‹ Halte-là! Patriote [microforme]Chapitre 24 sur 34 · EE = A · texte numérisé non relu

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aux affaires temporelles, comme les phares de j’océan président à la cuurse des vaisseaux. Or, le phare pour le vaisseau, n’est ni le moteur inconscient qri le pousse en avant, ni l’intelligent et libre capitaine qui Jui fait prendre positivement telle ou telle direction, laissée à son choix dans la vaste étendue des mers; mais simplement une lumière qui lui signale lécueil, un héraut qui lui crie: ne vous aventurez pas de tel côté, vous y trouveriez la mort.

Ainsi, l'Eglise catholique n’imprime pas de direction positive à la gestion des affaires purement temporelles. Elle laisse aux gouvernements le soin de conduire librement vers leur fin temporelle les sociétés auxquelles ils sont préposés; mais comme le phare, elle signale l’écueil où pourrait donner l'Etat, par exemple dans le cas où l’une de ses mesures temporelles viendrait en conflit avec les droits spirituels de l'Eglise.

Laissez-moi vous citer à ce propos un remarquable passage du traité d’Apologétique du Père Devivier, s.j., que commente, paraît-il, dans ses cours le P. