S'® ULPHE ET 5. LOM:CY
l'iphe trespassée de ses habis; les aultres. lavoient et nestoloïent son corps moult doulcement, et les aultrès, en moult beaux sôuaires (suaires) et fort netz, son corps ensevelissoient et dévotement le inhu muient et enterroient au milieu de son oratoire. Et finablement icelles vierges toutes ensemble s'en retournoient, et l'îme d’icelle vierge Ulphe à Dieu de paradis, doulcement en chantant, benignement emportoient. Et en ceste vision fort bien reposoient ces deux petites vierges, lesquelles quant furent esveilliés, l’une raconta à l’aultré $a vision, mais elles trouvèrent que pareïillement l’aultre avoit eu ceste vision, car comme l’une racontoit, l’aultre pareillement icelle vision congneut avoit. »
C'est ici que s'arrête la traduction française du XVI" siècle ; les dernières pages, contenant les deux derniers chapitres ont disparu. Heureusement que le texte latin manuscrit, qui se trouve à la suite, va nous raconter la mort de Ste Ulphe.
Aurée, après avoir chanté complies avec ses compagnes, dans le couvent d'Amiens, était allée retremper ses forces dans un bienfaisant sommeil. Voici que tout-à-coup un songe lui représente un vieillard, revêtu d'une aube et d'une brillante dalmatique, tenant sur sa poitrine le livre dés Évangiles, comme s'il allait remplir les fonctions de diacre. — Aurée, lui dit-il, écoute ce que je vais te dire. — Qui êtes- vous, s'écria-t-elle? — Je: suis l'ermite Domice, et je veux annoncer à toi et : tes compagnes une heureuse nouvellé qui va réinplir de Joie toute la cité. L'âme de votre mère spirituelle, de votre Ulphe chérie, vient d'être em-
SE OCLPHE LT SO DOMICE, 907
portée par les anges dans le royaume des Bienheuheureux. Fais trève à tes larmes et empresse-toi d'aller inhumer la Sainte dans sa cellule; afin, qu'après avoir vécu non loin de moi, elle reste, après sa mort, à la même distance, jusqu’à ce que tous deux nous soyons transférés dans la cité d'Amiens.
. À ces mots, Aurée se réveille, avertit ses compagnes et s'empresse de se rendre avec elles à la cellule de $te Ulphe. Arrivée dès la pointe du jour, elle frappe à la porte et réveille les deux religieuses, qui venaient de voir dans leur sommeil une nombreuse procession de vierges, de clercs et de laïques, se diriger vers la cellule de la Sainte. = En pénétrant dans la chambre encore toute embaumée de mystérieux parfums, ils virent la Sainte étendue sur son lit, les bras croiséssur la poitrine, paraissant plutôt endormie que morte : onne se lassait point d'admirer la sérénité de ses traits et le sourire de bonheur qui s épanouissait sur ses lèvres. Les larmes que répandaient ces saintes filles n'étaient point causées par la tristesse, mais par l'émotion d'une pieuse Joie. C'est alors qu’elles se communiquèrent mutuellement les diverses visions racontées plus haut, et dont elles reconnaissaient la si prompte réalisation.
Ulphe fut enterrée dans la cellule qu'elle avait sanctifiée pendant-environ cinquante ans. Ceux qui ne purent assister à .cette solennité exprimaient plus tard leurs regrets de n'avoir pu, comme tant d'autres, respirer les délicieux parfums qui, tout un jour, s’exhalcrent de ce lieu bent.
368 st ULPHE ET $. DOMICE.
Nous n'avons point parlé du prétendu testamentde Ste Ulphe : ce n'est qu'une pieuse fiction imaginée par Pierre de Saint-Quentin, tout aussi bien que les lerons spirituelles qu’il attribue à S. Domice :.
Ulphe mourut le 31 janvier *, à l’âge de 78 ans, puisque le texte du XIIT° siècle nous dit qu’elle fit profession à l’âge de 28 ans, et qu'elle passa ensuite environ 90 ans dans la solitude de Boves ?
