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pour la plupart, n’ont d’autre importance que celle d’avoir rapport au voyageur lui-même. » JNous tombâmes d’accord que, de tous les livres publies sur ce sujet, les passe-temps des nuits arabes effraient la peinture la plus vraie des mœurs des Orientaux, et cela par la meilleure de toutes les raisons, c’est que ce livre est l’ouvrage d’un de leurs compa trio! es.
« Mais, disiez-vous, quoiqu’on ait habillé ces passe-temps à L’européenne, qu’on les ait purgés de leurs nombreuses répétitions et mis autant que possible au niveau de nos idées, cependant peu de personnes peuvent les entendre, à moins d’avoir vécu quelque temps dans l’Orient et d’avoir eu de fréquentes occasions de communiquer avec ses habitans. Car, ajoutâtes-vous, en ouvrant au même instant un volume de cet ouvrage, pour faire une observation au hasard sur le premier exemple qui s’offrirait > dans l’histoire des Trois Calen-
Jers , je vois qu’Anima , après avoir prié le porteur qu'elle rencontre, «le la suivre avec son panier , s'arrête à une porte fermée; qu’ayant frappé, un Chrétien , portant une longue barbe blanche, vient lui ouvrir. Elle lui donne quelque argent , sans dire un seul mot. Mais le Chrétien qui sait ce qu’elle veut, rentre et revient peud’instans après, apportant une grande cruche d’excellent vin. Vous files la remarque que, bien que nous qui avons habité en Turquie, sachions que, dans la plupart des villes, il est défendu de vendre du vin ouvertement ; que si on en trouve, c'est chez les Chrétiens, et que la plupart le distribuent en cachette aux Mahométans ; cependant celle circonstance ne s'offrirait pas immédiatement à l’esprit d’un simple lecteur européen qui peut-être s'attendrait à trouver quelqu’événement dans la suite du récit, tandis qu’il ne s’agit ici que d’un fait fort ordinaire. »
Je dis alors que peut-être si un Euro-
pécn voulait donner une idée correcte des moeurs orientales , comprenant le récit des vicissitudes qui accompagnent la vie d’un Asiatique, ses opinions sur son gouvernement, sa conduite dans la vie domestique, ses espérances et ses projets de fortune, ses rivalités et ses jalousies, enfin tout ce qui se rattache aux opérations de l’espiit et du corps , le meilleur moyen serait peut-être de recueillir autant de faits et d’anecdotes sur leur manière de vivre, qu’il en faudrait pour prouver la différence des états et des rangs qui composent un corps social musulman, et d’en faire ensuite une narration liée, sur le plan du Ci il— blas de Lesage , celte peinture exquise des inoeurS%uropéennes.
Vous me files des objections , parce que vous regardiez presque comme impossible qu’un Européen ( en supposant même qu’il eût abandonné sa foi adopté celle mahomélane , comme M. de Lonneval qui s’éleva à un rang
distingué dans le gouvernement turc, et
MAI. G*** et B*** dans des temps plus modernes, le premier tapclii bashi ou général d’artillei'ie , Pautre un des officiers du capital! - pacha ) put jamais saisir aussi-bien ces nuances légères et ces vues différentes dans les moeurs et le$ manières , que le ferait un véritable Asiatique. Pour appuyer votre argument, vous me faisiez observer que, ni l’éducation , ni Is temps , ni le talent, ne pourraient donner à un étranger, dans aucun pays connu, une connaissance assez parfaite de la langue, pour le faire passer pour un naturel ; et que, quoiqu'il fit, quelque vice d’idiome, ou même une trop grande précision grammaticale, le trahirait. Mais, disiez-vous, si un véritable Oriental pouvait jamais parvenir à partager assez le goût des Européens pour les recherches de ce genre, pour écrire une histoire complète et détaillée de sa propre vie , en commençant par l'éducation primitive.