. Salve dit bien que cet évèque fut enterré dans une église qu’elle désigne sous le nom de Notre-Dame ; évidemment, il s’agit là de Notre-Dame des Martyrs (Saint-Acheul), qui dut rester longtemps un lieu privilégié pour les sépultures ecclésiastiques.

1Sice fait mentionné par la légende est exact, on peut se demander comment Thierry IT, roi de Bourgogne, a pu donner un domaine qui était du royaume de Neustrie. C’est là un argument qu'ont droit de faire valoir ceux qui placent S. Salve sous Thiery 1], roi de Neustrie. Nous pensons, avec M. Le Prevost et M. Estancelin, que Augusta désigne non pas la ville d'Eu, mais Oust-Marest, dans le canton d’Ault. Hadrien de Valois a cru qu'Augusta indique le Bourg d’Ault.

2 FAURE, dans son Bréviaire. — Almanach de Picardie de 1753. — Notice sur Notre-Dame de Saint-Acheul, page 17. — M. Ch. SALMON, Jlistoire de S. Firmin. — Quoiqu’en aient dit plusieurs écrivains, on n’a aucune donnée positive sur l’époque où une église déd'ée à la sainte Vicrge fut construite à l’emplacement qu'occupe aujourd'hui la cathédrale.

La nouvelle église élevée par S. Salve devait s’illustrer dès son origine en s’enrichissant des dépouilles du premier évêque d'Amiens. On savait qu'elles reposaient dans l'enceinte de Notre-Dame des Martyrs, mais le lieu précis de leursépulturerestait ignoré, eton ne pouvaitleurrendre les honneurs qu’elles méritaient. $. Salve demandait depuis longtemps au Seigneur de lui faire connaître l'endroit où résidait ce précieux dépot pour le restituer à la vénération des peuples. Il se souvenaït sans doute de l'intervention divine dans la découvertedes reliques de S. Fuscien et de ses compagnons. Aussi est-ce à Dieu qu'il eut recours pour mériter la même grâce dont avait été favorisé S. Honoré. Il prescrivit un jeûne de trois jours aux fidèles pour qu'ils s’unis- . sent à ses pénitences et à ses prières. À l'aurore du quatrième jour, alors qu'il célébrait les saints mystères à Notre-Dame des Martyrs, il vit, en levant les yeux vers le ciel, un rayon qui, partant du trône divin, aboutissait à un point du parvis. Le saint évêque ne doute point que ce nesoit là que repose le corps de $S. Firmin le Martyr et, après avoir terminé le sacrifice divin, il fouille le sol, en rendant grâces au Seigneur. Le corps du saint Martyr reparaît à la lumière du Jour et il s’en émane une odeur si suave qu'on eût pu croire qu'il était embaumé avec les plus précieux aromates. Ces parfums se propagent aux alentours, ils pénètrent dans les environs de Térouanne, de Beauvais, de Cambrai, de Noyon, et jusqu'à Beaugency où ïls guérirent miraculeusement

le seigneur du pays '. Les évèques, les prêtres et les laïques des diocèses voisins, uniquement avertis par cette odeur merveilleuse, s’empressent d'accourir à Amiens, en chantant des cantiques et en portant à la main des cierges et des palmes. Ils arrivent à temps pour assister à la levée du corps et à sa translation dans l’église de Saint-Pierre et Saint-Paul, ce qui eut lieu le 13 Janvier, par un temps rigoureux et chargé de neige. Tout à coup la température devient d’une chaleur ardente et, selon l'expression de Vincent de Beauvais, «le soleil, violant l’ordre de la nature, est emporté vers le cancer par ses coursiers enflammés et change instantanément un froid intense en une brûlante chaleur d'été.» Les arbres, se chargeant de feuilles, de fleurs et de fruits, inclinent leurs branches comme pour saluer le retour du premier pontife d'Amiens. Les roses et les lis s’'épanouissent dans les prés, et les fruits mûrissent dans les jardins*. Les fidèles étendaient leurs vêtements sur le parcours du cortége triomphant et bénissaient le Saint des guérisons qu'ilopérait sur sa route.

Quatre prélats étrangers assistaient à cette imposante cérémonie : c'étaient S. Géry, évêque de Cambrai et d'Arras, $. Achaire, évêque de Noyon

1 Nous avons raconté ce qui concerne le seigneur de Beaugency, dans la Vie de S. Firmin, t. un, p. 163. ? Ce prodige aurait duré pendant trois heures. On trouve des

récits analogues de floraisons miraculeuses dans les légendes de S. Antoine de Strocchonio, de S. Benoit, S. Etienne, S. Nicodème, S. Wilhem, enfant martyr, etc.

et de Tournay, Marin, évêque de Beauvais et l'évêque de Térouanne ‘.