La date de sa mort est difficile à déterminer ; car nous n’avons pour élément quel’àge de Ste Ulphe au moment où elle reçut le voile,et nous ne connaissons point l'époque précisede cette consécration. A-t-elle eu lieu la première année de l’épiscopat de Chrétien (721) ? Ulphe alors serait morte en 771. Est-ce l’avant-dernière année de son pontificat (739), comme le dit de Sachy ? Il faudrait, en ce cas, reculer cette mort jusqu'en 789, et c'est ce qui nous paraît le plus probable *.
RELIQUES DE S' ULPHE.
Dans l'article spécial que nous avons consacré à S. Domice {t.1, p. 554), nous avons relaté tout ce qui concerne ses reliques, son culte et son iconographie, Nous n'avons donc à nous occuper ici que de Ste Ulphe.
1 Pages 79 et 253,
3 Nous ne comprenons pas la distraction du P. Sellier, us la fait mourir le 30 janvier (page 80).
3 Le P. Dobeilh et tous les biographes qui l’ont copié se trompent donc en disant qu'elle mourut à 66 ans.
* Les biographes modernes de Ste Ulphe disent, les uns en 776, les autres en 778.
st CLPHE ET S. DOMICE. 569
Peu de temps anrès sa mort, mais à une date qui n’est point connue, les miracles opérés sur son tombeau firent transférer ses reliques à la Cathédrale.
Le 16 mai 1279, alors que Philippe le Hardi, roi de France, et Edouard 1°", roi d'Angleterre, se trouvaient à Amiens pour signer un traité de paix, le Chapitre, profitant de la solennité de leur présence, procéda à une translation des reliques de S. Firmin-le-Confesseur et de Ste Ulphe. Le corps de cette Sainte échangea alors son simple coffret de bois contre une châsse d'argent doré. Sur l’invitation de notre évêque, Guillaume de Mâcon, le cardinallégat, Simon de Brie, procéda à cette cérémonie en présence de Charles d’ Anjou, dit le Boiteur, fils du roi de Naples ; de trois évêques français : Gui, de Langres, Renaut de Nanteuil, de Beauvais, et Guillaume de Mâcon; et de trois prélats du royaume anglais : Guillaume de France, archevèque de Rouen, Philippe, évêque d'Evreux;, et Robert, évêque de Bath, dans le comté de Sommerset ‘.
Au commencement du XIV: siècle, Isabelle, fille de Philippe-le-Bel et épouse d'Edouard II, roi d'Angleterre, donna à la cathédrale d'Amiens un reliquaire d'argent doré, en forme de buste, aux armes de France et d'Angleterre, pour y mettre le chef de Ste Ulphe. Il est ainsi décrit dans l’/nventaire des trésors de la cathédrale (1536), publié par M. Garnier * : e« Item, ung chief d'argent doré auquel est le chief madame sainte Ulphe, ledit chief couronné d'une couronne d'or garnie de xliij perles, de Ixxii] pierres tant d'esmerauldes que saphirs et rubis, et autour du col ung chappiau d'argent doré garny de petites perles et de grenas portant en la poitrine les armes d'Engleterre. » |
Le 31 décembre 1654, l'évêque Fr. Faure ouvrit la châsse de Ste Ulphe pour en trer quelques ossements
t Le P. Sellier (p. 89) s’imagine que ce fut à cette époque que les corps de S. Domice et de Ste Ulphe furent levés de terre et transférés solennellement à la cathédrale.
3 Mém. de la Soc. des Ant. de Pic., x, 355.
570 St ULPHE ET & DONICE.
destinés à l'abbaye du Paraclet et à Anne d'Autriche qui ge trouvait alors à Amiens avec son fils, le roi Louis XIV. (De CourT, Mém. chronol., 1, 891).
Cette châsse fut restaurée en 1667, mais non point, comme le dit Picrre Bernard {Chronique manuscrite d'A. miens), par les dons de la Société des filles de Ste Uïphe, laquelle ne date que de l'an 1677.
En 1718, le chanoine Langlois fit présent ‘à l'église de Molliens-Vidame d'un reliquaire contenant quelques ossements de Ste Ulphe et de S. Domice (Daine, Histoire du doyenné de Picquigny, p. 42).
