ABBÉ DE FOSSES ET DU MONT-SAINT-QUENTIN
1° Mai. — + 680.
Ultan ', frère de S. Fursy, fut le troisième fils de Fintan, un des rois de l'Irlande, duquel nous avons raconté ailleurs les malheurs et l'exil *. Il naquit au commencement du VII* siècle, dans l'hôtellerie du monastère de Clunaferte ou Cluain- Fearta *, où sa mère avait été charitablement accueillie par le saint abbé Brendan. |
Quand $. Fursy fut à la tête du monastère de Ratimath, une des îles du lac d'Orbsen, il détermina ses deux frères Foillan et Ultan à embrasser la vie religieuse, sous sa direction. Après avoir passé quelques années au monastère de Cnobbersburg, dans le canton de Suffolk, et partagé les tra-
! Uitunus, Wltanus, Vultanus — Ultain, Ultin, Oultan, Vultun, Outain, Outan, Autain. — Plusieurs autres saints irlandais unt porté le même nom.
? Voir notre biographie de S. Fursy, t. 11, page 232.
Dans le diocèse de Tuam, près du lac d'Orbsen, là où se tronve maintenant la paroisse de Kill-Fursa.
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vaux apostoliques de ses deux frères, Ultan se retira dans une solitude, où S. Fursy alla le rejoindre, et passa une année consacrée tout.entière au travail des mains et à la méditation des vérités éternelles.
D'après une tradition qui ne mérite pas croyance, il aurait accompagné son frère Fursy non-seulement dans son voyage en France, mais aussi dans son pèlerinage à Rome; revenu en France avec lui, il aurait visité l’abbaye de Corbie, et fondé ensuite le monastère de Fosses.
L'auteur des Miracles de S. Fursy nous dit positivement que le saint abbé de Lagny entreprit son dernier voyage, où il devait mourir, dans le but d'ale lér voir, en Angleterre, ses frères qui dirigeaient le monastère de Cnobbersburg qu’il avait fonde ". On ne peut donc pas admettre que S. Ultan soit venu en France avant la mort de S. Fursy, et il faut rejeter les détails inexacts qui nous sont donnés à ce sujet par les Actes d’ailleurs très suspects de S. Etton et de S. Algise ?.
Une autre tradition, empruntée aux Actes deS. Foïllan, et qui ne mérite pas plus de confiance, nous raconte qu'Ultan accompagna Foillan dans un voyage à Rome, et qu'en revenant en France avec lui, il aurait appris à l'abbaye de Lagny la mort de son frère aîné.
Ce ne fut donc qu'après l'an 650, époque de la
1 Contigit ei ut reverteretur in Saxoniam visitare proprios germanos suos, id est Foillanum et Ultanum, quos dimisit ad regendum suum monasterium.
1 Voir l'article ALGISF dans notre tome IV.
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mort de S. Fursy, qu'Ultan vint en France. On ne saurait préciser la date de son arrivée. L'auteur anonyme du VIT siècle, qui a rédigé les Actes de S. Fursy, indique comme ayant assisté à l'élévation de ses reliques (654) S. Foillan et S. Emilien, et passe sous silence le nom de $S. Ultan. On ne doitdonc pass’en rapporter à l’assertion du chanoine Desmay, auteur d'une Vie deS. Fursy, qui s'inspirant « d'un livre fort ancien, écrit à la main et * gardé au monastère du Mont-Saint-Quentin, » dit que S. Eloi, après avoir consacré l'église du Montdes-Cygnes et fait l'élévation du corps de S. Fursy, mit S. Ultan en possession du Mont-Saint-Quentin. |
Toutefois, ce dut être vers l’an 651, que le missionnaire irlandais évangélisa le diocèse de Cambrai et qu'il se rendit à Nivelle, en Brabant, pour visiter l’abbesse Ste Gertrude, ainsi que sa mère la B. Itte (ou Iduberge), veuve de Pépin de Landen, maire du palais d’Austrasie. Les deux étrangers furent recus dans la communauté des religieux, qui était annexée à l’abbaye de femmes, et on les pria d'évangéliser les pays environnants et d'expliquer la Sainte-lcriture aux religieuses du Monastère de Nivelle.
Apres la mort de la B. Itte, qui survint en 652, Ste Gertrude, qui avait hérité de vastes domaines, donna à S. Ultan la terre de Fosses, située entre la Sambre et la Meuse !, ainsi que les fonds nécessaires pour ÿ construire un hôpital pour les pélerins et
! Du d'océse de Liège. jadis de ceiui de Maïstricht.
