I.iiige, 3 juin
J’espère que ma lettre du 26 dernier vous sera aussi bien par'venue que votre seconde de même date, votre troisième du 3o, de même que celle de M. Sartorius Schuchard, etc., du 27, et celle de M. Goupy, du 2G, m’ont été remises, et auxquelles la présente, qui, j’espère, sera communiquée, va servir de réponse.
Vous me demandez, madame, quelles furent les dernières expressions de M. Hall? Hélas! ni moi ni personne n'a pu les recueillir; car, malgré l’extrême faiblesse dans laquelle nous le trouvâmes le mercredi matin, sa grande présence d’esprit, son courage et sa tranquillité ne nous faisaient guère craindre ni même soupçonner que sa vie dût se terminer si subitement et comme un coup d’éclair. C’est cependant ce qui est arrivé vers midi, temps que
j'avais fixé pour le voir, mon élève ayant etc le voir trois quarts d’heure au plus auparavant. La veille, il m’avait dit qu’il vous écrirait lui-même; il l’avait également dit il son hôtesse, demoiselle honnête, respectable, qu’il estimait beaucoup et dont i! faisait le plus grand cas, et qui certainement mérite la plus grande confiance. Ce fut avec elle qu’au moment même que je vis M. Mail, dimanche matin (12), nous mîmes sous la clef tout ce qui pouvait lui être utile. Ce fut avec elle, un notaire et des témoins, que je fis mettre le scellé généralement sur tout, le jour de sa mort, et que samedi dernier (ier) j’ai fait ôter le scellé pour faire le répertoire de tous les effets qui se sont trouvés et dont j’ai l’honneur de vous envoyer copie, ainsi que l’extrait mortuaire légalisé. Tous ces effets ont été mis, suivant l’ordre du répertoire, dans des malles et cassettes dont j’ai pris les clefs. Quant aux lettres, papiers et son portefeuille, je les ai enveloppés d'un fort papier et les ai enfermés dans l’une des malles. Pour satisfaire à votre demande sur ce dernier objet, j’en ferai visite avec le plus grand scrupule et la plus grande discrétion, soyez-en sûre, madame. Les portraits de Vernet, de Sauvage et d’une religieuse ne m’ont jamais été montrés, et je n’en ai aucune connaissance non plus que Mlle Saint-Vitu, Peut-être trouverai-je quelque note sur ces objets dans ses papiers dont je vais faire la recherche. Je désire que j’y trouve de quoi satisfaire pleinement à votre demande. En faisant le répertoire des portraits, je vis qu’il en manquait deux que je connaissais, l’un avec son cadre, l’autre sur une tabatière noire; tous les deux représentent Mra« Suleau.
Je savais que M. Hall avait confié ces objets à M. le comte de Blangy pour servir d’étude à M110 sa fille. J’allai sur-le-champ, avec le notaire, prendre des informations. J’appris, en effet, que le portrait de Mme Suleau sous costume de peintre était entre les mains de la fille du général. J’ignore encore où le second peut être, mais je vous promets que je ferai toutes les démarches possibles pour le.récupérer-
A moins que M. Hall n’ait contracté des dettes à Maastricht (où je désire que les portraits dont vous me parlez dans votre dernière, et dont je n'ai aucune connaissance, se trouvent engagés), il n’en avait pas contracté dans cette ville-ci. Je sais que lorsqu’il est entré chez moi il n’avait pas d’argent. Je sais aussi qu’il y serait
venu plus tôt si des circonstances impérieuses, me marquait-il en m'annonçant son arrivée, ne l’avaient empêché d’y venir aussitôt que le malheureux état de sa santé et sa grande confiance en moi l’exigeaient. Hélas! madame, il ne fut pas trompé dans sa confiance. A peine entré chez moi, on le voyait pour ainsi renaître. Les accidents réellement effrayants se dissipaient ù vue d’œil. Lui qui n'aurait pu faire un pas sans être soutenu, souffrant des douleurs cruelles, cessa bientôt de souffrir, récupéra des forces pour se coucher, se lever et se promener dans sa chambre seul, s’adonner à la lecture. Enfin, en moins de deux mois, je mis ce respectable, ce divin Hall en état de ne plus être assujetti au régime, et de reprendre, ù la première occasion, l’usage de son rare et sublime talent, circonstances suprenantes qu’il vous a sans doute communiquées. Je me félicitais, je me glorifiais, madame, d’avoir rendu aux arts un enfant chéri... Hélas! pardonnez, madame, mes regrets vont augmenter votre douleur. Que ne suis-je à portée de mêler mes larmes aux vôtres et à celles de vos tendres et chers enfants, que j’espère bien un jour de voir dans ce pays-ci, car le projet de M. Hall était de venir s’y établir avec sa famille. Puissé-je être assez heureux pour voir réaliser l’espoir que vous me donnez de venir me voir! Oui, je vous aimerai, j’aimerai vos enfants, parce que votre mari, parce que leur père les a rendus tous chers ù mon cœur.
Votre mari n’a pas de dettes dans cette ville, madame, ou celles qu’il y a ne sont pas conséquentes. Je les acquitterai et vous ferai passer la note en vous rendant compte exact de ce que je trouverai dans ses papiers.
Ne craignez pas de m’être à charge; je me donnerai avec plaisir toutes les peines nécessaires pour vous procurer la satisfaction que vous devez attendre d’un vrai ami du vertueux Hall... Adieu, je vous embrasse tous et de tout mon cœur, et suis, avec le plus sincère dévouement, madame, votre très-humble et obéissant serviteur.
J. L. de Housse, chirurgien.
P. S. Ma lettre serait partie hier, madame, si j’avais pu voir M. le comte de Blangy avant le départ de la poste; mais n’ayant pu lui parler que l’après-dîner, et croyant qu'il était essentiel que
je l’instruisisse de ce que j’avais appris chez lui, j'ai tardé d’un jour de vous expédier la présente. M. le comte de Blangy m’a dit n’avoir aucune connaissance de la tabatière avec le portrait, mais il m’a reproduit celui encadré représentant M™' Suleau sous costume de peintre. 11 m’a requis en même temps de vouloir bien lui confier de nouveau celui de M. Hall, pour que sa fille pût en achever la copie que j’ai vue et qui n’est point achevée, non plus que la copie de Mme Suleau, et desquels M. le comte m’a donné un reçu avec obligation de me les remettre îi ma première réquisition. Je garde cette reconnaissance, dont je vous envoie preuve par la lettre cijointe que Mme de Blangy m’a remise et m’a chargé de vous faire parvenir. J’ai cru, madame, devoir déférer à la demande de ces personnes, d’autant plus que Mmo la comtesse m’a instruit que M. le baron de Reychack avait le portrait de- votre fils pour une somme assez considérable qu’il doit avoir prêtée à M. Hall et qui m’a fait croire qu’il serait possible et même probable que M. le grand commandeur n’aurait pas prêté quatre-vingts louis sur un seul portrait, et que ceux de Vernet, de Sauvage et de la religieuse pourraient bien être dans ses mains. Je pourrais lui écrire, mais je crains que, n’étant pas chargé de procuration, je n’en reçoive pas de réponse conséquente, de sorte que j’attendrai vos ordres. En m’envoyant votre procuration, je vous prie, madame, de me mander bîen expressément si je dois retirer les portraits qui sont confiés à M. le général de Blangy, car je vous avoue que je ne serai à mon aise que lorsque je serai sûr que ces objets précieux sont entre vos mains. Veuillez donc, je vous prie, ne pas différer de m’envoyer votre procuration , et me marquer par quel moyen je pourrai vous faire parvenir sûrement ces miniatures, de même que les deux paysages du même genre sous glaces, peints d’après nature et dont votre mari faisait grand cas. Ces paysages, au répertoire, sont sous le n° G5.
Vous trouverez également ci -joint l’extrait du mariage de Mme Suleau. Je vais moi-même mettre ce paquet à la poste et tâcherai d’en avoir un reçu. Il ne partira qu’aujourd’hui, 5 juin
F.-L. de Housse, chir.
Vous verrez sans doute M. Grétry; j’ai reçu sa lettre honnête et
aimable; veuillez, je vous prie, madame, me rappeler à son souvenir en lui présentant les assurances de mon dévouement et de la parfaite considération que j’ai pour lui.
Ce jourd'hui, icr juin 179?, moi soussigné, notaire, à la réquisition de M"8 de Saint-Vitu, me suis transporté avec les témoins sousnommés au quartier (1) qu'a occupé M. Hall, peintre suédois, dans la maison de ladite demoiselle, située en la place dite Vineau, de la paroisse Saint- Martin en Liège, où étant été, après avoir examiné les scellés que nous y avions apposés le i5 mai dernier et les avoir trouvés à leur entier, nous avons procédé au répertoire des effets y consignés en la forme et manière suivante.
Dans une armoire à la tète du lit de la chambre qu’il occupait, après avoir ôté les scellés, on y a trouvé :
1. — Un fusil de chasse. — 2. Une trompe. — 3. Un couteau de chasse garni en argent. — 4. Un fouet anglais. — 5. Item 32 volumes tant brochés que reliés que nous avons mis dans une malle couverte en peau de sanglier. — 6. Une boîte remplie de pierres de pétrification. — 7. Une dito sous n° 7. — 8. Line dito sous n° 8.
— 9. Un nécessaire en forme de livre. Fil et aiguille. — 10. Une forme de livre en bois. — 11. Une couple de pistolets à deux coups.
— 12. Une paire de boucles platinées en argent. — i3. Une boîte en carton contenant des glaces et en en (sic) porcelaine vert (?) à peindre. — 14. Quatre pierres à rasoirs. — i5. Une boîte d’eau de Cologne. — 16. Une culoue de peau. — 17. Dix culottes tant en drap qu’étoffe. — 18. Douze gilets, une veste de chasse. — 19. Quatre corselets de flanelle. — 20. Vingt-huit paires de bas tant fil, laine, coton, que soie. — 21. Un porte-loupe en cuivre. — 22. Trois manteaux de lit de coton. — 23. Deux robes de chambre de piqué anglais. — 24. Un pantalon de piqué anglais, six chemises, huit cols à boucle. — 26. (Erreur de chiffre; ce devrait être 25.) Douze mouchoirs de toile blanche. — 27. Sept demi-mouchoirs et
(1) En Belgique on appelle un appartement un quartier.
deux doubles; mousseline. — 28. Six jabots mousseline. — 29. Sept paires et demie de chaussons. — 3o. Quatre serre-tête. — 3i. Trois mouchoirs de soie. — 32. Six mouchoirs de po:he toile bleue. — 33. Dix-huit dito toile rouge. — 34. Un bonnet de coton. — 35. Une paire de manchettes d’entoilage. — 36. Quatre habits de drap, lesquels, avec les objets désignés depuis le nombre 5 jusqu’à 36, sont renfermés dans ladite malle. — Z7. Dans une cassette se trouvent quelques glaces en (à?) portraits. — 38. Une montre en argent. — 39. Une carte géographique d’Allemagne. — 40. Un chiffre en forme de cachet, quelques miniatures ébauchées, des lettres : puis avons fermé la cassette. — 41. Dans une malle couverte de peau jaune se trouve le suivant : — 42. Quatre paires de bottes et bottines. — 43. Une paire de bottines jaunes. — 44. Trois paires de souliers. — q.5. Deux trépieds (sic). — 46. Deux crochets à tire-bottes. — 47. Le couteau de chasse dont à l'article 3. — 48. Une presse (1). — 49. Une cassette ou petit nécessaire. — 5o. Deux rasoirs dans une garde et une pierre à rasoir. — 5i. La carte du pays de Liège. — 5a. Cinq rasoirs. — 53. Une paire de boucles métal blanc. — 5q. Une paire