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À DES TROUBLES AFFECTIFS

« Ferment d’erreurs » (Ey) l’affectivité a, par elle-même, un pouvoir de dissolution des fonctions du réel, de l’activité rationnelle. L’émotion est un facteur de dissolution extrêmement puissant : la peur, l’anxiété peuvent être la source d’objectivation hallucinatoire.

Les sentiments, les passions plus discrets sont pourtant tout aussi délirogènes.

L’ambivalence des sentiments, amour et haine, désir et remords, joie et peine en fait déjà une condition favorable au développement d’impressions pathologiques d’influence et de persécution, ambivalence dont FREUD a montré toute l'importance. Ces pulsions affectives contradictoires sont à l’origine de croyances, et toute croyance peut être ébauche de délire, parce que toute croyance étant affective contient une charge d’irrationnel qui ne demande qu’à croître. Une fois que la croyance a pris son élan, elle englobe avec elle dans le délire tous les autres faits et le délire leur donne alors une forme hallucinatoire. Le mécanisme est encore plus manifeste et de développement plus facile si la

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croyance résulte d’ün état de dissolution onirique : délire post-onirique, par exemple.

Si le conflit actuel est la réactivation de conflits anciens, contre lesquels le sujet n’a réagi qu’à grand peine, un effet de sommation se produit et l'émotion devient délirogène au maximum. Elle l’est encore davantage si elle agit sur un terrain hypersensitif comme dans la « Sensitive Beziehungswahn », de KRETSCHMER. C’est « l’émotion-choc ».

C. - Quelle que soit cette cause, les hallucinations se produisent au moment de paroxysmes affectifs.

C’est ainsi que les hallucinations des grands mystiques coïncident avec des moments d'inspiration ou d’extase : ALVEZ GARCIA montre comment le contenu des hallucinations de Sainte Thérèse était conditionné par la tonalité de son humeur. Les visions des extatiques sont considérées par beaucoup de psychiatres même religieux et croyants comme des incidents à signification symbolique, qui marquent seulement une évolution dans leur vie. Au terme de la lutte, la vision extatique perd souvent de son intérêt pour l'intéressé à mesure qu’il s'élève vers la religiosité pure; les ravissements et les souffrances mystérieuses prennent vite fin. Elles n'étaient qu’un stade maïs chez le malade, elles restent une pénible défaite qu’il ne peut pas dominer. Son échec est marqué par un enrichissement de ses hallucinations sous lesquelles transparaît, plus ou moins bien camouflé, le symbolisme érotique. Ce genre d’émotion renforce chez le malade sa tendance à la croyance délirante; qu’il soit encouragé à de telles manifestations par un entourage incompréhensif primitif aux croyances naïves, le mystique qui commence à présenter des phénomènes d’écho de la pensée, accumule les erreurs de jugement, et augmente son déséquilibre affectif. Il n’en faut pas plus pour que les pseudo-hallucinations se transforment en hallucinätions vraies. <

D. - Leur richesse et leur qualité sont conditionnées par la richesse et la qualité de l’affectivité de celui qui les éprouve.

L'étude des hallucinations expérimentales montre qu’il y a des types imaginatifs et affectifs différents : certains sont des auditifs, d’autres des visuels, le plus souvent les deux à la fois avec une prédominance de l’une ou de l’autre des tendances. C’est pourquoi la recherche du bonheur dans les toxiques est souvent illusoire : les inquiets ét les mélancoliques y retrouveront souvent leurs préoccupations décuplées, dans des proportions gigantesques. Et, puisque les hallucinations dramatiques laissent plus de souvenirs que les phénomènes décoratifs et agréables, le résultat obtenu. est parfois diamétralement opposé au résultat cherché. Nous avons vu la lamentable histoire de DE Qucey. Comme on délire et qu’on hallucine avec ce que l’on a, on conçoit sans peine la déception d’Ernest MEISSoN- NIER, adepte du « Club des Haschischins » devant ses hallucinations symétriques, désespérantes par leur régularité et la pauvreté de leur inspiration.

