OBSERVATION I
Mme Jeanne Des, 52 ans, entre à l'Hôpital Saint-André, salle 24, le 12 novembre 1948.
I y à un an, à la faveur d’une grave infection dentaire, elle fait un petit état onirique passager, au cours duquel elle a un cauchemar : elle voit son mari mettre du poison dans le vin qu'elle va boire. Ses nuits sont agitées et elle rêve encore plusieurs fois, non seulement à son mari mais aussi à un homme inconnu qui marcherait sur le toit de la maison et dont elle entend les pas. Tout rentre dans l’ordre au bout d’un mois. Mais, déjà éthylique, la malade continue à boire. Son mari, alcoolique lui atissi, lui mène là vie dure et fait des
scènes continuelles; elle est souvent obligée de se réfugier chez ses voisins avec ses enfants. Elle devient inquiète, anxieuse, et depuis son dernier état confusionnel, elle a toujours conservé une certaine méfiance vis-à-vis de son mari.
Quinze jours avant son admission, elle fait une bouffée délirante avec anxiété et hallucinations, surtout auditives : elle entend marcher sur le toit de sa maison et le soir il lui semble voir un homme s'approcher avec le dessein de la tuer. Prise de panique, elle se réfugie chez ses voisins et refuse de rentrer à la maison.
OBSERVATION Il.
Un peu différente, elle nous montre comment un rêve est devenu, au cours d’un état délirant aigu, d’origine alcoolique, une confusion onirique polyhallucinatoire et comment, une fois l’état confusionnel dissipé, les hallucinations ont persisté quelques temps avec les mêmes caractères.
Il s’agit de Mme Eliette Dub, âgée de 30 ans, qui entre, salle 21, le 31 janvier 1950.
Depuis huit jours, la malade, bien qu’elle continuât à tra- vailler de façon satisfaisante, passe de mauvaises nuits, hantées par des rêves, au cours desquels revient un homme blanc, et le souvenir de sa grand’mère, morte voici quinze ans. Le 30 janvier, elle accomplit sa journée de travail, et se met au lit comme à l’accoutumée. Au cours de la nuit, elle se réveille, en proie à une terreur intense : elle entend sonner des cloches, voit des étincelles, des lumières, des couronnes, des gens qui viennent la tuer. Elle se lève, prise de panique, hurle de terreur. Elle est amenée à l'hôpital dans un état proche du delirium tremens, en confusion onirique agitée. Dans les antécédents, un éthylisme familial et personnel, une hérédité mentale assez chargée. En trois jours, le sulfate de magnésie guérit le delirium; un mois après la guérison de l’état confusionnel, les hallucinations persistent, elle voit l’homme blanc, son mari, qui viennent lui faire du mal, elle a bâti un petit délire de persécution qui s’estompera peu à peu, sur un fond
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d’anxiété qui persiste et qui conduit à employer chez elle (avec succès) la convulsivothérapie. Quatre électro-chocs font disparaître définitivement les phénomènes morbides.
Au cours de certaines psychoses, on a décrit d’une façon quasi expérimentale le passage progressif et insensible des manifestations dépressives aux automatismes de moins en moins contrôlés, aux troubles du sommeil et aux rêves, au mentisme, aux phénomènes d’écho de la pensée puis à ia confusion mentale avec onirisme, et enfin aux hallucinations vraies : l’étude des psychoses de captivité 1940-45 par BACHET en est un exemple. Nous pensons aussi à certaines observations cliniques, en particulier celle de Colette P... (N° 5 dans le chapitre suivant).
Et pour conclure nous ferons appel à la sagesse populaire anglaise :
«< Find out all about dreams and you will have found all about insanity. » ,
tandis que le proverbe toscan nous dit :
«< Dimmi lo che sogni e ti diro chi sei ».
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