Ces précieuses reliques furent déposées à la nouvelle cathédrale de Saint-Pierre et Saint-Paul, dans la crypte qui régnait sous le chœur. On y plaça aussi les corps de S. Firmin le Confesseur *, de $.

Ache et de S. Acheul.

Le récit que nous venons de reproduire d’après un sermon sur l’Invention des reliques est considéré, par le P. Stilting, comme peu digne de foi. Selon le savant bollandiste, l'origine de cette narration

1 À cette liste, Malbrancq ajoute, à tort, l’évêque du Mans. — Pour perpétuer le souvenir de la présence des évêques de Beauvais, de Noyon, de Cambrai et de Térouanne à cette translation, on sonnait jadis la grosse cloche de la cathédrale, quand un évêque de l’un de ces siéges faisait son entrée dans la ville d'Amiens, — DAIRE, 11, 128.

3? Cette assertion de la légende donnée par les Bollandistes était un démenti anticipé à la prétendue découverte des reliques de S. Firmin le Confesseur, faite à Saint-Acheul le 16 janvier 4697. Aussi J.-B. Thiers et ses partisans accusèrent-ils ce passage d’interpolation. Les raisons qu’ils donnent sont dénuées de valeur ; 1ls arguent spécialement de ce que cette mention n’est point consignée dans le texte donné par Duchesne (Script. Francor. t. 1, page 683). On leur a répondu avec raison que le savant éditeur n’a publié que des fragments de la légende et qu’il pouvait laisser de côté un fait qui lui paraissait d’un médiocre intérêt. J.-B. Thiers s’est encore appuyé sur le silence que garde à cet égard le texte publié par Hugues Ménard : mais cette version est empruntée à un Bréviaire du XVe siècle. Or, les légendes liturgiques de cette époque étaient trop abrégées pour qu’on n’en retranchät point tout ce qui paraissait de peu d'importance. Le P. Sülting, Gloria posth. S. Firmini Conf., t. 1, sept. p. 188, a parfaitement démontré l’authenthicité de ce passage.

miraculeuse pourrait être l'inscription d’une châsse fabriquée au XIT° siècle :

Ues nova, laus magna, flos pro nive, plebis oxanna !

L'auteur de l'inscription aurait voulu dire que, le jour de la translation, 1l ne tomba point de neïge et qu'on sema la route de quelques fleurs : flos pro nine. Ceserait ce thêôme mal compris qu’aurait brodé l’imagination populaire,dontlesermonnaire du XITT'siecle s'est fait l'écho. M. Ch. Salmon n'admet point cette explication et croit à la réalité du fait. Nous renvoyons le lecteur à ses observations. (Hist. de S. Firmin, p. 150.)

La sainteté de Salve se manifesta plus d'une fois par des preuves éclatantes. Il guérit des aveugles par un signe de croix, rendit à des paralytiques l'usage de leurs membres, délivra des obsessions du démon la fille d’un illustre personnage nommé Guadon, et guérit également sa femme impotente. Guadon, vivement frappé de ces merveilles, se convertit à Dieu et voulut lui témoigner sa reconnaissance en donnant à Salve une ville de son domaine, située à cinq milles d'Amiens, où il fit construire une église qu'il dédia au Saint-Sau-

. veur ‘.

1 Si on s’en rapportait littéralement au texte donné par les Bollandistes, ce domaine aurait porté le nom de Vocitate, La légende, en effet, dit Vocitatam nomine, en faisant de vocitatam un nom de lieu. Nous supposons que c’est là une redondance signitiant aposelée et que le nom du village aura été omis par un copiste. Un manuscrit de Nic. Belfort, cité par les Bollan distes remplace Vocctatum par Vicitatus. Il s’agit ici d'Hédicourt.

S. SALYE, ÉVÊQUE D AMIENS. | 475

Alors qu’un violent incendie menaçait d’envahir toute la ville d'Amiens, dont les maisons et même les édifices publics étaient construits en bois, les habitants allèrent implorer les secours de leur évêque qu'une grave maladie retenait alors sur un lit de souffrances. Salve leur donna le suaire dont ilse servait: on le jeta dans les flammes et soudain l'incendie fut arrêté!

S. Salve mourut le 28 octobre ?, vers l'an 615”, non pas à Montreuil, comme l'ont dit plusieurs

qui prit plus tard le nom de Saint-Sauveur, à cause du vocable de son église. La ressemblance de ce nom avec celui de S. Salve pourrait faire supposer que ce village doit l’origine de son nom au saint évêque d'Amiens ; mais le Dictionnaire géographique (encore inédit) de M. Garnier ne contient rien que puisse confirmer cette hypothèse.Un titre de 1463 porte le nom de Saint-Sauveur ; antérieurement on trouve Hédincurt. Il faut admettre que l’Église d'Amiens aura été dépossédée de ce domaine: car nous voyons, par uu acte de l’an 4100, que Guy, seigneur de Picquigny et d'Hédicourt, fit don de ce dernier fief à S. Salve. On pourrait supposer qu’outre l’église dédiée au S. Sauveur, il y avait à Hédicourt une chapelle consacrée à S. Salve et que c’est à ce sanctuaire que Guy donna les revenus de son fief.