« C’était à se croire, dit-il, dans les jardins de Le Nôtre, ‘et je me disais avec désespoir : dans cette ivresse, je n’aurai donc jamais d’imagination, toujours cette régularité, ce rythme !… Le fond de la nature se révèle, même dans l'état d’excitation artificielle. J’ai besoin en toutes choses de l’harmonie, de l'accord parfait ! >» Charles LAMB, par contre, doit à la richesse de son affectivité des hallucinations qui l’enchantent, si bien qu’en 1796, il écrit à CoLe- RIDGE :

« Il n'arrive parfois de repenser aux formes étranges prises par mon délire avec un obscur sentiment de regrets car, tant qu’il dura, j’eus des heures nombreuses de pur bonheur. N’espérez pas, COLERIDGE, avoir connu toutes les grandeurs et les déchainements de l’imagination tant que

vous n’aurez pas été fou ! Tout me paraît maintenant insipide par comparaison ».

Erotique, inquiet, vaniteux, paranoïaque, superstitieux, Benvenuto CELLNI eut des hallucinations de poison, de poignards et de trahisons, qui le terrorisaient; il ne tarda pas à se considérer Comme l’exécuteur des vengeances divines et sa vie aventureuse le mena plusieurs fois en prison.

Il est certain que l’affectivité et l’imagination des artistes, des musiciens et des poètes donne à leur psychose et à leurs hallucinations une originalité et une luxuriance qui nous font regretter de ne pas pouvoir multiplier davantage

les exemples de cet ordre.

E. - Les hallucinations reproduisent Îles préoccupations actuelles des malades ou les conflits anciens réactivés par un conflit actuel, grâce au mécanisme de projection.

Nous voyons intervenir ici cette notion de conflit, d’une importance considérable : quand à la faveur de la baisse de niveau, du fléchissement si l’on veut de la pensée rationnelle le déséquilibre affectif envahit le conscient et extériorise dans les hallucinations ce que le sujet s’était toute sa vie efforcé d’oublier ou de dominer, ceci suppose trois conditions :

— D'abord que le conflit n’a pas pu être liquidé pour “diverses raisons. Le système nerveux peut être fragile et trop faible pour supporter un choc affectif, facteur de perturbations neuro-végétatives. Ou bien, au cours du déve- ‘loppement psychique, a surgi un Sur-Moi « trop rigide pour s’aider ou trop faible pour s'imposer ».

— Mal liquidé, le conflit est refoulé et devient ce que les psychanalystes dénomment « complexe.» c’est-à-dire

« expérience psychique de charge affective variable » (définition de NAcuT). La conscience n’en conserve que l’angoisse en oubliant sa cause mais l'énergie affective que le complexe emprisonne cherche toujours à se décharger.

— Un traumatisme affectif nouveau mais du même ordre que le ou les premiers aura pour effet immédiat de renouveler les conditions initiales, de placer le sujet en face de la même situation traumatisante, d’actualiser le conflit, soit que le choc soit identique, soit que, banal, il mette tout de même en jeu des mécanismes identiques aux précédents. Il agit alors en rompant les défenses de l’organisme, en créant cette baisse de niveau.

Même si la baisse de niveau n’a rien à voir avec un conflit affectif, si elle est due à des causes organiques par exemple, la floraison des symptômes psychiatriques, elle, (phénomènes positifs) représente l’irruption dans la conscience de la personnalité affective profonde du sujet.

Il faut bien dire que tous les sujets soumis à des traumatismes affectifs graves ne font pas une psychose et n’hallucinent pas, heureusement. FREUD lui-même reconnaît la nécessité d’une prédisposition sur la nature de laquelle il ne se prononce pas, mais qu’il croit être neurohormonale.

En définitive, pour les analystes : « L’hallucination vient du fait qu’un complexe affectif se voit refuser par la censure l’accès à la conscience, et quand l’excitation, prenant le chemin du refoulement, réexcite le matériel des complexes mis en réserve dans la mémoire, elle le rend conscient sous forme de perceptions ». DE FÉRENCZI. -

En face d’un conflit et des tendances affectivo-instinctives qu’il suscite et qu’elle réprouve, la conscience peut agir de diverses manières.

— La répression : elle les réduit simplement à l’impuissance.

— Le refoulement : elle les expulse, mais c’est ce que

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