‹ Halte-là! Patriote [microforme]Chapitre 20 sur 34 · LE DROIT DE REVOLTE · texte numérisé non relu

LE DROIT DE REVOLTE

M. Bourassa et l'insurrection irlandaise, d’après

l'Ecole, — Infamie de l'Ecole, d’après les textes et la vérité.

Q-—A propos du principe des nationalités ! mais M. Bourassa n’a-t-il Pas prêché directement la révolte ? N'a-t-il pas légitimé la récente insurrection des Irlandais? C’est ce que m’a dit un excellent Frère des Ecoles Chr'tiennes, et ce que j'entends répéter depuis l'apparition du pamphlet doctrinaire de “Patriote” ?

R.—Cela montre que la calomnie va son chemin et poursuit son oeuvre, voilà tout.

Si vous voulez savoir à quoi vous en tenir sur Popinion de M. Bourassa à l'endroit de l'insurrection irlandaise et de sa répression, lisez dans le Devoir du 10 mai 1916 un grand article de trois colonnes, où il traite uniquement — ex Professo — ce sujet. Cela vous éclairera sur le sens qu’il faut attribuer à une expression moins précise, équivoque si on la prend seule, que, dans une lettre à M. Hodent sur un tout autre sujet, et publiée en tribune libre du journal, M. Bourassa

employa incidemment, comme exemple cité et par n

nière de parenthèse, ‘

‘ Donc, dans le Devoir du 10 mai, l’auteur, après av rappelé le long martyre de l’Irlande, écrivait :

“Pour bien comprendre l'Irlande et les Irlanda leurs sentiments à l'endroit de l’Angleterre, et au leurs factions intestines, il suffit de nous remémor notre propre histoire.

“Si. l'on fait exception de la sphère des pouvoi impériaux, où les Irlandais jouissent du droit de repri sentation qhe nous n'avons pas, l’Irlande en est a jourd’hui à peu près au point où Je Canada était e 1841, immédiatement après le vote de l’Acte d’Unior avant l'établissement en fait du gouvernement respon sable,

“Redmond et le parti nationaliste, c’est Lafontain et le parti modéré, acceptant la mesure partielle d liberté qui nous était Promise, afin d’en tirer des avan tages plus marqués, Le parti du Sinn Fein, c’est Papi. neau (après 1845) et le &Toupe radical réclamant l’af.

franchissement complet.

“Qui saurait douter que si le Canada eût été situé à la porte de l'Angleterre et séparé des Etats-Unis, par mille lieues d’océan, jamais Lafontaine n’eût arraché aux gouverneurs anglais la pratique loyale de l’autonomie canadienne? Cessons donc de nous étonner du peu de foi d’un grand nombre d’Irlandais dans les Promesses de liberté du Home Rule” .

Après avoir ainsi plaidé — à l'instar des évêques

et par ma-

après avoir it:

y Irlandais, e, et aussi remémorer

S pouvoirs t de repréen est aua était en e d'Union.

nt respon-

Lafontaine rtielle de des avan- ’est Papimant l’af-

té situé à Unis, par t arraché le l’autoonner du dans les

évêques

fait actuelleme

atténuantes en faveur des use répression de l’Angle-

mner et l’une et les autres, extrême improbabilité qu succès, juger sévèrement les malheureux é leurs compatriotes. Mais de là ement britannique de multiplier es, il y a loin.”

xagération qu’il Y a dans qui crient à tue-tête que la lutte se nt entre la civilisation et

Pironie qui s’en dégage, si l’on considère le rôle que depuis des siècles la Russie et Angleterre ont joué dans le monde; puis il ajoute:

“Nous savons trop à quoi nous en tenir, nous, sur la pensée inspiratrice de la politique impériale anglaise, sur ses tendances et ses procédés, pour ne pas nous rebiffer contre toutes les phrases à efet sur la civilisation, sur la liberté des peuples et le respect des traités, lorsque ces phrases nous sont débitées par des bouches anglaises, Comment l’Empire Britannique s’est-il édifié? Par la conquête et la spoliation, par le mépris des traités, du droit des gens et de la liberté des peuples.