1 Nous avons rapporté, dans la Vie de S. Ingaud(t. in, p. 78), le miracle qui le concerne. Nous passons aussi sous silence l’opposition que S. Salve aurait faite à l’arianisme, et la reddition des captifs qu'il aurait obtenue du patrice espagnol Mommole : ce sont là deux faits qui appartiennent à Ja vie de S. Salve, évèque d’Alby. |

3 Et non pas le 5 des calendes de décembre, comme le dit le Propre d'Amiens.

3 Ceux qui ont de S. Salve le quatorzième évêque d'Amiens le font mourir de 686 à 689, et ils supposent, comme le Propre d'Amiens, que c'est le mème Salve qui assista au concile de Rouen, que S. Ansbert tint en 658.

historiens !, mais à Amiens; il fut inhumé à Notre- Dame des Martyrs *,

CHRONOLOGIE

Nous avons longtemps hésité avant de placer l'épiscopat de S. Salve au commencement du vu‘ siècle. On a pu voir, par quelques-unes de nos remarques, que nous n’avons point dissimulé les objections qu'on peut faire à ce système. Nous l'avons toutefois adopté, parce que le système opposé, formulé par le P. Le Cointe *, nous paraît renfermer des difficultés encore plus insolubles. Il rompt complètement avec la tradition consignée dans tous nos anciens bréviaires, jusqu'en 1746, et avec les anciens textes qui ont constamment fait de S. Salve le successeur de S. Honoré, mort vers la fin du VI* siècle *. Il substitue au nom d'Achaire, évêque de Noyon, celui d'un saint Hautgaire, dont l'existence est fort contestable ; enfin il rejette en 687 l'Invention des reliques de S. Firmin que les Bollandistes ont démontré appartenir au commencement du VII® siècle (610-613). Sa présence au concile de Rouen en 688 est une simple hypothèse qui repose sur une ressemblance de nom. L'évêque Salve qui y assista n'est pas plus désigné

1 MALBRANCQ, LA MonLIÈRE, PRousr.

2 Etnonpas dans l’église qu’il avait érigée, comme le dit le Bréviaire de M. Faure. Ce même bréviaire le fait mourir des suites d’une épidémie qu’il aurait contractée en visitant des malades.

S Annales eccles. franç., t. 1v, 213.

# Dans un diptyque de la cathédrale d'Amiens, reproduit dans un manuscrit de 4120, que possédait le doyen Le Scellier de Riencourt, S. Salve est placé entre S. Honoré et S. Berchond. (Congrès scienlif. d'Amiens, lecture de M. Roze, p. 480.)

sous le nom de son siége, qu'un autre Salve qui figura au concile d'Orléans, vers 639.

Le P. Le Cointe, pour rendre son système vraisemblable, fait sacrer notre évêque, non point par S.Achaire, évéque de Noyon, dans la première moitié du VILe siècle, mais par un S. Hautgaire, qui aurait succédé, sur le même siége, à S. Mommoliu, soit en 685, soit en 691. Mais le nom de cet évêque ne figure sur aucune ancienne liste épiscopale ; il est absent des catalogues donnés par Démocharès, Jean Chenu, Claude Robert et Jacques Le Vasseur; d'ailleurs, le P. Stilting ‘ nous paraît avoir démontré la fausseté de cette supposition.

M. Salmon qui a abordé cette question dans son Âistoire de S. Firmin ?, montre fort bien que, pour soutenir son système, le P. Le Cointe a été obligé de bouleverser toute la chronologie des évêques d'Amiens et d'admettre des invraisemblances évidentes. « En 668, dit-il, il met pour évêque Bertefride, qui fut certainement élevé à l'épiscopat avant le milieu du VIT° siècle. IL lui donne pour successeur Dadon, après lequel viendrait S. Salve en 686. A S. Salve, aurait succédé Théodefride, en 689. Ainsi, selon le P. Le Cointe, la durée de l'épiscopat du prélat qui fit construire la cathédrale dans l'enceinte même de la ville d'Amiens, qui y transféra les reliques des Saints, qui plus tard y découvrit miraculeusement celles de S. Firmin, qui sut par ses vertus se concilier les cœurs de tous les amiénois au point qu'ils le firent seigneur de leur cité, n'aurait été que de trois ans : supposition tout-à-fait inadmissible. Il n’est pas moins improbable que Théodefride, premier abbé de Corbie, dont on place généralement l'avénement à notre évéché en 670 et la mort en 681, n'ait été élevé sur le siége d'Amiens qu'en 689; car, à cette époque, il aurait été accablé de vieillesse et incapable de prendre en main le gouvernement d’un vaste diocèse. »

