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POUR NOUS ARRÊTER A QUELQUES-UNES DES THÉORIES PSYCHOLOGIQUES

ABÉLY, ASSAILLY et LAINÉ proposent une thèse plus éclec-

tique, sur laquelle nous reviendrons d’ailleurs : nous verrons qu’elle peut en partie s’appliquer aussi bien au sujet

normal qu’au malade mental, c’est une preuve de sa valeur.

Il faut, selon eux, distinguer dans l’affectivité :

__ J’humeur instinctive, domaine des émotions : peur, colère, angoisse, douleur ou joie, haine ou sympathie.

— la pensée affective formée des sentiments intellectualisés, inséparables du jugement et de l'intelligence, sentiments acquis par l’expérience, tels l’altruisme, la pitié, le sens éthique et esthétique, le sens social, ou moral.

L'homme normal est caractérisé par l’utilisation harmonieuse de ces différentes fonctions. Sur le plan évolutif, l'humeur instinctive a précédé la pensée affective et c’est grâce au diencéphale que s’effectue leurs interférences.

«< Le diencéphale, carrefour de jonction et d’entente entre les organicistes et les psychogénétistes ».

JANET insistait déjà sur le fait que les sentiments n'étaient pas des faits psychiques aussi nettement déterminés que le voulaient les théories psychologiques classiques. II montrait qu'ils ne dépendent pas seulement des circonstances extérieures mais surtout des dispositions intérieures et des facultés d'adaptation de l’organisme, ils sont essentiellement variables et mouvants. Leur équilibre, caractéristique de l’homme normal, résulte du fonctionnement corxect des tendances régulatrices, « des rapports entre la force et la tension psychologique » et de l’acquis antérieur. Le rôle des sentiments diminuerait avec « l’asservissement de la force et l’élévation de l'esprit ».

Il met l’accent sur les émotions, qu’il étudie à la lumière de P « émotion-choc », puissance désorganisatrice qui fait régresser le psychisme à des niveaux inférieurs. L’émotivité constitutionnelle supposerait donc une certaine diminution des fonctions régulatrices de l’action et une régression à

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leur forme primitive. Elle constitue une aptitude à la psychose qui sera plus facilement déclenchée à la faveur de l’émotion-choc.

BoreL continue dans la même voie. Le sentiment consiste pour lui en la combinaison d’une représentation avec l’émotivité, « nœud indissoluble », dont DE CLÉRAMBAULT a fait le noyau de la passion. Celle-ci n’est qu’une amplification du sentiment, une formation idéo-affective dans laquelle lexaltation porte sur les deux éléments qu’on ne sépare qu’en abstraction, d’une part, la représentation, qui devient l’idée prévalente, et d’autre part l'émotion, qui devient l’hyperémotivité. Le sentiment qui donnera naissance à la passion et au délire existe donc déjà dans l'esprit du sujet : s’il est parfois une préoccupation habituelle qui remplit toute la conscience, il peut être aussi plus ou moins atténué, et même latent, tout à fait à l’arrière-plan de la personnalité.

Il ne se formule alors nettement qu’au moment où le processus morbide se développe. Le sentiment banal de préjudice, la jalousie, par exemple, peuvent présenter tous les degrés, allant depuis la simple émotion normale passagère et peu intense jusqu’à la certitude totale et jusqu’à l’idée délirante. Nous reviendrons sur le caractère arbitraire de la séparation faite par la psychologie classique entre lintellectuel et laffectif. BorEL le souligne en montrant combien l’idée prévalente, qui deviendra sentiment, puis passion, est empreinte d’émotivité, source de la certitude; c’est à ce compte seulement qu’elle pourra devenir préoccupation obsédante, source du délire, déclenchement à son tour d’ « émotions-chocs », qui viendront renforcer le sentiment. N’avons-nous pas là en germe la notion de « cercle vicieux pathologique » que nous verrons intervenir dans le

PRES FOUR \ mécanisme des hallucinations ? Reliés entre eux d’une facon indissoluble, les termes affectivité, délire, hallucinations tournent en une ronde infernale, suivant une véritable « loi d’auto-enrichissement ».

Minkowski sépare l’émotivité de l’affectivité et pense devoir distinguer encore « l’affectivité-contact, sentiment, conflit ».

ACHILLE-DELMAS et BoLL refusent eux aussi de séparer la personnalité en ses constituants et montrent combien est fructueuse et indispensable l'attitude qui consiste à expliquer les manifestations d’un individu à partir de sa personnalité entière. D'une extrême complexité, la vie affectiveactive lui donne son orientation, en combinant dans des proportions variables cinq dispositions qui existent à des degrés divers en chacun de nous : les trois premières essentiellement affectives : avidité, bonté, sociabilité; les deux autres affectives-actives : activité, émotivité. Elles représentent l’élaboration des fonctions fondamentales de la vie instinctive. La vie dans son dynamisme est caractérisée par une unité profonde où cependant « l’émotivité et l’activité fonctionnent en général comme des adjuvants et où, inversement, les dispositions affectives paraissent fondamentales, de telle sorte que l’homme se caractérise par une véritable prédominance de l’affectivité ». À côté de la personnalité innée, les auteurs définissent une « personnalité acquise », « portion du comportement passé, qui s’est trouvée fixée par la mémoire ». Là encore la systématisation des souvenirs et l’origine des croyances comportent une part d’affectivité qui bien que variable est toujours immense, et qui atteint son apogée à propos des goûts et des inclinaüons, sentiments latents qui ne demandent qu’à renaître.

Se rapprochant des conceptions de Borel, ils définissent les passions comme des degrés très marqués des goûts et inclinations, qui, particulièrement intenses, sont gênées

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dans leur satisfaction. L’humeur y joue un rôle essentiel. Les états passionnels côtoient le pathologique et créent chez les sujets à dispositions affectives marquées des paroxysmes parfois durables. A leur maximum chez les êtres dotés d’une constitution paranoïaque et hyperémotive, ils aboutissent à des états délirants cette fois en une transition insensible, du normal au pathologique.

En résumant leur étude de la personnalité, DELMAS et BoLL définissent ainsi laffectivité : « l’ensemble des dispositions innées : avidité, bonté, sociabilité et des deux modes d'états acquis constitués par les goûts et les inclinations ».

Ils ébauchent ainsi la distinction que nous voudrions souligner entre « pensée affective » et « humeur instinctive », (ABÉLY) entre « affectivité consciente » et « pulsions inconscientes >» (FREUD).

Bien avant eux, RiBoT bien qu’il séparât arbitrairement les faits de conscience en entités abstraites distinctes les unes des autres, montrait quel poids avait la vie affective en comparaison de l'intelligence; conservant toujours son indépendance et ses lois même quand le jugement et le raisonnement essayaient de prendre le pas sur elle. Il avait été jusqu’à décrire une « mémoire affective » ayant son autonomie propre.

Plus près de nous, le BÉHAVIORISME et l’ACTIVISME parlent en termes de conduite. L’aspect subjectif des émotions et des sentiments ne les empêchent pas de n’être au fond que des « cycles de comportement, des moments significatifs de l’action », des « régulations de l’action », disait JANET. L’inconscient devient non pas un « système de forces en soi », mais l’activité de l'individu telle qu’elle est le plus généralement ignorée. Ce sont donc toujours des comportements ou des conduites, segments du comportement d'ensemble de Pindividu.

Nous ne voudrions pas nous égarer dans des aperçus

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