Janvier et 23 Octobre, — VIII* Siècle
Il existe quatre vies modernes de Ste Ulphe et de S. Domice ‘ qui sônt plutôt des ouvrages de piété que des biographies proprement dites. La vérité historique y est souvent altérée et l’on y rencontre une foule de détails que les auteurs ont uniquement puisés dans leur imagination *. Ils paraissent n’avoir point connu le document le plus important qui existe sur la vierge Ulphe * et le diacre Domice * : nous voulons parler d'une légende
1 SIMON MARTIN, la Vie de Ste Ulphe, Paris, 1648 et 1696, in- 42. — PIERRE DE SAINT-QUENTIN, S. Domice et Ste Ulphe, Amiens, 1664, in-12. — Le P. DoBEILH, la Vie de Ste Ulphe, Amiens, 1672,.in-12. — Le P. SELLIER, Nouvelle Vie de Ste Ulphe, Amiens, 1841, in-12.
3 Nous en donnerons quelques exemples en notes.
? Ulphia, Ulfia, Vulfia, Wulfia, Vulfa ; -- Ulfe, Wulfe, Hulphe, Offe, Olfe, Olphe, Oulphe, Oufe, Ouffe, Oulphre,
* Domicius, Domitius; --- Domicie, Domisse, Dommisse, Domis.
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latine qui remonte au moins au XITI° siècle et de sa traduction fuite au XVIe. Ces deux opuscules, copiés de la même main en 1542, sont conservés à la bibliothèque d'Amiens, dans le manuscrit qui porte le n° 103. Ils n'ont pas été connus de J. Bolland qui n'a publié, au 31 Janvier, que des fragments fort courts des Actes de Ste Ulphe, ni des nouveaux Bollandistes qui, au 23 octobre, n’ont donné qu'une vie incomplète et mutilée de $. Domice.
Dès que nous avons entrepris notre Hagtographie du divcèse, en 1856, nous nous sommes proposé de publier in exlenso cette traduction libre, mais fort exacte, d’un texte resté inédit. L'édition ‘ que Af. Aug. Janvier en a donnée en 1863, a dû modifier notre projet : nous ne citerons donc que quelques extraits de cette œuvre délicieuse de grâce et de naïveté, et, dans ces cas-là, nous respecterons scrupuleusement l'orthographe du manuscrit. Nous nous permettrons seulement de modifier la ponctuation défectueuse et l’accentuation, pour en rendre la lecture plus facile. C'est dans ce même but que nous traduisons en langage moderne, entre parenthèses et en lettres italiques, un certain nombre de mots hors d'usage qui ne seruient peut-être pas compris de tous nos lecteurs.
Le chroniqueur anonyme ne nous fait connaitre ni le lieu ni la date de naissance de Ste Ulphe. La Biographie du département de la Somme (t. ür,
1 La légende de Ste Ulphe, fragment d'une histoire inédite de Bores. Amiens, 1863, in-4°. Cette publication est précédée d’une introduction et suivie d’un appendice. Nous reproduirons quelques-unes des notes les plus intéressantes de M. Janvier.
vw,
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p. 347) la fait naître à Amiens, ce qui est formellement contredit par le texte du XIII: siècle. Elle serait née dans les environs de Laon, suivant une moderne Nutice sur l’église de Saint-Acheul : non loin de Péronne, d'après Chalemot! ; sur les confins du Vermandois et du Soissonnais, d’après le P. Dobeilh; entre Saint-Quentin et Soissons, dit le P. Sellier ; dans le Soissonnaiïs, dit Pagès; dans le Vermandois, selon Cérisiers et Pierre de Suint- Quentin. Cette variété d'indications, ou plutôt de conjectures, prouve à elle seule qu'il n'y a rien de certain à ce sujet. Quant à la date de naissance, le P. Daire la fixe à l'an 682; d’autres, avec plus de vraisemblance, à l'an 710. Le seul point qui soit incontestable, c'est que Ste Ulphe avait vingt-huit ans quand elle reçut le voile de l'évêque Chrétien qui, d’après l'opinion la plus probable, siégea de 121 à 740.