Nous avons indiqué dans plusieurs notes les diverses

1 BoLLanD. Vit. S. Firm., p. 37.

2 Pag. 146.

objections qu'on peut faire au système que nous avons adopté. La seule manière de les résoudre c'est d’admettre que le rédacteur de la Vie de S. Salve, ou plutôt son copiste, a confondu les deux Thierry, comme il a confondu Salve d'Amiens avec Salve d'Alby, et que diverses circonstances de son récit ne méritent aucune créance.

RELIQUES

Lesreliques de S. Salve furent transférées vers l'an 695 ! à l'église de l’abbaye de Montreuil, qui prit bientôt le nom de Saint-Saulve.On ne peut expliquer cette translation qu’en supposant qu’elle aura été sollicitée par les religieux, qui reconnaissaient S. Salve pour le fondateur de leur monastère ». Elle aura sans doute eu lieu le 11 janvier, ce qui aura déterminé l'erreur du Martyrologe romain * confondant notre évêque avec S. Salvius, martyr, qui est honoré à cette date.

Le {1 juin de l’année 1111,S. Geoffroy, évêque d'Amiens, transféra les reliques de S. Salve et de son disciple Ingaud dans une nouvelle châsse; ce fut celle qu'alla vénérer Philippe le Bon, le 26 mai 1426.

1 Le texte donné par les Bollandistes se borne à dire : multorum jam curriculis annorum labentibus. Cette translation est fixée au IXs siècle par quelques auteurs, et même au XIIe par

d’autres.

3 C’est la seule réponse à faire à la réflexion suivante de l'auteur

des Mémoires sur Saint-Acheul : « Ce qu’on a peine à comprendre, c'est que, dans le temps que le Chapitre d'Amiens estoit sicurieux d'avoir les corps de ses saints évèques qu’il fit rapporter de Port celuy de S. Honoré, il ait souffert qu’on lui enlevast celui de S. Salve pour le transporter à Montreuil. » (DE BEAUVILLÉ, Doc. inédits, p. 363.)

? Tertio idus januarii (11 janvier) : Ambiani, S. Salvii episcopi et martyris.

En 1467, les religieux de l’abbaye de Saint-Saulve de

Montreuil firent promener dans le diocèse leurs plus importantes reliques et par conséquent celles de S. Salve, pour se procurer des aumônes destinées à reconstruire leur église qui était entièrement ruinée *.

Ils écrivirent la lettre suivante, en 1452, au maïeur et:

échevins d'Amiens, pour solliciter leur concours à la confection d'un nouveau reliquaire :

RAQQARRARSRALSLAARLARRARSARRRARRR

« Nos très-honorés Seigneurs,

a Nous nous recommandons humblement à vous, et vous plaise savoir que en notre église et abbaye sont et ont esté de très-long et anchien temps plusieurs corps saints et reliquaires, et entr'autres avons en notre dite église ea une chasse ou fierte les os du benoist corps de monsieur Saint Sauve qui en son tems fu évesque résidant et demourant à Amiens, et pour ce que la fierte ou chasse où est ledit benoist corps saint n’est que de bois sans être enrichie d'or ni d'argent ni de quelconques pierres précieuses, qui est chose mal séant, nous avons conclu de faire translater ledict corps saint, et pour ce faire, avons fait faire une nouvelle fierte de bois et l'avons faict encommenchier à couvrir d’or et d'argent, avecq partie de nos biens et autre partie des omosnes des bonnes gens de ceste ville de Montreuil. Mais il ya encore grant ouvrage à parfaire et de grant dépense que nous est impossible de furnir sans l’aide de vous et autres bonnes personnes; pourquoi, nos très-honorés seigneurs, nous envolons vers vous pour ceste cause un de noz frères religieux, porteur de ces lettres. Vous suppliant et requerrant au nom et en la remenbrance de Dieu notre créateur et au regard de ce que le dit monsieur saint Sauve fu en son vivant évesque résidant en votre ville d'Amiens, il vous plaise donner et exlarger aucune porcion de vos biens pour le emploier à la perfection de la dite chasse ou fierte, et baillier et délivrer

* FLORENTIN LEFILS, Hist. de Montreuil.