On conservait à l'abbaye du Paraclet, HÉnaIetSe de Boves à Amiens en 1630 :
1° Un bras de Ste Ulphe ; -
2° Le voile qu'une pieuse femme avait donéé Ste Ulphe, au moment de sa consécration; !:
3° Une chaussure de soie brune, brochée d'or, dont le luxe attestait l'opulence de la famille de Ste Ulphe. C'est avec cette chaussure qu'elle serait arrivée dans la solitude de Boves, après avoir fui de la maison paternelle.
4° Un petit vase de terre jaune dans lequel buvait Ste Ulphe et que possède aujourd'hui Mile Delucheux, de Bussy-lès-Daours. « Cette tasse, disait le P. Dobeilh en 1672, semble être encore -aujourd hui une source féconde de bénédictions et de guérisons, car il y a beaucoup de personnes malades, notamment de celles qui sont tourmentées de la fièvre, qui recouvrent en un moment la santé après avoir bu, par dévotion et avec une grande foi, de l'eau toute pure dans ce petit vase. » |
L'abbaye de Saint-Acheul possédait une nappe d'autel, ouvrée à l'aiguille, disait-on, des mains de la AURNES de Boves.
Les deux châsses de Ste Ulphe ont été envoyées au creuset révolutionnaire : mais on a pu sauver un petit reliquaire qui est aujourd'hui conservé à la cathédrale, derrière le grand autel.
« Le 27 octobre 1861, dit M. Janvier, le curé de Dommartin-Foucncamps, ayant obtenu de l'Evêque d'Amiens,
S“ OULOUE ÉT S. DOUCE. * 571
- par l'entremise des ‘dames Clarisses, quelques parcelles des corps de S. Domice et de Ste Ulphe, près de 3,000 personnes des localités voisines, accompagnées de leurs pasteurs et de leurs maires, venues de Boves, de Thézy, de Remiencourt, de Cottenchy, de Dommartin, d'Hailles, de Guyencourt, de Rouvrel, etc., etc, accoururent vénérer la poussière illustre de ces deux Bienheureux. » /La Légende de Ste Ulphe. p, 63.)
Nous ajouterons que l'on conserve encore quelques pe- - tites reliques de notre Sainte à l'église de Mailly et au couvent des Louvencourt d'Amiens.
CULTE ET LITURGIE
Le culte de Ste Ulphe s'établit presqu'aussitôt après sa mort, mais ne dépassa jamais les limites du diocèse d’Amiens. « Sa mémoire, dit M. Salmon, n'est pas effacée du cœur des Picards. Celui qui traverse le imarais du Paraclet y voit encore la petite chapelle construite au lieu où fut l’ermitage de la Sainte, il y a onze cents ans. Qu'il interroge les paysans d'alentour, chacun lui racontera la vie de Ste Ulphe; et, quand les fiers barons de Boves qui dominaient jadis tout le pays y sont à peu près oubliés, le souvenir de la relisieuse qui y vécut solitaire, plusieurs siècles avant eux, plane encore sur toute cette contrée. » (Hist. dé S. Firmin, introd. p. Lx.)
L'évêque Arnould, décédé en 1247, légua soixante sols à la cathédrale pour qu'on y célébrât avec plus de solennité la fête de Ste Ulphe. (DE CourT, Mémoires chronologiques, 1, 1. 11, Ch. xLi11.)
Quand Edouard III, roi d'Angleterre, vint rendre hommage, à Amiens, à Philippe de Valois, il s'empressa de vénérer dans notre cathédrale les reliques de Ste Ulphe. -
"Lé "P: Scllier a supposé très-gratuitement que Ste Ulphe avait conçu « le projet d'une association de filles
572 st ULPHE ET S%. DOMICE.
dévotes qui, tout en restant dans le monde, seraient affiliées à la communauté mère et suivraient, autant que leur condition le permettrait, les pratiques dela vie religieuse. » Cette fondation d'un tiers-ordre au VIII: siècle ne supporte pas l'examen. C'est vers l'an 1677 qu’un certain nombre de filles pieuses d'Amiens se réunirent en congrégation, sous le nom de Filles de sainte Ulphe. Cette année-là, M. Feydeau de Brou approuva le projet de régles pour les filles de Sainte-Ulphe, lequel fut imprimé en 1698. On y voit que les congréganistes avaient pour but d’honorer spécialement leur patronne et de s’exciter mutuellement à vivre dans le moude d’une manière véritablement chrétienne. Nous allons reproduire quelques-uns des articles les plus importants de ce règlement :
« Elles porteront une dévotion particulière à Ste Ulphe, leur patronne, en en faisant la fête avec beaucoup de solennité, procureront qu'elle soit honorée par celles de leur sexe; et, à son imitation, elles feront les petites retraites intérieures dont il est parlé ci-dessus, pour mériter, comme elle a fuit, les bonnes grâces de leur époux céleste. Art. 21.
