‹ Hagiographie du diocèse d'Amiens. Tome troisièmeChapitre 6 sur 78 · TRADITIONS LÉGENDAIRES · texte numérisé non relu

TRADITIONS LÉGENDAIRES

Nous réunirons sous ce titre quelques événements apocryphes dont nous n'avons trouvé aucune trace dans les anciens écrits, mais que nous avons recueillis soit dans des auteurs mystiques relativement modernes, soit dans les traditions populaires du Ponthieu.

‘ Voir notre biographie des SS. Fuscien, Victoric et Gentien, dans le volume précédent. page 332.

? En 587, selon Nerlande ; en 580, d’après Le Cointe.

3 D'après une tradition locale, il aurait ressenti les premières atteintes de sa maladie en prèchant à Nouvion.

Quelques auteurs le font à tort mourir à Saint-Saire-en-Bray, dans une crypte où les malades vont encore aujourd’hui boire une eau de puits réputée bienfaisante. Voyez les Eglises de l'arrondissement de Dieppe, par M. l’abbé Cochet, p. 341.

* On inscrivit sur les murs de l’église de Port ces deux vers qu’on chanta comme antienne aux vèpres de sa fête, jusqu’au XVIT° siècle :

Quem genuit Portus decessit ubi fuit ortus, Is suus est hortus, suus est occasus et ortus,

Un jour que le saint évêque célébrait la grand'messe à sa cathédrale, il se tourna vers le peuple pour dire : Dominus vobiscum. Ni les prêtres, ni les fidèles ne lui répondirent, pour témoigner qu'ils ne faisaient pas grande estime d'un homme qui avait été élu évêque alors qu'il n'é- {ait pas encore prêtre. Mais bien grand fut l’étonnement de tous, quand ils entendirent le crucifix de l'autel sup- -pléer à leur devoir et répondre distinctement : Et cum spiritu tuo ?.

Aux obsèques du saint prélat, les assistants étaient tellement émus que personne ne pouvait répondre au chant liturgique du célébrant. Quand il eut chanté : Requiescat in pace, ce fut l'image du Christ qui répondit : Amen ?.

« Les monuments de la Chartreuse d'Abbeville, dit M. Louandre * rapportent que les crucifix plantés sur les chemins‘ saluaient poliment S. Honoré, quand il passait devant eux. »

Il est facile de voir que ces récits et quelques autres

sont brodés sur le thème du crucifix de S. Firmin-le- ” Confesseur.

On raconte encore dans les veillées du Ponthieu, que lorsque le jeune Honoré allait à l’école de Cahon, ou à celle de Miannay, villages situés au bord opposé de la baie de Somme, il arriva plus d'une fois que la marée montante s'arréla pour livrer passage au Jeune écolier. On ajoute que, malgré la distance de deux lieues qui le séparait de Port, il entendait chaque jour le chant du coq qui l'avertissait du moment de quitter l'école pour retourner à la maison de ses parents.

La route qui conduit de Port à Miannay, en traversant Cahon, s'appelle encore aujourd hui le chemin de S. Honoré Un fossé voisin porte le même nom.

1 Cette circonstance mensongère du récit prouve combien il est apocryphe.

? B. DE GRUYTRODE, Lavacrum conscientiæ, Leipsick, 1491, in 4°, cap. XII, p. 54.

3 Ibid.

* Biographie d’'Abbeville, p. 189.

Em

« La tradition merveilleuse, dit M. Louandre !, s’est attachée au saint de Port. Le cierge qu'on appelle de son nom à Port ne s'éteint jamais pendant la procession; ce miracle se renouvelle tous les ans ; une seule fois, le cierge S ‘éteignit ; on rechercha la cause de l'accident : le chantre avait oublié, en chantant, deux versets. »

CHRONOLOGIE

S.- Honoré a été considéré comme quatrième évêque d'Amiens par Democharès *, Gazet *, Baronius *, Louis de Blavyrie *, Du Breuil { , etc: ils ont interprété trop à la lettre un passage d'un ancien Légendaire qui désigne Honoré comme le successeur de S. Firinin-le-Confesseur. Cet auteur n’a certainement pas voulu par là établir un fait chronologique ; il a nommé celui des prédécesseurs médiats de S. Honoré qui jouissait d'une réelle célébrité, parce que son nom était inscrit dans les martyrologes et dans les litanies de l'Église d'Amiens. Ilest certain d'ailleurs que S. Firmin-le- Confesseur eut pour successeurs Léonard, Audouen, Odibie et Béat, et que par conséquent Honoré ne fut que le 8° évêque d'Amiens. Les écrivains qui admettent cet ordre de succession sont toutefois loin d'être d'accord sur l'époque précise où commença l'épiscopat de S. Honoré. Ils varient de l'an 554 à l'an 600 et même audelà *. Les Actes de S. Honoré qui ne remontent qu'au

1 Op. cit. p. 196.

? Christianæ religionis... propugnatio, lib. 11, fe 20.

% Hist. eccl. des Pays-Bas.

* Not. ad Martyrol.

S Thrésor des richesses de l'Église.

