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Vun des événements les plus tragiques de l'histoire secoue aciueUemcnt l'humanité. La majeure partie des peuples civilisés se livrent la guerre la plus sanglante et la plus désastreuse que l'on ait connue.
Advienne la victoire ou la défaite, le Canada luimcme aura été ébranlé jusque dans ses assises. Car il a pris une attitude qui rompt avec son passé et qui, de l'aveu même du chef de son gouvernement ainsi que des principaux hommes d'Etat de l'Angleterre, implique des modifications essentielles dans ses relations avec la métropole.
Nous participons activement, mïliiairement et officiellement à la guerre de l'Europe. C'est un fait gros de conséquences. Nos hommes politiques le discutent. Plusieurs, au nomhre desquels le groupe nationaliste, en contestent l'opportunité et la légitimité constitutionnelle. Il va de soi que, étant données nos institutions parlementaires, ils restent par là dans leur rôle et dans leur droit.
Je n'ai ni qualité ni la compétence voulue pour me mêler directement m débat; et mes goûts mi^si bien
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que mes devoirs professionnels m'induiseni et, je l'espère, me porteront t&ujours à rester étranger au-x disputes politiques.
C'est à un autre titre et pour une autre cause que j'interviens. La voici. Pour justifier le fait de notre participation militaire, l'on y a indûment joint une question de hauts prinoipes. Au nom du droit naturel, au nom même de la f&i, certains journalistes qui, quoi qu'on en ait dit, ne pouvaient engager que leur responsabilité personnelle et n'avaient d'autre autorité que celle qui résultait de leurs arguments, ont prétendu qu'il y avait pour nous devoir strict et rigoureuse obligation morale de le poser. Au nom du droit naturel et indépendamment de toute constitution, l'on a proclamé que lorsque T Angleterre est en guerre, le Canudu doit participer activement au conflit.
Si cette théorie allait prévaloir, disent les partisans du statu quo traditionnel, le Canada se trouverait dans um position vraiment peu enviable. Car la foi et les princi.pes de droit naturel sont immuables, euj:; ils ne passent pas comme les simples faits contingents. Il s'en suivrait donc, disent-ils, que nous sommes, comme colonie, — de par la volonté de Dieu, auteur de la loi naturelle et de la Bévélation — inéluctablement voués à l'impérialisme. Et ils ont raison de protester contre une pareille théorie.
Le droit nMurel est une chose sacrée. C'est la loi éternelle écrite dans le coeur humain; c'est la volonté diviîie manifestée à l'homm,e par sa droite raison et
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positivement confirmée ensuite par Jésus-Christ luimême.
Le droit naturel est clair, quant à ses grands principes; il l'est beaucoup moins quant aux autres, qu'il faut laborieusement déduire des premiers. Et vu que l'intelligence, le maniement et Tapplication de ceux-ci ne sont pas familiers à tout le monde, qui ne voit l'abus que l'on en peut faire, consciemment ou non, auprès des gens moins renseignés.
M'est avis que l'on en a considérablement abusé dans la grande question dm jour.
Quoi que l'on pense de l'impérialisme, qu'on en soit partisan ou adversaire, il ne faut pas, pour le défendre ou Vattaquer, sacrifier les droits de la vérité, en chambardant les notions de la philosophie et en faisant indûment intervenir les arguments théologiques dans des matières d'ordre profane et temporel.
Il importe donc d'examiner si la théorie préconisée au Canada par la Nouvelle Ecole et si les conclusions qu'elle en tire sont bien fondées en principes et en logique.
Et de même qu'il est urgent de faire pièce aux arguments sophistiques — funestes au point de vue philosophique et religieux — dont on a échafaudé une thèse insolite, ainsi nous semble-t-il également nécessaire de mettre au point les graves accusations doctrinales que l'on a portées, d'un coeur léger, contre des catholiques bien méritants, adversaires de cette thèse inouïe.
C'est une besogne qui, dans noire province, s'impo-
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sait depuis déjà assez longtemps. Je Vavais même entreprise il y a un an à la suite d'une conversation avec quelques laïcs et prêtres distingués qui tous en reconnaissaient l'urgence. Mais constatant plus tard que les tenants de l'Ecole cessaient — ouvertement du moins — leur campagne politico-doctrinale, par amour de la paix et de la charité, par condescendance aussi pour un journal où presque exclusivement jusque-là l'Ecole avait élu domicile, j'ai cru préférable de ne pas poursuivre mon travail.