a Le jour de la fête de Ste Ulphe, elles se disposeront toutes à le passer saintement. A cet effet, elles se confesseront, communieront et assisteront au service qui se fera en la chapelle dédiée à cette sainte vierge. Elles en feront autant le jour de S. Domice. Art. 23.
« La prière pour les morts sera un des principaux points des exercices de piété auxquels ces filles s'adonneront. Elles n’oublieront jamais cette pratique de charité envers les défunts en général, les âmes les plus abandonnées, celles de leurs parents et bienfaiteurs, et notamment des filles de leur association, pour lesquelles elles feront faire des services solennels tous les ans : un le lendemain de la fête de Ste Ulphe, et l'autre le lendemain de la fête de S. Domice. Art. 30.
« Quand quelque fille de l'assemblée sera malade, les autres lui rendront toutes les assistances qui seront en leur pouvoir; et s'il arrive que Dicu l'appelle de ce monde,
elles assisteront à ses funérailles : et après les services
SO ULPHE ET S. DOMICE. 273
ordinaires faits en sa paroisse, elles en feront faire un dans la chapelle où elles assisteront toutes, s'il se peut. Art. 31 »
C'est surtout à l'influence de cette institution qu’on doit attribuer la fréquence, au siècle dernier, du nom de Marie Ulphe, devenu plus rare de nos jours.
Des indulgences furent accordées par le pape Innocent XIL à cette congrégation qui avait pour siége la chapelle dédiée à Ste Ulphe dans la cathédrale d'Amiens. Elle disparut à la Révolution, et fut réorganisée en 1836 dans l'église de Bussy-lès-Daours, où une chapelle était dédiée à Ste Ulphe. Un office spécial pour cette association locale fut approuvée en 18#1 par Mgr Mioland. C'est à cette occasion que le P, Sellier publia sa Nouvelle Vie de Ste Ulphe, suivie d'une neuvaine, de l'office de la Sainte, de ses litanies et de diverses prières. Cette association, ayant été transférée dans une chapelle domestique, a perdu par là même les priviléges conférés en 1837 par S. S. Grégoire XVI. D'ailleurs, cette chapelle a été interdite en 1864 par l'autorité diocésaine #.
C'est dans un sens un peu trop large qu'on désigne parfois Ste Ulphe comme patronne de l'Église d'Amiens; elle ne l’a été que de l'abbaye du Paraclet, où une chapelle était sous son vocable, A la cathédrale, on célébrait solennellement sa fête le 31 janvier ; sa grande châsse était alvrs exposée dans le chœur, et son chef dans la chapelle qui lui est dédiée. C'est dans cette chapelle qui, comme on le sait, est la première de la nef gauche, qu'on chantait une messe en musique avec exposition du saint Sacrement et qu'on prononçait son panégyrique. Le reste de l'année, il y avait dans ce sanctuaire concours de dévotion tous les mardis, avec indulgence de quarante jours (Calendrier spirituel pour Amiens, 1702. — Journal manuscrit de l'abbaye Saint-Jean, 1v, janvier 1728).
1 Cette interdiction a donné lieu à {a publication de quaire pamphlets intitulés : Suinte Ulphe, vierge et solitaire au VII e siècle. La renaissance de son culte à Bussy-les-Daours au milieu du XIXe siècle. Paris, Renon, 1869, in-12.
574 8 ULPHE LT S. DONICE.