“Au moment même où l'Angleterre combat pour la liberté des Belges et des Serbes, elle continue à faire peser sur l'Irlande sa domination tyrannique et noie dans le sang un soulèvement tout aussi légitime que la résistance des Alsaciens, des Polonais ou des Danois à la domination prussienne.”

“Patriote”, commentant ailleurs cette phrase, écrit: “Que pensent-ils (les partisans de M. Bourassa) de cette théorie du droit de révolte ?”

Q-—Eh bien, oui, qu’en pensez-vous ?

R.—Tout d'abord, je nie qu’il y ait ici un énoncé de théorie, Il n’y a, d’après le contexte, que la simple constatation d’un fait, à savoir “que le soulèvement irlandais (illégitime en soi, M. Bourassa l’a démontré ailleurs) est out aussi légitime (dans sa cause) que la

| que joué

ur la laise, nous ités, ches t-il pris

des

r la aire noie e la is à

rit :

de

de ple ent tré > la

résistance des Alsacien, des Polonais ou des Danois à la domination Prussienne” (1).

ciens et les Polonais de la marâtre qu’a été pour eux la Prusse honnie, : :

” Libre à “Patriote” de contredire cette assertion du chef nationaliste ; Mais en Conscience, il n’a Pas le droit de clamer aux quatre vents — quand il sait que ce n’est Pas vrei — que M. Bourassa prêche ici le droit à la révolte.

Et quand bien même, aveuglé Par la passion, il n’aurait pas vu le sens équitable qui, d’après le contexte, se dégage de Pexpression ; quand bien même il y eût sincèrement trouvé une justification de la révolte, en conscience, “Patriote” n’avait pas davantage le droit de

(1) Si la dite ‘expression : “le soulèvement irlandais est tout aussi légitime que la résistance des Alsaciens, etc.” eût échappé au “Patriots” et qu'on la lui eût ensuite reprochée, comme ii eût vite recouru au distinguo, où notoirement il excelle, Il aurait répondu : “Ce soulèvement est tout aussi légitime dans sa causé, je le concède: dans $0n mode, je le nie: mais je n'ai jamais non plus voulu

déclaration solennelle et motivée qu'avait faite auteur, un mois auparavant, sur l’illégitimité de l’insurrection irlandaise.

Cette déclaration, faite dans un grand article assez retentissant, “Patriote” ne pouvait l’ignorer, lui qui a fouillé tous les écrits de M. Bourassa, qui épie chaque jour la moindre de ses paroles, afin d’y trouver à re-. prendre.

Ce fut pour lui un jour de triomphe, quand il dénicha, dans la tribune libre du Devoir, cette simple ligne dont il espérait tirer un si magnifique parti. Un autre catholique qui aurait cru y voir ce qu’elle ne renferme pas — la justification de la révolte — s'en serait affligé. Mais lui, au contraire, exulte. Quelle bonne trouvaille !

Voilà pourquoi, grâce à la calomnie, votre excellent Frère des Ecoles considérera désormais M. Bourassa comme un catholique suspect et fort dangereux. Quand il ira dans une librairie, il recommandera à tous les clients, qui sont à portée de l’entendre, d’acheter comme un préservatif et un trésor la brochure de “Patriote” (1). Le brave Frère, avec la meilleure intention du monde, mettra ses élèves et ses confrères en garde contre le révolutionnaire; et quand il le verra venir, il traversera la rue pour se garder lui-même de tout péril.

(1) Authentique, Mais el brave Frère est plus excusable que certain abbé bien connu, qui se pique de philosophie et de théologie, et qui néanmoins s’est fait, dans un petit séminaire, le propagandiste de Où allons-nous?

Page 1