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LE NATIONALISME CANADIEN, ECOLE NEUTRE, ACONFESSIONNELLE

En bonne compagnie. — Contradictions de "Patriote" à ce sujet.

Q. — Fort bien; votre profession de foi, en matière de libéralisme, me semble impeccable; mais peut-on en dire autant du nationalisme canadien? Ne fait-il pas abstraction de tout catholicisme dans la vie publique? Ne fait-il pas profession de neutralité?

E. — Encore une autre accusation, extraite du "Patriote" de la Presse. Celle-ci est, à sa face même, trop absurde pour être méchante et nuisible, même auprès des gens moins avertis. Examinons-la néanmoins, non pas tant pour la réfuter que pour montrer sous son vrai jour l'esprit qui anime le dénonciateur.

Il y a, dit-il, trois écoles politiques au Canada : l'école conservatrice, l'école libérale et l'école nationaliste. La première, ajoute-t-il, "nous paraît la plus sûre et la plus clairvoyante, celle qui a davantage le respect de la tradition et de l'autorité'', si l'on excepte la faction orangiste. La seconde est moins protestante et plus

tolérante que l'école conservatrice. "Malheureusement^ cet esprit de tolérance s'allie, naturellement, à la libre pensée et même au radicalisme, et c'est de ce côté que l'école libérale est pour nous menaçante. De fait, le radicalisme, au Canada, est presque en entier logé à l'enseigne libérale et s'y trouve comme chez lui."

Q. — C'est intéressant, cela. Et l'école nationaliste, elle?

R. — Patience, vous ne perdez rien pour attendre. L'école nationaliste a de nombreuses qualités il est vrai, mais elles sont toutes neutralisées, annihilées par un vice originel et essentiel: l'école nationaliste — tenezvous bien, c'est renversant — est une école . . . "NEUTRE" !

Et "Patriote" apporte ses preuves. "Voici, à ce sujet, dit-il, deux déclarations très formelles et presque officielles :

"Dans la brochure anglaise de M. Olivar Asselin, publiée en décembre 1909, "A Québec view of Canadian national ism", qui fut comme le manifeste de l'école, à l'usage des Canadiens de langue anglaise, on lit (p. 34) cette déclaration bien explicite: "The nationalist policy in religions and racial matters does not admit of the superiority of any particular creed or race. It is human. It is just."

"^l. Bourassa, ajoute "Patriote", a fait une déclaration analogue dans le Devoir du 30 janvier 1911, article Le nationalisme et le clergé:

"La doctrine nationaliste s'adresse aux Canadiens do

toutes races et de toutes croyances religieuses, aux citoyens de toutes catégories, prêtres ou laïques. Elle ue touche à aucun dogme, à aucune matière de discipline religieuse ou ecclésiastique. Le seul point par où elle se rapproche du domaine religieux, c'est celui de l'enseignement: nous réclamons, comme citoyens et comme pères de famille, au nom de la Constitution canadienne, le maintien du régime confessionnel, pour tous les groupes du peuple canadien et le respect des droits de toutes les minorités, — des protestants de Québec comme des catholiques des provinces anglaises."

Q. — Mais qu'y a-t-il de répréhensible en tout cela?

E. — Attendez. ''Patriote'' va vous le montrer:

"Il nous faut bien, dit-il, constater que, d'après les expressions bien claires de cet énoncé, il n'y a rien de confessionnel dans cette déclaration de MM. Asselin et Bourassa, rien qui soit plus catholique que protestant. . . En conviant les catholiques et les protestants, les chrétiens et les juifs, le clergé et les laïques, à donner leur assentiment à la doctrine nationaliste, MM. Asselin et Bourassa ne les ont pas conviés, pour les tromper, sur un terrain catholique d'apparence neutre; ils les ont conviés sur un terrain réellement neutre, réellement aconfessionnel, au point de vue religieux."

Puis il parle ensuite de l'imprudente et folle équipée des prêtres et de la jeunesse qui adhèrent à pareille école "NEUTRE! ACONFESSIONNELLE !" Brrr!

Q. — Mais, dites donc, est-ce le propre de l'école nationaliste d'être AIKSI — à l'exclusion des deux

autres — "neutre et aconfessionnelle'' ? Ne parlons pas de l'école libérale, car "Patriote" Fa déjà classée, en en faisant l'enseigne et la serre-chaude du radicalisme. Mais l'école conservatrice, "la plus sûre, la plus clairvoyante, celle qui a le respect de la tradition et de l'autorité'', à l'enseigne de laquelle loge l'intégriste, estelle confessionnelle? Fait-elle, sur ce point, une autre profession de foi que celle dé MM. Asselin et Bourassa ?

