‹ HalifaxChapitre 4 sur 54 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LORD DUDLEY, LES HABITÜE!s. fuit

LKS HABITUAS, demandant.

Sêmuel, d« rartes... Samuel, de la bière...

Samuel, des érhecs.

HALirAX, fntrant.

Samuel, du vinl... Âh! ahi nous avons joyeuse roaipagnie. Malheureusement, il n’y a ici que des mananli. Décidément l'bâtellerie de maître Samuel est fort mal composée, je partirai demain. Ah! ceci du moins ressemble à une figure humaine!

Il Ta s'asseoir k la table de Dudley.

DUDLRY, levant ta t^te.

Pardon, monsieur; mais puis-je savoir à quoi je dois l’honneur que vous voulez bien me faire en prenant une place à celte table?

tIAIlFAX.

Voilà la chose, mon gentilhomme. Je suis en course dans ce canton pour affaire secrète et d’importance. Il y a trois ou quatre jours que j'habite cet hdtel. Je viens d'entrer dans celte salle •vec l’intcmion d’y tuvr le temps; j’en ai fait le tour, en regardant si j*y trouverais un visage à qui parler : des faces de croquants, voilà tout. Kofin, j’ai avisé dans un coin un personnage qui sent son gentilhomme d’une lieue, et je suis venu m'asseoir pour vous d^re ; —Eh bien, mai*, comme nous sommes à peu prés les seules gens comme il faut qu’il y ait ici, faisons donc quelque chose, l'ausons, buvons ou jouons.

DUDLBY.

Diable! vous êtes de liaison facile, à ce qu'il parait.

HAUPAX.

Que voulez-vous! quand on s’ennuie au fond d’une misérable province et qu’on a l'habitude de fréquenter la meilir ure société de Londres, quand on se trouve en conlari avec de pareilles gens, après avoir eu des rapports journaliers avec les Campbell, les BoUngbroke, les Durobar...

DODLCr

Les Dumbsr! Connallriez-vous sir Jebn Dumbar?

IULIFAX.

Ab I ah! vous le connaissez donc vous-même?

DuniBT.

Si je le connais ! c’est mon intime ami.

HAMPAX.

C'est aussi le mien, et même le meilleur, le plus utile de mes amis. Entre nous, c’est un échange perpétuel de bons procédés. Toute sa vie se passe, ce cher sir John, à me demander des services, et toute ma viese passe, moi. à les lui rendre. (A part.) Il est vrai qu’il me les paye.

I Donttr.

Ab! TOUS êtes son ami...

I Ah I mon Dieu, oui... quand je suis à Londres.

I U n’y a pas de jours que nous ne nous voyions.

DUDLVr.

Alors, à la santé de sir John Dumbar.

I A sa santé, et que Dieu lui conserve son rang,

I ses faveurs et sa fortune... sa fortune surtout. Maintenant, mon gentilhomme, que nous avons

I causé, que nous avons bu, si nous jouions un peu... qu'est-ce que vous en dites? voilà juste-

1 ment là des dés et des cornets qui s’ennuient à mourir.

DUW.EV.

' Volonlirrs. Que jouons -nous ?

Oh ! quelques guinées , voilà tout.

' nUDLRY.

Cela va. Aussi bien faut-il que j’attende ici.

' Alors, cela se rencontre à merveille.

DCDLEV.

Voici mon enjeu.

Et moi, voici le mien.

nuDi EY, teecuant let dée.

Vous avez raison, et vous devez cruellement vous ennuyer au fond de cette province. 'Jetant lee déi.) Sept.

Si je m’y ennuie! je le crois mordieu bien que je m'y ennuie. Heureusement il y a une chose qui me distrait. (Jetant lee dée.) Huit.

Il prrnd l'argmt et laiMe un second enjeu.

DUDLET, mettant à ton tour ton enjeu.

Laquelle?

Les gens de ce canton ne sont pas spirituels, c’est vrai ; mais en revanche ils sont horriblement bretailleurs... vous comprenez, cela frise l'Écos^e. et tous ces diables de gcntilhommes des Highiands ont une tète...

