‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 7 sur 78 · PATRONAGE · texte numérisé non relu

PATRONAGE

S. Honoré était presque partout le patron des boulangers et, par extension, des pdtissiers, des oublieurs, des fleuriers, des marchands de farine, des meuniers et de diverses autres professions qui ont quelque rapport avec la fabrication du pain. Nous allons examiner les divers motifs qu'on a allégués jusqu'ici pour expliquer ce choix et nous tâcherons ensuite de déterminer la véritable cause de ce patronage.

L'interprétation populaire qui métamorphose notre pontife en boulanger prend assurément sa source dans l'iconographie du Moyen-Age. On aura considéré comme un instrument de profession, au lieu d'un symbole de patronage, la pelle chargée de trois pains que S. Honoré tient dans la main gauche.

Une autre explication populaire nous dira que c’est le père de notre évêque qui était boulanger, mais cette hypothèse, pas plus que la première, ne repose sur aucun document historique : elle est même contraire à la tradition.

Nous lisons dans la Biographie Œ Abbeville, de M. Louandre, que c'est le père nourricier de S. Honoré qui était boulanger : c'est encore là une hypothèse dénuée de preuves. Mais quand bien même on l'admettrait, cette circonstance isolée est trop insignifiante en elle-même pour qu'elle ait frappé l'imagination populaire et lui ait inspiré le choix d'un patronage. |

Ce choix, d'après Nerlande, aurait été motivé par la pluie miraculeuse qui advint en un temps de sécheresse, lorsqu'on fit à Amiens, en l'an 1060, une procession générale avec la châsse du Saint. Mais la cessation du fléau intéressait la population tout entière et non pas seulement les boulangers. De semblables résultats, d’ailleurs, sont attribués à mille autres saïnts par les hagiographes du Moyen-Age, et nous ne voyons pas pourquoi la gratitude

des populations se serait portée de préférence sur le saint évêque d'Amiens,

On dit encore que S. Honoré fit plusieurs fois distribuer aux pauvres des provisions de farine sans rien diminuer du dépôt qu'il tenait en réserve. Cette anecdote controuvée est modifiée de la manière suivante dans le texte d'une grande image coloriée, imprimée à Metz par Gangel, et qu'a bien voulu nous communiquer notre collègue M. Gabriel Rembault : « Dans une disette qui eut lieu à Amiens, ce saint évêque sacrifia son bien pour acheter du blé qui devait secourir les fidèles, Un boulanger de la cité, malheureux comme les autres, trouva un matin ses sacs reimplis de farine. C'est depuis cette époque que les boulangers l'honorent comme leur saint patron. » Malheureusement pour cette explication si plausible au premier abord, il n'existe aucun récit de cette nature dans la légende de S. Honoré, où abondent pourtant les narrations miraculeuses.

On a encore dit que Renold Chereims qui, au commencement du XIII° siècle, bâtit une chapelle à Clichy en l'honneur de S. Honoré, exerçait la profession de boulanger !, qu'il introduisit ainsi le culte de notre saint évêque dans la ville de Paris, et que sa fondation détermina ses confrères dans le choix de leur patron. Ce sont là tout autant d'erreurs. Chereins était un riche bourgeois qui consacra une partie de sa fortune à une œuvre pie; il n'introduisit point à Paris le culte de S. Honoré, puisque nous trouvons son office dans les missels et bréviaires parisiens du XII° siècle, et que le collége des Bons-Enfants, fondé dans le même siècle, était déjà sous le vocable deS. Honoré.

Le P. Cahier, dans ses Caractéristiques des saints hasarde cette explication : « Je proposerai timidement de s’en rapporter à cette circonstance de la vie de $. Honoré, où l'on veut qu’une main divine lui ait présenté le pain d'autel, soit avant, soit après la consécration. » Nous ne croyons pas que cette espèce d'assimilation entre le pain vulgaire et

1 Biographie du dép. de la Somme, t. u,.p. 101.

nm

l'hostie consacrée soit dans l'esprit du Moyen-Age, qui aurait pu voir là une sorte d'irrévérence. Ce qui, d’ailleurs, appelle l'attention dans ce miracle, c'est la main mystérieuse qui devait administrer au célébrant la sainte communion, et non point l’hostie, qu'elle fût consacrée ou non.