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un monastère !. C'est en se rendant à cette abbaye, deux ans plus tard, queS. Foillan et trois de ses compagnons furent assassinés par des voleurs, dans la forêt Charbonniere, en Hainaut, entre Nivelle et Soignies. Gertrude, inquiète de ne point voir revenir Foillan, envoya chercher de ses nouvelles à Fosses. S. Ultan raconta que, la nuit précédente, il avait vu en songe une colombe aux ailes blanches, qui était souillée de sang, prendre son vol vers le ciel, et qu’il devinait maintenant le malheur qui était arrivé à son frère. L'abbesse de Nivelle, qui avait eu une autre révélation, fit explorer la forêt de Soignies, et, plus de deux mois apres, on découvrit les cadavres des quatre victimes *.
On voulait d'abord inhumer Foillan à Nivelle: mais Ultan réclama cet honneur pour sen monastère de Fosses, en invoquant la volonté que lui avait manifestée son frère à cet égard.
Plus tard, Ste Gertrude, sentant approcher sa fin, envoya un messager à S. Ultan, pour lui dire qu'elle voyait arriver la mort avec un sentiment mêlé de crainte et de joie, et qu'elle serait heureuse d'en savoir d'avance le jour et l’heure. Ultan répondit : « Nous sommes aujourd'hui le 17 descalendes d'avril (16 mars), c’est demain, au moment de
1 Belleforest, trompé par une ressemblance de nom, attribue à S. Ultan la fondation de Saint-Maur-des-Fossés, près de Paris.
? Colgan suppose que les trois compagnons de Foillan étaient S. Boétien, S. Colomban et S. Gabaïn, tous trois disciples de S. Fursy. En ce qui concerne S Gobain, la conjecture est fausse, car il fut assussiné au mont de l’Fermitage qui. depuis, a pris le nom de Saint-Gobain.
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la messe solennelle, que cette servante de Dieu comparaîtra devant son juge. Qu'elle ne conçoive aucune crainte; car le bienheureux évêque Patrice‘, entouré d'Anges, la recevra comme une nouvelle hôte dans l’éternelle patrie. »
Le messager voulut savoir si l'abbé de Fosses avait eu connaissance de l'avenir par une révélation céleste, mais Ultan n'en voulut point dire davantage. Le lendemain, 17 mars 659, qui était un dimanche, Gertrude reçut la communion en viatique, et rendit son âme à Dieu au moment où l’officiant prononçait les paroles de la secrète.
Il est difficile de déterminer l’époque précise où S. Ultan devint premier abbé du monastère du Mont-Saint-Quentin, près de Péronne, qui avait été bâti par la libéralité d'Érchinoald, châtelain de Péronne et maire du palais. Ce fut probablement vers 648 et non pas en 643 comme le suppose l'auteur de l'Histoire manuscrite de l'abbaye du Mont- Saint-Quentin ?.
Ultan n'en continua pas moins de diriger l'abbaye de Fosses. Son zèle suffisait abondamment à l'accomplissement du double devoir qu'il avait accepté.
On s'est demandé qu'elle était la règle que S. Ultan faisait suivre dans ces deux monasteres. Les Benédictins répondent que c'était celle de
1 Ce rôle est sans doute attribué au grand apôtre de l'Irlande, parce que sa fête tombe le 17 mars, jour où devait mourir Ste Gertrude.
3 Ce manuscrit »2t cansoré aux Archives du département de la Scmme.
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S. Benoît ; les Bollandistes en doutent. Il nous paraît assez probable que S. Ultan a dû d’abord introduire la loi monastique de $. Colomban dans sa patrie. Remarquons toutefois qu'il n'avait pas été élevé sous ce régime; formé par S. Brendin, il avait suivi, en Irlande, la règle toute spéciale dont ce saint abbé était l’auteur.
Mabillon et tous les écrivains qui veulent que la collégiale de S. Fursy ait été primitivement un monastère bénédictin, sont amenés à dire que S. Ultan fut le premier abbé, non-seulement de la maison du Mont-Saint-Quentin, mais aussi de l'établissement fondé en même temps par Erchinoald, sur le Montdes-Cygnes, dans l’intérieur de Péronne, là où reposaient les reliques de S. Fursy, Les raisons qu'on allègue, pour soutenir cette opinion, ne nous paraissent point solides, et nous croyons que M. l’abbe J. Gosselin, dans sa Notice historique sur la col- : légiale de S. Fursy', a fort bien démontré que cet établissement, improprement nommé abbaye par quelques anciens auteurs, a toujours été séculier.
