‹ Hajji BabaChapitre 2 sur 25 · PS · texte numérisé non relu

PS

Nous nous dirigeâmes vers la frontière de Géorgie, en nous frayant une roule à travers .des montagnes non fréquentées, au milieu desquelles nous fûmes admirablement dirigés par Yusûf, qui paraissait connaître toutes les bornes et la direction des lieux avec une précision qui nous surprenait. Il n’avait pas paru désirer visiter son village natal jet il m’assura que, quand bien même je le lui eusse permis , il n’aurait pu le faire , parce qu’il se sentait lié par le serment qu’il

T. III. 1

avait fait en le quittant de ne point y rentrer sans être accompagné de sa femme.

La nouvelle qui avait été portée au

serdar, de l’arrivée des Moscovites, était fausse; car nous les trouvâmes postés sur les bords de la rhière Pembaki ; ils occupaient le village d'Hamamiû , et se

fortifiaient dans Karaklissch. Nous n’étions paséloignésde cette dernière place; et, à mesure que nous en approchions, je désirais davantage acquérirquelqu’intelligenee concernant le nombre et les dispositions de l’ennemi. Une pensée me frappa , en réfléchissant au sort de mon protégé l’Arménien. « Ou je perdrai ce jeune homme, me dis-je, ou je le sauverai; et il ne s'en est jamais présenté une aussi belle occasion qu J à présent.

11 ira à Hamamlù : s’il m'apporte lanou* v elle dont nous avons besoin, rien ne peut m'empêcher de lui faire obtenir son pardon et sa femme. Si c’est un traître , je me débarasse de lui, et demande

une récompense nu serrlar pour lui avoir rendu son esclave fugitive. »

Je l’appelai près de moi et lui proposai l’entreprise. Plus prompt que la pensée , il saisit tous les diflerens points de la question, et accepta ma proposition sans hésiter. Il serra sa ceinture, releva les pans de son habit, mit son bonnet de coté ) et jetantson fusil derrière son dos, il s’élança sur la montagne, et nous le perdîmes bientôt de vue au milieu des Lois qui en couvraient la pente.

*— cc Ruft he ruft. 11 est parti et doublement parti, dit le jeune delikhan; nous ne le reverrons plus. »

— « Et pourquoi ne reviendrait - il pas, lui dis-je? N’avons nous pas un otage ? Tout Arménien qu’il est, il n’abandonnera pas sa femme. »

— « Oui, dit le jeune homme , il est Arménien ; mais cest aussi unisauvi, ( chrétien. ) Les Russes aussi sont isauvi; et nous savons bien que, quand ces infidèles se trouvent ensemble, ils raour-

raient plutôt que de rclourneraux füs d’Islam. Ken 3 fût - il le chaste Joseph lui-même, cl sa femme Zuleihha en personne, je gagerais ce cheval, continua t-il en montrant celui qu'il montait, que nous 11 e le reverrons plus. »

— « Ne battez pas monnaie en fausses paroles, mon petit monsieur! dit brusquement un vieux cavalier dont la face brûlée par le soleil , était sillonnée d'un million de rides , et ombragée par une barbe épaisse, des moustaches et de longs sourcils. Pourquoi donc manger de ia crotte sans nécessité ? Ce cheval est au shah et non pas à vous : comment prétendez - vous le mettre en

• * jeu : »

— « La propriété du shah est la mienne , répartit le jeune homme. »

Cette conversation passagère continua entre moi et mes hommes pendant quelque temps , avant de penser à nous arrêter Bientôt , ayant aperçu un endroit où croissait une herbe

épaisse, nous nous dirigeâmes de ce côté et mîmes pied à terre. Nous nous dispersâmes çà et là , chacun de nous se fabriquant un établissement temporaire, au moyen des couvertures de nos chevaux et de nos manteaux que nous étendîmes sur le sol ^ tandis que nos chevaux piqués dans l’herbe , broutaient à plaisir. J’annonçai l’intention de passer la nuit dans cet endroit, au cas que \ùsùl ne parut pas avant la (in du jour; et préparatoirement, deux de nos meilleurs maraudeurs partirent en quête de moulons, de volaille, ou de tout ce qu’ils pourraient trouver pour notre repas du soir. Après une heure d’absence r il revinrentavec un mouton, qu’ils avaient pris dans un troupeau qui paissait aux environs de la rivière. Il fut bientôt tué, et on se disposa à le faire rôtir. Deux pieux avec des crochets au bout, furent lai liés dans la forêt el enfoncés dans la terre ; un autre long bâton fut passé à travers l’animal en guise de broche, et

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