«a ce que bon vous semblera à cette fin à notre dit « frère religieux, nommé Jean Denis, et ajouter ‘foi à ce « qu'il vous dira de part nous, touchant ceste matière et « pour ceste fois. Et verrez seurement que ce qu'il vous « plaira lui délivrer ou nous ordonner sera hactivement a mis et emploié, sans quelque faulte, en la manière dessus « dite, à la révérence et louange de Dieu notre créateur a et dudit benoist corps saint, et nous prierons Dieu pour « vous. Et si en cas semblable ou plus grant, avez à faire « de nous, nous ne différerons à prier pour vous.

a Nos très-honorez Seigneurs, notre Seigneur Dieu soit gardien de vous.

« Escript à Montreuil en notre dite abbaye de Saint- Sauve, le 21° jour de mars 1452, etc. ‘»

L'échevinage accueillit favorablement cette supplique et vota un marc d'argent pour contribuer à la décoration de cette chässe, où d'habiles orfévres ciselèrent les principales circonstances de la vie de S. Salve, confondues avec celles de son homonyme d’Alby. ?

En 1702, M. Feydeau de Brou procéda à une troisième translation dont il dressa le procès-verbal suivant :

« Nous faisons sçavoir qu'en l'année de l'incarnation « du Seigneur 1702, le 28 du mois de may, le dimanche « dans l'octave de l'Ascension, jour auquel on célèbre la « fête de S. Honoré, évêque d'Amiens, étant à la ville de « Montreuil, à l'invitation et prière de l'abbé et des religieux « de l’ordre de Saint-Benoist de la dite ville et de notre « diocèse, et du maire perpétuel, échevins et autres person- «nes considérables de la dite ville, Nous avons mis et « transféré dans le chœur dudit monastère, avec les céré- « monies accoutumées en telles occasions, les corps des « saints confesseurs Salve, évêque d'Amiens, et Ingaud,

1 Ce document, tiré des registres de la mairie d'Amiens, a été publié par M. Dusevel dans la Bibliothèque historique de la Picardieet de l’Artois, p. 199.

2 C’est cette même châsse que Lestocq (Dissertation, etc.) croit, à tort, dater de 1435.

« dans une nouvelle chässe, après les avoir tirés de l’an- « cienne. |

a Et premièrement nous avons fait ouvrir devant nous « la susdite ancienne châsse, dans le dit chœur, le clergé « etle peuple étant présents ; laquelle étant ouverte, nous «avons mis les ossements des dits saints sur une table « préparée à cet effet, ayant fait venir deux médecins et « deux chirurgiens jurés, qui appelaient les noms de cha- « que ossement qu'on mettoit sur la table, afin que le # secrétaire que nous avions choisi pût les mettre en châsse. a Ses ossements ayant été Ôtés, nous avons trouvé plu- « sieurs actes, dont le plus ancien, sur une peau en lettres « onciales qui nous ont paru avoir été écrites il y plus de « 800 ans, contient ces paroles: « {ci repose le corps de « S. Salve, évéque et confesseur, et ensemble celui de S. In- «a gaud, confesseur.

« Le second, sur du parchemin, contient les mêmes paa roles, écrites d'une main plus récente.

« Le troisième, sur une plaque de plofnb en grandes letatres, porte: L'an de l'incarnation du verbe 1111, indiction « ZV®, l'onsième de juin, le présent corps de S.Salve, évêque « d'Amiens, a été transféré dans cette précieuse châsse par « l'évêque Geoffroi, sous le règne de Lous, roy de France, « l'an troisième *. »

Le 2% août 1729, l'évêque Pierre de Sabatier fit à Montreuil la reconnaissance des reliques de S, Salve et de S. Ingaud. Le Bréviaire de M. de la Motte ajoute à tort qu'il les transféra d'une châsse de bois dans un reliquaire d'argent. Cette translation, comme nous venons de le voir, avait été faite en 1702.

Dans ces diverses ouvertures de chässe, on retira quelques ossements de S. Salve pour les donner à l'abbaye de

1 Ce document est cité par de Lestocq, dans sa Dissertation sur la translation du corps de S. Firmin le Confesseur, p.17. L’historien contemporain de S. Geoffroy mentionne cette translation mais sans spécifier qu'il ne s’est agi que d’un changement de chässe.

T. li 31

482 ‘ g. SALVE, ÉVÊQUE D'AMIENS.

Gainte-Austreberte de Montreuil, à l'abbaye de Saint- Vincent de Laon et àla cathédrale de Cantorbéry *.

Il ne reste plus aujourd'hui, à Montreuil, qu'un ossement de Se Salve dans un petit reliquaire en argent. La grande châsse et deux autres reliquaires, l'un en forme de pyramide, l'autre en forme de bière, furent envoyés à la Monnaie par Le Bon, lors de la mission que ce conventionnel remplit à Montreuil en 1793.

