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qu'il lui imposit une pénitence. Nous pouvons en inférer que le comte d'Amiens se laissa peut-être entraîner trop loin dansles représailles, qu'il s'émut de pitié devant les dévastations qu'il avait faites et qu'il voulut solliciter une pénitence pour ses fautes passées et de bons conseils pour sa conduite à venir. Car il est probable qu'il nourrissait dès lors le désir d'embrasser la vie monastique.
Le Pape exigea de Simon qu'il déposät les armes avant de l'entendre, sans quoi, disait-1l, l'absolution . serait sans valeur. Quand le fier guerrier, après un peu d'hésitation, se fut soumis à cet ordre, le Souverain Pontife lui imposa une amende, dont il retint une partie pour lui et dont il donna l’autre à deux personnages très-religieux qui se trouvaient là *.
Grégoire VII donna au comte d'Amiens l'absolution de ses fautes, lui fit rendre ses armes et lui recommanda la gestion de ses biens jusqu’à la con-
clusion de la paix avec Philippe; cette circonstance
1 Præsul pœnitentiam indicit et indictæ partem super se detenuit, duobusque religiosissimis viris qui tunc præsentes aderant, dit le biographe contemporain. Mabillon déclare (Annal. ben. v, 92) qu'il ne sait ce qu'il fautentendre ici par pœnitentia.Du CANGE (Histoire des comtes d'Amiens, p. 209) et l'abbé CARLIER (Histoire du duché de Valois, 1, 315) ont compris par là que le Pape avait pris sur lui cette partie de la pénitence et laissé l'autre à deux religieux, en sorte que Simon en aurait été exempt. M. Caillette de l'Hervilliers fait remarquer combien cette interprétation est contraire aux usages du temps ainsi qu'aux premières notions théologiques,et conclut que le mot pœnitentis est ici synonyme de mulctu, amende. Nous sommes tout à fait de ton avis.
nous fait supposer que Simon lui avait fait part du désir qu’il avait d'entrer en religion. Ce qui nous confirme dans cette pensée, c'est que le Pape lui donna deux mentors, Hugues, évêque de Die, cardinal-légat qui se rendait en France, et Hugues le Grand, abbé de Cluny, chargés tous les deux de le guider dans la pratique des devoirs religieux.
Le comte d'Amiens revint en France (1075), sans doute avec le désir d’y conclure promptement la paix. Mais trouvant ses États envahis et la ville d'Amiens occupée par Philippe I‘, il fut obligé de continuer la guerre. Après divers combats, mêlés de revers et de succes !, la paix fut enfin décidée, grâce à l'intervention des barons et des grands du royaume, en sorte que Simon put rentrer en” possession de tous ses domaines.
Simon songeait souvent à son père Raoul, inhumé à Montdidier dans le tombeau qu'il s'était fait construire de son vivant *.
1 Quelques écrivains modernes disent que Simon, blessé mortellement dans une bataille, fut guéri en invoquant la sainte Vierge.
1 Cette pierre sépulcrale, jadis dans l’église du prieuré, est placée depuis 1832 dans le bas-côté gauche de l’église Saint- Pierre. M. H. Dusevel l’a décrite ainsi : « Raoul est représenté étendu sur cette tombe, les mains jointes et le corps revêtu d’une tunique à manches courtes; la tête repose sur un coussin soutenu par un ange à demi-brisé ; la figure est sans barbe ; il foule aux pieds un lion saisissant un chien qu'il semble vouloir étrangler. A droite de cette représentation est l'épée du comte de Valois; le céiuturon est enroulé autour du fourreau. » (Le département de la Somme: Montdrlier, p. 6).
En 1076:, il envoya demander au pape Grégoire
VII comment il pourrait secourir l’âme de son père. Ï1 lui fut répondu qu'il devait enlever le corps du défunt du lieu qui avait été témoin de son usurpation, distribuer d’abondantes aumônes et faire célé-
brer des messes solennelles.
