‹ Hajji Baba (volume 3)Chapitre 25 sur 27 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

‘ Psage que fait llajjî de son influence, et comme il se fait encore remarquer i)ar le visir.

J E me donnai beaucoup de peine pour faire bien comprendre à toute la \illc que j’étais Tagenl confidentiel du grand \isir, et fis tous mes efforts ])our persuader aux infidèles que sans moi ils ne feraient rien. Les fruits de celle conduite se manifestèrent bientôt, et mes services furent mis en réquisition d’un^-* manière fort utile à notre avantage mutuel.

I/un des traits les ]dus remarquables du caractère de ncs liôLcs anglais était leur extrême désir de nous faire du bien malgré nous. Ils se seraient donné mille peines plutôt que de n’y ])oinl parvenir^ et ne regrettaient pas même la dépense

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]^our allciiulre leur but. Ils s’intéressaient beaucoup plus a nous que nous ne nous y inlénssions nous memes; et nous avions bien de la peine à découvrir en nous ce qu’ils pouvaient voir de si digne de leur amour^ nous qui ne cessions de les ravaler comme des infidèles im])urs, et comme' des créatures con- <!amnées aux feux éternels. Cependant je n’avais rien à voir dans leurs goûts j mon affaire était d’étudier la manière d’en tirer parti : le sujet était riclic, et en toute conscience jne payait bien de

mes peines.

]\Jes lecteurs se rappelleront peut-être que, dans le premier volume de mon histoire, j’ar parlé de la connaissance que j’avais faite avec un docteur infidèle, qui, entre autres innovations en médecine, faisait tous ses efforts pour introduire en Perse un nouveau mode de nous préserver de la petite vérole. De-

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puis ce temps, celte pratique avait ece loul-à'fait miso de côté; noire /acuité

^omiiiuaitde traiter ccltemaladiecomme

ancêtres l’avaient fait ; et il mourait, Corinne avant, une égale quantité d'enfans. Un docteur était également allaché ^ Ifi suite de l’elchi actuel, et il était poussé par un désir incontinent de nous faire du bien. Son zèle pour rcnouvcller 1^ pratique de la médecine des vaches, était sans bornes; et la quantité de mères Mo’il enaaaeailà lui amener leurs enfans,

était étonnante.

Woi, pour suivre mon plan, j’étais cm des premiers a crier que ce grand concours de lemtnes de la vraie foi dans la demeure d’un infidèle, quel que fut son objet , était de la plus grande indécence; et je persuadai au grand visir de mettre un olTicier de police en sentinelle à la porte du d( cleur, pour empêcher les femmes d’entrer: ce qui arrêta bientôt sa pratique; et il en fut au désespoir.

— (( Mais , pourquoi vous afiligezvous, lui disais-je? Un ne vousdoine

rien pour vos peines, et le peuple ne vous en a pas d’obligation, m

« Oli , dit-il ( car lui et ses compatriotes avaient appris notre langue), tous ne savez ce que vous dites. Ce bienfait doit s’étendre par tout le monde ; et si

votre gouvernement l’arrête ici, il sera

responsable de l’existence de tous ceux qui auraient du être sauvés. »

« Que nous impoj’le ? l’éponclis-je; laissez les mourir, leur existence ne nous profitera en rien. «

« S’i cestle profit que vous désirez, s’écria le docteur, j’aimeraisraieux payer

quelque somme que vous me demandassiez, ])lulut que de perdre mon vaccin ; qui séchera cl sera perdu, si on cesse de venir me trouvei'. »

Ici, nous entraînes en négociation ; et après beaucoiq> de feintes diflicultés et de fausses craintes de m’exposer au déplaisir du grand visir, je convins que^ moyennant certains avantages dbiiL je jouirais, la restriction serait levées et je

l aisse à deviner à ceux qui me connaissent, le nombre d’enfans qui arrivaient en fouleà riîomine delà médecine; sa poi'te obstruée , cl Ton ne parlait plus de

1 indécence d’v voiries femmes.

Le docteur eut un autre caprice ; il tiésira d es corps morts. Il sou])irait tant ^pi'ès chaque cadavre qui passait devant sa maison ])our aller au cimetière, que j’étais surpris que le peuple ne tombât pas sur lui, ppur ce ])encbaiU impur.