de bas de soie. — 55. Une carnassière et une ceinture de cuir. — 56. Quatre tabatières, deux en bois, deux en papier mâché. — 57. Une paire de gants en poil. — 58. Une tabatière. — 59. Une capote en molleton blanc. — 60. Une dito de drap gris anglais. — 61. Une vieille dito de molleton. — 62. Un chapeau de castor gris et vert. — 63. Une capote de drap jaune. — 64. Une flûte traversière avec la garde. — 65. Deux paysages sur (sous?) glace d’après nature, livre (sic) par Hall, représentant deux rochers et cascades des environs de Spa. — Item trois paysages sur papier et sous glaces. — 66. Cinq portraits en miniature avec cadres de bronze doré et enfermés dans des étuis ou boîtes de maroquin vert; le plus grand représentant feu M. Hall, le second la seconde de ses filles, le troisième Mme Hall, le quatrième un portrait de fantaisie (pas d'indication du cinquième portrait). — 67. Un portrait sous étui encadré aussi de bronze doré; item une loupe, une boîte à couleurs, une poche en cuir ou étui du petit nécessaire : puis avons fermé la petite malle. — 68. Un pupitre en forme de nécessaire dans lequel il y a des glaces,
(1) Pour fixer les ivoires sur des feuilles de carton avant de peindre.
deux coupes, des couleurs, crayons, et autres petits effets, avec son étui en cuir. — 69. Porte-manteau veau, — et puis s’ensuit le sale linge qu’on doit donner à laver. — 70. Douze chemises vieilles. — 71. Deux manteaux de lit en toile. — 72. Quatre mouchoirs de poche. — 73. Deux mouchoirs de toile blanche. — 74 Un mouchoir de col. — 7a. Deux serre-tête. — 76. Cinq bonnets vieux déchirés, et finalement contenant vingt-quatre six dix neuf sous (sic). — Ainsi fait et répertorié comme dessus en présence de M. de Housse, chirurgien, et de M. l’avocat Lavette, lesquels, avec ladite demoiselle Saint-Vitu, ont signé à la minute originale de celle-ci.
Lettre de M. de Housse à Mme Hall ( sous enveloppe et sans suscription).
Liëge, 23 juillet 1793.
Madame,
Voici une lettre que je vous ai fait attendre bien impatiemment sans doute. Je suis désespéré, madame, de n’avoir pas de quoi vous dédommager de l’impatience que vous aura causée mon retard. Toutes les demandesque j’ai faites pour découvrir en quelles mains pouvait être la tabatière avec le portrait de madame votre fille ont été vaines. Jusqu'à présent je n'ai pu rien apprendre; je continue cependant et continuerai à m’informer. Depuis trois ou quatre jours j’ai reçu une réponse de M. le grand commandeur: vous la trouverez ci-jointe en original. Vous verrez, madame, quel parti vous voulez prendre à son égard: J’ai tiré copie de cette lettre, à iaquelle je ne répondrai qu’après avoir reçu vos ordres.
Pour votre gouverne, j’ai l’honneur de vous envoyer la note de ce que j’ai payé sur quittance. Vous verrez, madame, que les dettes que votre vertueux mari avait dans cette ville n’étaient pas bien conséquentes. Elles auraient été liquidées en bien peu de temps si les Autrichiens avaient différé d’y rentrer. Je sais qu’il avait des portraits commandés. Un contre-temps inattendu est venu culbuter ses projets, et de là le chagrin... J'ai sujet de croire qu’il n’a pas
été payé de tous les portraits qu'il a faits. Mais ce qui me surprend, c’est que je ne retrouve dans ses papiers aucun renseignement à cet égard, sinon une note générale datée de 1791, dans laquelle je trouve cinq portraits non payés pour 840 livres. Ce sont des personnes qui ne sont pas actuellement ici, et j’ignore quel pays elles habitent.