Aujourd'hui les choses sont bien changées. L'Ecole est sortie de ce journal pour aller guerroyer à l'étranger, jusque dans les colonnes de la Presse. Il en résulte pour ses opposants une plus grande liberté d'action. Elle a même recouru à une brochure pour y condenser sa thèse et ressasser, en les aggravant encore, ses injustes dénonciations. Bien plus, elle a eu l'audace de pénétre? jusque dans la maison d'un trop loyal adversaire pour l'insulter bien en face, en présence de tous les siens. Et celui-ci — c'était à mon avis trop de magnanimité — l'a permis!
Eh bien, en présence de tels faits, je me suis dit: trêve à toute hésitation. Le temps est venu pour la charité envers quelques individus de faire place à la vérité et à la justice, ou mieux, de céder le pas à une charité plus im.périeuse et plus universelle: à la charité que je dois — si je puis l'exercer — à tous ceux qui ont été trompés ou injustement lésés.
J'étais à ces réflexions, quand je reçois une commu-
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nication de M. Jcan-Baptislc Prince, médecin de Montréal. Aijant entendu parler de V étude que j'avais projetée et puis ensuite abandonnée, sur les théories et les procédés de la nouvelle Ecole politico-théologique, il me demande instamment de vouloir bien la reprendre en la complétant et la publier. Il va jusqu'à m'offrir de la prendre à sa charge et de l'éditer lui-même.
Je ne pouvais trouver d'éditeur d'un caractère plus digne et plus conforme à celui du volume en perspective. Confiné dans sa profession, le docteur Prince est étranger à la politique et ne se fait des loisirs que pour les consacrer aux oeuvres sociales, charitables et religieuses. Comme bien des honnêtes gens, son coeur a bondi à la lecture du pamphlet de "Patriote" : Où allonsnous? et de la lettre ouverte qui a suivi. Dévoué à V Eglise, à son curé et aux oeuvres paroissiales, il a été tout abasourdi d'entendre proclamer en face du pays que, nationaliste — et parce que natio7ialiste — il était un mauvais catholique, un catholique neutre, aconfessionnel, professant sans le savoir toutes sortes d'hérésies et de doctrines dangereuses, révolutionnaires même.
Se croyant incapable de démêler tout cela par luimême, pour tranquilliser sa conscience il a eu recours à autrui; et il veut actuellement faire bénéficier ses concitoyens des Imnicres qu'il a reçues,
M. Bourassa, en vue de la charité et de la paix, semble préférer qu'on fasse le silence. Je ne suis pas tout à fait de son avis. Si la société ne se composait que de gens parfaitement instruits, je l'adopterais. Et encore!
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Car la calomnie- habilement maniée exercé ses ravages m,ême auprès de ceux-là. A combien plus forte raison auprès des gens peu avertis. Au reste, il n'y a pas en jeu que la rép^itaiion des hommes. L'on a calomnié également la vérité et les principes les plus sacrés, en les faussant. Il faut les réhabiliter, eux aussi; sans quoi nous aurions à subir des conséquences graves dans notre province. Si l'exploitation de la Religion et de Vawbtorité ecclésiastique continuaient à se faire, si les méthodes de polémique de la nouvelle Ecole allaient persister et surtout se propager, nous assisterions bientôt à un mouvement prononcé d'anticléricalisme. Les écrits de l'Ecole depuis quelques années lui ont donné le branle. C'est ce qu'appréhendent nombre de laïques aussi fervents que clairvoyants et bien au fait de la situation, et c'est aussi ce que, par ces modestes pages, je voudrais prévenir. Elles n'ont pas d'autre but. En les parcourant trop superficiellement, on pourra peut-être croire à mes prédilections pour le nationalisme et à mon horreur pour T impérialisme, OMSsi bien que pour le parti politique de l'Ecole. Cette impression viendra plutôt du caractère de l'oeuvre qu^ j'entreprends — une réfutation — que de mes sentiments réellement exprimés pour telle ou telle doctrine et tel ou tel parti politique. Naturellement, en m'entendent réfuter les sophismes pernicieux que l'on a accumulés pour l'impérialisme et contre le nationalisme canadien, on sera induit à croire que j'ai des préférences. Je prie le lecteur de considérer que je ne m'attaque quaux faux principes et aux
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louches procédés emplayés pour exalter l'un et anathémaiiser l'autre. Quant aux préférences, je puis en avoir; mais j'en fais abstraction. Chacun pourra facilement constater par lui-même si c'est à la raison que je m'adresse ou au sentiment.
J'essaie seulement, selon mes faibles moyens, de me faire Vhumhle défenseur de la justice et de la vérité. Amicus Plato, sed magis arnica veritas.
Pour être le plus bref et en même temps le plus clair possible; pour tirer des nuages une question et des doctrines que Von a systématiquement embrouillées, et me mettre à la portée du grand nombre, je procéderai à la manière socratique, par questions et réponses.
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