CULTE ET LITURGIE

Le culte de S. Salve était fort populaire au Moyen-Age. On lui bâtit à Amiens une chapelle qui a disparu depuis longtemps et dont on ignore même l'ancien emplacement. Une autre chapelle lui fut dédiée dans la cathédrale d'Amiens; mais, quand on y eut placé le crucifix miraculeux du Sauveur, désigné vulgairement sous le nom de Saint-Sauve, notre saint évêque qui devait perpétuelle= ment être la victime d’une confusion de noms, se vit peu à peu oublié, et la piété populaire, ne restant fidèle qu'au nom de Saint-Sauve, s'adressa exclusivement à l'image bizantine qui représente Jésus crucifié.

L'évéque Arnoul, qui mourut en 1246, légua une somme de quatre livres pour qu'on célébrât plus solennellement la fête de S. Salve. Bien qu'il soit mort le 28 octobre, on ne faisait sa fête que le 29, parce qu’elle coïncidait avec celle des saints apôtres Simon et Jude, Elle est iascrite dans tous les bréviaires amiénois, dans l’ancien Propre de Saint-Florent de Roye et dans le Propre de Saint-Valery; dans l’ancien bréviaire de Noyon (1764), qui se trompe en faisant de notre évêque le patron d'une église de ce diocèse (Tabula sanctorum, p. 16), tandis que c'est S. Sauve,

1 Joux DaRT, History and antiquities of the cathedral church of Canterbury, 4726, in f.

évêque d'Angoulême, qui est le patron d'Essigny; enfin dans le Propre actuel d'Arras.

Le nom de S. Salve est inscrit dans nos anciennes litanies (XII° siècle), dans le martyrologe romain (11 janvier), dans ceux de Du Saussay, de Châtelain, de Galesinus, de Hugues Ménard, etc., qui ont commis la même erreur de date, en confondant notre évêque avec le martyr S. Salvius.

Une chapelle de Saint-Sauveur, située près de Bouvincourt, est le but d'un pèlerinage très-ancien. M. Darsy dit à ce sujet, dans sa Description du canton de Gamaches : « qu'ilest possible que la dévotion populaire ait dévié ; que ce n'était peut être pas au Sauveur des hommes, mais à S. Sauve, apôtre du pays, qu'elle s’adressait dans l'origine, et que c’est peut-être en son honneur que la cha pelle primitive fut élevée entre Bouvincourt et Oust, lieu que Théodoric, roi des Francs, avait donné à ce saint évéque d'Amiens. »

Il y avait une confrérie de Saint-Sauve à Waben, paroisse de notre ancien doyenné de Montreuil.

On pourrait croire qu'il est incontestable que S. Salve a donné son nom au village de Saint-Sauflieu; mais c’est fort douteux. Il est vrai qu'il est ainsi désigné dans un titre de 1331 : Sanctus Salvus locus. Mais M. Garn'er/ Dict. géograp. de la Somme) a trouvé antérieurement les noms suivants : Sessoulieu, 1301 ; Sessolium, 1223, Sissolieu, 1147 ; Sexoldium, 1066.

Une impasse, à Abbeville, porte le nom de Saint-Saulve. L'ancienne abbaye montreuilloise de ce nom ne s’est pas même survécu dans quelques ruines. C’est l'Hôtel-de-ville qui est construit sur son emplacement.

ICONOGRAPHIE

La clôture du chœur de Notre-Dame d'Amiens, consacrée à l'histoire de S. Firmia le Martyr, contient dans sa seconde travée quatre scènes où figure S. Salve. Elles

de, MSN Ù , 484 S. SALVE, ÉVÊQUE D'AMIENS.

ont été décrites par MM. Jourdain et Duval !, desquels nous nous bornerons à abréger le récit.

PREMIÈRE ARCADE. PRÉDICATION DE S. SALVE.— Une trentaine de personnages sont reçus dans une église; les hommes sont debout et ont la tête couverte ; les femmes sont assises sur des pliants. S. Salve, monté dans une chaire de forme hexagonale, engage iles fidèles à prier Dieu pour obtenir révélation du lieu où reposent les reliques du martyr S. Firmin. On lit au bas cette inscription :

Sainct Saulue son peuple incitoit- De faire a Dieu priere pure’ Désirant scauoir ou estoite

De sainct fremin La sepulture.

DEUXIÈME ARCADE. LE RAYON MIRACULEUX. — S. Salve a vu un rayon miraculeux émaner du trône céleste pour désigner la sépulture de son saint prédécesseur. Il est descendu de chaire, a quitté sa chape et, revêtu seulement de l’aubeet du manipule, il s’est mis à genoux au pied de l'autel et contemple le prodige qui vient de s’accomplir :

Sainct Saulue en esleuant Les peulx ZAppercheut du trone divin:

Œome ung rais du soleil dessus:

Le corpe du martir sainet fremin.