N’ayez nulle inquiétude, madame, sur les elîets qui sont chez moi. Ils n’ont pas sorti des malles où on les a mis au moment du répertoire. Lorsque j'aurai reçu vos ordres, ils seront déballés et remballés de nouveau sous les yeux de M. Cerfontaine ou de tout autre que vous me désignerez. Nous ferons une liste suivant l’ordre de l’emballage des pièces, au moyen de quoi il vous sera facile (en confrontant cette liste avec le répertoire que vous avez) de voir si tous les elîets vous sont parvenus. Lorsque vous me donnerez des ordres pour expédier ces objets, je vous prie, madame, de bien prendre vos informations sur les moyens à employer pour être sûre de leur arrivée chez \'ous. De notre côté nous ne négligerons rien pour en faire l’expédition avec tous les soins possibles.
Recevez, madame, les assurances de mon sincère dévouement. Conservez-moi votre estime, et faites-moi obtenir celle de vos chers enfants; ce sont les faveurs que j’ambitionne et que je m'efforcerai toujours de mériter.
J’ai l’honneur detre, avec la plus parfaite considération, etc.,
J. L. de Housse, cliir.
M. de Housse à Mme Hall.
Liège, 24 brumaire.
Citoyenne et amie,
Lorsque j’ai eu l’honneur de vous écrire que je serais désespéré de vous voir faire les sacrifices excessifs que vous auriez été obligée de faire pour me rembourser en numéraire les avances que j’avais
faites pour payer les dettes de votre respectable mari et mettre ses effets en sûreté, je ne prévoyais pas qu’il pût se présenter des circonstances assez impérieuses pour m’obliger à changer de langage. Ces circonstances sont pourtant arrivées, et aujourd’hui je me trouve moi-même dans le cas d’avoir besoin de mes fonds. Je sens parfaitement bien qu’il vous serait impossible de me payer en numéraire, et je suis certainement très-éloigné de l’exiger; cela ne m’est jamais venu ni ne me viendra en idée. Si des circonstances plus heureuses vous mettent' à même de prendre en considération la perte énorme qu’on fait ici et partout sur les assignats, vous pouvez toujours me dédommager en partie de celle que je dois supporter dans ce moment-ci. Je ne vous parlerai pas de la perte qu’ont essuyée les assignats jusqu’à présent dans ce pays-ci : le citoyen Rasquinet vous en aura peut-être parlé; mais j’espère qu’il viendra un temps où des lois rigoureuses feront respecter davantage cette monnaie républicaine. Il est vrai qu elle circule, mais à trois quarts de perte, et je puis vous assurer que ce que je paye chez le marchand 6 francs en numéraire m’en coûterait 24 en assignats; encore est-il des denrées qui se payent un prix plus exorbitant. Au reste, j’irai jusqu’à mon dernier sou avant de faire de pareils sacrifices, et la nécessité seule m’obligera à m’y soumettre. Je ne vous parlerai pas non plus des crises et des inquiétudes cruelles que m’ont causées les effets de votre mari. Après la rentrée des ennemis, chaque jour, nouvelles affiches qui ordonnaient, sous peine de mort, ou au moins d’exécution militaire, de dénoncer tout ce qu’on pouvait avoir chez soi appartenant à des Français républicains. Et lorsque ces mêmes ennemis se sont vus à la veille detre chassés de nouveau par les Français, la menace de pillage général des maisons des patriotes (tous étaient annotés au livre noir) était ce qui semblait le moindre malheur auquel on devait s'attendre. Tous devaient être massacrés en cas de retraite. Heureusement leur fuite a été aussi précipitée qu’inattendue. Ils n’ont pu exercer leur rage qu’en incendiant le faubourg et une petite partie de la ville après qu’ils en furent sortis. Prévoyant la nécessité de quitter la ville en cas d’attaque, ils s’étaient préparés à la retraite depuis plusieurs décades. Ils avaient construit des redoutes et des retranchements très-considérables sur un cordon de hauteurs à la portée même pour ainsi dire de la ville, où ils se sont maintenus pendant plus de deux mois; lorsque tout à coup se trouvant attaqués sur
tous les points et dans leurs positions qu’ils disaient eux-mêmes inaccessibles, ils en furent chassés en deux fois vingt-quatre heures et mis dans une déroute complète, qui, comme vous savez, les a conduits par delà le Rhin; et vive la république!