# Antiquités de Paris.

7 En 554, selon Claude Robert, Malbrancq et La Morlière; en 555, selon Nerlainde et M. Salmon ; en 555, selon De Court et de Sachy ; en 566, selon le P. Daire et Mgr. Mioland ; en 588, selon les Bénédictins ; vers l’an 600, d’ap ès la Légende française du XVIe siècle publiée par M. Dupré, et plus tard encore, d'après . Croizet. (t. 1, p. 549)

XI° siècle nous disent qu'il florissait du temps du pape Pélage et du roi Childebert, alors que l'empereur Maurice envoya des ambassadeurs à ce dernier prince, pour l'engager à se faire le défenseur de l'Empire d'Orient. Comme il y a eu deux Papes du nom de Pélage, trois rois du nom de Childebert, il y avait là matière à controverse. Il nous paraît évident qu'il s’agit ici de Pélage II (578-590) et de Childebert, roi d'Austrasie (575-596). L'empereur Maurice, qui régna sur l'Orient de 582 à 602, a pu envoyer ses ambassadeurs vers l'an 585, et c’est bien là l'époque où florissait S. Honoré. Le Gallia christiana et De Court se sont créé des difficultés inextricables en supposant que le Childebert qui donna la terre du Mesge à l'Eglise d'Amiens est le même Childebert qu'on dit ici avoir régné du temps de Pélage et de Maurice, c'est à dire Childebert, roi d'Austrasie. Ils sont naturellement amenés à se demander comment le roi de Metz a pu donner un domaine qui ne pouvait lui appartenir, puisqu'il était situé dans la Neustrie, et se trouvent obligés, pour résoudre cette objection, de se livrer à des suppositions très-invraisemblables. Ils se seraient évité une oiseuse discussion, s'ils avaient consulté le ÂNécrologe du Chapitre d'Amiens qui assigne à Childebert 1‘, roi de France, le don de la terre du Mesge :.

Ce prince régna de l'an 551 à l'an 558, et c'est en 555 qu'eut lieu la découverte des corps de S. Fuscien et de ses compagnons ?. Ajoutons que les Bollandistes, pour éviter l'objection contre laquelle se sont débattus De Court et le Gallia christiana, sont tombés dans une bien plus grave erreur, en attribuant la donation du Mesge à Childebert II, roi de France, qui régna de 698 à 711, par conséquent un siècle après la mort de S. Honoré.

1 X Calend. febr. obitus Childeberti regis Franciæ qui in honore SS, Fusciani sociorurnque ejus dedit huic ecclesiæ vicum Megicum. ‘

* Voir ce que nous disons à l’article Chronologie, dans la Biographie de S. FUSCIEN, p. 332.

RELIQUES ET MIRACLES POSTHUMES

Le corps de S. Honoré resta déposé jusqu’au IX: siècle derrière l'autel de l’église de Port. Vers l'an 854, l'évêque Hilmerade le fit transporter à Amiens, à cause de la crainte qu'inspiraient les ravages des Danois ‘. Ces précieuses reliques furent déposées quelque temps dans l’église Saint-Pierre-Saint-Paul, qui prit plus tard le vocable de Saint-Firmin-le-Confesseur, et bientôt après transporés à notre cathédrale, où elles reposent encore aujour-

‘hui ?,

En 865, Odulfe, trésorier de l’abbaye de Saint-Riquier obtint de l’évêque Hilmerade quelques-unes des reliques de sa cathédrale, comme témoignage de sa sympathie pour le monastère bénédictin. Au nombre de ces reliques se trouvait la partie antérieure d'un doigt de S. Honoré qui fut déposée le 15 juillet dans le reliquaire où était enchässée la tête de S. Riquier *.

En 893 * l'évêque Otger fit une seconde ouverture de la châsse de S. Honoré, pour en extraire quelques reliques destinées à l'église de Saint-Quentin, où il avait été chanoine.

Ea l'an 1060, sous l’épiscopat de Guy, les reliques

‘ D’après d’autres versions, cette translalion aurait eu lieu une dizaine d'années auparavant, sous l’épiscopat de Ragenaire, ou à la fin du IX° siècle, sous l’évêque Otger.

? C'est à tort que les Bollandistes et Baillet (16 mai) avancent que, de leur temps, S. Honoré était encore à Saint-Firmin-le-Confesseur. La même erreur se trouve reproduite dans la Chrono: logie du bréviaire de Paris, par BiNET (p. 393) et dans une note de la Légende française publiée par M. Dupré.

# HARIULFE, Chron. Centul. 1. 3, c. 12, ad. ann. 865.

# Et non pas en 890, comme le dit le P. Daire; car Otger ne monta qu’en 892 sur le siége épiscopal d'Amiens.

T. Il. 4

b0 8. HONORÉ, ÉVÊQUE D AMIENS. .

de S. Honoré accomplirent un grand nombre de miracles qui popularisèrent la mémoire de notre saint évêque. Au mois d'août de cette année, la sécheresse était Si grande en Picardie qu'on désespérait du sort des récoltes. L'évêque Guy ordonna une procession générale autour des murs de la ville, avec la châsse de S. Honoré, et bientôt une pluie bicufaisante vint rafraîchir les champs. Un paralytique avait essayé de suivre le cortége; arrivé devant l’oratoire de S. Martin, il se sent défaillir et invoque ces reliques qu'il ne peut plus suivre que par la pensée... Guéri subitement, il jette au loin ses potences, et la foule reconnaissante adresse à Dieu des actions de grâce. C'est par esprit de gratitude que Guy fit construire, treize ans plus tard, à la place du petit oratoire, l'église de Saint- Martin-aux-Jumeaux. En mémoire de cet événement, on tapissait le portail de fleurs et de verdures, pour la procession solennelle du 16 mai.