DUDLIT.

De sorte que vous avez des querelles, et cela vous occupe. {Il tecoue lee dét.) Cinq.

Oui, j'en ai ordinairement une par jour; cependant, je dois dire que celle bonne occasion m'a manqué hier et aujourd’hui ; je suis en retard, comme vous voyez. Heureusement qu'aujourd hui n’est pas encore passé. {Amenant let dét.) Huit.

Il prend l'anjeu. Même mise en scène qae ri-dessas.

DUDLST.

Et VOUS vous tirez toujours sain et sauf de ces petites rencontres?

Oui. à quelque égraiignure près.

MAGASIN 1HÉATRAI-.

BUDLKY.

C e«l du bonheur. (JmeiumC Ut déi,) Neuf.

HALirAX.

Non; c'cei de l'êdreMe. J’ai beaucoup voyagé, et en Italie un vieui professeur d’escrime m'a indiqué une petite botte norentine infaillible... Orne.

DUDLEY

Ah I ah I et où avez*vous appris le lansquenet?

lin France, cela; je l'ai joué cinq ou sis fois avec le chevallier de Grammont, qui était de première force.

DUDLEY

Oui. Dis.

Ah! vive Dieu! parlez^moi de la France... voilà un agréable pays... beau ciel, belles femmes et beaux joueurs. Douse-

DUDLEY

Pardon.

Douse, voyei.

DUDLEY

Oui, je vois bien... Vous devez être malheureux en amour, monsieur.

Pourquoi cela ?

DUDLEY

Parce que vous avez du bonheur au Jeu.

Peuhl...

DUDLEY

Neuf.

Dis.

DUDLEY

Je VOUS demande bien pardon, monsieur, mais il me semble que vous trichez.

C'est peut-être vrai, monsieur... [Il prend les dés al Ui lui jette d la figure.) Mais je n’aime pas qu’on me le dise.

DUDLEY, sa levant.

Monsieur !

(Juand je vous disais que nous n'étlons pas à la fin de la journée, et que j'attraperais mon duel T

DUDLEY

Oui, monsieur, oui, vous le tenez; soyez tranquille. et vous le tenez bien; Il ne vous échappera pas, je vous en réponds!

HALIFAX, portant la main à ton épée,

A vos ordres, mon gentilhomme.

DUDLEY

Non pas, s'il vous plaît! vous aurez votre duel, mais avec une variante... Je me défie de la botte florentine-

A défaut de celle-là, j'en ai d’autres à votre service ; qu’à cela ne tienne, monsieur.

•DUDLEY

Pardon; pour celle fois nous laisserons reposer I ’ votre épée ; elle doit être fatiguée du service qu’elle a fait depuis quinze jours, et nous nous battrons...

A quoi ?

DUDLEY

Au pistolet, si vous le voulez bien.

Moi, Je veux tout ce qu’on veut.

DUDLEY

Oui, vous êtes beau joueur, je sais cela.. Samuel. allez chercher les pistolets que vous trouverez dans la voiture.

SAMUEL

Mais, monseigneur...

DUDLEY

I Allez... U y en a justement un de chargé et l’autre qui ne l’est pas.

Tiens, comme cela se trouve!

j DUDLEY.

I Nous marcherons l'un sur l’autre.

H.UIFAX.

I Et nous tirerons à volonté; cela me va. i

DUDLEY

Seulement, je vous préviens que U balle n’est pas pipée.

SAMUEL

Voici les pistolets demandés, monseigneur.

j DUDLEY.

I Merci. Maintenant, monsieur, si vous vouiez

I me suivre...

I Où cela ?

I DUDLEY

Dehors... dans la cour, dans le jardin.

Vous êtes fou, mon cher; il fait nuit comme dans un four... pour nous éborgner, non. ma foi! je tiens à ma figure, moi!... et puis U pleut à verse, et cela empêcherait vos amorces de brûler: sans compter que cela souillerait nos pourpoints.

DUDLEY

Eh bien, OÙ nous battrons- nous, alors?

