‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 67 sur 78 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

au monastère de Saint-Médard, était en train de prier dans sa cellule quand une extase subite lui fit connaître la mort de Simon. 11 demanda aux moines de célébrer à cette occasion un service funèbre. L'abbé, après quelque hésitation, se rendit à cette prière. Un courrier, arrivé un mois après, vint faire part de la mort de l’ancien comte d’Amiens, laquelle était advenue au jour et à l'heure indiqués par S. Arnoul.

Robert, moine de Saint-Oyen, qui avait assisté Simon à ses derniers moments, retourna à son Monastère où il ne cessa de donner l'exemple édifiant de toutes les vertus.

Il approchait de sa fin, quand Simon lui apparut en songe ct lui reprocha de n'avoir rien donné aux pauvres pour le repos de son âme ; mais il le rassura aussitôt en ajoutant qu'il jouissait d’un bonheur inénarrable. Il le pria ensuite d’aller trouver S. Anselme, abbé du Bec, et de lui dire qu’il avait fait bien peu d’aumônes à l’occasion de sa mort. Robert accomplit cette mission, et le futur Archevêque de Cantorbéry reconnut en pleurant que ce reproche était mérité.

Nous terminerons cette biographie en empruntant la juste appréciation suivante de Simon à l'introduction dont M. Henri Hardouin a accompagné son édition de l'Histoire des comtes d'Amiens, de Du Cange : « C'est une belle et dramatique vie que celle du comte Simon; valeur, lumières, foi vive, signalent sa trop courte apparition au sein du monde demi-barbare qu'étonne et subjugue son héroïque piété. Pénitent des crimes d'un siècle de

fer, comme il l'était naguère de ceux de son père, Simon abdiquera pour le cloître, la puissance de ses aïeux. Quel plus noble précurseur des preux de la Terre-Sainte que ce fils d'indomptables barons, qui se prosterne, victime expiatoire de leurs iniquités, aux pieds d’un inflexible pontife, et qui, digne héritier pourtant des vertus guerrières de sa race, triomphe des usurpateurs de son héritage, mais seulement pour sanctifier encore, par le sacrifice de la gloire humaine, l'abandon du rang et de la richesse ! »

C’est de notre Saint que tire son origine l'illustre famille qui porte son nom. La Morlière ! et Moreri en retracent la généalogie, Qu'il nous suffise de dire que la plus jeune sœur de Simon épousa Herbert IV, comte de Vermandois; que leur fille Aloys ou ÂAlis se maria à Hugues de France, frère de Philippe [”, et le fit ainsi hériter du Vermandois : que leur fils ainé, ayant été déshérité, fit défricher un terrain voisin d’Avesne ?, y bâtit un château quil appela Saint-Simon, en l'honneur de son grand-oncle. Ce fut le berceau de la famille de ce nom qui se rendit célèbre pendant le Moyen-Age et dans les temps modernes. Ses armes étaient de sable a la croix d'argent chargée de cinq coquilles d'or. La croix rappelait la profession monastique de $. Simon; le champ de sable, la couleur noire de l'habit bénédictin; les coquilles, les deux pèlerinages à Rome.

® Muisons de Picurdie. p. 196.

? Hameau dépendant aujourd’hui de Saint-Simon, dans l’ar-

rondissement de Saint-Quentin.

RELIQUES

Les Bollandistes croient que le corps de S. Simonest toujours resté à Rome, mais qu’à une époque inconnue, un ossement fut donné à l abbaye de Saint-Oyen (Saint-Claude), et un os du bras à l'église de Mouthe où cette relique est encore vénérée aujourd hui par un grand nombre de pèlerins.

M. l'abbé E. Defer dit au contraire, dans sa Vie des Saints du diocèse de Troyes (p.248) que le corps de S. Simon, après avoir été inhumé à Rome fut transféré plus tard dans l'église Saint-Pierre de Bar-sur-Aube et qu'un parquet, qui date d'uue dizaine d'années, dérobe aujourd hui la tombe de Simon, placée dans une chapelle collatérale. Nous croyons que cette pierre tombale ne fut jamais qu'un monument commémoratif et ne recouvrit aucune relique de notre Saint.

CULTE

Une Vie de S. Simon, attribuée au P.J. Dunod, imprimée à Besançon en 1728, et où fourmillent les erreurs, parle * des miracles accomplis au tombeau de Simon, ce qui aurait déterminé Alexandre TI à le déclarer bienheureux, et Grégoire VII à le canoniser. Nous ne trouvons nulle trace de la canonisation dont parlent Dunod et Carlier. En ce qui concerne Alexandre IT, le fait est évidemment faux, puisque ce pape mourut en 1075, neuf ans au moins avant Simon.

Il est qualifié de bienheureur par Grevenus, Bucelin, Antoine de Heredia, d'Achéry, Mabillon, Châtelain, Godescard, Rorhbacher, M. Caillette de l'Hervilliers, etc.; de saint, par Albéric de Trois Fontaines, Chifflet, La Morlière, Canisius, Du Saussay, les Bollandistes, le Propre de Beauvais, etc.

Ferrarius, Châtclain et Du Saussay disent que Simon

était particulièrement honoré par les Prémontrés de Vermand, en Picardie. Maurice Dupré, qu'on doit croire en sa qualité de picard, dément cette assertion dans son Histoire de l'ordre de S. Norbert (lib. 11, c. v.). Peut-être avait-il été honoré dans l’ancienne abbaye que détruisit Edouard III, en 1338.

On célébrait sa fête, le 3 octobre, au monastère de Saint- Claude.

S. Simon est honoré aujourd’hui dans les diocèses de Beauvais (5 octobre), de Sauint-Claude et de Besançon. La paroisse de Mouthe (arrondissement de Pontarlier) lui rend un culte tout spécial.

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