Le bruit de cette guérison soudaine sg répandit bientôt dans toute la ville et pénétra jusque dans la prison. Deux captifs, animés d'une confiance sans borne, invoquent le saint thaumaturge et voient tomber leurs chaines ; ils allaient s'échapper, quand une servante ferme la porte sur eux et court prévenir le geôlier qui se trouvait à l’église. Celui-ci s'empresse d'accourir au cachot et de charger ses prisonniers de chaines plus étroites, après leur avoir distribué des coups de fouet; mais le miracle de la délivrance s'étant renouvelé deux fois, le geôlier rendit les captifs à la liberté et se repentit d'avoir voulu lutter avec la miséricorde de S. Honoré ".

1 La servante du geôlier nous semble avoir accompli strictement son devoir ; car rien ne nous fait supposer qu’elle ait connu l'intervention miraculense dont les prisonniers étaient l'objet. Cependant elle est fort mal menée par l’auteur anonyme de la

fie de S. Honoré : « O mulierem nequam et fatuam, quæ sic homini fidelem se finxit ut Deo se faceret infidelem! Placere magis voluit quam prodesse. Fidem domino suo simulare non novit, sed dominum suum de ecclesia ad scelus revocans factum ostendit. »

S. HONORÉ, ÉVÊQUE D'AMIENS. Si

A quelque temps de là, une jeune fille sourde et muette fut amenée par ses parents à la cathédrale d'Amiens et vouée au culte de S. Honoré !, Grâce à son intercession, elle recouvra l'usage de l'ouïe et de la parole; mais bientôt, . oublieuse de ce bienfait et du serment d'obéissance qu'elle avait prêté entre les mains de l'évêque, elle voulut jouir de la liberté et des plaisirs du monde. Elle retomba btentôt dans ses infirmités primitives et n’en fut de nouveau guérie que lorsque, repentante de ses fautes, elle se consacra à tout jamais au service de Dieu. |

Pour ce qui concerne les autres miracles, nous allons laisser la parole à la Légende du XVI: siècle, publiée par M. Dupré. L'auteur a exactement traduit le texte du XI° siècle, dans un langage plein de naïveté.

« Le bruict de tant de merveilles fit mettre à chemin un prebstre retraict et impotent de ses membres, lequel, à cette occasion, ne pouvoit vacquer à la cellébration et solempnité des messes. Dont se cc’ ‘isrit à l'ayd. de S. Honoré, alla en voyage à la ville d'Amiens, devant la châsse de ce saint prélat, et arriva en batteau par la rivière de Somme dite en latin Sumona, au pays de Picardie : dont 1l étoit natif, et, là venu, sa faulte * luy fut miraculeusement restituée : de quoy rendant grâces à Dieu et à S. Honoré, auquel le Tout-Puissant est honoré et merveilleux, il s'en retourna à sa paroisse à beau pied, marchant et allant vigoureusement. — Une fois, estant advenu un inconvénient par la faulte et lourderie des nourrices que ung enfant, depuis fait évêque de Terrouenne *, fut eschaudé d'eau bouillante, la peau fut sy

1 Le texte du XIe siècle nous porterait à croire qu'il existait jadis une confrérie de femmes sous le vocable de S. Honoré, qui s'occupait de l'entretien des linges sacrés, etc.

? Ce qui lui manquait pour se bien porter.

3 Gazet a supposé qu'il s’agit ici de S. Jean, évèque de Térouanne. Mais il n’est nullement question de cet événement dans la vie de ce saint prélat écrite au XIIe siècle par son archidiacre Jean de Colmieu.

escarboulie et desfigurée, et tout le corps sy pénétré de chaleur et douleur qu'il sembloit que l'enfant fust mort; mais ses parents, le vouant à S. Honoré, allèrent à l'église . faire dire un service à leur intention, de sorte que, avant la fin d'iceluy, une peau toute neuve revint à cet enfant visiblement, synon qu'il y demeura quelques traces rougettes et balitrées sur le corps, pour une perpétuelle enseigne de ce miracle. Aussy, estant parvenu à la dignité d'évesque, il faisoit monstre à tous de ses cicatrices et reliques de la brulure, en attribuant la louange de Dieu et à son prélat S. Honoré. — Au mesme temps que ce miracle advint en la personne de cet enfant evesque, une femme aveugle-née, veillant une nuist et assistant au service ou veille en l'église S. Honoré, auquel elle faisoit prières et vœux, en intention de recouvrir la veue par les mérites du S. Confesseur, elle ouit une voix d'homme qui se disoit S. Honoré, et l’avertissoit de s'essuyer et frotter les yeux clos et privez de lumière, avec le drap ou nuppe du grand autel, et qu’elle verroit. Elle donc, s'asseurant en ferme foy, se fit là conduire, et ayant faist la cérémonie cy-dessus à elle enjoincte, la lumière de la veue luy fut visiblement et miraculeusemant despartie sur la place ; dont elle rendit grâce à Dieu en très-grande joye et magnificence d'humilité. — Une autre fois, ung pasteur ou berger conduisant son troupeau ou bergerie à la pasture, fut pris et possédé d'un esprit maling, et tant vexé qu'il se voulloit jecter en la rivière de Somme là voisine, sans les autres pasteurs qui l'en détournèrent et l'arrestèrent; par quoi estant de retour à la cense ou mestairie, il vouloit mordre tout le monde. Dont ses parents l'apprehendèrent et lièrent comme ung insensé, et le vouant à S. Honoré, le conduisirent en l'église du sainct Prélat à Amiens, qu'ils prièrent et réclamèrent sy dévotement pour le paour (pauvre) démoniaque, qu'il fut deslivré du diable qui régnoit en son corps. Dont estant revenu à son bien sage, il donna louanges et rendit grâces à Dieu, et publia les mérites du bon Sainct.—Le son des cloches d’ycelle église sonnant de tels miracles, y fit venir une paourette feme-