Mais ici, si vous voulez; il y fait chaud, on y est à couvert, on y voit comme en plein jour; nous serons à merveille, sans compter que nous aurons des témoins qui pourront attester que tout s'est passé dans les règles.

DUDLEY

Soit.

SAMUEL

Comment! dans cet appartement? vous voulez vous battre dans cet appariemeot?

Dites donc, il appelle cela un appartement, lui !... Sois tranquille, mon brave homme; si l'on

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(a caiM tai glaçai, tu lea metiru inr la carta, al on ta lea payera.

SAUCBL.

Uaia ja na puis pas permettre...

DUDLEY, fouillant d là poche.

Tu perrnettras tout ce qui nous plaira.

SASIUEL.

Mais je ne dois pas soulTrir.. .

lUUFAi, fouillant d la pocAs.

Tu souffriras tout ce qui nous sera agréable. TODS DEUX, lui donnant ensemble chacun une pièce d'or, qu'il reçoit de chaque main.

Tiens I

sàudel.

AUons, TOUS faites de moi ce que vous Toulex.

DUDLEY

Arrière, messieurs. (Joua les habitués se reculent jusqu'au fond du théâtre. Présentant les pistolets par la crosse d Halifax,) Maintenant, si TOUS Toulei bien choisir.

C'est fait, monsieur. Ah ! ah ! tous axez U de jolies armes. Si jamais vous aviez l'idée de tous en défaire, pensez à moi, je tous prie ; je suis amateur.

DUDLEY, qui s'cst reculé juiqu’d l'avant-icine d droite.

le TOUS attends, monsieur.

Pardon, je suis à tous. [Ilreculejusqu'd l'angle le plus éloigné d gauche du spectateur; puis, au milieu du plus profond silence, ils marchent l'un sur l'autre; après avoir fait le tiers du chemin, Dudley tire, son pistolet rate.) Ah! il parait que j ai pris le bon. (fi continue de s'avancer vers Dudley, lui pose le pistolet sur ta poitrine, puis levant (oui d coup le pistolet.) Deux -mots, s'il TOUS pialt, mon gentilhomme.

DUDLEY

Voyons, dites Tite et finissons-en.

En se pressant, on fait mal les choies. Croyezen le proTerbe iulien : Che Ta piano. Ta sano. Venez ici et causons.

SAHUEL, s’approchant.

Eh bien, qu'y a-t-il donc 7 HALIFAX.

Mon briTe homme, laisscz-nous tranquUles, je TOUS prie ; nous parlons d'affaires.

SAHOEL, s'éloignant.

Ah!

HALIFAX, à Dudley.

Monsieur, mon avis est que la balle qui est dans ce pistolet vaut deux cents livres sterling, et même qu'à ce prix clic n'est pas chère.

DLDIXY.

Que voulez-vous dire?

Je veux dire que la balle qui est dans ce pis-

tolet est à vendre, que j'en demande deux oenta livres sterling, et que je prétends que ce n’est pas trop cher.

DUDLEY

Ah ! je comprends.

BAIIFAX.

Eh bien, que dites-Tous du prix î

DUDLET.

Je dis que si votre opinion est qu'elle les vaut, ce n!est pas à moi à vous contredire.

Ainsi donc, pour deux cents Uttcs stetUng...

DUDLEY

Je la prends, monsieur; suivez-moi, je vais TOUS les compter.

HAUFAx, à part.

J'aurais dû lui demander cinq cents guinées... j'ai été trop grand.

DUDLEY, d part.

Eh bien, voilà un effronté coquin... mais an moins il est brare. {Haut.) Venez, monsieur, venez.

Iis sortent.

LES HABirués.

Et nous, snivons-les ; bien heureux que la chose se soit passée ainsi.

Ils sortent à lenr tour.

SAMUEL

Que diable ont-ils pu se dire tout bas T... et qu'est-ce que cela signifie?... ils marchent l'un sur l'autre pour s'égorger, et ils s'en vont en se tenant par dessous le bras... Enfin... ahl c'est vous, monsieur Samplon.

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