Un poète du XIII: siècle, Thibaut de Marly”, raconte l’exhumation de Raoul dans une satire sur
les mœurs de son temps, pour effrayer ceux qu mentent et se parjurent. Voici la traduction de ce
passage ° :
« Mais veuillez vous souvenir de Simon de Crépy, qui exhuma son père, le comte Raoul ; il trouva
1 Du Cange et M. de Beauvillé placent l'événement que nous allons raconter en 1077, parce qu’une charte de donation mentionne que Raoul resta trois années inhumé à Montdidier et qu'ils placent sa mort en 1074. Nous rangeant à l'avis des Bollandistes, qui mettent ce décès en 1072, nous devons rapporter l'exhumation à l’an 1076. La mort datant du 8 novembre et l’exhumation du 22 mars, trois ans et demi s’écoulent entre ces deux faits.
3 Et non pas Thibaut de Mailly.
3 Ains vos vueil amentoivre à Simon de Crespi
Qui le cuente Raoul son père défoui Et trouva dans sa bouche un froit plus que demi Qui li rongeoit la langue dont jura et menti Li Cuens vit la merveille, moult en fut esbahï: Est-ce donc me pères qui tant chastiaux broï ? Jà n’avoit-il en France nuz prince si hardi Qui osast vers li fere ne guerre ne estri Quant q'uil avoit au siècle laissa ct enhaï.
Bien le laissa voir que sa terre en guerpi Dedans une forest en essil s’enfouï,
Là devint charbonniers.
La satire de Thibaut de Marly est citée dans FAbcnET, Recueil: de l'origine de la langue ct poésie françoise, livre 51, p. 957, et dans le P. LaBre, T'ubles généulogiques.
dans sa bouche un serpent, sorti à moitié, qui lui rongeait sa langue coupable de parjures et de mensonges. Le comte, voyant cette merveille, en fut frappé d'effroi. Eh quoi ! s’écria-t-il, est-ce donc là mon père qui assiégea tant de châteaux? Naguère, il n’y avait en France aucun prince assez hardi pour oser l’attaquer et lui déclarer la guerre! Tout ce que Simon possédait dans le monde, il l’abandonna avec aversion. Après avoir témoigné de ses sentiments en faisant l'abandon de ses terres, il s'exila et s'ensevelit dans une forêt où il se fit charbonnier. »
Le corps de Raoul fut transporté trois ans après son décès dans l'église abbatiale de Saint-Arnoul de Crépy, où fut érigé un magnifique mausolée en cuivre doré, orné de figurines et de pierres précieuses.
Par une charte datée du 22 mars 1077 (nouveau style), Simon fit don à ce monastère de sa terre de Bonneuil-en-Valois ‘, avec ses dépendances et ses serfs, ainsi que de deux riches candélabres. Les pauvres, les veuves, les orphelins, reçurent à cette occasion d'abondantes aumônes,
C'est également à cette époque que, pour se conformer aux prescriptions de Grégoire VII, le comte d'Amiens fit ses principales fondations. Nous allons les énumérer en y joignant quelques générosités de date inconnue ou postérieure.
1 Bonoculum. — Canton de Crépy. — Le comte Raoul IIT avait déjà donné en 1053 à l’abbaye de Saint-Arnoul. l’église de Bonpeuil.
Dix prieurés durent leur fondation au comte Simon : Saint-Pierre, à Bar-sur-Aube, Sainte-Germaine, près de cette ville; Cunfin, la Ferté-sur- Aube, Montier-en-l'isle, Saint-Léger-sous-Brienne, Silvarouvre (Aube), Latrecey ( Haute - Marne), Mouthe (Doubs) et Sermaize (Marne).
Sur l'emplacement de l'antique chapelle de Sainte-Germaine, Simon fit ériger, sous le vocable de Saint-Étienne, une vasteéglise que dédia l’évêque de Langres, le premier dimanche de mai de l'an
Par une charte de la mème année, datée de la Ferté-sur-Aube, Simon donna à S. Robert, abbé de Molesmes (Côte-d'Or), la forêt de Charmoy (arrondissement de Nogent-sur-Seine), les terres de Grancey-sur-Ource (arrondissement de Châtillonsur-Seine), le droit de pêche et quelques familles de serfs, à la condition que ce monastère célébrerait un obit perpétuel pour lui, son père Raoul et sa mère Adèle.