Ce qui déterminait les choix populaires des patronages, ce n'était point les rapprochements forcés, les comparaisons subtiles, mais les faits extraordinaires qui frappaient vivement l'imagination. Or, nous trouvons dans la légende même de S. Honoré un événement de cette nature. C'est l’anecdote de cette nourrice qui, alors qu'elle s’occupait de la cuisson du pain au château de Port, accueillit avec une complète incrédulité la nouvelle de la promotion d'Honoré à l'épiscopat, et s'écria qu'elle croirait plus volontiers que le fourgon en bois, avec lequel elle venait de remuer des braises ardentes, prendrait racine et se changerait en arbre. On se rappelle que le fourgon devint aussitôt un plantureux mùrier, chargé de feuilles et de fruits. Tlimporte peu que le fait soit vrai où faux, il suffit, pour ce qui concerne l'objet de notre recherche, que cela ait été cru par les populations du Moyen-Age. N'est-il point plus que probable que c’est ce fourgon, cet instrument de boulangerie, servant de matière à un prodige si extraordinaire, qui aura déterminé les boulangers à prendre S. Honoré pour patron? A l'occasion de son élévation à l'épiscopat, leur pelle professionnelle avait été glorifiée ; 1ls voulurent à leur tour glorifier par un acte spécial celui à qui ils attribuaient ce prodige.

Dans une lecture faite à la Sorbonne en 1869 *, j'ai exprimé cet avis, en croyant le donner le premier. Je devais d'autant mieux le supposer qu'aucun écrivain picard n'avait émis cette explication. Depuis, j'ai consulté de nouveau les Caractéristiques du P. Cahier, et j'ai été fort étonné d'y trouver l'indication du fourgon comme une des

1 Origine du patronage liturgique des boulangers. Cette notice est insérée dans la Aevue de l’art chrétien, tome XIII, p. 982. D VE

causes possibles du patronage. Une lecture trop rapide m'avait fait négliger ce passage. Habitué à rendre à chacun ce qui lui est dû, comme le témoigne assez la surabondance de mes notes, je considère comme un devoir de mentionner ici mon involontaire oubli, en priant le savant P. Cahier d'excuser ma distraction.

La corporation des boulangers d'Amiens célébrait sa fête en grande pompe dans la chapelle de la cathédrale dédiée à S. Honoré. Elle avait le privilége de porter sa châsse aux processions générales. Les quatre boulangers et les deux pâtissiers investis de cet honneur avaient un bâton à la main et une couronne de fleurs sur la tête.

Un confit survenu en 1576 entre les échevins et les pàtissiers, détermina le Chapitre à faire porter les reliques, cette année-là, par six de ses membres ‘. Aujourd'hui, c'est seulement le jour de S. Honoré que quatre boulangers, le bâton traditionnel à la main, portent la châsse en procession, dans l'intérieur de la cathédrale. |

En 1667, la châsse fut SÉpAreS avec les offrandes de la corporation.

Les statuts des boulangers et pâtissiers d'Amiens, du 23 mars 1408, obligent les confrères à à payer, chaque année, a la somme de 26 deniers pour les frais et dépens de la confrérie qui se fait entre eux au nom du glorieux corps de Mgr S. Honoré.» L'article 9 est ainsi conçu : « Que tous lesdis boulenguiers, pasticiers et fourniers seront tenus d'estre en estat et habit honnourable, selon leur faculté et puissance, à la pourcession, le jour S. Honoré, tant et si longuement qu'elle sera faicte et à le messe tant qu'elle soit cantée, en la capelle de ladicte confrairie.... à paine de XIII deniers, à applicquer au prouffit de ledicte confrairie et dudit mestier. » On portait à cette procession un grand cierge et 4 torches de cire, qu'on allumait également aux mariages, aux enterrements des confrères, et aux baptèmes de leurs enfants ?.

‘ Registre aux délibérations du Chapitre : Mss. 517 de la

Bibl. comm. | 3 AUG. THIERRY, Monuments de l'hist. du Tiers-Etat, 11, 46.