lette impotente, laquelle, offrant de tout son cœur oraisons très-dévotes à Dieu, fut guarie incontinent, et pour ce bienfait, elle se dédia toute sa vie à servir à l'église du sainct Confesseur. Comme aussy ung homme impotent s’y voua et donna, pour avoir aussy esté guari au lieu mesme où il vit guarir l'aveugle-né, à l'autel cy-dessus déclaré. — Ung jour arriva dans la ville d'Amiens ung malade de sy hideuse et laide malladie, que personne quelconque ne vouloit le loger; par quoy, se couchant à l'église du sainct Confesseur ‘, il fut guari, et se leva sain et bien essuyé de ses difformitez. — Par mêmes mérites, un homme sourd fut doué du don de l’ouie, et ung boiteux alla droit, combien que auparavant il eust un pié tort et malaise. — Pareillement une femme contrefaicte ayant le dos recourbé en dedans, à l’opposite des bossues, receut guérison, et fut dressée, par les oraisons faictes à la châsse du sainct Confesseur.— Une fille sourde fut aussy remise en santé et une aveugle 1lluminée. — Comme aussi une femme borgne fut miraculeusement esclaircie de l’autre œil. — Et un paour artisan charpentier, ne s'aydant nullement de ses deux piés, receut entière et parfaite santé. » |

Nos anciens bréviaires manuscrits gardent le silence sur les dix derniers miracles que nous venons de rappeler, mais ils racontent tous un fait bien autrement prodigieux qui se serait accompli devant un grand nombre de témoins, et dont ils ne précisent point la date. Un jour de procession générale, on avait déposé quelques instants les reliques de S. Honoré dans l’église Saint-Pierre-Saint-Paul, désignée plus tard sous le nom de Saint-Firmin-le-Confès. Alors qu'on sortait la châsse, pour reprendre le chemin de la cathédrale, le crucifix qui dominait le jubé inclina la tête devant le corps de S. Honoré et le conduisit des yeux jusqu'au seuil du temple, comme si Dieu avait voulu ne pas moins honorer son serviteur après sa mort qu'il l'avait

1 Notre chroniqueur suppose à tort, ici comme auparavant, que la cathédrale était dédiée à S. Honoré.

fait durant sa vie, par le miracle de l’hostie . Ce crucifix en bois, de style byzantin, est demeuré jusqu’à la Révolution dans la chapelle du Sauveur, à Saint-Firmin le Confès?; il est aujourd'hui à Notre-Dame d'Amiens où s’est perpé: tuée à son égard la dévotion des fidèles. Désigné jadis sous le nom de crucifix de S. Honoré, il n’est plus connu aujourd'hui que sous celui de Saint Sauve (Sanctus Salvator) *,

C'est pour consacrer ce souvenir que, le jour de la fête de S. Honoré, le Chapitre de Notre-Dame se rendait processionnellement, le matin, à la collégiale de Saint-Firmin. La châsse du saint évêque était déposée surle grand autel, en face du crucifix miraculeux, pendant le chant du Kyrie eleison, et reconduite ensuite par le diacre et le sous-diacre jusqu’au seuil de l'église. Cette cérémonie fut supprimée en 1750. (DE CoùrT, Mém. chronol. t. 11, 1. 3, ch. 2.)

Nous devons mentionner ici, pour suivre l'ordre chronologique, que l'anneau pastoral de S. Honoré, bijou d’une grande valeur et qu'on peut considérer comme une de ses reliques, fut engagé ou vendu par Gervin, évêque . d'Amiens. Son successeur S. Geoffroi racheta ce précieux joyau et le restitua au trésor de la cathédrale.

Richard de Gerberoy, évêque d'Amiens (1205-1210), nous a laissé le récit des deux miracles suivants dont il fut témoin oculaire *.

1 Dans nos anciens bréviaires du Moyen-Age, une antienne en vers fait à ce sujet la réflexion suivante :

O novitatis opus! defuncti corpus honorans

Crux caput inclinat, Sanctum reverenter adorans. Res manifesta rtet, nec Sancti fama laborat ; Non opus est verbis ubi res sine voce perorat,

3 L'évèque François de Halluin accorda à perpétuité 40 jours d'indulgence à ceux qui visiteraient ce crucifix dans sa chapelle.

8 Ce crucifix serait du VIIe siècle selon De Court, du XIIe selon M. Rigollot (Histoire des arts du dessin). La forme de la robe nous fait croire qu’il est un peu antérieur au X{e siècle. I] y a eu quelques retouches, à des époques postérieures

Nerlande suppose à tort que ces deux miracles ont dû avoir

Un pauvre enfant paralysé des jambes avait coutume d'implorer la charité des fidèles sur le parvis de Notre- Dame. Le jour de la fête de S. Honoré, avant la célébration de la messe, il s'était trafné à la suite de la chéâisse de S. Honoré qu’on venait de rentrer dans le chœur, après la procession accoutumée dans les cloîtres. Il sent quelque chose d'extraordinaire s’opérer en lui ; sa mère, pressentant la vérité, lui dit : « Aie confiance, saisis la châsse dans tes bras et le Saint te guérira ». L'enfant à obéit ces conseils, il sent la vie renaître dans ses muscles desséchés ; les éclats de sa joie attirent l'attention de l’assistance, et l'évêque, après avoir constaté de ses yeux la réalité du prodige, adresse au Seigneur une hymme de reconnaissance.