Le nom de Ste Ulphe est inscrit au 31 janvier dans les martyrologes de Molanus, Ferrarius, Canisius, Chalemot, Du Saussay, etc. Sa translation au 16 mai est murquée dans quelques calendriers. C'est la seule sainte qui figure dans les litanies amiénoises qu'on chantait au Moyen-Age, pendant le’caréme, avant la messe des lundi, mercredi et vendredi. (Missale ambianense du XII° siècle, n° 154 de la Bibl. d'Amiens). |
La fête de Ste Ulphe est semi-double dans tous les bréviaires amiénois, manuscrits ou imprimés, à l'exception de celui de Fr. Faure (1669) et du Propre actuel où elle est honorée du rit double. |
Nous empruntons à l'Office de Ste Ulphe la prose suivante :
Ulphiæ gloriam Mundus alliciens
Celebrent laudibus, Ejus memoriam Novis et cantibus Exornent virgines!
Terræ concentibus Applaudant cœlites !
Alta consilia
Pudici pectoris, Gestuque fortia Tenellæ virginis
Quis non mirabitur, .
Digna præconiia Quæ vox aptabitur ?
Splendore generis Eminent inclyta Juncta divitiis Formæ præstantia, Cunctis prodigium :
Fiunt tot muncra - Ipsi coutagium.,
Offert divitias :
Ostentat blaudiens Opum fallacias ; Plus adversaria Urgens ad nuptias Adest familia
Anais sed primulis Jam se virgineo:
Instructa numinis Strinxerat vinculo ; Quid juvat furere Satan? non poteris Promissa rumpere
Timens naufragium Et pacti conscia Placentem nimium Pia sœvitia
Vultum dilacerat ; Nec sat, inedia
Se totam macerat
st ULPHE ET $ DOMNICE, 19
Haud tamen propria Defessis artubus
Cunfisa viribus | Quies abnuitur ;
Nec ab insidiis Singulis noctibus,
Tuta latentibus, ‘°° Somous abrumpitur,
Decernit fugere, Via fit horrida :
Et certaminibus Non minus pergitur
Sie finem ponere. Ad templi limina.
Cunctis impervium - Emissa cœlitus
Procul a patria Quæ vox nunc assonat Ÿ
Quærit hospitium ; « Exurge citius,
Loca silvestria « En sponsus te vocat!
Consita vepribus « Festina quæsitam
Prœæbent tuguria « Tantis agonibus
Deosis in saltibus. « Suscipe lauream »
Amore fervida Salve flus vallium
Imis recessibus Nostra spes, gloria !
Dum latet abdita, Te turma virginum
Et a terrestribus Prætendens lilia,
Se videns exulem, Sulutat sociam ;
Vitan cϾlitibus Ovantem Maria
Ducit consimilen. Ex pectat filiam.
EÉremi socium Hanc tibi cognitam
Christi discipula Nunc gentem respice :
Habet Domitium, De novo deditam
Ductoris æmula ; Benigna suscipe !
Terit vigiliis Antiqua pietas
Virgo corpusculum, Te, regnet, auspice,
Ferit jejuniis Regnet et castitas.
Amen.
MONUMENTS
CHAPELLE DE STE ULPHE, PuÈès DE Boves. — Deux cents ans après la mort de Ste Ulphe et alors que ses reliques avaient été transférées à la cathédrale, on érigea une chapelle sur sa sépulture. Elle fit place au maitre-autel de l’église du Paraclet, construite en 1218. On érigeu dans le
ste ULPHE ET S. DOMICE. 576
jardin de ce monastère, près de la fontaine de Ste Ulphe une autre chapelle qui a été reconstruite récemment en style ogival, sur la propriété de M. Cannet. On y va prier la sainte solitaire et puiser de l'eau à la source où elle se désaltéra pendant un séjour de cinquante années.