À Montdidier, celui qui était recu maître de la corporation donnait 16 livres pour l'entretien du cierge de S. Honoré. Chaque apprenti, en entrant chez un patron, payait cinq livres d'argent et une livre de cire « à la chandelle de S. Honoré !, »

Les statuts des boulangers de Rouen (1491), portent qu'ils ne pourront cuire leur pain le jour de S. Honoré, sans le congé de la justice, à peine de 30 sols d'amende *.

La communauté des boulangers de Bergues portait : d'azur, à un saint Honoré de carnation, vêtu pontificalement d'or et de pourpre, tenant en sa main destre une pelle d'or chargée de trois pains de sable et posé sur une terrasse de sinople Ÿ. |

Les corporations d'Arras, de Saint-Quentin, etc., portaient des écussons analogues sur leur bannière *.

Le P. Proust, dans sa Pie des Saints, après avoir consacré à S. Honoré un article où abondent les erreurs, fait une réflexion morale qu'il nous semble curieux de reproduire pour sa naïveté : « Prenez donc garde à vous, traiteurs et pâtissiers qui avez pris pour votre patron S. Honoré, de ne pas le déshonorer par votre état mème, qui semble n'être point nécessaire au public, mais seulement pour satisfaire la délicatesse des gens sensuels qui font un dieu de leur ventre, ignorant les règles de la tempérance ; et vous, compagnons boulangers, prenez garde que votre négligence ne cause à vos maitres la perte de quelques fournées de pain, en vous endormant, ou en contribuant au faux poids par le défaut de cuisson. »

Nous devons faire remarquer que S. Honoré ne fut point adopté partout comme patron des boulangers. À Suint- Denis, c'était S. Ysses, abbé de Celles, en Berrv, parce que, dit Ménage, son nom en grec signifie blé (!!); dans le

? DE BEAUVILLÉ, Hist. de Montdidier, 11, 29.

. ? GAUTIER, Dict. des confréries.

3 Armorial de Flandre, Bibl. nat. fond d'Hozier X, 12, Bureau de Bergues, p. 704, n' 147.

* Le Moyen-Age et lu Renaissance, t. 117, 0 45. — GoMarT, Études Saint-Quentinoises.

Soissonnais, c'était S. Ludard qui excerça, au VIII* siècle, à Soissons, la profession de boulanger ; en Flandre, c'était S. Aubert, évêque de Cambrai, parce qu'un boulanger fut guéri par son intercession; ailleurs, c'était S. Michel.

S. Honoré a donné son nom à un village de l'arrondissement de Dieppe, dont l’église a pour patrons S. Honoré et S. Firmin. Il y existe, sous leur vocable, une ancienne confrérie que le Pape Urbain VIII a enrichie de nombreuses indulgences *.

Cinq autres localités en France portent ce même nom; mais nous ignorons si elles doivent leur vocable à notre saint évêque ou à un autre saint du même nom.

Une église fondée à Blois, au XIII: siècle, était sous le vocable de $. Honoré. Elle a été détruite en 1793 et a laissé son nom à la rue de Blois où s'élevait ce monument ?.

Un des plus anciens colléges de Paris, fondé vers la fin du XIT:* siècle, portait le nom de bons enfants sainct Honoré. C'était une école d'enfants pauvres qui recouraient à la charité publique, comme nous l'apprend le Dit des crieries de Paris :

Les bons enfans orrez crier Du pain! n'es veuil pas oublier.

L'église construite en 1866, au faubourg de Beauvais, fut destinée à remplacer la chapelle vicariale du même nom, que M. Dufresne, curé de Saint-Remi, avait fait ériger en 1663, pour servir de secours à sa paroisse, et qui fut démolie en 1868.

Nos anciens Pouillés indiquent une chapelle de S.Honoré, au Quesnoy, près de Puchevillers, et deux chapellenies du même titre à l'église collégiale de Nesle.

S. Honoré est le patron de Bouzaincourt (Albert), Cagay, Port-le-Grand et de la chapelle castrale de Tronville ; de Verneuil (Oise), de Crecques (Pas-de-Calais) et de

1 CocueT, les Églises de l'arrondissement de Dieppe, p. 371. * Note de M, Dupré, bibliathécaire à Blois.

Molliens-en-Beauvoisis {ancien doyenné de Grandvilliers); c'est aussi sous son vocable qu'étatent placés le couvent des Chartreux d'Abbeville et l'ancienne Léproserie de Le- Bec-Crépin, daus le pays de Caux.