TROISIÈME ARCADE. INVENTION DES RELIQUES. —S. Salve vient de déterrer à moitié le corps de S. Firmin qui est revêtu de ses insignes pontificaux. Il est accompagné de quatre évêques, d'un prêtre en aube, d'un chanoine portant l'aumusse, de clercs en tunique, d’acolytes portant croix et chandeliers, etc. Leurs physionomies expriment le ravissement qu'ils éprouvent en respirant l'odeur miraculeuse que mentionne l'inscription:

4 Les Clôtures du chœur de la cathédrale d'Amiens.

Quatre euesques, Beauuais, Moyon- Cambrap, Sherouenne, aidant Dieu Üindcent voir ceste Bnuction:

Guoques par Lodeur du lieu

QUATRIÈME ARCADE. TRANSLATION DES RELIQUES. — Elles sont transférées dans une châsse, de Saint-Acheul à Amiens, par six lévites, diacres et prêtres. La procession s'ouvre par une confrérie qui porte des flambeaux, et se termine par les cinq évêques crossés et mitrés. Les arbres verts et les épis mûris rappellent le prodige du changement de saison. On voit sur la route deux malades qui sont guéris par l'intercession de S. Firmin :

À Gainct-Aehocul en chasse ms £ut pups en ampens apporte” Pluseurs malades la transmpo* Le depriant eurrent soncte:

Ces bas-reliefs ‘ont été lithographiés dans le Voyage pittoresque du baron Taylor.

Au portail Saint-Firmin, à Notre-Dame d'Amiens, on voit la statue de S. Salve, portant l’étole, le manipule, la chasuble, la mitre et la crosse.

L'ancien reliquaire en or du XIIT* siècle, où était conservé le corps de S. Firmin le Martyr représentait entre autres sujets : 1° l'invention des reliques par S. Salve ; 2 leur translation; 3° le concours des diocèses voisins à cette solennité. Chacun de ces sujets était accompagné des inscriptions suivantes :

fic patet oranti locue et pausatio sancti-

Res nova, laus magna, los pro nive, plebis Osanna.

£ext pia plebs vota sua quæque propinqua remota”

D À de ap dy ai "à | =.

Ce TR EE Te nn sème

Dans le ms. 237 bis H. F. de la bibliothèque de l’Arsenal, Recueil de pièces concernant Amiens, par Du Cange,on trouve une Vie latine de S. Salve, illustrée de dessins à la plume. L'un d'eux représente la prétendue résurrection de notre saint évêque.

On conservait jadis à Saint-Firmin-en-Castillon trois grandes tapisseries où figurait S. Salve découvrant et transférant les reliques de S, Firmin. — Mentionnons encore un vitrail moderne à Villers-Bretonneux etun tableau à la chapelle de l'évêché.

BIBLIOGRAPHIE

La légende anonyme de S. Salve a été probablement rédigée, d'après de plus anciens documents, par un moine de l’abbaye de Montreuil, qui aurait vécu au XI° siècle. Cette opinion, exposée par D. Rivet, * nous parait bien plus probable que celle qui fixe la date de cet écrit au VIIL* siècle * ou au IX° *: ou au XIII° +. Hugues Ménard en a donné un abrégé dans ses Observations, d'après un Ms. de Montreuil. Duchesne en a publié des fragments dans e premier volume de ses Historiens de France, d'après un Ms. de la Bibliothèque nationale. Enfin les Bollandistes ont édité intégralement cette légende, d’après un Ms. de l'église de Saint-Omer, conféré avec deux autres Mss. La confusion que l'auteur ou le copiste a faite de l’histoire de notre évêque avec celle de l’évêque d'Alby, diverses autres circonstances de sa compilation qui donnent lieu à des difficultés insolubles au point de vue chronologique, ne peuvent nous inspirer qu'une médiocre confiance dans la véracité de ses récits.

1 Histoire littéraire de la France, t. vi, p. 450,

2 Le P. LELONG.

3 LESTOCQ, les BOLLANDISTES (t. vii, de sept., p. 36). * J,-B. THIERS.

ManuscriTs : Jnventio et translatio B. Firmini, episcopt et martyris (XII° siècle), Ms. 46 de la Bibl. d'Amiens. — Bréviaires du Moyen-Age de la même bibliothèque, et entre autres le Lectionnaire du XIIT*siècle, coté n° 149, et les bréviaires n° 112 et 113. — NERLANDE, Dissertation sur S. Honoré, p.466.— DE VILLEFRANCHE, Difficultés proposées ä M. le curé de Saint-Etienne de Corbie sur la translation de S. Firmin le Confesseur, Ms. 521. — Claude GELLÉE, Extractum ex bibliotheca Ecclesiæ Ambianensis, p. 51 (aux Archives départ.) — Communications de M. Salmon.