NoTRE-DAME DU PARACLET. — « En 1218, dit M.Goze, Enguerrand II, seigneur de Boves, voulut témoigner à Dieu sa reconnaissance pour avoir été préservé, ainsi que toute sa famille, des dangers auxquels il avait été exposé dans les croisades, en 1191 et en 1202. Il crut devoir fonder une abbaye de l'ordre de Citeaux dans ses terres ; Ade, son épouse, lui persuada d'opter pour un monastère de femmes, afin d'y placer ses deux filles, dont la puinée, Isabelle, était née à Sour, l'ancienne Sidon. Les pieux époux étaiont embarrassés pour le choix de l'emplacement du futur établissement, lorsque deux curés qu'ils logeaient dans leur château, à leur retour du synode tenu à Amiens, leur racontèrent ce qui leur était arrivé dans leur voyage, en passant devant la vallée dite des Moineaux, où était situé l'ermitage de Ste Ulphe, Leurs chevaux, arrivés à cet endroit, avaient pendant quelque temps refusé d’avancer, et, au même moment, ils avaient entendu une musique délicieuse. Cette révélation fut un trait de lumière qui fit voir que la volonté de Dieu était que la nouvelle communaulé fut élablie dans le lieu même où Ste Ulphe avait mené sa longue vie... n
Les premières religieuses vinrent de l'abbaye de Saint- Antoine-des-Champs de Paris et le monastère reçut le nom de Paraclet-des-Champs, parce qu'il fut fondé dans la semaine de la Pentecôte ; on l'appelait en latin : Abbata Sanctæ Mariæ ad Paraclitum. Lors de soninauguration, Enguerrand, arcompagné de toute sa maison et précédé par le clergé de Boves, alla à pied au devant des religieuses, De ses deux filles, Marguerite fut la première abbesse et Isabelle, la première prieure. Ces deux sœurs se ressemblaient tellement que Robert, abbé du Gard, les
renait souvent l’une pour l'autre.
Eo 1630, lors de l'invasion des Espagnols en Picardie,
s'® ULPHE ET S. DOMICE. Dit l'abbaye du Paraclet-des-Champs, isolée dans la campagne, était exposée sans défense aux continuelles insultes des ennemis. Les religieuses se retirèrent dans une maison de refuge qu'elles possédaient à Amiens, dans la rue des Jacobins. Quelque temps après, elles achetèrent des propriétés aux environs et se déterminèrent à rester dans la ville. L’échevinage voulut les contraindre à retourner dans leur ancienne demeure, mais elles obtinrent la permission de se fixer dans le nouveau monastère que plusieurs abbesses construisirent somptueusement.,......
« Quelques religieuses continuèrent à résider dans l'ancienne abbaye où elles célébraient encore les offices ; mais en 1714, elles obtinrent de M. Turménies de Nointel, seigneur de Boves, successeur des fondateurs, la permission de démolir, même l'église, à la réserve d'une chape le dans laquelle un prêtre devait dire la messe, moyennant 400 livres de revenu. On vendit les plus beaux matériaux qu'on fit venir par eau à Amiens, ce qui explique les plaintes du bon chroniqueur Pagès, qui va jusqu'à citer à ce sujet le passage des lamentations du prophète Jérémie : Dispersi sunt lapides sanctuarti in capite omnium platearum.….
« Aujourd’hui, le Paraclet est une vaste et belle ferme dont le bâtiment principal en pierres de taille, élevé d'un étage, a sept fenêtres sur chacune de ses façades et un fronton circuluire au centre. Il ne reste des vicilles constructions que quelques pignons divisés par des contreforts et ouverts de fenêtres en plein cintre. »{Article inséré dans le Mémorial du 26 mars 1862).
L'église du Paraclet d'Amiens, construite en 1676 et consacrée trois ans plus tard, fut démolie en 1835, alors qu'on perça la rue Napoléon. Le souvenir de cé monastère n’est plus rappelé que par une inscription placée sur la façade de l'institution dirigée par M. Michel Vion.
Puits DE STE ULPHE. = À notre cathédrale, en face de la chapelle de Notre-Dame des sept Douleurs, se trouve l'emplacement du puits de Ste Ulphe, qui a été bouché et couvert d'une pierre en 1761. On y voit, conire un pilier, une plaque de marbre noir avec cette inscription
T. Ir. 37.
51K a!" LLPHE KP Ss. DOMITE.