Deux rues du faubourg de Beauvais, à Amiens, une rue de Versailles, une de Blois, deux de Paris sont désignées sous le nom de S. Honoré : celle où était situé le collége des Bons Enfants, dont nous avons parlé plus haut, s'appelait primitivement rue aux É'coliers-Saint-Honoré.

Mentionnons, en terminant, un ancien proverbe horticole :

A saint Honoré les pois verds.

ICONOGRAPHIE

On représente ordinairement S. Honoré revêtu de ses habits pontilicaux et tenant une pelle à four sur laquelle sont trois pains, où bien portant un calice au-dessus duquel apparait la main divine.

Le tympan du portail de la Vierge dorée, à la cathédrale d'Amiens, est consacré tout entier à l'histoire de notre saint évêque. Cette magnifique page iconographique ayant été parfaitement interprétée par MM. les chanomes Duval et Jourdain ‘, nous nous bornerons ici à quelques indications sommaires.

La statue de $S. Honoré qui se trouve aujourd'hui au portail de S. Firmin-le-Confesseur occupait probablement jadis la place actuelle de la Vicrge dorée, qui est postérieure d'un siècle à l'ensemble du portail de ce nom. Dans les latéraux, on voit figurer S. Riquier, en raison de sa prétendue parenté avec S. Honoré, et le saint prêtre Lupicin, qui découvrit les reliques de S. Fuscien. Voici quels sont les sujets sculptés aux cinq étages du tympan :

1 Rapport à M. le préfet sur le portuil de la Vicrye dorée. t. vides Mém. de la Soc, des Ant. de Picardie.

{* étage. — Douze personnages. MM. Duval et Joùrdain pensent que ce sont onze apôtres et S. Honoré. « Au lieu de nous montrer la naissance temporelle du Saint et de nous dire le noble rang qu'il tient de ses ancêtres’ l'artiste du XIII° siècle se serait plu à nous faire suivre la filiation spirituelle de son héros, engendré des apôtres coinme ceux-ci de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ de Dieu, en sorte qu'on exprimerait toute la pensée du groupe en lui donnant pour titre le mot que S. Luc dit de S. Mathias, après son élection : Ft annumeratus est cum duodecim apostolis.— Et il fut mis au nombre des douze apôtres !. »

2° étage. — Pour vaincre les résistances d'Honoré à l'épiscopat, une effusion d'huile sainte descend du ciel et le consacre évêque. — À droite, S. Honoré, célébrant les saints mystères, entend miraculeusement la voix des. Lupicin qui vient de découvrir les reliques de S. Fuscien.

3° étage. — S. Honoré recoit la communion de la main de Dieu ; — un aveugle est guéri en s’essuyant les yeux avec une nappe d'autel.

4" élage. — Procession dés reliques de S. Honoré en l'an

9" élage. — - Miracle du erucifix s éioant au passage des reliques de S. Honoré.

L'ancien autel de la chapelle Saint-Honoré offrait un bas-relief doré dont les sculptures étaient interprétées par les rimes suivantes qui sont consignées dans les pituphes de Picardie *

Ung poure ladre tout infect L'église visitant

Se trouva guari par l'effect

Du Sainct quil estoit suppliant.

1 M. Dusevel voit dans ces personnages « les douze jeunes romains qui évangélisèrent les Gaules. » Notice sur la cathédrale d'Amiens, p. 25.

* Mss. de la Bibl. nat., t. x111, F0 37.

Un mareschal poure, affolé D’ung piez sans aulcune fulce

Par le bon Sainct fut consoie, Par quoy à Dieu il rendit grace !.

Un berger possede du diable

En Somme se voloit noyer

Mais sainct Honoré, père affuble, Fit de luy ce diable en aller.

Une femme aveugle prie Touchant des yeux le parement Ou gist le corps aainct, fut guarie Et trouva brief allegement.

Un rétable d'autel, à l'église du Crotoy, représente le sacre de S. Honoré et l'élévation qu'il fit des corps de S. Fuscien, S. Victoric et S. Gentien. M. Oswald Maqueron m'a dit avoir de-fortes raisons de croire que ce remarquable morceau provient de l'ancien couvent des Carmes d'Abbeville.