C'est dans le monastère du Mont-Saint-Quentin que fut exilé S. Amé, archevêque de Sens ?. S. Ultan accueillit, avec une tendre compassion, le prélat qui, victime de perfides calomnies, avait encouru la disgrâce de Thierry III, ou plutôt d'Ebroïn, son maire du palais.
‘ Publiée dans la Picardie, tome x1 et suivants. * Voir l’article que nous lui consacrerons dans la seconde partie de cet ouvrage.
588 &. ULTAX.
+ Ultan mourut le {* mai de l'an 686 ‘. Il fut in-
humé au monastère de Fosses, dans l’église qu'il avait érigée lui-même sous le vocable de Sainte- Agathe.
RELIQUES
Les reliques de S. Ultan furent plus tard partagées entre le monastère de Fosses, celui du Mont-Saint-Quentin et l'église collégiale de Saint-Fursy.
La chässe que possédait le Chapitre de Péronne fut ouverte en {bav, pour en extraire quelques ossements destinés au prieuré de Saint-Pierre d'Abbeville qui envoya en échange trois ossements de S. Foillan. Il est probable que l’ancienne châsse du prieuré de Saint-Pierre est celle qu'on voit aujourd'hui à l'église de Saint-Vulfran d'Abbeville.
A de Péronne conserve deux ossements de S.
Ultan.
CULTE ET LITURGIE
Bien que S. Ultan soit mort le 1* mai, on ne le fétait que le 2 mai à Saint-Fursy de Péronne, etle 5 mai à Fosses, à cause de la prééminence de la solennité des saints apôtres Jacques et Philippe.
Cette fête, qui n'était que semi-double dans l'ancien diocèse de Novon (30 avril), se célèbre aujourd'hui à Péronne sous le rite double de deuxième classe
3 Malbrancq dit en 678: Buceiin, en 679; Mabillon et l'Art de vérifier Les dates, en G&0. Nous suivons l'epinionde d'Acherv ct de Le Cointe,
S. ULTAN. 589 Il n'en est pas fait mention dans notre Propre diocésain. | S. Ultan est le patron de Courcelette, dans le doyenné d'Albert.
Son nom est inscrit dans les martyrologes d’Adon, Bucelin, H. Menard, Du Saussay, etc.
ICONOGRAPHIE
On voyait jadis, à Péronne, la statue de S. Ultan, avec celles de ses deux frères, au portail de l'église collégiale de Saint-Fursy, aujourd'hui détruite.
On le représente avec une couronne à ses pieds pour montrer qu'il a su mépriser les grandeurs du monde.
BIBLIOGRAPHIE
On ne connaît point d’Actes de S. Ultan. Ce que nous venons de rapporter est emprunté : 1° à l’auteur anonyme du VIT* siècle qui a écrit la vie de S. Fursy ; 2° aux Actes du même Saint, rédigés au XI° siècle par Arnould, abbé de Lagny; 3° à la Vie de S. Foillan, publiée par Ghesquière (t. 111. p. 16); 4 aux Actes de Ste Gertrude et à ceux de S. Amé, archevèque de Sens.
Henschenius (t. 5, maï, p. 118) et Mabillon (Act. SS. Ben. ur, 785) ont rédigé sur S. Ultan une courte notice historique.
L'Histoire de l'abbaye du Mont-Saint-Quentin, manus crit conservé aux Archives du département de la Somme, contient une vie de S. Ultan, très-fournie d'erreurs, et que l’auteur a allongée en parlant de S. Fursy et de S. Foillao.
SI g, UL®TAN.
Outre ces documents, nous avons consulté les ouvrages suivants :
Desnary, da Vie de S. Fursy. — Mienon, Histoire de la vie de S. Fursy. — Magicon, Annal. Ben. 1, 385, 420, 521. — Gallia christ., 1, 576 et 932. — EusTacue pr Sa- CHY, Essais hist. sur Péronne, pp. 11, 30. — CoLaan, Act. sanct. Scotiæ, pp.77, 81,100, 292, 608.— Le CoiNTE, Ann. Eccl. ir, 656, 659 ; 1v, 158. — DESTOMBES, Vies des Saints du diocèse de Cambrai, n, 64.— GosseciN, Notice hist. sur le Chapitre de Saint-Fursy.—Les anciens bréviaires des diocèses de Liégeet de Noyon.—Festa..., in ecclesia S. Fursæi Peronensis, 1609.