« Eudes, abbé de Montier - Ramey ', dit Du Cange”, vint en la cour de Simon pour lui demander une renonciation à plusieurs droits qu'il exigeait sur Lens, lieu qui dépendait de son monastère. Ces droits consistaient principalement dans le fauchage du foin, l'obligation de le conduire à son château, le biau ou la nourriture de ses chiens, le charroi, la facon de ses bois, un faisceau de chanvre, etc. » On attribue aussi à Simon la complète restauration
1 Montier-en-Der (Haute-Marne).
4 Histoire des comtes d'Amiens, p. 210.
de l'hôpital de Saint-Nicolas, à Bar-sur-Aube, et de riches donations:au monastère Saint-Remi de Reims, où étaitenterré son frère Gautier, et à l’abbaye de Saint-Arnoul de Crépy.
Nous ne voyons nulle part que notre diocèse ait eu part aux faveurs de Simon, qui résidait le plus habituellement à Crépy ou à Bar-sur-Aube.
Sollicité par ses vassaux de contracter une alliance avantageuse, Simon feignit de se prêter à leurs desseins et se rendit à la cour d'Hildebert IT de la Marche’, dont la fille, nommée Judith, Jui fut fiancée ; mais il détermina secrètement la jeune fille à prendre le voile et la fit conduire par deux parents ? au monastère de la Vau-Dieu, sur le mont Jura, qui dépendait de la Chaise-Dieu *. |
Hildebert IE, apprenant la disparition nocturne
1 D'après l'Art de vérifier les dates, ce serait Robert II, comte d'Auvergne,
? Garnier et Adelbert de Montmorillon. Is se firent moines tous deux à la Chaise-Dieu. Adelbert devint abbé de Déols, en 1807, et archevêque de Bourges en 1095.
3 Quelquesécrivains, négligeant le texte de Guibert de Nogent, ont supposé qu’il y avait eu mariage et non fiançailles. Si M. Brainne avait jeté un coup d'œil sur les documents historiques qui concernent Simon, il se serait épargné une incroyable légèreté. Après avoir rappelé que Raoul III et Philippe Ier se sont rendus coupables de bigamie, il ajoute : « Après bien des luttes et des actes de violence, Simon, éprouvant un remords de conscience, résolut d’embrasser la vie monastique, mais, digne de son père et du roi, il commença par épouser la fille du comte d'Auvergne et se retira le jour mème dans un monastère avec cinq ou six chevaliers qu’il avait convertis à la façon du comte Ory.» (Hommes illustres du département de l'Oise, tom. ut, p. 377.)
de sa fille, s'imagina d’abord qu'elle avait suivi un séducteur : mais le comte d'Amiens le rassura bientôt en lui faisant connaître toute la vérité.
Peu de temps après, Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, manda Simon à sa cour et lui offrit en mariage sa fille Adèle qu'il avait refusée à Robert Guiscard, prince de la Pouille, et à Alphonse, roi d'Espagne '. Notre comte qui avait été élevé à la cour du duc et qui connaissait par conséquent son caractère impérieux, n'osa point refuser ouvertement ; il allégua des empêchements de parenté, la dispense qu'il fallait solliciter du Saint-Siége? et obtint de faire à ce sujet une démarche auprès du souverain Pontife.
Au lieu departir pourl’Italie, Simon, accompagné de quelques gentilshorames de sa famille * se rendit à Saint-Oyen “, où 1l se fit moine en même temps qu'eux. Voici quel fut le motif de ce choix, réalisé en 1077 * sous l’abbatiat d'Eudes.
1 Carlier (t. 1, p. 314) commet une bévue en disant que « Alphonse, roi d'Espagne, fit proposer à Simon une princesse de son sang et que Robert, prince de la Pouille, fit les mêmes démarches en faveur d'une dame de sa maison. »
? Simon était parent au cinquième degré avec Mathilde, femme de Guillaume et fille de Beaudoin V, comte de Flandre.
3 La Chronique de Bèze (monastère du diocèse de Langres) nous apprend que Simon s'était fait précéder par Raoul et Francon, et qu’il conduisait avec lui trois autres chevaliers, Robert, Arnoul et Garnier.
