‹ Hallucinations et AffectivitéChapitre 33 sur 62 · SG ES · texte numérisé non relu

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sur les malades en expérience éidétique les ont tous montrés syntones et caractérisés par «< un jeu mouvant entre la conscience du Moi et celle de l’objet », doués d’une affectivité riche et envahissante.

Nous avons insisté sur ce problème car bien que la notion d’éidétisme ne soit pas admise par tous les auteurs (Quercy), elle nous semble indiscutable d’une part, et, d'autre part, propre à éclairer de par son étude quasi expérimentale le problème des hallucinations.

Un degré de plus et ce sont :

4° LES REPRÉSENTATIONS MENTALES dépouillées de tout élément sensoriel peuplant la mémoire visuelle.

5° LES ILLUSIONS : elles sont connues et étudiées depuis trop longtemps pour que nous y insistions. L’objet est récl mais la valeur qui lui est attribuée prend sa source dans la personnalité du malade.

6° LES « PARÉIDOLIES » leur sont proches : c’est la « transformation de perceptions réelles sous l’influence de l’activité ludique de notre fantaisie imaginative ».

7° LES REPRÉSENTATIONS DU « RÊVE ÉVEILLÉ » sont définies par KEHRER comme « des suites animées de représentations intuitives ayant parfois un caractère de corporéité, prenant devant l’œil ou l'oreille psychiques une pseudo réalité mouvante ». La conscience est en apparence vigile, elle est modifiée en réalité, la rêverie étant en somme un état de présommeil. DESOILLE en a fait une méthode d° « exploration de l’affectivité subconsciente » et de psychothérapie, en évitant les inconvénients de l’hypnose. Le thème général

DA Are

«du rêve est fourni au malade par le symbolisme de mon-

tée ou de descente qui éveillent en lui un état affectif spécial sur lequel l’imagerie se développe. Cette technique n’est possible qu'après inhibition du psychisme supérieur volontaire et son but est différent de celui de la psychanalyse qui actualise les émotions. Le rêve éveillé, au contraire, cherche ‘à les sublimer, grâce à l'impression d’ascension, source d’un état affectif euphorique, suggérant en général des images lumineuses symboliques qu’il appartient au thérapeute d’analyser.

8° LES HALLUCINATIONS HYPNAGOGIQUES du pré-sommeii n’en diffèrent que parce qu’elles précèdent l’endormissement.

9° LES HALLUCINOSES, visions fragmentaires, sont « des désintégrations partielles > de type neurologique sans retentissement psychiqué délirant. Pourtant elles ne doivent pas être opposées aux hallucinations car elles sont, elles aussi, élaborées par les instances fonctionnelles subsistantes sur le modèle du rêve. Elles peuvent même être par Ja suite interprêtées ou intégrées dans un onirisme. La différence essentielle est que les unes témoignent d’une dissolution partielle, les autres d’une dissolution globale du psychisme.

Et nous arrivons maintenant aux

10° PHÉNOMÈNES HALLUCINATOIRES PROPREMENT DITS. Peutêtre avons-nous morcelé à l’extrême un peu artificiellement tous ces phénomènes psycho-sensoriels; nous l'avons fait pour montrer la progression continue du trouble et la transition insensible par de nombreuses étapes intermédiaires: depuis la perception normale jusqu’à l’hallucination sur un substratum commun qui est l’affectivité.

L'apetee

C. - Nous voudrions maintenant, à l’appui de cette affirmation, donner quelques exemples cliniques dans lesquels plusieurs de ces phénomènes s’intriquent et s’entraînent l’un l’autre chez le même sujet grâce à l'existence d’un fort potentiel affectif.

Des hallucinations hypnagogiques peuvent être immédiatement suivie sans interruption par des rêves qui les utilisent : ‘ .

Nous citons ici un rêve significatif de SCHATZMANN : « Je me trouvais dans un jardin; je venais de m’endormir avec comme toujours devant les yeux des phosphènes de couleur vive que je transformai en hallucination avant de les adapter au rêve. J’en fis un paysage éclairé d’un soleil brillant, à la végétation magnifique et exubérante. Regardant en l’air, je vis voler une machine en forme de locomotive, avec des aciers brillants, et dont la partie inférieure formait une plateforme lisse. L’engin évoluait avec élégance et vint se poser dans une allée voisine. Tout le monde s’approcha et constata qu’il n’y avait personne à bord. »

A partir de ses hallucinations du pré-sommeil, le désir de voyager a dù créer cet avion et le vol a correspondu à une sensation agréable comme tous les rêves de ce type. Il se réveilla avec un sentiment de bien-être et de volupté.

Un rêve peut utiliser, bien longtemps après, une hallucination qui a particulièrement impressionné le sujet:

SCHATZMANN, encore, nous en donne une preuve particulièrement jolie : « Après une longue course en montagne, au milieu d’une tourmente de neige, descendant à skis de la Jungfrau par l’'Eigergletscher, il est obligé de s'arrêter tandis que son guide part à la recherche du chalet du Bergli. Il voit alors apparaître une jeune femme vêtue d’une grosse étoffe de bure et la tête couverte d’un voile bleu flottant au vent. L’ hallucination ne tarde pas à se dissiper. »

Quelques années après, il rêve qu'il est dans un paysage de neige et de glace et qu’il se noie dans l’eau gelée. Il voit en

nee

rêve apparaître sa sœur, morte longtemps auparavant, au sommet de la digue de neige; seule, sa tête couverte d’un voile dépasse, elle vient à son secours.

Le délire de certains déments séniles, par exemple, est souvent la continuation d’un rêve : rêvant à une agression, ils ont parfois dans la journée des hallucinations à thème de persécution qui redoublent d’ailleurs à la tombée de la nuit et s’accompagnent d’idées de préjudice.

On peut trouver chez les membres d’une même famille ou chez un même sujet des phénomènes proches de l’hallucination ou franchement hallucinatoires dont la coexistence souligne la parenté. à

M. GRESSoT étudie ainsi plusieurs familles dont l’affectivité lui semblait spécialement riche. Chez un sujet, en particulier, gardien d’une réserve ornithologique du lac Leman, il décrit :

— des images eidétiques spontanées « après avoir vu un coucou, son image, depuis, réapparaît dans la pénombre sur une paroi peu colorée, comme une projection lumineuse que j'ai peine à chasser »; |

— des représentations visuelles : il revoit et revit des scènes de famille;

— des paréidolies : il anime volontiers la tapisserie de sa chambre, visions imaginatives des plus nettes;

— des hallucinations visuelles chaque fois qu’il a un état fébrile, à caractère onirique;

— des images eidétiques expérimentales.

Images eidétiques aussi, suivies d'illusions et de paréidolies chez Léonard de Vinci : « Si tu fixes ton regard sur un mur ou une paroi quelconques couverts de taches, ou si tu fixes la vue sur des rochers de formes complexes, tu peux arriver à voir des paysages extraordinaires et, avec un peu d'imagination, tu distingueras des montagnes, des vallées, des fleuves, des arbres, des plaines et des monts. Tu pourras également, si tu le veux, arriver à voir des scènes animées et les

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