‹ Hallucinations et AffectivitéChapitre 47 sur 62 · CHESTERTON · texte numérisé non relu

CHESTERTON

Il nous semble que seule une théorie affective des hallucinations est capable d’utiliser en un tout cohérent les apports organodynamistes, psychanalytiques, neurobiologiques à ce problème complexe. Nous voudrions essayer de la formuler en quelques propositions étayées par une expérimentation récente.

A. - L’hallucination est un symptôme qui se produit chaque fois

que la vie émotionnelle est troublée intensément et qui

n'appartient pas spécialement à des cadres morbides déterminés.

C’est pourquoi on peut la rencontrer :

1° A L'ÉTAT NORMAL, dans certains cas d’anxiété, ou lorsqu’une baisse de niveau due à la fatigue, matérialise les désirs ou les craintes subconscientes : nous avons vu des exemples de mirage, nous citerons sans nous y attarder certains cas d’hyperendophasie.

20 DANS LES ÉTATS DE RÊVE : nous avons insisté sur la parenté entre le rêve et le délire, sur le symbolisme du rêve et son mode d’élaboration.

3° LES MÉLANCOLIQUES ANXIEUX hallucinent souvent. Et si lon vient à modifier leur état thymique, les hallucinations disparaissent ou changent : le calme apporté par l'audition de Bac apaisait l’anxiété de SCHUMANN et ses hallucinations.

4° LES STUPÉFIANTS ne sont à l’origine d’hallucinations que par les modifications de l’état affectif qu’ils entrainent.

Le haschisch crée d’abord une exaltation de l’humeur, puis, au stade d'ivresse, une acuité de tous les sens, l’oreille est capable de percevoir des sons insaisissables, les yeux voient l'infini, le toucher devient subtil et les hallucinations n’apparaissent que lorsque l’'euphorie atteint se maximum.

La mescaline donne avant tout des modifications de l'humeur, qui peuvent être les seules et n’entraîne pas toujours des phénomènes psycho-sensoriels. Tout dépend, lorsque ceux-ci apparaissent, de la tonalité affective qui les sous-tend. Le peyotl peut ne pas être la « plante qui fait les yeux émerveillés ». L’hyperthymie mescalinique revêt parfois une forme dépressive chez le sujet normal. DELAY l’expérimentant sur des maniaques ou des mélancoliques, aggrava les troubles dans le sens où ils existaient déjà. Guidés par la polarisation affective, les phénomènes psycho-sensoriels symbolisent de fortes charges affectives, ineffables ou terrifiantes, suivant que l’humeur est euphorique ou dépressive.

5° DANS L’ALCOOLISME : Les hallucinations ne se produisent pas au cours de l’état d’ivresse avec euphorie passagere mais pendant les périodes d’éthylisme subaigu, quand s’intensifient les sentiments de faute et d’infériorité, de peur aussi, que provoque l’alcool, et à la tombée de la nuit où l’anxiété est à son maximum. Des hallucinations terrifiantes en sont la conséquence. L’excitation pathologique

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où artificielle n’agit que par l'intermédiaire des états affectifs qu’elle provoque.

6° LES SCHIZOPHRÈNES ne sont pas tous sujets aux hallucinations : ceux dont l’affectivité est émoussée, les héboïdophrènes n’en présentent pas. Par contre, on peut trouver chez certains hébéphrènes des crises dysthymiques avec bouffées anxieuses et leur autisme s’y ajoutant, les prédispose à des phénomènes d’hyperendophasie. On en observe aussi chez les paranoïides qui présentent des états dysthymiques avec agitation, perplexité, irritabilité.

7° DANS LE DÉLIRE DE PERSÉCUTION TYPE LASÈGUE-FALRET, SÉGLAS et JANET supposent un état mélancolique de base. Au début existe une longue période d’inquiétude et d’angoisse qu’augmentent des interprétations multiples. C’est seulement ensuite qu’éclatent les phénomènes d’automatisme mental, puis les hallucinations. L'activité psychique de ces malades reste intacte, ils sont sthéniques.

B. - Pour que l’hallucination survienne, il faut qu’à la faveur de cette dysthymie se produise une baisse de niveau, sous l’influence de diverses causes qui peuvent ellesmêmes être de nature émotionnelle.

L’état hallucinatoire dépend d’une dissolution qui peut être due :

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