La nouvelle de cette guérison subite parvint bien vite à l'hôpital voisin de la cathédrale où, sous la direction de frères hospitaliers, la charité des fidèles nourrissait des pauvres et des infirmes. Là, une malheureuse femme perclue de tous ses membres, à l'exception des mains, était condamnée à rester toujours au lit; en apprenant le miracle que célébrait la voix joyeuse des cloches, elle se sent inspirée d'une subite confiance, se fait transporter à la cathédrale, entoure de ses bras la châsse protectrice et se trouve soudain guérie, elle bénit Dieu de son bienfait, en présence de l'évêque, et, après avoir reçu quelques libéralités des fidèles, elle retourna à l'hospice pour faire partager sa Joie à tous ceux qui jadis avaient compati à ses souffrances.

L'évêque Arnould, en 1240, fit porter processionnellement dans son diocèse la châsse de S. Honoré, afin de recueillir des aumônes destinées à continuer la construction de la cathédrale.

En 1274 un chanoine de Notre-Dame donna quelques reliques de S. Honoré à l'Hôtel-Dieu d'Amiens.

lieu vers l’an 1184, La leçon 6 de notre Propre actuel n’est point d'une rigoureuse exactitude chronologique lorsqu'elle suppose que ces deux miracles ont eu lieu peu de temps après — non mullo post — celui qui S’accomiplit sous l’épiscopat de Guy. Nos bréviaires précédents contiennent la même erreur.

En 1301, l’évêque Guillaume de Mâcon, de l'aveu du Chapitfe, donna le chef de S. Honoré à la Chartreuse d'Abbeville qu'il venait de fonder et qu'il avait dotée de la cure de Port et des dimes qui en dépendaient. — Plus tard les religieux constatèrent leur gratitude par les vers suivants inscrits sur la porte de leur couvent :

En l'honneur de sainct Honoré Fut par benigne volonté

L'église de seans fondée

D'un prélat de grande renommée, Homme large, franc et gentils Evesques d'Amiens fut jadis.

Ce licu dévotement fonda

L'an de grace n'en doutez ja Mille trois cent et un sans plus.

Son ame soit avec Jésus.

L'évèque François de Halluin fit placer, en 1533, au pied de la croix du clocher doré de la cathédrale, diverses reliques, au nombre desquelles se trouvait un fragment des os de S. Honoré.

En 1730, à l'église Saint-Honoré de Paris, on transféra dans une nouvelle chässe les reliques du patron, qui provenaient d'un don du Chapitre d'Amiens *.

Les reliques de S. Honoré sauvées en 1793 par M. Lécouvé, maire d'Amiens, conservées jusqu'en {802 par M. Lejeune, curé constitutionnel de Notre-Dame, furent restituées à cette époque. Vérifiées en 1816 et en 1829, elles sont aujourd'hui dans une grande châsse de bois doré avec les ossements de quelques autres saints.

Celles que l'on vénère à Port * (fragments du bras) proviennent de l’ancienne Chartreuse d’Abbeville, et sont

1 C’était-un os du fémur et non pas le corps entier comme le dit à tort Du Breuil, dans ses Antiquités de Paris.

En 1866, Mgr. l’évêque d'Amiens « donné une relique de notre pontife à cette même église.

3 Crâne, plusieurs fragments du bras et du fémur.

renfermées depuis 1857 dans une châsse donnée par l'Empereur.

Celles que l’on conserve à Bologne ‘ sous le nom du saint évêque d'Amiens, sont assurément d'un des nombreux autres saints qui ont porté le même nom.

Outre une chässe de vermeil où était ciselé le miracle du crucifix de S. Honoré, la cathédrale possédait jadis un autre reliquaire en forme de bras * ; elle en a conservé un autre qui n à rien de remarquable.

On possédait jadis à Péronne deux chässes contenant quelques o.ssements de S. Honoré. Aux processions solennelles, l’une était portée par les membres de la corporation des boulangers, l'autre par la corporation des cuisiniers et pâtissiers. (GOssELIN, article inséré dans la Picardie, n° de juillet 1869).

Les anciens inventaires que nous avons dépouillés constatent l'existence de reliques de S. Honoré à l'abbaye de Corbie, à celles de Saint-Jean d'Amiens, de Saint-Jeandes-Vignes de Soissons, de Saint-Paul-lès-Beauvais ; à la collé giale de Saint-Quentin, à Saint-Martin de Picquigny”, aux Moraucourt et aux Minimes d'Amiens, etc. ?.

C'n conserve encore aujourd'hui des ossements plus ou moins considérables de S. Honoré, à Amiens, dans les églises de Saint-Remi, Saint-Jacques et Saint-Leu; dans les chapelles des Ursulines, des Louvencourt, des Clarisses, de la Visitation, des Dames de l’Espérance, de l'Hôtel-Dieu et de l'hospice Saint-Charles ; à Abbeville,

1 MasiNUSs, R'ononia perlus/ralta.

? Inventaire “de 1347.

$ La veille de la Trinité, le vidame de Picquigny portait à Ia procession, sous un dais, la relique du bras de S. Honoré. Goze, l'Église de Picquigny.