On voit, à notre cathédrale, la statue de S. Honoré au fronton du portail de la Vierge dorée, au portail de Saint- Firmin-le-Confesseur et dans une chapelle dédiée à S. Honoré (œuvre de Vimeu) ; autres statues à Saint-Vulfran d'Abbeville et à Saint-Riquier, où un écusson porte des ustensiles de boulangerie. Aux Ursulines d'Abbeville, une admirable peinture sur bois du XV® siècle représente S. Honoré, avec cinq médaillons en grisaille consacrés aux principales scènes de sa vie.

S. Honoré est figuré dans un émail de Noël Laudin de Limoges ; dans trois tableaux, l'un à l’église de Sains, l'autre à la chapelle de l'Évéché, le dernier, œuvre de M. Letellier, dans l’église de Port.

Des verrières lui sont consacrées dans la chapelle de Sainte-Theudosie, à Saint-Honoré d'Amiens, à Villers-Bretonneux et à Saint-Nicolas de Bapaume.

1 Nous n'avons trouvé nulle part ailleurs l'indication de ces deux miracles.

Le sceau des anciens évêques d'Amiens, ainsi que les armes de l'abbaye de Saint-Acheul, nous montrent un bras sortant d'une nue: c'est une allusion au miracle par lequel Dieu administra la sainte-communion à S. Honoré, alors qu'il célébrait la messe de Pâques.

Les méreaux de beaucoup de corporations de boulangers nous montrent S. Honoré tenant la crosse de la main gauche et un pain de la main droite. M. Forgeais qui en a publié trois (Plombs historiés, t. 1), attribue aussi à S. Honoré un plomb du XV: siècle, où l’on voit un évêque assis près d'une colonne, avec cette légende : onri. Le syndicat de

la communauté des boulangers de Paris a fait frapper un jeton d'argent où l'on voit, d'un côté, S. Honoré avec sa pelle; de l'autre, l'effigie de Louis XVIII.

Nous avons déjà dit quelques mots d'une grande image coloriée imprimée à Metz par Gangel. Le Saint, revêtu de ses habits pontificaux, tient sa crosse de la main droite, et, de la gauche, une pelle ovale de boulanger. Il repose sur des nuages d'où émerge, de chaque côté, un ange tenant une guirlande. Dans les angles supérieurs on voit, à gauche, un garçon meunier conduisant au moulin un mulet chargé d'un sac de froment; à droite, deux moissonneurs qui battent une botte de blé à l'ombre d'un arbre. Le soubassement représente un atelier de boulangerie où se trouvent un pétrisseur, un enfourneur, un rouleur de pâte pour petits pains, un homme qui porte les pains à peser, enfin un peseur en face d'une grande balance.

La légende contient non seulement l'erreur quenousavons relevée plus haut, mais elle fait naître S. Honoré à Port, arrondissement de Bayeux, et dit qu'il monta sur le siége d'Amiens en 650. Une autre image provenant de la même fabrique, mais d’un dessin bien supérieur, nous montre S. Honoré indiquant du geste une ville à l'arrière plan. Une femme, portant des pains ronds, se dirige de ce côté ; de l’autre, un boulanger enfourne un pain dans un four qu'abrite un auvent. L'image est accompagnée d'un cantique dont les vers sont encore inférieurs à ceux que nous avons cités plus haut. (Communication de M. Gabriel Rembault).

Parmi les œuvres disparues, nous nous bornerons à mentionner une grande statue qui se trouvait dans le chœur de l'église Sainc-Firmin-le-Confesseur et une autre statue sculptée par Blasset qui décorait l'église des Minimes d'Amiens,

BIBLIOGRAPHIE

Un chanoine d'Amiens a composé vers la fin du XI°'siècle une Vie de S. Honoré, d'après d'anciens manuscrits et les légendaires d'Amiens. On ne saurait accorder une confiance complète à cet écrit rédigé cinq siècles après la mort de S. Honoré. Henschenius qui l'a publié (t. r, mali, p. 612) y a ajouté en Appendir, un fragment de sermon où l'évêque Richard de Gerberoy raconte deux miracles dont il a été témoin, et quelques lignes relatives à la fondation de l'église Saint-Honoré de Paris.

