‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 65 sur 78 · COMTE D'AMIENS ET DE CRÉPY · texte numérisé non relu

COMTE D'AMIENS ET DE CRÉPY

30 Septembre. — 1080.

S. Simon, fils de Raoul III, comte d'Amiens et de Crépy, naquit vers le milieu du IX: siècle ‘, au château de Crépy en Valois *. Avant de retracer sa vie, nous devons nous occuper de sa généalogie, mal indiquée par beaucoup d’historiens, et parfaitement mise en lumière, sur presque tous les points, par le P. Perierus dans le savant commentaire dont il a accompagné la Vie de Simon, écrite par un anonyme contemporain $.

Raoul IIT descendait de Charlemagne par Hildegarde, damede Crépy. Par héritage, par alliance,

1 M. le docteur Bourgeois (Histoire de Crépy) place sa naissance en 1030 ; M. Caillette de l’Hervilliers. (Compiègne, sa forêt, ses environs, etc.) en 1048. Cette dernière date nous paraît plus probable, puisque, d’après le témoignage de Guibert de Nogent, Simon était jeune — juvenculus — quand Philippe 1°" lui déclara la guerre, c’est-à-dire en 1074.

3 Crispeium, Crespeium, Crispiacus, Crepiacum. — Arrond, de Senlis.

3 Acta Sanct. 30 sept.

ou par usurpation, il était devenu comte ou seigneur d'Amiens, de Crépy, du Valois, du Vexin, de Pontoise, de Mantes, de Chaumont, de Barsur-Aube, de Vitry, de Péronne et de Montdidier. Guibert de Nogent nous le dépeint en quelques lignes : « Trouvait-1l un château à sa convenance, il l’assiégeait : place attaquée, place prise, tant était grande son habileté dans l’art des sièges. De toutes les places qu’il prenait, il n'en rendait aucune. »

Raoul épousa successivement trois femmes, Adèle, Aliénor et Anne de Russie.

Adèleou Adelhaiïs, était fille de Notcher ou Gaucher IT, comte de Vitry et de Bar-sur-Aube, et par conséquent nièce de Renaud [*, comte de Soissons. Elle mourut en 1053, laissant quatre enfants : 1° Gautier, qui périt près de Reims, dans une embuscade, en se rendant au siége de Vitry-en-Perthois, et qui fut inhumé dans l’église abbatiale de Saint-Remi de Reims ; 2° Simon, dont nous devons raconter la vie; 3° Alix ou Adele, qui épousa d’abord Thibaud TIT, comte de Champagne, et, en secondes noces, [Terbert IV, comte de Vermandois ; 4° Alaïs, qui épousa Barthélemy de Beaufort, surnommé Bardoul, seigneur de Broyes-en-Champagne et de Pithiviers.

Après la mort de sa première femme (1053), Raoul III épousa, l'année suivante, Éléonore, nomme aussi Aliénor, Iaquenez ou Hahaïs, que D.Grenier et Chiillet considèrent à tort comme une fille

De Vita sua, lb. 1, c. x.

de Manassez, comte de Montdidier, et dont on ignore la véritable origine. La Morlière, Duchène, les frères Sainte-Marthe, Adrien de Valois ont confondu Éléonore avec la première femme de Raoul et l'ont prise pour la mère de $. Simon.

Raoul IIL, en 1062, répudia sa seconde femme, sous un faux prétexte d'adultère, et épousa Anne de Russie, veuve du roi Henri [*, avec laquelle il était allié au cinquième degré. Cette union doublement illégitime le fit excommunier par le pape Alexandre III et amena sa brouille avec Philippe Ie qui se trouvait humilié d’avoir un tel beau-père.

Raoul III mourut non pas en 1074, mais en 1079, et fut inhumé, suivant son désir, dans l'église du prieuré qui avoisinait le château de Montdidier. Mabillon suppose que l’usurpateur de ce domaine décéda dans les liens de l’excommunication. Le P. Perierus croit, à meilleur droit, que l’excommunication dut être levée quand la mort d'Eléonore put permettre de valider le dernier mariage de Raoul.

Maintenant que nous avons exposé la généalogie de Simon, racontons sa vie d'après son biographe contemporain et quelques autres chroniqueurs du Moyen-Age. :

Guillaume le Conquérant, ce puissant duc de Normandie qui devait bientôt devenir roi d’Angleterre, était, par sa femme Mathilde, parent de Simon : c'est ce qui explique comment il voulut se charger de son éducation, pour lui inspirer le goût des armes. Le jeune chevalier résida à la cour de Normandie jusqu’en 1064, époque où il revint à

Crépy. L'année suivante, il se rendit à Corbie, où, comme son père et son frère Gautier, il souscrivit aux privilèges accordés à l’abbaye par Philippe I.

Raoul IIT, qui croyait laisser son héritage à Gautier, voulut assurer un sort honorable à son second fils et lui donna le château de Vez en Valois‘, avec une maison seigneuriale dont les principaux offciers étaient un châtelain, un voyer et un sénéchal. Simon put dès lors faire bonne figure à la cour, et Philippe Le lui donna rang parmi les barons de son conseil.

Après la mort de son frère aîné, Simon, devenu héritier présomptif, fut associé par son père au gouvernement du comté d'Amiens. Dès 1069, nous voyons figurer son nom à côté de celui de Raoul, dans une charte où ce dernier exempte les terres du Chapitre d'Amiens de la justice de ses vicomtes et lui fait don de quelques possessions sises à Conty.