Ce monastère, appelé aussi Saint-Euyende, Saint-Ayen, Saint-Oyand, Condat, était situé au pied du PU Il prit le nom de Saint-Claude au XIIIe siècle.
* Albéric de Trois-Fontaines place à tort cette entrée en religion dès l’an 1076; car Simon prend encore le titre de comte
Un jour que S. Simon, dévoré par la fièvre, dormait dans son verger, il vit lui apparaître S. Arnoul, $. Oyen et un troisième bienheureux inconnu qui lui prescrivirent d'entrer à l’abbaye de Saint-Oyen. Le comte s'étant réveillé en sursaut : « Me voilà guéri, s’écria-t-il ; mais où sont donc les trois seigneurs qui étaient-là ? »
En Flandre et à l'étranger, partout où Simon était connu, on admira comment un prince qui rivalisait d'opulence avec le roi de France, avait pu prendre une si étonnante détermination. Son exemple produisit une grande impression sur les gentilshommes et plusieurs d’entre eux, comme Hugues, duc de Bourgogne, et Guy, comte de Micon, se firent moines à Cluny.
« Après l'entrée de Simon dans le cloître, dit M. Caillette de l'Hervilliers, ses domaines furent divisés entre ses parents, qui laissèrent toutefois aux maisons religieuses et aux pauvres ceux qu'il leur avait donnés. Le roi de France devint possesseur du Vexin et par conséquent avoué de l’abbaye de Saint-Denis dont il prit la bannière pour oriflamme. Étienne, comte de Champagne, comme descendant d’Alix, fille de Raoul III de Crépy, eut les terres qui étaient dans son comté ; mais 1l en céda une partie à Hugues Bardoul, fils de Barthélemy de Broyes et d'Alix de Crépy (Alaïs). Il conserva le comté de Bar-sur- Aube, pour lequel il devait rendre foi et hommage à
dans une charte donnée en faveur de Saint-Arnoul de Crépy, datée du 11 des calendes d'avril 4077.
l'évêque de Langres. Enguerrand de Boves eut une partie du comté d'Amiens et laissa le reste à Gui et à Ives, dont la filiation est mal connue. Selon Du Cange, ils n'étaient que frères consanguins de Simon. Plusieurs pensent que ce Gui n'était autre que le comte de Ponthieu, du même nom; qu'il s'empara par le droit de bienséance* de la partie de l’Amiénois voisine de ses possessions et qu'il s’associa dans cette usurpation Ives, son fils et son complice. L'existence de ces deux comtes est prouvée par une charte sans date, citée par Du Cange : nos, disponente Deo, comiles Ambiant Guido scilicet el Ivo. Ce document dans lequel ils prennent le titre de comtes d'Amiens, par la grâce de Dieu, a pour objet un règlement de répression de vexations exercées par leurs vicomtes dans l'Amiénoiïs. Il fut dressé sous le règne de Philippe 1°, sous le pontificat de Renaud, archevêque de Reims, et par le conseil de Guérin, évêque d'Amiens. »
Simon, lorsqu'il était comte, avait donné l’exemple de bien des vertus chrétiennes; sous de riches vêtements, il portait un cilice. Dés qu'il fut moine, 11 redoubla d'austérités, et se dépouilla de tout esprit d'indépendance, en même temps que de ses titres. Obéissant et humble, il pratiquait tous les devoirs de la vie monastique. Son lit était placé dans la sacristie, pour quil pût se rendre plus
1 Au Moyen-Age, ce droit de bienséance, invoqué trop fréquemment sous prétexte de convenance territoriale, n'était autre chose que l'exercice du droit du plus fort.
8. SIMON, COMTE D'AMIENS. 507 facilement à l'église et y vaquer à l’oraison. Il était si bien habitué au jeûne et aux privations que, pendant une famine, 1l se nourrit de pain d’avoine, sans Jamais s’en plaindre eten rendant grâce à Dieu. Atteint d'une paralysie des jambes, il déguisait ses souffrances et refusait d'ôter ses sandales pour se procurer quelque soulagement.