Ste Ulphe se fit remarquer, dès sa Jeunesse, non seulement par ses vertus, sa piété, son assiduité à l'église, mais par les qualités extérieures dont l’avait pourvue Ja nature. Plusieurs gentilshommes sollicitérent sa riche alliance, mais Ulphe déclara à ses parents quelle n'aurait jamais d'autre époux que Jésus-Christ, ce qui leur. causa une Joie inattendue. Les prétendants éconduits ne renoncèrent point cependant à leur projet; les uns employcrent les séductions de l'éloquence, les autres la terreur des menaces. Ste Ulphe, craignant un coupable ravissement, alla puiser ses inspirations au pied des
Scores sauct. vrd. Cisterc. p. 51.
LA
SUOULOHE ET OS DOMICE. 0.4
autels. \pres s'être endormie un instant dans l’éghise, elle se réveilla pleine d'une sainte et Joyeuse résolution. Ayant simulé une soudaine folie, elle se mit à courir les rues, mal vêtue, le visage souillé, les cheveux en désordre, les traits exténucs par des jeûnes prolongés, espérant ainsi inspirer le dégoût à tous ses poursuivants ".
Inspirée par le mépris des vanités mondaines, Ste Ulphe, encore dans la fleur de la Jeunesse, se déeida à se consacrer entierement à Dieu. Revètue d’un habit grossier, elle abandonna le lieu de sa naissance, son pére, Sa mère, ses amis, ses richesses et parvint pres d'Amiens * dans un lieu solitaire, plein de ronces et d’herbages, sur les bords de la Noye:, Epuisée par la fatigue et la chaleur, elle se reposa près d'une fontaine * et s'endormit après avoir étanché sa soit *.
1 Parini les saints qui, pour divers motifs, affecterent la demence, nous citerons S. Siméon dit Salus, S. Jean de Dieu et le V. Bernard. Quant au sacrifice de la beauté, nous voyons des traits analogues dans les Vies de Ste Angadrème, de Ste Colette, de Ste Enimie, fille de Clotaire II, etc.
? Le P. Sellier dramatise ainsi la fuite de Ste Ulphe : « A peine avait-elle quitté la route qu’un des cavaliers envoyés de tous côtés à sa poursuite, y passa rapidement, mais sans la reconnaître, peut-être mème sans l’apercevoir. s (P 25).
3 La Noye, qui prend sa.source à Vendeuil (Oise) et se perd dans l’Avre, près de Boves, était parfois désignée sous le nom de rivière de Vendeuil ou de Boves.
* C'est la fontaine qu'abrite aujourd'hui la chapelle de Ste Ulphe. La prairie voisine qui fait partie de la commune de Boves porta le nom de lu Morveuux, selon De Court (6 184); de les Maisneuux, d’après Simon Martin ; de les Monneuvx ou Motneaux, suivant Pierre Bernard. |
$ C'est ici que s’arrète le texte publié par les Bollandistes, pour passer immédiatement à la mort de Ste Ulphe.
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Pendant ce court sommeil, la jeune fugitive vit lui apparaître la sainte Vierge, resplendissante de lumière, couronne en tête, tenant l'Enfant Jésus dans ses bras et suivie d’une phalange de vierges. « Ulphe, ma fille, lui dit-elle, puisque tu as choisi cet enfant pour époux sur la terre, tes noces avec lui dureront autant que l'éternité : mais il te faudra auparavant subir les luttes de l'enfer. C’est ici qu'il faut demeurer, pour y sanctifier tes jours. Sache qu'après ta mort ta maison deviendra un asile de saintes religieuses qui marcheront sur tes traces ‘. » La vision s'évanouit et Ste Ulphe, effrayée de sa solitude, supplia la Vierge de lui venir en aide. Sa prière fut bientôt exaucée.