PUITS DE SAINTE ULPHE. C'est à cette fontaine, enciavée par“les constructions de la cathédrale, que Ste Ulphe, selon la tradition, alliit souvent se désaltérer. On ajoute même que les religieuses de la rue des Vergeaux allaient y puiser l'eau dont elles avaient besoin. Le biographe du XIIIe siècle nous dit qu'Ulphe allait s'y baigner quelquefois par les temps de chaleur : Zn quo quidem fonte sub es- {ivo caumate se decrevit aliquoties balneare. Peut-être faut-il entendre par là qu'elle s’y rafrafchissait le visage et les mains. L'auteur ajoute (n° 9) qu’on prenait dans ce puits l’eau nécessaire aux oblations des messes, en souvenir de la chaste vierge qui s'était montrée si dévote au Saint-Sacrement de l'autel. Cet usage paraît avoir persévéré jusqu'au milieu du XVIIT siècle. Un puits
avait la même destination à l’église Saint-Germain d'Amiens.
CHAPELLES ET CLOCHE DE STE ULPHE A AMIENS. — Il y avait jadis une chapelle dédiée à Ste Ulphe sur les degrés de l'escalier qui conduisait à la trésorerie haute de la cathédrale. Une autre chapelle, construite en 1373, qui, selon le P. Daire, n'avait point de titulaire, et qui, selon d’autres, fut dédiée au Sauveur, fut désignée cependant sous le nom de Ste Ulphe. C'est la première qu'on rencontre en entrant par le portail Saint-Firmin.
Parmi les huit cloches que renfermait la tour de l’Horloge, à Notre-Dame, il y en avait une qui s'appelait Domice et l'autre Ulphe : on y lisait cetteinscription : À fulgure et tempestate, foventibus sanctis Domitio et Ulphia, hanc ecclesiam libera Domine, anno 1697.
ICONOGRAPHIE
Outre la statue, haute de six mètres, qui décore un des huit pieds-droits de la flèche, notre cathédrale nous offre, sous le porche de Saint-Firmin le Martyr, une fort belle
#'° ULPHE ET S. DOMICE. 579
statue de Ste Ulphe, la tête voilée et tenant un livre à la main. Ce type remarquable du XIIL+ siècle a été lithogra-phié dans les Églises et Châteaux de Picardie, t. 11.
Dans le même monument, on voit deux bas-reliefs en bois doré, représentant Ste Ulphe et S. Domice (1769), au-dessus des deux portes qui avoisinent l’autel de la chapelle dite autrefois de Sainte-Ulphe.
Pagès décrit ainsi un tableau qui fut donné à la cathédrale en 1474, par Jean Marchand, prêtre de Saint-Martin-au-Bourg : « Ce tableau est un des plus anciens de la cathédrale; on n’a pas épargué l'or dans sa peinture. Sur les deux volets de ce tableau, le peintre a représenté, dans un des côtés, la figure de S. Domice, vêtu d’une soutane de couleur rouge, avec un manteau de couleur vert et brun, tirant sur le violet, sur les épaules ; il lui a mis une grande calotte rabattue sur ses oreilles et sur ses cheveux frisés, assez longs. Ce saint chanoine tient à la main un livre également couvert de rouge; on voit aussi, proche de lui, son ermitage bâti dans l'épaisseur d’une forêt. Dans l'autre côté du volet, le peintre a représenté la figure de Ste Ulphe, vêtue en habit de religieuse, tel que les portent aujourd'hui celles du Paraclet dé cette ville. J'ignore si le peintre a devancé le temps auquel ces religieuses ont commencé à s'établir dans cette abbaye. On voit Ste Ulphe proche de sa petite cellule, placée dans un lieu marécageux, semblable à celui que son histoire nous décrit. Il n’a pas même oublié d'y pendre les grenouilles dont ce lieu est rempli et qui ont occasionné le miracle rapporté dans sa Vie. » (Descript. de la cathéd., p. 242.)
Sur le fronton de l’abbaye de Notre-Dame du Paraclet d'Amiens, on voyait l’évêque Chrétien donnant à Ste Ulphe le voile de religieuse que vient de lui apporter une pieuse femme. Dans l’intérieur de l'église, une statue de la Patronne faisait face à celle de la sainte Vierge : sur le piédestal de celle-ci, on lisail : Sancta Maria in qua mater ; et sur l'autre : Sancta Ulphia in qua filia. (Manuscrits de Pacës, 1, 406.)
Le P.Cahier (Caractéristiques des Saints, p. 275) donne
ss
5930 st‘ ULPHE EL S. DONICK.
une gravure de Ste Ulphe en prières avec une grenouille à ses pieds, sans indiquer l'origine de cette représentation.