Revenons à nos moutons. Suivant la note que je vous ai envoyée par ma lettre du 2 5 juillet 1793, et dont ci-jointe copie, vous me deviez 599 fr. 33 c. argent de Liège, qui, réduits en argent de France, font 7?o francs ou à peu de chose près. Faites-moi parvenir cette modique somme et je remettrai à vos ordres, sous un reçu, tous les effets qui sont chez moi, en y joignant le répertoire dont vous avez une copie authentique sur laquelle vous vérifierez la rentrée des effets; par ce moyen toute affaire d’intérêt sera terminée entre nous ; les seuls sentiments d’amitié nous serviront de correspondance ultérieure. Je vous ai voué la mienne; j’espère que je me conserverai la vôtre et l’estime de vos enfants chéris. Je fais des vœux bien sincères pour la prospérité de celle qui vient de se marier. Quelle soit aussi heureuse qu’elle mérite de l’être. Adieu, chère citoyenne et amie, je vous embrasse tous et suis toujours votre dévoué serviteur et ami.
Signé : J. L. de Housse.
Note des mémoires acquittés :
A Mlle Saint-Vitu, le 11 juin 1793. . . 233 — 19 — 3.
Au notaire Liben 12 — 15 — o.
A Lazarus, apothicaire 68 — 19—0.
Pour avances faites 293 — 10—0.
Réduits en argent de France, font 720 — 00—0.
État de mes tableaux
EN HUILE, EN PASTEL, EN GOUACHE, EN AQUARELLE ET MINIATURE (l) QUI COMPOSENT MON CABINET, AVEC LE PRIX QU’lLS M’ONT COUTE.
(Le io mai 1778.)
Benedette Castiglione. — Un tableau dans son genre,
peint sur papier, 96
Botli d'Italie. — Un paysage peint sur bois au premier
coup 3G
Bourdon. — Un petit portrait d'homme, forme ovale,
environ 2 p. 1 ,'2 24
Chardin. — Deux petits tableaux pendants d’ustensiles
de cuisine sur bois. H.-L 200
Cuj-p. — Paysage au bord d’un canal avec des pêcheurs.
L’eau et les arbres sont faits en mirade 3oo
Ciiyp. — Une petite esquisse très-légère 9
Diepenbeck. — Un petit portrait d’homme dans le goût
de Rubens. Ovale, sur cuivre, 2 p. 1/2 de h 96
Diepenbeck. — Un saint en ornement d’église, peint sur
cuivre 12
Fragonard. — Une tête d’après moi, dans le temps qu’il faisait les portraits au premier coup pour un louis. . 24
Fragonard. — Etude de tête de vieillard 36
Id. — Un lion dans la niche de la cheminée. . 48
Id — Un paysage avec plusieurs animaux dans
le style de Benedette 144
Fragonard. — Deux femmes en chemise sur un lit, et
deux chiens 200
Fragonard. — Une petite fille tenant une lettre 144
Id. — Un avare tenant un sac d’argent, de M. Telusen. . 401
A reporter 1,770
(1) Dans cet état et dans les états suivants on ne trouve aucune mention’de miniatures.
Report 1,770
Fragonard. — Un saint Jérôme lisant, plein d’enthousiasme 144
Grenue. — Une tête en pastel, étude dans le tableau paralytique 3pi
Greuje. — Une petite fille regardant deux pigeons. . . 583
Houel. — Une jolie gouache des environs de Rome. . . 96
Id. — Deux petites gouaches faites spirituellement. 7 2