Une nuit que Simon avait précédé ses freres à l’église, il vit l'enceinte s’illuminer et un prêtre mystérieux, qu accompagnait un diacre et un sousdiacre, chanter une messe solennelle. Le célébrant, après lui avoir donné sa bénédiction, disparut soudain avec ses deux acolytes.
L'abbé de Saint-Oyen, témoin de tant de vertus, avait assigné à Simon, dans le Chapitre, une place plus rapprochée de la sienne; mais l’humble religieux, offusqué de cet honneur, obtint de reprendre son ancien rang.
Ces marques de considération engagerent Simon à se confiner dans un ermitage. Ayant obtenu permission de son abbé, il se retira, avec quelques compagnons d'une grande piété, dans une solitude que la tradition place à Mouthe (Doubs). Le défrichement des terres, la coupe des arbres, L'apprèt d'aliments grossiers, la prière et la méditation, voilà quelles étaient les occupations habituelles de l’ancien comte d'Amiens, que la tradition grossissante a métamorphosé en charbonnier *.
1 On pourrait admettre que Simon, lorsqu'il se retirait dans le fond des forêts, ait pu demander de l’emploi dans les ateliers de charbonnage : c’est du moins ce que prétend la tradition, en désignant les bois de Cufin (Aube).
C'est de lui que parle ainsi Thibaud de Marly :
Dedans une foreét en essil s’enfoui Là devint charbonniers. Un tel ordre choisi, Cette vie mena tant que il affoibli, Puis revient à l’aumône en guise de mandi.
Les pauvres n'étaient jamais repoussés de l’ermitage, près duquel s'étaient groupés beaucoup de moines charitables, Un jour que le dépensier de la communauté avait donné tout ce qui restait de pain, Simon se mit en prière, et bientôt arriva un homme chargé de pains qui les donna au dépensier de la part de Simon ‘.
Un autre Jour, que notre ermite fendait du bois, le fer de sa cognée s’échappa, lui tomba sur le pied et le blessa grièvement ; il persévéra à refuser toute intervention de médecin et ne voulut recourir qu'à Dieu pour obtenir une prompte guérison.
Simon, en recevant la visite d’un religieux étranger, apprit qu'il portait sous ses vêtements une cuirasse de fer; 1l parvint à se faire céder cet instrument de pénitence et s'en revûtit en guise de cilice, ce qui augmenta encore l'aspect décharné qui frappait tous les yeux d'une admiration compatissante.
Malgré cet amour de la solitude, Simon nepouvait rester complétement étranger aux affaires publiques. En 1078 il avait souscrit à une charte de Philippe I‘ en faveur de Cluny. Quelques années plus tard, chargé par Hugues, abbé de ce monastère,
‘ Nous avons mentionné un trait analogue dans la Vie deS. Josse. Voir la note de la page 92 de ce volume.
d'adresser au roi des réclamations au sujet de quelques usurpations de la Couronne sur les biens de l'abbaye, il se rendit à Compiègne où il arriva la veille de la translation du saint Suaire, donné par Charles le Chauve, dans une nouvelle châsse offerte par Mathilde, reine d'Angleterre '. L'’ancien comte de Crépy fut bien vite reconnu dans l'église de Saint-Corneille, acclame par la foule des assistants et entraîné au palais du roi, situé alors sur les bords de l'Oise, au lieu dit le Beauregard. Philippe [‘, plein de respect pour l'illustre moine, lui accorda aussitot ce qui faisait l'objet de sa MISSION.
Après la translation du saint Suaire, Simon partit en Normandie, pour visiter le duc Guillaume et Mathilde. Il parvint à les réconcilier avec leur fils Robert, surnommé Court-Manteau, que l'ambition avait poussé à la révolte armée.