(( Mais , quel bien pourra revenir

an genre humain, cii^ général, de la

dissection d'un musulman mort, lui disais-je. »

c( Il est impossible de vous dire tout le bien dont on le prive en ne disséquant lias; d’ailleurs, si je n’entretiens pas ma main, jeperdrai mon ancienne habileté.»

Alors, il proposa,de sa libre volonté^ de donner une grosse somme pour un cadavre, et avoua qu’il ne tenait pas à sa qualité; que celui d’un juif, d’un

chrétien ou d'un vrai croyant lui sérail également bon.

Je me souvins de cela ; et j’eus efiectivemenl tant d’occasions de hâter les desseins des infidèles, tout en remplissant

mes poches, que peu à peu je me voyais devenir riciie.

L’ambassadeur lui-meme n’était pas sans désirer dç nous voir prospérer comme il le disait : et je ne puis résister à raconter une circonstance qui se passa entre lui et le grand visir. Il annonça l’intenlion de nous faire présent d’uU certain produit de la terre, inconnu

dans la pins grande partie de TAsie, mais Irès-ciiltivG en Europe, qui ne manquerait pas d’clre d'un profit incalculable au peuple de lu Perse, et il pria le visir de faider dans son entreprise, en lui pro** mettant de lui envoyer dans peu un échantillon du présent proposé. Le visir qui avait toujours le nez en Pair quand il s’agissait d’un présent, ne manquait pas de discuter chaque jour avec moi sur ce

giaïul prolil que l'ainljassadeur allait nous faire faire, et son impatience de le* posséder devint exlrcme. Il avait appris, par mon canal, que le représentant anglais avait apporté avec lui un magasin de beaux draps, qu’il avait constamment lorgné. Voyant que cc grand bienfait public en ([uestion n’arrivait pas, il imagina, dans sa sagesse , que l’elcbi ferait un bon marché s’il consentait à le propagermovennant un cadeau qu’on lui

ferait. En conséquence, il m’appela un malin à son lever, et inc dit: « Parla bénédiction de Dieu l nous avons tout ce

dont nous avons besoin ; nous avons du pain et de la viande ; nous avons du sel et du riz, du blé, des fruits, tels que les infidèles n’eu ont jamais vu, meme en rêve j enfin nous avons tout ce qu il est possible d’imaginer ; pourquoi donc de- ^^rioiis-nous a cet ambassadeur infidèle, des choses dont nous n'avons pas besoin? Une beureuse idee m'a frapiié, Cl en la suivant, il profitera et s'épar-

gnora les peines aux(|iielles i) clesire s’exposer : je conviendrai de recevoir du drap au lieu du bienfait public. Celte transaction est si facile, que, grâces à allab ! VOUS qui êtes un homme d’un cs- ])rit subtil, vous Tarrongerez aisément.

Allez (lire cela à ramhassadeur , et ap" porlez-nioi le drapsans perdre de temps. »

J’allai donc me présentei' che" l’elchi, et lui remis mon message. Croira-t-on que lui et toute sa suite sans barbe, en entendant cela, paitirent d’un éclat de

rire, ([u’on aurait j)u entendre du sommet de Demaweud? u Quel rapport a du drap avec des pommes de terres , disaitTun?—Nous voulons vous donner un aliment sain et peu cher pour vos compatriotes , disait un autre. — Mais d paraît que votre visir aime mieux transférer tout ravanlage du présent du ventre de la nation à sou ])ropre dos, s’écriait un troisième. » Ccj)endaiU l’ambassadeur qui paraissait être le plus raisonnable dotons, ordonna, sans bésilcrj

me remit une pièce de drap, qu’il pria de présenter à mon maître, ^vec les expressions réitérées de son ami- 3 et avec l’assiirancc c[iie cela ne cliangerait rien aux senlimens cfu il conscrpour la nation pcisane, à ce

espérait, voudrait bien recevoir pommes de terre, comme une mardo sa haute estime et de sa considcï'ation.

Je revins auprès du visir, dans l’enchantement du succès de ma visite; et

Cette preuve de mon habileté, jointe à ' celles suivantes, me gagna telleinont ses alleclions, que je désarmai bientôt tous mes rivaux, et devins son premier favori et son confident.

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