La première jeunesse du comte s’écoula en occupations très-mondaines. La chasse était son goût le plus favori. Un jour qu’il avait vainement lancé son épervier pour saisir un oiseau, il se prit d'une telle colère qu'il résolut d'aimer tout ce qui est mal et de haïr tout ce qui est bien; mais cette odieuse inspiration de l’enfer se dissipa si vite que ce fut, au contraire, à partir de ce moment que le jeune comte marcha d'un pas de plus en plus assuré dans le sentier de la vertu.

Simon perdit sa mère en 1053 etson père en 1072.

1 Vez, près de Crépy (Vadum) fut la première capitale du Valois. |

I devint donc, à l’âge de vingt-quatre ans’, le plus grand seigneur terrien du royaume *. Le roi Philippe [°, jaloux d’un tel voisin, voulut venger sur le fils l'injure du père qui avait osé épouser Anne de Russie, et lui suscita un puissant ennemi dans la personne de Bardoul, seigneur de Broyes. Chifflet, Du Cange et le P. Perierus lui donnent le prénom d’Hugues et supposent que c'était son neveu, le fils d’Alaïs et de Barthélemy de Beaufort; Alaïs, étant la plus Jeune sœur de Simon, ne pouvait avoir tout au plus que vingt-deux ans en 1072 et n'avait point par conséquent de fils en état de porter les armes. Carlier et Colliette disent que ce Bardoul * était le beau-frère de Simon; mais nous ne voyons nulle part qu'il ait porté le nom de Hugues. Du Cange, sans se prononcer formellement, suppose que « Hugues Bardoul, seigneur de Broies, l’un des héritiers de Raoul, était vraisemblablement le fils de celle de ses deux filles qui avait épousé Barthélemy de Broies et de Beaufort *. »Nous avons vu que cela était physiquement impossible. Mais du Cange nous offre lui-mème, sans l'avoir aperçue, la solution

1 Guibert de Nogent remarque que Simon était tout jeune à cette époque — juvenculus.

1 Nous avons désigné plus haut les seigneuries dont Simon hérita. Hariulfe le qualifie à tort de comte de Vermandois, dans sa Vie de S. Arnoul, titre qui lui fut aussi étranger que celui de comte de Champagne, donné à tort par le Nécrologe de l’abbaye de Saint-Claude.

3 Une charte citée par les Bollandistes nous apprend que : Bardoul ne mourut qu’en 4081 et non pas en 1065, comme l'avait supposé Chifflet.

“ Histoire des comtes d'Amiens, p. 207.

4ij0 S. SIMON, COMIE D'AMIENS.

de ce problème, en nous apprenant, quelques pages auparavant ‘, que Barthélemy de Broyes était fils de Hugues Bardoul. Le puissant ennemi que le roi de France suscita à Simon était donc le beaupère de sa sœur Alaïs.

Hugues Bardoul envahit les domaines de Simon et lui enleva Bar-sur-Aube, Vitry et la Ferté. De son côté, Philippe [*", en 1074, se mit à ravager le Valois. Simon, après avoir convoqué ses vassaux, se détermina à user de représailles et porta la guerre dans les domaines de la couronne.

Bientôt le comte d'Amiens interrompit ses entreprises pour se rendre à Rome. Quel fut le motif de ce voyage ? Iuriulfe * ne s'en rend pas compte en disant quele principal but fut le désir d'aller vénérer le tombeau de S. Pierre et de S. Paul. D'après Carlier, le roi aurait eu recours à la ruse pour se débarrasser d’un dangereux vassal, et Grégoire VIE, complice de ce calcul, aurait appelé Simon pour le déterminer à cesser la guerre et l’engager à embrasser la vie monastique.

M. l'abbe Laftineur, dans un mémoire lu au Comité archéologique de Senlis *, a complétement réfuté l'historien du comté de Valois, en montrant : Le que Grégoire VIT était d’un caractère trop rigide pour tremper dans les intrigues d'un roi que, cette année-là même, 1l avait menacéd'excommunication;

4 Vita S. Arnulphi, Nb. 1, ce. 15. |

3 Les relations de S. Sunon de Crépy et du pape S. Gréyoire VII, article inséré dans les Mémoires du Comité. année

* ® qu'aucun document ne Justifie de pareilles allégations; 3° que la conversion du comte de Crépy à la vie monastique s'explique très-simplement par ses dispositions naturelles, ses inquiétudes sur le salut de son père et l'impression que lui causa la vue de son cadavre; 4° que le texte de la Vie de Simon prouve que le Pape ne s'est point immiscé dans les débats politiques du roi de France ; 5° que toute la conduite de Simon relève d’une vocation vraiment libre, exempte de toute espèc@de pression.

M. Caiïllette de l'Hervilliers suppose que ce voyage s'accomplit pendant une trève. « Il est facile, ditil, d'admettre que, conformément aux usages de la trève de Dieu, en vertu de leur serment, l’évêque de Paris ou celuide Soissons aura imposé au roi de France et à Simon une trève de plusieurs mois pour juger leur différend, et que, pendant ce temps-là, le comte de Crespy se rendit à Rome. On avait vraisemblablement renvoyé cette affaire au Jugement du Pape”. »

Il est possible qu'une trève soit intervenue, mais elle aurait été violée par le roi, comme nous le verrons plus tard. En tout cas, ce n'eût été qu'un. armistice purement militaire ; car le biographe de Simon ne dit rien qui puisse faire supposer une intervention Judiciaire de Grégoire VIT; mais il nous fait deviner par quelques mots la véritable cause du pélerinage, en nous disant que Simon fut agité par des scrupules en voyant les ravages causés par la guerre et quil voulut aller trouver le Pape pour

t Compiègne, sa forêt, ses environs, etc.

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