Guillaume le Conquérant, la reine, les seigneurs de Normandie offrirent à l’ancien comte d'Amiens de l'or, de l'argent, des cadeaux de tout genre ;
1 Nous hésitons sur la date qu’il faut assigner à cet événement. Le diplôme de Philippe Ier relatif à cette translation était date, dit-on, de l’an 1092, époque où Simon était décédé depuis une dizaine d'années et la reine Mathilde depuis sept ou neuf ans; faut donc admettre, comme le remarque M Caillette de l’Hervilliers, que le copiste de cette charte aura dû se tromper dans sa transcription de chiffres. Le P. Lengelé, auteur d’une Histoire du suint Suaire, place sa translation en 1082. En ce cas, il faudrait faire vivre Simon jusqu'à cette époque et non pas seujement jusqu'en 400, comme le croient les Bollandistes. Chifflet suppose que la cérémonie eut lieu en 1079, mais que le diplôme n'en avait été donné qu’en 1092, à un anniversaire de cette translation. Enfin, les Bollandistes la placent en 1078.
l'humble moine ne voulut accepter que quelques reliques, mais son désintéressement ne fut pas imité par tous ceux qui l’accompagnaient.
En revenant de ce voyage, il fut enlevé par un brigand, près de la Ferté-Milon, l’un de ses anciens domaines. Délivré par les gentilshommes de sa suite, il défendit de faire aucun mal à ce bandit, en faisant remarquer qu'à Dieu seul appartient la vengeance et qu'il faut endurer les outrages avec résignation, puisque c’est par la patience que nous pouvons sauver nos âmes.
S'il fallait en croire l'historien du comté de Valois, Simon aurait fait un pélerinage à Jérusalem et serait descendu à l’hospice du monastère de Josaphat, gouverné alors par le B. Hugues, ancien profès du couvent de Saint-Arnoul de Crépy. Reçu avec de grandes démonstrations de joie, il aurait rapporté de ce voyage une lettre datée de 1081 pour le prieur de Crépy et de nombreuses reliques pour ce même monastère. L'autorité de Carlier, fort souvent sujette à caution, ne nous paraît point suffisante pour faire admettre un fait que n'indique aucun ancien document.
Simon, après un court séjour au château de Crépy, était rentré à son monastère, quand le pape S. Grégoire VIT pria l'abbé de Saint-Oyen de lui envoyer l'illustre anachorète. Ne recevant point de réponse et devinant un refus, le souverain Pontife menaca d'excommunier l'abbe et toute la commu nauté. Il fallut bien se résigner à laisser partir celui qui était la gloire de la congrégation. Simon fut accueilli à Rome avec la plus vive Joie et logé près
de l’église Sainte-Thecle. Tous ceux qui l'avaient accompagné, sauf deux moines ‘, furent bientôt frappés mortellement par la malaria.
Grégoire VII chargea Simon de négocier la paix avec Robert Guiscard, duc de la Pouille, fondateur du royaume de Sicile. Notre Saint réussit dans cette difficile mission * et profita si bien de son voyage pour évangchser les populations qu'il détermina soixante soldats à embrasser la vie monastique à.
Revenu à Rome, Simon ne put obtenir la permission de retourner dans son monastère : « Ce n’est point ma volonté, lui dit le Souverain Pontife, mais celle de S. Pierre qui t'a appelé à Rome. Rends-toi donc à la confession du Prince des Apô tres ét demande lui ses ordres, »
S. Simon, obéissant à cette injonction, passa la nuit suivante dans les grottes vaticanes et y contracta la maladie qui devait bientôt l'enlever. Après s'être confessé au pape eten avoir reçu l’absolution, l’ancien comte d'Amiens et de Crépy mourut le 30 septembre * de l’an 1080 ou 1082, âgé d’environ 32 ans.
1 L'un retourna à Saint-Oyen et l’autre, nommé Robert, continua à servir Simon,
3 Albéric de Trois-Fontaines fixe cette négociation à l’an 1081 : Baronius et les Bollandistes à l'an 1080.
3 Le Propre de Beauvais ajoute, nous ignorons d’après quelle autorité, que Simon, par ses prières, fit cesser une peste qui décimait l'armée du Saint-Père.
