‹ Hallucinations et AffectivitéChapitre 13 sur 62 · RAC CE · texte numérisé non relu

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Et, ce qui est encore plus discutable, ils considèrent que seuls les premiers peuvent être générateurs de phénomènes ballucinatoires.

Pouvons-nous, après tout ceci,

D. - Conciure sur le rêle de l’affectivité dans la vie psychique normale et pathologique et nous faire une idée de sa nature ?

Nous dirons avec BLEULER que tout processus psychique conscient comporte la connaissance, la volonté et le sentiment, mais que l’un ou l’autre prédomine sans ‘jamais exclure les deux autres et que c’est l’affectivité qui joue le rôle déterminant. Elle est encore plus essentielle dans le préconscient et l’inconscient où elle ne fait qu’un avec les instincts et les tendances. Les affects sont capables d’inhiber certaines perceptions, celles qui sont en opposition avec eux, de diriger les associations d’idées, de polariser l’attention, d’influencer la mémoire et de modifier le caractère.

Le psychiatre se doit donc d’éviter devant ses malades une attitude trop rationnelle et intellectualiste, une dissection artificielle des phénomènes morbides étudiés, indépendamment de la personnalité. Le contact affectif et la sympathie sont indispensables pour comprendre le malade et

pouvoir l'aider. C’est le seul terrain d’entente possible entre l'observateur et le sujet observé. Sa personnalité essentiellement mouvante et complexe est la source de phénomènes morbides qui ne peuvent être saisis qu’à travers elle :et nous sommes bien loin des discussions stériles qui cherchaient à opposer entre elles les hallucinations et les interprétations délirantes, par exemple. « Interprétation, fluidité, tel est l’aspect des faits psychologiques », dit KONE- ZEWSki. Seul le délire qui leur donne naissance doit être

ET age

considéré comme essentiel, basé sur une tendance instinetivo-affective. Il est lui-même lexpression de la personnalité profonde, de ses facteurs affectifs subconscients, considérés comme évolutifs dans le temps, gardant la marque du passé, et se continuant dans le présent et l’avenir « selon un rythme qui s’identifie avec la durée intérieure ».

La Psychologie normale et l’étude des maladies mentales montrent bien à quel point notre Moi est profondément influencé par l’affectivité et combien l’action du jugement est artificielle et faible en comparaison. Tous s’accordent à peu près maintenant pour localiser les pulsions instinctives élémentaires au complexe hypothalamo-hypophysaire et la pensée conceptuelle inséparable de sa charge affective aux aires d’association préfrontales.

DELAY résume ces conceptions :

« Le diencéphale est le régulateur de lhumeur, cette disposition affective fondamentale riche de toutes les instances émotionnelles et instinctives, qui donne à chacun de nos états d’âme une tonalité agréable ou désagréable, oscillant entre les deux pôles extrêmes du plaisir et de la douleur », tandis qu’il insiste sur l’importance des associations Cortico-basilaires, dans le sens d’une inhibition de l'écorce sur les pulsions instinctives.

SALMON pense que l'existence d’un centre affectif, s’il existe, ne peut siéger que dans les lobes frontaux, tandis que HESNARD s’appuie sur les résultats de la psychochirurgie pour s'affirmer résolument « antilocalisationniste » : le trouble observé après lobotomie n’est pas l'atteinte de telle ou telle fonction mais seulement « l’amoindrissement de la personnalité dans sa singularité d'expression, de ce je ne sais quoi qui fait qu’un tel individu est lui et non un autre ».

Le substratum bio-hormonal de l'humeur et de l’affectivité ne fait plus aucun doute : les glandes endocrines

agissent sur la vie psychique dans leur ensemble par l'intermédiaire du diencéphale et elle-même, à son tour, influence le tonus sympathique et la régulation neurohormonale. MARANON considère que ces liaisons se font probablement par l’intermédiaire de médiateurs chimiques et de phénomènes chimico-électriques encore mal connus.

Si nous voulons en terminant tracer un schéma d’ensemble de l’activité mentale, nous pourrions dire, en utilisant la notion de niveaux d'Henri Ey que, tout près de l’activitéréflexe se trouve le jeu de notre activité psychique élémentaire avec le stock des images, de nos habitudes motrices et idéiques, de nos instincts et de nos tendances. À un degré de plus, c’est le plan du jeu, des phantasmes du rêve, des rêveries, dominé par la pensée affective. Au degré supérieur, l’activité adaptée au réel et à ses lois est le domaine de la pensée logique mais encore soumise à l’affectivité. Chaque plan nécessite une utilisation de plus en plus grande de la « tension psychologique » (JANET), et les rapports qu’ils entretiennent entre eux, sont plutôt dans le sens d’une inhibition réciproque, que dans celui d’un accord. Il nous semble plus satisfaisant de substituer à cette notion de plan, celle qui ne la contredit nullement, de sphères à contours mobiles dont les limites variables, toujours en mouvement, tantôt se séparent, tantôt s’interpénètrent. Sphère de la causalité, sphère de la pensée affective, sphère des instincts sans cesse en évolution, rendant compte de la complexité de la vie psychique et de l’irruption des phénomènes morbides.

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