* L’Hierogazophilacum belgicum de A. de Raysse signale des reliques de S. Honoré à la cathédrale d’Arras, à la collégiale de Saint-Amé à Douai et à l’église de Walcourt (diocèse de Namur); l'absence de toute qualification nous laisse ignorer s’il s’agit de notre évèque,

. 58 8. HONORÉ, ÉVÊQUE D'ANIENS.

chez les Ursulines, à l'hôpital général et au Saint-Sépulcre ; dans les églises de Saint-Pierre de Roye, de Picquigny, de Mailly et de Saint-Riquier ; à l'église Saint-Honoré de Paris, etc.

CULTE ET LITURGIE

S. Honoré était invoqué surtout dans les temps de peste et de sécheresse. Pendant ces époques désastreuses, sa châsse était promenée, avec le consentement du Chapitre, soit dans l'intérieur de la ville, soit même hors de ses murs. On eut surtout à bénir son heureuse mfluence de 1220 à 1288, en 1637, eu 1668, en 1703, en 1785", etc.

Nous avons trouvé les renseignements suivants sur les processions de la châsse de S. Honoré, de 1659 à 1663 dans un manuscrit de Claude Gellée conservé aux Archives départementales ?.

« An 1659, le 4° dimanche après Pasques, onzième jour de may, la terre estant extrêmement seiche et menaçant d'une stérilité générale, on eut recours aux prières et on s'addressa à S. Honoré pour obtenir de la pluie du Ciel : pour quoy on descendit sa châsse pour la porter en procession générale, à laquelle tous les religieux ordinaires y assistérent et tout le peuple en grande dévotion. Et encore bien que le vent fut tout à fait contraire à la

1 PAGËS, IV, 391. — Mss. de MacnanT, t. 111, 212. — Chronique de BERNARD. — GoZE, la Cathédrale d'Amiens.

3 Extractum ex Bibliotheca insiynis ecclesiæ ambianensis Claudio Gellée secretario et notturio anno 1504. D'après une correspondance que j'ai eue avec M. Rouard, conservateur de la Bibliothèque d’Aix en Provence, l'original de ce manuscrit se trouve à Aix et porte pour ütre : Vitæ sanctorum Ecrlesiæ Ambianensis. La copie que nous en avons doit être de l’an 1664. C'est du moins à cette époque qu'il faut rapporter l'addition qui fait l’objet de notre citation.

pluie, estant du Septentrion, néantmoins au moment que la châsse fut levée du grand autel de l’église Notre-Dame, pour la porter en procession, il commença à pleuvoir contre toute apparence, et la pluie continua durant deux jours, et tomba si doucement qu'il sembloit que le bon Dieu ne voulloit point laisser perdre une goutte de cette pluie tant désirée et obtenue par les intercessions de ce grand Saint : ce quy fit dire à tous ceux quy furent présents et particulièrement à Messire François Lefebvre d'Ormesson, conseiller du Roy en ses conseils privés et intendant de la justice de Picardie, quy assista en robbe rouge à la procession et y fut bien mouillé, que le miracle estoit tout manifeste et que personne ne pouvoit le révoquer en doute, parce que depuis que la chässe fust levée, il commença à pleuvoir de telle sorte qu'on différa plus de deux heures pour laisser passer la pluie; et on douta si on pourroit faire la procession hors de l'église : ce qui fust arresté. Eh bien que la pluie ait continué durant toute la procession assez doucement, on ne laissa pas d'y assister avec beaucoup de dévotion et de joye, de ce que Dieu manifestoit la gloire de son Saint.

« Le jour de la fête de S. Honoré en suivant (1660), outre les actic:s de grâce qu'on rendit à Dieu et à ce grand Saint dans toutes les églises du diocèse, les prêtres de l'Oratoire faisant mission au village de Camon firent une procession à laquelle assistèrent tous les ecclésiastiques du séminaire d'Amyens, et le très saint Sacrement y fust porté fort décemment et avec beaucoup de dévotion, tant des ecclésiastiques que du peuple et bourgeoisie de la ville qui ÿ assistèrent, pour readre grâce à Dieu de la faveur qu'il avoit accordée dans la nécessité pressante où on estoit. J'ay eu l'honneur d'estre présent à l'une et à l'autre procession.

a Lt depuis, le Ciel a été j?. favorable, nous donnant de la pluie autant que la terre cu avoit besoin, sans orage ni gresle, ny aucun accident, ce que j'atteste véritable.

« L'an 1657, au mois d'aoust, les laboureurs prévinrent MM. du Chapitre, de leur vœu à S. Honoré, de porter la

dite châsse en procession pour les mêmes besoins; et à l'instant que le vœu fust fait, le ciel se couvrit de nuages, et commença à pleuvoir un quart d'heure après. Et trois jours après on fit la procession pour accomplir le vœu et remercier Dieu par son Saint.