Un vieillard, nommé Domice, ancien chanoine de Notre-Dame *, avait renoncé à sa prébende pour s'adonner à la vie solitaire. De son ermitage situé à deux lieues et demie d'Amiens”, il se rendait
Le P. Dobeilh nese gène pas pour amplifier la prédiction et fait annoncer à Ste Ulphe que « son corps serait exposé à la vénération du public dans l’église cathédrale d'Amiens. »
* Dans plusieurs églises de France, il y avait des chanoines lès le VIle siècle, Le Martyrologe romain, le P. Longueval, etc., donnent à tort la qualification de prêtre à S. Domice. La tradition le désigne comme diacre. Nous verrons qu’il va communier avec Ste Ulphe à une messe de la cathédrale, la veille de sa mort. L'auteur de sa Vie nous le montrera plus tard apparaissant à Ste Aurée en costume de diacre: Videt udhuc dormiens senem vestitum dalmatica politissima super albam, librumque evangeliorum ante suum pectus deferentem, veluti deberet sacris altaribus vice diacont ministrare. Pierre de Saint- Quentin suppose que S. Domice serait né vers 680 ; le P. Sellier, vers 688.
* La chapelle de Saint-Domice, dont nous avons parlé à l’article spécial de ce Saint (tom. 1, p. 556) fut érigée à l'emplacement de son crmitage, sur le territoire de Fouencamps. Elle est en
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chaque nuit aux matines de l'église Notre-Dame, située à l'emplacement actuel de Saint-Acheul ', et revenait à son logis avec la pitance qu'on lui avait délivrée. Notre Saint, qu'on croit être né sur le territoire d'Amiens, était obligé, à chaque voyage quotidien, de passer à un Jet d'arc de la fontaine où s'était arrêtée Ste Ulphe. Celle-ci était encore plongée dans sa pieuse méditation, quand une voix mystérieuse lui dit : « Lève-toi vite et vas au devant de ton père qui s'avance. » Laissons ici la parole au naïf chroniqueur :
« Et incontinent, la vierge embrasé de l'amour de Jésu-Christ, leva ses yeulx et regarda au long du chemin et percheut (aperçu) le bon anchien homme qui descendoit d’une petite montaigne et portoit habit d’hermite et viaire {visage) angélicque, sa
effet à dix kilomètres d'Amiens. Le texte qu'ont publié les nouveaux Bollandistes (23 oct.) est évidemment fautif, quand il dit : Distante quindecim milliaribus a civitateAmbianis, ce qui ferait environ einq lieues.
1 L'église cathédrale avait été transférée de Saint-Acheul dans l'intérieur de Ia ville, au commencement du Vile siècle, sous l'épiscopat de S. Salve : on pourrait donc suspecter la tradition qui fait aller Domice aux matines de la cathédrale située à l’emplacement actuel de Saint-Acheul ; mais il faut se rappeler que lorsque la chaire épiscopale était transférée d’une église en une autre, c'était une règle générale de laisser une partie des prêtres dans l'église primitive, dépouillée de son titre de cathédrale, et non pas de tous ses priviléges. (V, Du Mozrner, Réflex. sur les chanoines.) Un certain nombre d’ecclésiastiques ont donc dû rester à Saint-Acheul pour y continuer l'office canonial et c’est naturellement à eux que venait s’adjoindre leur ancien confrère, en raison de l'endroit où il habitait. LE Conte (Annal. eccl. IV, p. 653. — La MoRLiÈRE, Ant. d'Amiens, p. 39. — DE BEAUVILLÉ, Docum. inéd., t. 1, p. 370.)
