‹ Hallucinations et AffectivitéChapitre 61 sur 62 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Partant de cette notion maintenant bien acquise que le symptôme, en psychiatrie, ne doit pas être séparé de l’ensemble de la personnalité, nous avons envisagé les hallucinations sous cet angle, en mettant d’abord l’accent sur le rôle immense que joue l’affectivité. Dans un premier chapitre, nous avons donc essayé de montrer que l’affectivité colore toute la vie psychique normale et pathologique à la lumière des théories psychologiques et psychanalytiques propres à éclairer ultérieurement le mécanisme des hallucinations, et en nous appuyant sur les données de l'expérience. Le psychisme nous apparaît pouvoir être représenté par des sphères à contours mobiles, situées à des niveaux différents, dont les limites s’interpénètrent sans cesse ou s’écartent dans un mouvement continuel : sphère de la causalité, sphère de la pensée affective, sphère des instincts, une qualité d’affectivité, différente pour chacune, leur est attribuée. Ce n’est qu’une image, mais elle nous semble rendre compte de la complexité de la vie psychique et de l’irruption des phénomènes morbides.

Il était, ensuite, indispensable de classer les multiples théories émises successivement sur les hallucinations, en essayant une étude critique de leurs bases et de leur valeur propre, avant de regrouper les éléments valables de chacune d’elles sous le vocable, sans doute bien audacieux, de « théorie affective des hallucinations », simple essai de synthèse, et simple suggestion. Le grand nombre de théories proposées peut, en somme, se ramener à trois groupes : les

thèses mécanistes, qui n’ont plus beaucoup d’adeptes, les thèses noétiques, auxquelles la conception neurobiologique fournit un appui solide, enfin les théories organodynamistes, dernières en date, appuyées sur un substratum expérimental : l’étude des sommeils normaux et pathologiques.

Nous avons voulu ensuite montrer que le passage était insensible de la pensée normale à la pensée morbide, qu’il y avait simplement des différences de degrés, que si le rêve est « l’hallucination de l’homme normal », l’hallucination est aussi « le rêve du délirant ». Tous ces phénomènes se situent sur le plan de la pensée affective qui est non seulement celle du rêve et du délire, mais aussi celle de l’enfant, de l’artiste et du primitif. Quelques rappels artistiques, des emprunts à la littérature médicale et des observations cliniques terminent cet exposé. |

Le déséquilibre d’une affectivité riche est source de délire pour peu que des facteurs déclenchants actuels viennent accroître le malaise; l’hallucination projette à l’extérieur, objective par différents mécanismes les éléments du monde délirant. Elle est, elle-même, source de malaise et ce nouveau trouble enfoncera de plus en plus le malade dans son univers morbide où les hallucinations se multiplient : ce processus nous a semblé assez important pour en faire un chapitre à part que nous avons illustré à l’aide d’observations cliniques et intitulé : Le mécanisme d’auto-enrichissement des hallucinations.

Une théorie affective pouvait dès lors être formulée de la façon suivante :

1. L’hallucination est un symptôme qui peut se produire chaque fois que la vie émotionnelle est troublée et qui n'appartient pas spécialement à des cadres morbides déterminés.

Pour qu’elle survienne, il faut qu'à la faveur de cette dysthymie se produise une baisse de niveau sous l’influence de diverses causes qui pAuvEN’t elles-mêmes, être de nature émotionnelle.

Quelle que soit cette cause, les hallucinations surviennent à l’occasion de paroxysmes affectifs.

Leur richesse et leur qualité dépendent de la richesse et de la qualité de l’affectivité de celui qui les éprouve.

Elles reproduisent les préoccupations actuelles des malades ou les conflits anciens, réactivés par un conflit actuel, grâce au mécanisme d’objectivation.

L’hallucination a un rôle : elle réalise l’auto-défense du sujet contre le déséquilibre de son affectivité et donne une « forme » à son anxiété vague.

La croyance délirante, fait purement affectif, Red une place essentielle.

Les hallucinations s’entretiennent d’elles-mêmes grâce à . un processus d’auto-enrichissement.

L'existence d’hallucinations ne laisse jamais le sujet indifférent.

Leurs relations intimes avec l’affectivité s’appuient sur

des preuves expérimentales ou sur des preuves psycho-

logiques ayant valeur d’expérience qui sont les suivantes :

les expériences d’excitation du cortex cérébral,

l'influence sur l’affectivité et les phénomènes hallucinatoires des modifications de la circulation cérébrale,

les intoxications expérimentales,

la description des deux types psychologiques : l'intellectuel et l’affectif en relation avec la fréquence des délires chroniques,

l’histoire d’un fait de croyance ayant arrêté des hallucinations,

— Jes résultats de la psycho-chirurgie.

— l’action sur les hallucinations des thérapeutiques de choc. 6

— enfin l’étude du réflexe psychogalvanique faite dans le service avec observations cliniques et tracés à l’appui.

Notre sixième et dernier chapitre utilise les données précédentes pour proposer, à la suite des travaux des Professeurs DELMAS-MARSALET, EY, LHERMITTE, en particulier, une classification des hallucinations : il nous semble essentiel de distinguer d’une part celles qui sont liées au langage intérieur et à l’hyperendophasie représentant un « trouble de l'intégrité du Moi » (type : les hallucinations auditives verbales) et d’autre part celles qui sont en relation avec l’onirisme représentant un « trouble dans les relations du Moi avec le monde extérieur » (type : les hallucinations visuelles).

Toutes deux montrent un passage progressif avec des états intermédiaires depuis le normal jusqu’au pathologique. Elles sont toutes inséparables de la personnalité profonde du sujet, sous-tendues et colorées par l’affectivité, et peuvent s'associer ou se succéder chez le même malade.

Page 1