‹ Hajji Baba (volume 3)Chapitre 26 sur 27 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

(lonclusion. —Le inallieuv semble prendre cons^

d’ilajji Baba, qui relournc dans sa ville nalale> plus grand personnage qu’il n’en esl parti.

Les négociations avec les infidèles étaient sur le point de se terminer ^ et

' on convint, pour reiilbrcer les liens de Tamitié entre les deux nations, qu’on enverrait de suite une ambassade au roi d’Angleterre.

L’expérience de tous les jours me convainquit de l influence que jbvais acquise sur l’esprit du grand visir; et l’événement que je viens de citer, servit à me montrer à ([ucl ])oinL il comptait sur mes services et mon zèle. Le lendemain du jour où le traité fut signé avec l’Anglelerre, il m'appela dans son apparie^

bernent ]):irlica!ier, el me jiarla de la ïïianière suivaii’lc :

» üajji, dil'il, prêtez. - moi Tureilie; j ai des choses impoi fanles à vous comîiiuniqiier; et comme je vous l’egarde Comme un homme qui in’cst exclusivement dévoué^ je suis sur que vous m^ecoiiterez avec toute ralteulioa qui cou-

vieiu. >»

J’allais faire les prolestnlions nécessaires de mon enlicr dévoumeut^ quand il m’arrêta^ et continua ainsi :

« Bien ou mal, noire alFaii'e avec l’aiiihassadeur anglais est cniin terminée , et le shah a céJé i ses désirs : il envoie une ambassade en Angleterre au retour de celle-ci. îMainlenant, vous connaisses les Persans aussi bien ([iie moi j ils détestent quitter leur pa3^s, et il me sera dilficile de choisir un homme qui veuille Se dévouer à ce service. J’en ai un en Vue que je désire envoyer ])lus que tout

autre; et comme il m’est de la dernière

i*nporlance qu’il soit éloigné de la Perse

quant à présent^ elsiiiiouttlela présence (lu centre de runiverSj j’exige que vous fassiez tous vos cfTorts pour lui persuader d’acceplcr celte place.

Je ni ^imaginai aussitôt rju’il ne pouvait parler d’un autre (]ue de moi, quoique je ne visse jias quelle raison il pouvait avoir de m’éloigner de la présence du roi ; enivré par une perspective d’élévation subite, raissi l)ril!ante, au^ lilresct aux honneurs^ je in^élançai vers lui ; et saisissant sa main avec ardeur, je

la baisai, en m’écrianl : « Le moindre de vos esclaves sc montrera toujours le plus fidèle de vos serviteurs ; parlez , et vous me trouverez toujours prêt, même a

mourir. »

«C’est bien, dit-il avec un grand plilegiuc ; écoulez - moi maintenant.

L’homme dont je veux parler est Mirzal'irouz. «Ici ma physionomie se couvrit d’un nuage, et je trainai un long helli (oui) en l'éponsc. » La vérité est, dit-il, que j’ai découvert depuis peu que son

influence sur Icsliah anginenlaîi beaucoup. Il a une si grande volubilité et

s'exprime si bien , if O uic si adroitement et ment avec tant (rassarauce, rjue le i'oi s’en amuse ]^lus f[iie d aucun autre boinmc de sa cour. Qai sait |U‘ï([uoù il pourra 'aller ? D adleiirs je suis certain fju’il est sscrclenicnt mon plus grand ennemi, tout en afTectiint ouvertement d’étre le plus dévoué de mes serviteurs; et quoique, jusqu’à ce jour, je n^aie ])as.

craint un seul moment la haine ou Tia-

trigue de personne , cependant je ne puis m’empêcher d’avouer que, dans cet

exemple, je ne sirs ])assans craintes. En l’cnvovanL chez les infidèles comme le représentant du sliali, je coupe court à mon inquiétude; et une fois [larli, j’arrangerai si bien les choses que, quand hicn même il reviendrait glorieux de sa mission (Dieu veuille que cela ne soit pas! ), il nacquérera jamais sur le shah l'inlluence qu’il cherclie maintenant à

