‹ Hallucinations et AffectivitéChapitre 56 sur 62 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Antonio Cast, 38 ans, entre salle 19, le 18 septembre 1951. C’est un réfugié de la guerre d’Espagne.

I1 est marié depuis deux ans avec sa cousine germaine; il n’a pu obtenir d’elle qu’elle renonce à un voyage projeté depuis quelques mois pour rendre visite aux siens en Andalousie. Ii souffre de ne pouvoir l’accompagner, et devient de jour en jour plus triste. Le départ de sa femme était prévu pour la fin de juin. Au début du mois, il commence à entendre des voix masculines ou féminines inconnues qui commentent ses actes et lui donnent des ordres auxquels il obéit en général. Ces voix qui venaient d’abord de la respiration de sa femme sont maintenant intérieures, elles lui parlent depuis son flanc gauche et derrière les oreilles. Peu à peu, toute son attention se concentre sur son réveil. Il est à peu près certain qu’il lui attribuait la valeur symbolique de décider par la marche

inexorable des aiguilles l’heure du départ de sa femme puisqu’en même temps, il se mit à cacher toutes les valises et tout ce qui, de près ou de loin, évoquait un départ. Le tic-tac lui disait qu’elle ne reviendrait jamais et que lui-même serait tué à coups de révolver et irait retrouver son père. Maintenant, le réveil et les voix intérieures le commandent , il obéit sans critique aux ordres les plus curieux, jusqu’au jour où il sort nu dans la rue, brandissant la fameuse pendulette et où la police l’amène à l’hôpital. Le jour de son entrée, il a recu l’ordre de se taire, il ne parlera que par signes rares, il est quasi-stuporeux. Il se barricade dans la lingerie, se recouvre de draps, contemple son réveil qu’il tient élevé à hauteur de sa tête, les yeux fixes, indifférent à tout ce qui l'entoure. Nous arrivons à le ramener au lit en lui dérobant l’objet par surprise, mais Comme il lui commande de ne pas manger et de ne pas boire, le malade nous oppose la plus grande résistance. Une thérapeutique d’urgence s’imposait devant ce syndrome d'influence qui évoquait le délire de relation des sensitifs de KRETSCHMER.

Un premier électro-choc, dès le lendemain de son entrée amène une disparition spectaculaire de tous les phénomènes morbides avec autocritique et le retour d’un comportement: normal. Par mesure de précaution il reçoit trois autres électrochocs et sort complètement guéri trois semaines après.

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