# Pridie calendus octobris, c'est-à-dire le 30 septembre, dit le biographe anonyme. Le Nécrologe de Saint-Claude indique le 29 septembre, mais, comme le remarquent les Bollandistes, l’autorité du biographe anonyme est préférable à celle du nécrologe qui, dansce même article, qualifie Simon de comte de Champagne,
s En 41082, selon Albéric de Trois-Fontaines, suivi par
S. Simon fut inhumé dans la basilique Saint- Pierre au milieu d'un immense concours d’assistants où figuraient trente-cinq congrégations. Tout le clerge de Rome, évêques, abbés, clercs et moines portaient à ses funérailles des cierges et des torches. Le Pape, retenu par une indisposition, ne put assister aux obsèques, mais il distribua aux indigents le produit de la quête qu'on y avait faite. Mathilde, reine d'Angleterre, fit les frais d'un magnifique mausolce de pierre et de marbre, de forme pyramidale. On y inscrivit l'épitaphe suivante composée par Oddon de Châtillon qui devait bientôt porter la tiare sous le nom d'Urbain II :
Simon habens nomen, majorum sanguine claro, francorum procerum pars ego magna fui.
Daupertatem amane, patriam mnndumque reliqui Œljristum divitits omnibus anteferens.
Mabillon, l'Histoire littéraire de la France, Carlier, MM. de Beau. vllé, Caillette, Defer, Bourgeois, etc. ; en 1081, selon Du Cange; en 1080, d’après Chifflet, Bouchet et les Bollandistes. Comme points de départ, dans cette appréciation, on peut faire intervenir les dates de la translation du saint Suaire de Compiègne, et de la paix conclue entre Grégoire VII et Robert Guiscard : mais nous avons vu que ces dates elles-mêmes sont contestées. Les Bollandistes se prononcent puur l’an 1082, par les deux raisons suivantes : {o S. Arnoul était encore reclus à l'abbaye de Saint- Médard : il ne fut appelé à l’épiscopat que par le concile de Soissons : or ce concile eut lieu en 1080, selon les Bollandistes ; en 4078, d'après Baldéric et Marlot. La charte de Philippe donnée à ce sujet, que publie le Gallia Christiuna, porte la date de 4079. * Arnoul a donc dù ètre consacré en 1080 ou au plustard en 4081. 90 L'autorité d'Hariulfe, auteur contemporain de la Vie de S. Arnoul, paraît plus grande que celle d’Albéric des Trois-Fontaines qui vivait un siècle et demi après Simon. |
Yost ad apostolicam eælestis prineipte aulam Œxinius tanti me patris egit amor.
Q@uo duce promerear tandem super astra Levari. $ospitor hic sacras conditus ante fores.
Mabillon a publié une seconde épitaphe tirée d'un manuscrit de Clairmarais et que plusieurs critiques attribuent à Foulion de Beauvais, sous-diacre de l’église de Soissons. Ce pourrait bien être l'inscription gravée sur le cénotaphe érigé plus tard à S. Simon, dans l’abbaye de Saint-Arnoul de Crépy. On verra que l’auteur, dans ses vers souvent obscurs, joue sur le nom de Simon, qui appartient également au Prince des apôtres :
Principis in caula, Simon in Simonis aula Cum cruce, cum pera, nunc inter ovilia vera Despicit incursum, cujus sapientia sursum Tendit ; quæque super terram sunt temnere nuper Constituit, laqueos fugiens et retia mundi, Per cultus, per opes, per equos, per tela, per enses, Per genus et speciem, per rura, per opida, Romam Venit, et a Roma cœli super atria plaudit.
Sic Petrus petræ per ovilia mittit ovile, Magno pastori pastor quem credidit agnum, Agnus in agno,custos in custode quiescit.
Petrus cum petra, Simon cum Simonc regnat.
Publica res cadem, Rex unus, grex sit ut idem. Gallia quem genuit, quem natum, quemque renatum Nec sic obtinuit, cum re, cum uobilitate.
- Spreta dolet genitrix ; si non sit captus amore Cœælestis patriæ, qua mittit Roma fideles ; Invidet hunc Romæ : tamen exsequialia parva, Hunc ne despiciat, lacrymas et carmina mittit.
Hariulfe, dans sa Vie de S. Arnoul (1. u, cap. xv), raconte que ce futur évêque de Soissons, retiré alors