La Bibliothèque d'Amiens possède un manuscrit de Nerlande, intitulé : Dissertation sur le temps de la vie, de l’épiscopat et de la mort de S. Honoré. C'est un travail qui ne manque pas d'érudition, mais où abondent les erreurs, et dont la diffusion dépasse tout ce que le X VIII: siècle se permettait en fait de prolixité. L'auteur, qui a dédié son œuvre à Mgr de la Motte, s'écarte à chaque mstant de son suj2t pour disserter sur les antipodes, sur sainte Austreberte, sur les comtes de Ponthieu, sur la géographie locale, etc.

M. Dupré, conservateur de la Bibliothèque de Blois, a publié dans le tome VIII des Bulletins de la Société des Antiquaires de Picardie, une Vie de S. Honoré d'après un manuscrit des Archives de Loir-et-Cher. Cette légende du XVI: siècle, dont nous avons reproduit une bonne partie, parait être une traduction de l'un des textes qui ont servi aux Bollandistes pour la rédaction de leur savant travail.

Outre ces documents et les ouvrages de V.de Beauvillé, l'abbé Cochet, du P. Cahier, de Dubreuil, Duval et Jourdain, Dusevel, Gautier, Gruytrode, Goze, Harulfe, P.

Ignace, Louandre, Malbrancq, Masinus, Prarond, Pagès, A. Thierry, etc., cités dans les notes, nous avons consulté :

ManuscriTs : Recueil de pièces concernant le Chapitre d’Amiens, n° 517. — Anciens Bréviaires conservés à la Bibl. nat. et à celle d'Amiens. — DE CourT, Mémoires chronol. 1, 76; 11, 671, 112. — Collection de Dom GRENIER, tomes Lyvi et xivc. — Notes de MacHarr, t. 1, pages 71, 279; t. nr, p. 112. — Communications de MM. Farcy, curé de Canchy; Poiret, curé de Port; Gabriel Rembault, et Thuillier, curé de Favières.

IuPRiMÉS : Vita S. Salvii, n°7, ap. Bozc. x1 jan.—Æécit de l'invention des reliques des SS. Fuscien, Victoric et Gentien, texte publié par M. Salmon dans le tome xvirnr des Mém. de la Soc. des Ant. de Pivardie.—Le CoiNTE, Annal. eccl., 11, ad. ann. 580, n. 19. — Gallia Christ. X, 1159. — Jist. littér. de la France, vnir. — La MorLiÈre, Antiq. d'Amiens, 36, 189, 236. — Daire, Hist. d'Amiens, 1, 135, 200; n1, 9, 133, 269. — De Sacux, list. des évèques d'Amiens, 49. — SALMON, Vies des SS. Fuscien, Victoric et Gentien, et un article inséré dans la Foi Picarde, 1867, page 526. — Recueils hagiographiques de Baizzer, ProusT, Giry, Croi- ZET, GAZET, BARTHÉLENMY, etc. — Bréviaires d'Amiens.

S. INGAUD

DISCIPLE DE S. 8SALVFe

29 Octobre. — VII* Siècle.

Alors que S. Salve, évêque d'Amiens, se trouvait dans la ville d'Augusta ‘, qu'il devait à la libéralité du roi Thierry, on lui présenta un jeune enfant de cette localité, qui était sourd et muet. Il oignit d'huile bénite son front, sa bouche et tout son visage, et lui rendit ainsi l'usage de l'ouïe et de la parole. En le baptisant, il lui donna le nom de In gaudium, par allusion à la Joie que fit naître cette guérison subite. La reconnaissance enchaîna cet enfant près de son bienfaiteur, et en même temps qu'il en devint le disciple docile, il se forma à l’école de ses exemples.

On peut supposer qu'Ingaud ? termina ses jours dans l'abbaye de Saint-Sauve de Montreuil. En effet, on ne voit point que son corps ait été trans-

1 Oust-Marais, selon les uns; le bourg d’Ault, selon les autres.

? Ingaudium, Ingoaldus, Ingaldus ; — Angaud, Ainguuld, Aingault, Enqaud, Inqaude.

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