E. — Evidemment, comme tout le monde, vous saisissez immédiatement tout le ridicule du grief malicieusement énoncé contre l'école nationaliste exclusivement. Comme tout le monde vous comprenez que MM. Asselin et Bourassa ont simplement affirmé qu'en un paya comme le nôtre ils fondaient un parti étranger à toute prédominance de race ou de religion. Vous figurezvous MM. Doherty, Patenaude, Blond in et Sévigny proclamant dans leurs manifestes ou leurs journaux, sur les hustings ou à la tribune du parlement, que l'école conservatrice est une école confessionnelle, qu'ils n'admettent pas, au pays, l'égalité de traitement des races et des croyances; que la politique conservatrice — the conservative policy îs not only liuman, and just, hut, ahove ail, it is Roman catholic!

Pour mieux faire ressortir la dite sottise, vous figurezvous encore Son Erainence le cardinal Bégin et tout notre épiseopat, voulant faire triompher l'un des article? du programme nationaliste, même celui qui touche le plus à la religion — les droits de l'école catholique et

française au Canada; vous les figurez-vous écrivant dans un mandement: ''Nous n'admettons pas, au Canada, l'égalité des croyances et des races, etc., etc."

Et si des suppositions je passe aux faits, est-ce que Sa Grandeur Mgr Bruchési, dans un mouvement vraiment pathétique — lors d'une assemblée au Monument National en faveur des Canadiens-français de l'Ontario — n'a pas équivalemment dit, lui aussi, comme M. Bourassa dans l'article incriminé : "Je m'adresse aux Canadiens de toutes races et de toutes croyances religieuses, aux citoyens de toutes catégories," à toutes les âmes sincères qui désirent voir régner la justice et la concorde en ce pays"?

Faisait-il par là profession de neutralité au sens odieux du mot dont on veut charger le nationalisme ?

Et s'il en est ainsi dans une question semi-religieuse, comment M. Bourassa n'aurait-il pas le droit d'user du même langage sur le reste de son programme qui, comme il le dit, "'ne touche à aucun dogme, à aucune matière de discipline religieuse ou ecclésiastique'' ? pour la bonne raison qu'il a trait à des matières d'ordre civil et temporel.

Est-ce à dire pour cela que M. Bourassa et ses amis dépouillent leur caractère de catholiques? Le fait de faire appel, en notre pays mixte, aux bonnes volontés de toutes races et de toutes croyances pour l'exécution d'un excellent programme de réforme dans la vie publique, implique-t-il la nécessité de ne plus agir en catholique? Mgr Bruchési n'agissait-il plus en catho-

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lique en lançant son éloquent appel à nos frères séparés ? Dépouillait-il, en la circonstance et dans une questiou en partie religieuse, sou caractère d'évêque?

Q. — Il n'y a donc pas dans le programme nationaliste, selon que le prétend l'Ecole, aucune manifestation de libéralisme doctrinaire plus accusée et plus dangereuse que dans le programme des libéraux ou des consen'ateurs ?

E. — Il n "y a qu'une manifestation de gros bon sens, d'un côté^ et de vilain parti pris, de l'autre, chez le critique résolu à tout trouver mal. Sur la possibilité et l'opportunité d'arborer au Canada un programme politique purement catholique, nous avons le témoignage du '"Patriote" lui-même:

"Il y a quelques quarante ans, dit-il, on a examiné, dans le monde catholique canadien-français, l'opportunité d'adopter un programme de politique catholique, auquel auraient été invités à se rallier tous les catholiqus canadiens. Le projet ne fut pas mis à exécution. On redouta les réactions qu'il eût pu provoquer. On reconnut cependant, même parmi ceux qui s'opposèrent à sa réalisation, que le projet avait du bon, de l'excellent même, comme idéal, comme thèse. Mais on ne le crut pas prudemment réalisable, à cause des rivalités, non seulement de religions, mais aussi de races, qui troublent la population de tout le Canada." {Où allons-nous? page 36.)

C'est ce programme qui ne serait pas "prudemment réalisable'' que le 'Tatriote" reproche aux nationalistes

de n'avoir pas adopté; c'est de cela même qu'il leur fait un crime; et c'est à cause de ce crime qu'il le? dénonce à la vindicte publique comme des doctrinaires dangereux, sinon de mauvais catholiques.

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