Imprimés : Les anciens bréviaires d'Amiens. — Les Propres de Saint-Valery, de Beauvais, de Saint-Florent de Roye, etc. — Dans les Bollandistes, outre la Vie de S. Salve d'Amiens, les commentaires du P. Stilting dans les Vies de S. Firmin le Martyr(t. vi, sept., p. 36), de S. Firmin le Confesseur (t. 1, sept., p. 175), de S. Salvi d’Alby (t. air, sept., p. 576). — MALDONAT, Viæ sanctorum. — VINCENT de Beauvais, Spec. histor., |. xvr, c. xci. — DE SacHYy, Hist. des évêques d'Amiens, p. 60. — La MoRLiÈRE, Antiquités d'Amiens, p. 29, 40, 191.— J.-B. Tiers, Dissertation sur le lieu où repose le corps de S. Firmin le Confes., ch. x1.— L'ombre de M. Thiers, avec une critique de la Vie de S. Salve, Liége, 1712, in-12.— Gallia Christiana des Bénédictins, t. xr, col. 1153, 1296. — Bairzzer, Ris4- DENEYRA, PROUST, GoDEscaRD, etc., dans leurs Vies des Saints. — Et les ouvrages, cités dans les notes, de V.de Besauvié, P.DairE, DusEvez, DuvaL et JOURDAIN, GaR- NIER, LE CoinTE, LA MorLiÈère, Lesroco, FL. LEriLs, MALBRANCA, PAGES, River, Charles SALMON, etc.

S. SÉVOLD

17 Septembre.

Ce n'est point sans hésitation que nous inscrivons dans notre galerie diocésaine le nom de S. Sévold, personnage dont on ne sait rien de certain.

C'est à tort assurément qu'on l’a mis au nombre des comtes de Ponthieu : M. J. Lefebvre a eu raison de ne point l’inscrire dans le catalogue qu'il en a dressé ‘, car aucun document ancien ne lui confère ce titre.

J. ‘Stilting, dans l’article qu'il a consacré à S. Ribert *, dit en passant qu'il est vraisemblable que S. Sévold a été moine et peut-être même abbé de Saint-Valery. Mais comment admettre que ce souvenir n'ait pas été conservé traditionnellement dans ce monastère? C'est là une conjecture qui n'est pas plus fondée que celle qui en ferait un disciple de $S. Fursy ou de $. Josse.

Châtelain, dans son Martyrologe universel, le qualifie de confesseur et le fait vivre au VIII* siècle. À l’abbaye de Saint-Valery, on le fêtait comme

1 Liste complète et authentique des comtes de Ponthieu, dans es Mém. de la Soc. d’émulation d’Abbeville, 1847-60. 2 Act. sanct. 15 sept.

€, SÉVOLD. 48

martyr, non pas au ? novembre, comme le prétend Peyronet (Catal. Sanct. p. 210), mais le 17 septembre.

Jean Perierus, en consacrant quelques lignes à S. Sévold ‘, rapporte qu'une lettre adressée à Du Cange par un religieux de Saint-Valery et communiquée à Henschenius, dit que ce saint était probablement anglais, qu'on l’honorait le 16 septembre, mais qu'on ne possédait pas le moindre renseignement sur ce personnage.

La date liturgique du 16 septembre était-elle exacte à cette époque? Toujours est-il que c'est le 17 septembre que S. Sévold est marqué dans le Propre de Saint-Valery, imprimé en 1321, et que, ce mème jour, la fete avait lieu à l’église Saint-Vulfran d’'Abbeville.

Une partie des reliques de S. Sévold était conservée à l'abbaye de Saint-Valery ; une recognition faite en 16043 par un visiteur de la congrégation de Saint-Maur, constate, par un procès-verbal, que la chasse de S. Sévold contenait vingt ossements no-

tables avec beaucoup de > (Act, Sanct. t. 1, april. p. 16).

Adrien Blondin, dans ses V' ersus panegyrici, A CON»

sacré à ces reliques les quatre vers suivants : Vidimus et sanctos Sevoldi martyris artus, Cui sanguis palinas, cui diadema dedit.

Ut fornax aurum sie justum passio purgal; Si polum ames certes ut tibi scrta pares.

Ces reliques de S. Sévold ont été brülées pendant

Act. sanct. 16 sçpt. p. 996.

490 * 8. SÉVOLD.

la Révolution; mais celles qui étaient vénérées à Saint-Vulfran d'Abbeville y sont encore conservées dans une chôsse spéciale.

Nous avons vu un petit ossement du même saint dans l’église du Saint-Sépulcre d’'Abbeville.

Le culte de S. Sévold a complétement disparu de notre diocèse, où son nom même est presque complétement oublié.

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