* « Au mois de juin de l’année 1662, la cherté du bled étant grande et augmentant de jour en jour, à cause de la sécheresse , Sy grande qu'il y avoit deux mois qu'il n'avoit point plu et que tous les grains se séchoient à la campagne, les laboureurs vinrent demander le secours de S. Honoré dans leur extrême besoin, et prièrent MM. du Chapitre de vouloir descendre la châsse et la porter ent procession, La résolution en fut prise le samedy matin, et ucs l'après-midy le ciel commença à se couvrir de nues, et, le lendemain, à l'heure de la procession, il plut si abondamment que tous les habits des chanoines et de ceux qui y assistèrent furent percés. Et cette grosse pluie n'empescha pas le peuple de suivre la procession, têtenue, louant Dieu de ce qu'il l'exauçoit; d'autres disant que Dieu les servoit à point nommé par la prière de son serviteur : ce qui donna bien de la confusion aux hérétiques qui s’estoient moqués du dessein de la procession, voiant la pluic continuer plusieurs jours autant qu'il fut nécessaire pour les biens de la terre qui furent recueillis en abondance,

« Voici pour avoir du beau temps. Le 16 aoust 1663, MM. du Chapitre d'Amiens voiant que l’on ne pouvoit faire la moisson à cause des pluies journalières presque continuelles qu'il faisoit depuis le mois de may, résolurent de faire des processions pour demander à Dieu du beau temps et descendre la chässe de S. Honoré et la porter en procession générale, le dimanche 19 d'aoust. Et le vendredy, le ciel se remit au beau ; le samedy, il ne plut pas ; le dimanche, il fit parfaitement beau et chaut ; et continua aussy de faire un temps fort serein : ce quy donna bien de la joie à tout le pays et à augmenté la dévotion envers S.

Honoré. »

C'est à l’occasion de la procession générale du # no-

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vembre 1668 qu'un chapelain de Saint-Honoré d'Amiens, l'abbé Baron, Composa ces vers :

Et vous Saint partout honoré, Dont les os réduits en poussière Dans un cercueil d'argent doré Se dérohe à notre paupière, Resterez-vous sans sentiment Dans cet auguste monument, Sans nous prêter votre assistance En cette auguste occasion,

Où Dieu punit notre insolence Par le fléau de contagion !.

La dévotion à S. Honoré, loin d'être localisée à Amiens, était répandue dans tout le diocèse : aussi, dans quelques graves circonstances, promena-t-on ses reliques jusque dans des paroisses fort éloignées. En 1240, lorsque les fonds manquèrent pour continuer les travaux de la cathédrale, le Chapitre décida qu’on ferait porter solennellement la châsse de S. Honoré dans toute l'étendue du diocèse, pour recueillir des aumônes qu'on appliquerait à l’achèvement de Notre-Dame. Nous possédons encore une lettre écrite à cette occasion, le 15 septembre 1240, par Gérard de Conchy, alors doyen du Chapitre, à Raoul, abbé de Corbie, pour lui demander que cette châsse fût reçue avec les honneurs mérités dans les paroisses de sa dépendance. Toutes les églises étaient heureuses d'offrir une hospitalté momentanée à ces reliques vénérées : aussi Bernard, Seigneur de Moreuil, par un acte de décembre 1295 fonda à perpétuité « trois septiers de blé froment au profit de l'église Notre-Dame d'Amiens, chacun an, une fois, quand la fiertre de S. Honoré viendra à Moreuil pour requérir aumône *. » .

La dévotion au culte de S. Honoré, dont la mémoire est

1 Ms. de NERLANDE, f. 124.

? Notes pour l'histoire de l'Église d'Amiens. Ms. 516 de la Bibl. comm. f, 162.

restée si populaire, devait surtout pousser de profondes racines dans le village qui lui donna naissance. C'est là qu'une fille de Rois, sainte Austreberte, était venue élever, près du tombeau de notre saint évêque, un monastère dont il ne reste plus aujourd'hui que quelques vestiges souterrains. C'est là que depuis treize cents ans survit un pèlerinage qui, après s'être ralenti vers la fin du dernier siècle, a repris de nos jours une nouvelle vigueur, pendant l'octave de la fête. Cette renovation de piété est principalement due au zèle de feu M. Goujon, curé de Port, qui entreprit d'élever un autel monumental sur le sarcophage de S. Honoré (1861); il y réussit à l'aide d'une souscription à laquelle prit part la Société des Antiquaires de Picardie, toujours désireuse de glorifier la mémoire de nos illustrations. Cet aute : style gothique est décoré de la statue du saint évêque, vêtu de ses ornements pontificaux, étendu sur un lit de parade et foulant aux pieds un monstre hideux, embl:me du démon vaincu. Derrière le monument, une grille donne entrée dans le caveau où se trouve le cercueil de pierre qui renferma pendant deux siècles et demi la dépouille mortelle du Saint.

Chaque année, à Port, la veille de la Samt-Honoré, on allume un feu de joie autour d'un arbre pour perpétuer le souvenir du miracle du fourgon,;et chacun a soin d'en emporter un tison,

Dans les environs de Port, notamment à Cahon et à Flibeaucourt, on l'invoque contre la fièvre qui règne presque constamment dans ces parages depuis l'endiguement de la baie de Somme, pour demander de la pluie et pour faire marcher les petits enfants.

Au commencement du XIII° siècle, Renold Chereins et sa femme Sibylle bâtirent en l'honneur de S. Honoré une chapelle à Clichy, sur le chemin voisin des murs de Paris ; ils y fondèrent des prébendes pour plusieurs chanoines dont le nombre fut augmenté plus tard, alors que cette église prit le nom de Collégiale. Les chanoines qui siégeaient du côté droit étaient nommés par l'évêque de Paris; lesautres, par le Chapitre de Saint-Germain-l'Auxer-

rois. Cette église, remaniée à diverses époques, agrandie en 1570, laissait encore voir quelques-unes de ses ruines il y a peu d'années. On sait qu'elle a donné son nom à l'une des plus importantes rues de Paris *.