Notons encore la statue qui décore la chapelle de Sainte- Ulphe, à Boves, un vitrail moderne à Villers-Bretonneux, une gravure de Nicolas Regnesson qui se trouve au Cabinet des estampes, Collection des Saints, t. vn, f° 44, et en tête de la Vie de Ste Ulphe, par Simon MarTin ; enfin, une lithographie qui se trouve dans la Vie de Ste Ulpke, par le P. Sellier.
BIBLIOGRAPHIE
Le texte latin de la Vie de Ste Ulphe, qui se trouve dans le Ms. 103 de la Bibl. d'Amiens, est incomplet. Les premiers feuillets en ont été déchirés et l’histoire ne commence qu'au milieu du chapitre xiv. C’est une copie faite en 1542 par frère Jacques le Thomas, sur un manuscrit qui appartenait aux Célestins d'Amiens, Cette œuvre date de la fin du XIIIe siècle, puisque l'auteur parle de la ressemblance des deux religieuses, filles du fondateur du Paraclet, Enguerrand de Boves, ressemblance qui lui a été attestée par un témoin oculaire, Robert IT, abbé du Gard, qui mourut en l'an 1300. Il ne serait point impossible que ce dernier chapitre consacré à la fondation du Paraclet et le chapitre précédent, qui rapporte le miracle des grenouillrs, ne soient une addition faite à l'œuvre primitive qui serait un peu antérieure. Nous avons indiqué dans une note (p. 557) le motif qui fait supposer que l'auteur était un religieux du Gard.
Le même manuscrit provenant de l'abbaye du Paraclet contient la traduction copiée de la même main, dont nous avons reproduit quelques passages. Les derniers feuillets arrachés nous privent des deux derniers chapitres. Le traducteur a intercalé dans le corps de son récit celui qui concerne la légende des raines.
S'® ULPHE ET S. DOMICE. 561
Les Actes de Ste Ulphe, publiés par J. Bolland, au 31 janvier, ne sont que des leçons d'un Légendaire qui ap partenait à l'église collégiale d'Abbeville. C'est un abrégé fort incomplet du texte latin de notre manuscrit.
Le P. Jean Van Hecke, un des nouveaux bollandistes, a publié, au 23 octobre {t. x oct. p. 143), des fragments mutilés du même texte. Il est regrettable qu'on ne lui aie point signalé l'existence du manuscrit de la Bibliothèque d'Amiens. Il fait remarquer avec raison que l'auteur anononyme du XTII° siècle a dù avoir entre les mains uneancienne Vie rimée, dont il copie certains passages.
Outre ces documents et les ouvrages de Daire, DoB£iLH, Go0ZE, JANVIER, MACHART, SIMON MARTIN, PIERRE de SAINT- QuenTiN, de SACHY, SALMON, le P. SELLIER, etc., cités dans le cours de cette biographie, nous avons consulté :
Manuscrits : Claude GELLÉE, Æxrtractum ex bibhiotheca Ecclesiæ Ambianensis (p. 59 et 68), Ms. des Archives du département de la Somme.—Bréviarres d'Amiens, des XIE, XIIF et XIV® siècles. — Douvize, Vie des hommes tllustres de Picardie, v, 143 (Bibl. de Rouen). — De Court, Mém. chronol., t. 1, liv. 11, ch. x1v. — Pierre BeuNanp, Péle-
renayes.
ImPRiMÉs : LE CoiNTE, Annal. Eccl, Franc. t. 1v, ann. . 721,n% 56ct57.— La MorLiÈRE, Antiquités d'Amiens, p. 38. — PAGES, Manuscrits, v, 477. — Les Recueils hagiographiques de CH. BarTHÉLEMY, CHALENOT, GirY, CERIZIERS, Gopescanp, l'abbé Péri, Mgr. GuÉnin, etc. — Le P. LELOxG, dans sa Bibliothèque historique de la France, signale une Vie de Ste Ulphe, par M. Duprré, Amiens 1637, in-8°, qu'il nous a été impossible de rencontrer dans les dépôts publics de Paris et de la Picardie.
S. ULTAN