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barbe et cheveleure blance comme neige " et se soustenoit et appoioit d'ung petit baston, à cause de son anchienneté et feblesse. Et puis en grant cremeur (appréhension) et révérence, en démonstrant signe de virginité vérécundieuse (pudique), et en grant humilité, ses mains Jjoinctes, sitost qu'elle peult approcher, d'ung doulx courraige et d'une voix piteuse, lui commencha à dire : O beau père et amys de Dieu, prend aujourd’huy pitié de moy. Et adonc le bon sainct homme Domice s'esmerveilla moult fort de ceste Jeusne fille et, commenchant à trembler, tout le sang esmeu pour la nouvelleté du cas, s'aresta tout coy (immobile; ct mys ses deux mains sur son bastonceau (pelt Lälon), affin de soy mieux soustenir et commença à dire : Quis es-tu et que quiers {rherches)-tu? et pourquoy te rendz-tu à moi? À quoy elle respondit que elle avoit non Ulphe, et qu'elle estoit de la vocation et servante de Jesu-Christ, voeullant vivre en humilité atlin que, de la gràce et miséricorde de Dieu, je puisse acquérir la gloire éternelle, et que tu me traictes de amour paternel, mur) qui suis envoyés iey par la bonté supernelle (céleste), et que je te : serve et obéisse. à toy comme ta fille. À laquelle toutesvoies Domice ne veult croyre de prime face (abord, maïs Iuy demanda comment il sçaroit s'elle lui disoit vérité. Elle luy répondit doulcement qu'il verroit et percheveroit que ouy, par la
Hubentem capitis cœæsariem et barbam venerendam, dit le texte publié par le R. P. J. Van Iecke, C'est la un petit anachronisme du légendaire, puisque les clercs ne portaient pas de barbe à cette époque,
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vie et ordonnance qu'elle avoir et tenvit (ere drait; au lieu où s’estoit arestée auprez de In fontaine dessus escripte. Et là furent pluiseurs parolles entre ledict Domice et icelle vierge qui raconta là à Domice tout son faict et toute sa vie et les visions qu'elle avoit veues. Et lors le bon Domice, soy esmerveillant de la prudence et faconde, de la manière du langaige et de la dévotion d'icelle vierge luy dist qui (qu'il) ne lui renderoit quelque responce Jusques à lendemain qu'il yroit à l’église à Amyens, commeil avoit de cousteume, et que à son retour, il luy donneroitresponce deson faict, etaprez s'envint ledict Domice à sa maison, pensant et méditant à ce qu'il avoit veu, et aux granz vertus dont icelle vierge estoit décorée, qu'elle demouroit toute seulette auprez de la fontaine, entre aucuns bucques (bois) que illec (qui /aj estoient *.
« Grandement fut pensifle bon Domice du long du chemin, et luy venu en sa maison, entra en son oratoire pour dire ses vespres. Avant qu'il prinst quelque viande, et quand il cuida (pensa à) dire ses vespres, :l fut si oppressé de sommeil quil s’endormist, et en son dormant, eut en vision un Jeusvencel, moult reluisant, revetu d'ung estole blance, portant sur son chiefz un beau chapeau de roses?
1 Voici ce que le P. Sellier substitue à cette entrevue pleine de naturel et de verité: « Le vénérable ecclésiastique ne l’eut pas plutôt aperçue qu’il s’éloigna précipitamment, comme un homme qui aurait rencontré quelque chose de sinistre ».
? « Le chapeau de roses ou de fleurs, dit M. Janvier, joue un grand rôle dans l’histoire du Moyen-Age ; c’est la parure vbligatoire de certains jours de fête. La religieuse au pied de l'autel, avant de prononcer les vœux éternels qui vont l’attacher à son
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de merveilleux odeur, lequel tenoit en sa main senestre une perme (bouclier) bien légère et ronde, seigné par-dessus d'une croix vermeille. moult clère et reluisant, et en sa dextre main il tenoit ung fort et robuste dard ferré d'ung fer bien agu, et estoit icelluy jeusvencel fort estraint (serré par ses habits) etson vestement levé par sa chainture, comme prest à combattre ou à courrir s’il estoit besoing. Lequel d’une face Joyeuse et plaisante parla au bon Domice, en son dormant, et lui dist : Domice, escoute, le roy du paradis te baille en garde sa servante et amye, et te mande que ce soit ta fille adoptée, et que tu le nourisses et instruisse en toutes bonnes œuvres. Et lors: Domice demanda quil (quiil) estoit: auquel le jeusvencel respondit qu'il estoit l'ange de Dieu, commis à garder Ulphe et combattre ses ennemys, ou courrir au sainctz cieulx présenter à Jésu-Christ ses prières et oraisons. Mais le bon Domice, non content de ce, demanda avoir aulcun signe pour croire ce que le Jeusvencel luy disoit ; et adonc, le jeusvencel mist son dard en l'air auprès de luy, et une boite d'ivoire qu'il pendoit à sa chaincture, comme ont en coustume mes-