gagner. 55

•le consentis à tout ce (ju’il Jit sans , hésiter; cl je me perdais moi -même dans les réllexions sur les moyens qne je prendrais pour tourner cette conhdence à mon avantage^ quand le visu’ reprit son discours en ces termes ;

t( Je ne vous ai lait coiinaître qu’une partie de mon projet ; voici la seconde*

Il faut que vous, Ilajji, accompagniez l’ambassadeur en qualité de son premier mirza, ou secrétaire intime. Vous qui

qui êtes mon ami et mon confident, qui

connaisse/ tous mes désiis et qui savez intimement tout ce qui s’est passé depuis larrivée des infiJèies, vous êtes précisément riiommc qtni faut pour remplir ce peste; et vous inc Vendrez le plus grand service en acceptant ma proposition. »

Quelque charmé que j’eusse été de la pei'Speciive de devenir le chef dhinc ambassade, mes sentimens changèrent quand ou m’oflVit le second emploi. Je sentis qiVen'abandonnant la place dont

je jouissais , je quitlerais aussi la grande ï’oule de la préférence J pour entrer dans inie ruelle torUiciise. D’ailleurs, je [jar- *^>cipais fortement à raiilipathie nalionale, riiorreur de quitter son pays; et je i'edoutais surtout Tidée daller sur mer.

Quand je venais à rélléchir que ce pays cù j’allais cire envoyé, était une terre Inconnue, située dans des ténèbres éternelles, au-delà des régions du soleil, et

dont les habitans étaient une race d’inii-

•dèles impurs, je recalais devant l’offre

du visir, avec la crainte d'un liomme fjui voit le goiitfre de la perdition s’en- Ir’ouvrir devant lui.

Je répondis au premier ministre avec un froid assentiment, tel que tous nos Persans en ont constamment suspendu U leurs lèvres, qiïcls ({ue soient leurs véritables sentinicns. Je m'écriai : c( Par mes yeux ! je suis votre serviteur; mon oreille est dans votre main; j’obéirai, ([uelquc chose que vous oixloiiniez ; h et puis je

restai muet comme une souebe.

Le visir découA'rit aiséinenl ce (jui se passait en moi ^ et inc dit : » Si mon o/T*’® vous déplaît, vous êtes le maître; et je pourrai facilcmenl en trouver un antre qui racceplc. J’ai en vue votre avantage aussi l3ien que le mien. D’abord, vous iriez de suile à Ispahan , comme députe du sliali, pour recueillir une portion considérable des ])r(*sens que notre cour se propose d’envoyer au roi d’Angleterre, et que doivent fournir les liabi"^ tans de celte ville. Alors vous trouverez

l’occasion de vous enrichir. »

Je n’attendis ])as que le visir en dit davantage. La tentation de relourner dans mon pays natal sous un tel caractère, revêtu de semblables pouvoirs , était trop grande pour que je pusse y résister, et je m’écriai aussitôt, d’une voix altérée par la salisfaclion :

« Par le sel de votre liaulesse ! par votre mort et par la barbe du shah! je suis prêt à partir. Je n^ai pas besoin que .

vous en disiez d’avantage. J’irai partout

OU vous voudrez, fiit-ce mrme ponv chercher le père de tous les Kuropëens, des chambres les jdussecrètes du monde dessous nous. »

« Amen , dit le visir. Commencez donc par aller chez Mirza Fi ro iiz; nattezïc; assurez-lc cpFil est le seul homme de Perse capable d’èlrc envoyé dans Une telle ambassade, et persundez-lc des iU'aiUagesqiFel le lui procurera. Les honneurs, les richesses, les bonnes grâces du shah et ma i)rotection, rien ne lui

mancjuera; et à son retour, Dieu seul sait a quelle élévation il pourra parvenir. Faites lui entrevoir qiFon aurait parlé de quelque rival que vous pourriez découvrir , pour remplir celle jdace, et vous verrez avec quelle facilité il mordra à riiamcçon. Allez, et qii^Allah Vous accompagne ! »

^ Je quittai sa présence sans savoir a peine si je volais dans les cieux ou si je marchais sur la terre, u Eh cpioil me disais-je à moi-méme , alteindrais-je

donc au sommet de tout bonheur 1er' iTSlre? mes anciens pronostics seraientils donc enfin accomplis? et cnlrerai')® donc enfin dans mon jiays natal, revelu du hnlaat de riionneur, arme de la main du pouvoir, cl monté sur le coursier delà splendeur ? Que ceux qui nic- ])risaicnt jadis ilajji Baba, le fils du barl)ier, y j)rennenl garde maintenant, car ils auront aü'aire au député du shah. Que CCS couronnes qui se soumettaient naguère à mon rasoir, se prosternent maintenant, car celui qui peut couper les

létes approche. Ti emblez, vous qui m’avez privé de mon héritage! car le pouvoir de vous le faire restituer m’appartient.