Le nom de S. Honoré figure dans les anciennes litanies de Soissons (VIII: siècle), d'Amiens (XII: siècle), de Corbie (XITT° siècle) et dans les plus anciens Missels de Paris et d'Amiens. Il est inscrit au 16 mai dans les martyrologes de Rome, de France, des Pays-Bas, de Paris et d'Amiens. Les hagiographes qui l'out placé au 16 janvier l'ont confondu à tort avec S. Honorat, évêque d'Arles.

A partir de 1668, la confrérie de Notre-Dame de Liesse célébra sa fête, le 16 mai, avec une grande solennité, à la chapelle Saint-Jacques du cimetière Saint-Denis. Cette mème année, Fr. Faure, pour éviter la coïncidence, transféra, du 16 au dimanche qui suit l'Ascension, la fête de S. Honoré, qui jusque-là avait été chômée et lui conserva son rite de première classe.

Fête à 12 leçons dans les anciens bréviaires manuscrits de Corbie ; — double majeure dans les bréviaires de La Motte et Mioland ; — fête double dans les anciens Propres de Saint-Riquer, de Saint-Valerv, de Saint-Florent de Roye ; — double de 2° classe dans le Propre actuel du diocèse ; — semi-double dans le Propre de Corbie de 1677 ; — fête simple dans le bréviaire de Beauvais de 1741, et dans les bréviaires actuels de Paris et de Soissons ; — simple mémoire dans le bréviaire de Paris de 1543.

Dans le cours du Moyen-Age, S. Honoré avait un culte dans le diocèse de Noyon, comme le témoignent les Jeures de ceite église, ms. du XIV* siècle, conservé à la Bibl. de Laon (n. 264}. On trouve aussi son office dans le Propre des fétes du diocèse de Namur, publié en 1619 par l'évêque Jean Dauvin.

Nous reproduisons ici, d'après nos anciens missels, une

‘ Du Breuiz, Théâtre des antiquités de Paris.—HoNKLER, Vie des saints du diocèse de Paris, 11, 15.— DE GUILHERMY, Description archéolog. des monum. de Paris, p. 223.

prose qu énumère les principaux miracles de S. Ho-

noré :

Ambianis plebs devota, Gratulare mente ]æta, Ore, corde, spiritu,

In hac die gloriosa Celebri et speciosa, De pastoris transitu

Honorati, qui honore Declaratur dignus fore Signis et miraculis.

Hic est id quod nominatur, Nam a cunctis honoratur Gentibus et populis.

Hic dum missam celebravit, Manus Christi consecravit Hostiam mirifice.

Quam aspexit manifeste, Successore suo teste Salvio pontifice.

Paralysi dissoluti

CϾci, claudi, surdi, muti, Sunt saluti restituti.

Suo medieamine ;

Ejus ope, cæcæ natæ Sunt palpebræ reseratæ, ,

Dum fuerint confricatæ Altaris velamine,

Olim consueto more Ferebatur cum honore In quamdam eccleria,

In qua pendens forma Christi Crucifixum monstrans ipsi Præbuit obsequia.

Nam qua parte ferebatur Illuc statim vertebatur Crucifixi species.

Quos devote retulerunt Omnes qui hanc conspexerunt Se vertentem pluries,

Ad hunc ergo tam beatum, Tot et annis approbatum, Recurramus, Honoratum,

Qui nostrum purget reatum Per sua suffragia,

Ut per tantum advocatum Videamus increatum,

Deum patrem, Deum natum Amborumque sacrum flatum Regnantem in gloria. Amen.

Le poète Santeuil, ayant été prié par la corporation des boulangers de Paris de composer une hymne pour leur pa-

tron, improvisa la strophe suivante qui peut subir une foule de permutations :

Saint Honoré

Dans sa chapelle

Avec sa pelle

Est honoré.

Le P. Cahier fait à ce sujet la réflexion suivante : « Tel était le sérieux de l'hymnographe dont les compositions furent acceptées avec enthousiasme au XVII: siècle par plusieurs Églises de France, et dont la poésie, dans ses meilleurs moments, réussit tout au plus en descriptions ou en amplifications littéraires, presque jamais à prier. Celui qui se jouait ainsi de la piété populaire manquait singulièrement de ce qu'il lui eût fallu pour se porter héritier d'Adam de Saint-Victor, tout Victorin qu'il était lui-même » (Caractéristiques des saints, p. 610).

Heuri Delfaut ‘, chanoine de la cathédrale d'Amiens, a composé, sous l’épiscopat de Pierre de Sabatier, l'hymne suivante en l'honneur de S. Honoré.

Quid celeri, pater alme, fugis pede ! mille decora Prodigiis virtus an latitare potest !

Præsul in Ambiacum te fert gens sancta tribunal, Nec mutat mores infula sacra tuos.

Non fastu tumet ille, auro non splendet, iniquas Spernit opes, habitum servat, ut ante, suum,

Pontificum sublime decus, pietasque, fidesque, Atque comes virtus, unde nitescat, habent.

Commissi quæ cura gregis ! quæ gratia fandi ! At quæ majestas dum sacra rite facit !

Hinc portintosis meruit clarescere signis, Ambiaca miseram pellet ab urhe famem.

Claudus inæquali gradiens pede, protinus æquo Ambulat, et cæco luxinopina redit.

En tumulum, Præsul, clero comitante, reeludens Clausa diu terni martyris ossa legis.

Hæc tibi debemus sacra pignora, non sine sacris Pignoribus nobis usque colenda tuis.

Carmina in sacris supplicalionibus a clero ambianensi decantanda. Arabiani, Caron Hubault, in-12.

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