‹ Hallucinations et AffectivitéChapitre 43 sur 62 · ECO · texte numérisé non relu

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rêves : ses rêves lui apportent l’image et les encouragements de son mari mort, mais les visions sont d’une toute autre qualité.

L'examen clinique est entièrement négatif : on note seulement un très léger degré d’hirsutisme chez cette femme qui est ménopausée depuis'trois ans.

L'histoire de sa vie nous apporte des éléments intéressants pour comprendre le contenu de son délire : aînée de six enfants, elle perdit sa mère alors qu’elle avait sept ans, sa mère qu'elle n’avait jamais aimée et dont le souvenir revint longtemps la tourmenter en rêve. Elle adorait, par contre, son père, et n’était jamais plus heureuse que lorsqu'elle se blottissait dans ses bras; sa première pensée, quand sa mère fut morte, c’est qu’il y aurait désormais pour elle une place dans le grand lit aux côtés de son père. Aussi, son désespoir futil grand lorsqu'il la repoussa et lorsqu'elle s’aperçut que la fille qui les gardait était sa maïtresse. Il l’épousa peu après et lui donna quinze enfants.

La malade, désormais, n’accorda plus son affection qu'à un seul être, le dernier de cette grande famille, un petit garcon semblable au fils qu’elle aurait voulu avoir, trainant désormais avec elle le sentiment d’être frustrée d'affection, elle qui en demandait tant et aurait offert la sienne en retour, et le sentiment d’être incomprise. Exploitée par sa famille, elle quitta, encore jeune, la maison et s’engagea comme domestique dans la région où elle se maria peu après avec un homme de son choix, sérieux, doux, plus âgé qu’elle, manifestement un substitut du père; si, au point de vue affectif il la rendit parfaitement heureuse, par contre au point de vue sexuel, il la laissa insatisfaite et c’est à ce moment-là que se place l’incident inducteur, la connaissance du prêtre.

Nous avons voulu faire quelques tests de projection : le Rorschach est très curieux; elle ne donne aucune interprétation classique, les planches sont vues à travers le prisme de son délire et servent de point de départ à des visions diaboliques pour le noir et le rouge; divines pour les planches colorées, qui prennent vite du relief et se détachent de l’image.

De ETS

Quant au TAT, il redit symboliquement les conflits de son enfance, sa fixation au père et les frustrations successives qu’elle a subies. Nous ajouterons que toutes les explorations biologiques sont normales. L’électro-encéphalogramme pendant lequel elle eut des hallucinations cénesthésiques pénibles, donne lieu à l’interprétation suivante :

« Tracé d’anxieux, perturbation maxima type II, activités corticale et basale de même type. Modifications pendant la présentation des planches du Rorschach et du TAT. »

Voilà donc une malade bien démonstrative : son affectivité débordante est restée infantile, elle ne connaît pas de demimesure, elle passe de l’amour à la haine. La mort de sa mère et les frustrations affectives l’ont empêchée de liquider son complexe d’'Œdipe : agressivité et ambivalence vis-à-vis de sa

mère, attachement violent à son père qui fait place à la haine jalouse lorsqu'il la trompe avec une autre femme. Puis, le report de son affection sur le garcon que celle-ci lui donne, plus tard, son désir déçu d’avoir un fils. Elle désire et refuse à la fois la domination de l’autre sexe. Toute sa vie, elle traîne sans compensation une insatisfaction sexuelle, et la nouvelle frustration que lui apporte la rencontre du prêtre, réactivant les conflits de l'enfance joue le rôle d’incident inducteur. Elle projette $es désirs érotiques en les déguisant sous forme de persécutions hallucinatoires qui, entretenant le déséquilibre affectif, s’enrichissent elles-mêmes et se transforment peu à peu, s’adjoignant des mécanismes de compensation. On ne peut même pas, chez elle, parler de régression affective; il n’y a jamais eu da maturation affective chez cette femme qui est restée infantile et dont l’efflorescence des instincts se double de l'imagination qui entraîne l’esprit dans le monde déréel des contes de fées et de la fiction. Pour en donner une interprétation freudienne classique, il manque les tendances homosexuelles subconscientes. Nous devons ajouter cependant que les psychanalystes à qui nous avons exposé

Rte

le cas de notre malade ont fait de cette poupée de cire qui la suit partout l'image symbolique de son propre Moi narcissique.

Devant l'échec de l’exorcisme, Mme Clau.…. était venue nous réclamer des électro-chocs et c’est seulement dans cet espoir qu’elle est entrée à l'hôpital. Elle-est tout à fait en confiance: c'est pourquoi nous lui faisons la convulsivothérapie sous nesdonal en profitant de l’endormissement pour lui affirmer la disparition prochaine des persécutions diaboliques. De fait, depuis le début du traitement, le prêtre maudit a moins de pouvoir et les visions célestes plus d’attrait. Cette psychothérapie, assez curieuse, que, vu l’ancienneté de son délire, nous ne pouvions guère envisager sous un autre angle, dut être interrompue brusquement pour des raisons matérielles qui obligèrent Mme Clau.… à rentrer chez elle, il y a maintenant un peu plus d’une année.

Ce roman délirant a un épilogue assez inattendu : au cours d'un paroxysme hallucinatoire particulièrement démonstratif et gènant pour les voisins, elle dût être internée à l’hôpital psychiatrique. Depuis la minute précise où elle en franchit la porte il ne fut plus question d’aucun phénomène morbide; avec la plus grande effronterie elle nia devant nous avoir jamais rien eu; seule une fatigue physique légère l'avait conduite à l'hôpital. Son comportement restant parfaitement normal, on tenta une sortie d'essai. Depuis, nous l’avons rencontrée: très courtoise, elle reste pourtant sur la défensive et nous ne pouvons obtenir aucun aveu. Nous savons par ailleurs qu'elle continue à vivre dans sa maison transformée en reposoir, qu'elle reçoit probablement toujours les apparitions célestes, mais elle n’en parle plus.

Voici, pour terminer, une dernière observation où les mécanismes d’auto-enrichissement ont développé à partir d’une affectivité débordante et d’une riche propension à l'éidétisme, un déséquilibre émotionnel encore plus grand. Exaspéré par des frustrations affectives et des expériences sexuelles malheureuses, il a entraîné des phénomènes oniroïdes de plus en plus fréquents et intenses qui l’ont accru.

Ce sont maintenant des hallucinations de toutes les sphères et des phénomènes d’héautoscopie auxquels il nous est donné d’assister. C’est une preuve éclatante du passage insensible du rêve au délire et de leur identité de nature. L'intérêt de l’histoire de Colette P.. se double du fait qu’elle s’est parfaitement prêtée à l’étude expérimentale de son affectivité.

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