Je me livrai a ces douces pensées, et je suis siir que je parcourus les rues avec une bouUissure de dignité qui aura du surprendre tout le monde. Je ne pouvais penser à rien qu^aux honneurs dont j’allais jouir; et mon esprit était fixé sur l’idée de me voir monté sur un

^^'lieval richement caparaçonne , orne *l"une cliaîne d’or autour du cou, et d’un gland d’argent sous la gorge, précédé de mes chevaux de main et de mes coureurs à pied, et reçu par une députation du gouverneur de la ville, qui

'Viendrait saluer mon arrivée dans mon pays natal.

Cependant^ je me rendis à la maison de Mirza Firouz, que je trouvai disposé à converser au sujet de l'ambassade ,

parce quüs paraissait que l’elclii anglais lui avait déjà fait des propositions semblables à celles que le grand visir voulait lui faire. Quoique je me fusse voué exclusivement au service du premier visir , j’avais toujours conservé mon intimité avec le futur ambassadeur, qui fut bien aise d apprendre que je dusse raccompagner. JSous parlâmes long-temps de nos projets à venir, aussi bien que de nos aventures passées; et lorsquéloulfant de rire, il me demanda si je vendais encore redemander mon

infidèle Shckerlch, je m’esquivai assez méconleiit qu’il me rappelai cet épisode de ma vie.

Le lendemain, le shali annonça à l’audience publique son intention d’envoyer Mirza Firouz en Angleterre comme sou l’cprésentantj elle grand visir m’ordonna demelenir prêta partir pour Ispahan, aussitôt que le firman qui devait ra^ar^ mer du pouvoir nécessaire ^ serait prêt.

Je ne fatiguerai pas le lecteur de la description des nombreux détails de

îiies préparaliCs pour celte expédition.

Je baillerais, et je serais honteux de ma vanité. Il suHit de dire que j’allai à Ispahan avec toute la pompe d’un homme d’importance , et ({ue j'entrai dans ma ville natale avec des sentiinens qu’aucun individu, a moins d’être Persan , né et nourri dans les vapeurs de l’ambition, ne pourrait comprendre. Je me trouvais au sommet de ce qui me paraissait être le suprêmebonheur. Le malheur semblait avoir pris congé demoij et toutme disait

un nouveau cbajiilre Jii livre de ma allait s^)uYrir. Hajjî Baba , le fils du l^arbier d’ispaban, envoyé du shab î

Qu’ai-je besoin d'oeil dire plus ^

Ici, aimable lecteur, rhumble traducteur des aventures d’IIajjî Baba ose s’a- ^lï'esscr à vous ; et profilant de l’idée qui lui a été suggérée par les conteurs persans, il suspend son récit, salue et s’écrie: « Donnez-moi des encouragemens, je vous eu ('irai davantage. Vous saurez comment HajjiBaba accomjDagna un grand ambassadeur en Angleterre, vous apprendrez leurs aventures sur mer et sur terre, et tout ce qu’il a vu ou i einai-

ytié , et ce qui lui est arrivé à son retour en Perse. » Mais il vous demande la |)ermission d’ajouter que, si, comme l^ami d’Hajp le troisième derviche, Ü s’apperçüit qu"il n’a pas trouvé l’art de captiver Patienliou des curieux, il ne se hasardera jamais à reparaître devant

le public^ cjii^il n’ait acquis Texpérience nécessaire pour s^assurer du succès. Et c’est avec ces senti mens qu’il prend trèshumblement congé de vous.

Peuegrixe PERSIC.

FIN Dü QUATRIÈME î T

r.ERMEU

Page 1