mystique époux; les mariés, le jour de la célébration de leur union ; les ecclésiastiques, les merabres de confréries religieuses, le jour de la Fête-Dieu, portent une couronne de fleurs. Une miniature d’un missel attribué à Jacques Juvenal des Ursins, nous représente les maîtres de la corporation des orfévres de Paris, la tête ceinte de semblables couronnes, et portant la châsse de saint Marcel. À Amiens, le jour de la Chandeleur, le maître du Puy donne, à chacun des confrères qui assistent au dîner qui termine la fête, un chapel vert ou couronne de lierres »
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sagiers :, et bailla au dict Domice unes lettres, en luy disant que c'estoit le vray signe qu'il estoit messagiers de Dieu, et luy deffendit par exprès que, devant le jour de sa mort, il ne révélast riens du contenu d'’icelles, ne de la vision quelque chose,
sus (sur) sa vie, et soubz ceste condition et charge, le bon Domice receupt lesdictes lettres closes et scellées honorablement d'ung seaux d’or précieux et riche, lesquelles le bon Domice ouvrist, et estoient escriptes en lettres d'or clères et /st) luisantes que sa veue estoit toute tourblée de la réverbération de clarté. Combien que solon ‘ la capacité de ses yeulx,
il lust icelles lettres dont le teneur ensieut (suit) :
« Jésus de Nazareth, roy des Juifs, à l’université de toutes créatures, salut. Nous envoyons et dé-
putons notre léal (fidèle) messagier, porteur de ces présentes lettres, à garder le corps et l'âme de Ulphe,
vierge, spécialement mise en nostre protection,
saulve-garde et deffense; donné en la Nativité
d'icelle Vierge, présent nostre bien aymée Mère
Marie et toute sa compagnie de vierges, ce approu- vant et louant singulièrement. » Et quant le bon
preudhomme Domice eut lust icelles lettres et en-
tendu le contenu, il s’en esmerveilla plus que devant
et retourna le seaux qui pendoist en lacé de soye,
1 Au Moyen-Age, dit M. Janvier, les messagers, les chevaucheurs royaux portaient les messages et les lettres d’une certaine importance, renfermés dansdesboîtes ordinairement de fer; nous trouvons une délibération de l’échevinage d'Amiens, du lendemain de la saint Simon et saint Jude 1424, « de faire pour l'honneur et congnoissance de la ville une boîte d'argent pour renfermer les lettres de la Commune. »
? Faute de copiste, pour selon.
T. Hi "3
516 s't ULPHR ET 9. DOMICE.
puis à ung costé,"puis à l’aultre, puis dedens, puis dehors, eten ce faisant, il apperchèut à ung des lès du seaux mis auxdictes lettres l'emprainte de Nostre Saulveur, en signe et figure telle qui pendist en croix, et deux ymaiges, l'ung d’ung costé de la croix qui fust de la Vierge Marie, et l’aultre qui fust de sainct Jehan de l’aultre costé, et au bort d'icelluy avoit escript : Jésus de Nazareth, Roy des Juifs, et au dos, que on dict contreseaux, avoit la forme de la Trinité de paradis et avoit escript autour : Le Roy des Juifs, Seigneur des seigneurs, regnant perpétuellement. Et ce faict, le jeusvencel reprinst ses lettres de Domice et s'esvanuyt, et se despartit arrière. Et le bon homme s’esveilla et cuida (crul) trouver ce qu’il avoit veu en dormant, mais iln'en trouva riens. Néantmoins, il fut fort asseuré et informé de la bonne saincte Ulphe, et par fervente charité et amour d'elle, fut du tout disposé et délibéré de là en avant luy secourrir, instruire, conforter et l’ayder en tous ses affaires. ' »
Le bon Domice, après avoir dit ses vêpres, pensa que la jeune vierge pouvait encvre être à jeun et retourna vers elle pour lui porter la meilleure part de sa pitance. Ulphe l’accueillit avec joie : « Soyez le bienvenu, mon père et mon ami, Je suis heureuse
t Empruntons encore une note à M. A. Janvier : « Dans l’esprit des légendaires et des poëtes du Moyen-Age, le Paradis est réglé à l'exemple de la terre, et Dieu siége sur son trône, entouré de ses anges, de ses saints, absolument comme le seigneur féodal siége dans sa cour, assisté de ses hommes de fief, entouré de ses vassaux. Manifestce-t-il sa volonté ? c’est par lettres closes et scellées en lacs de soye, comme le pourrait faire le roi de France, écrivant à ses baillis et à ses officiers. »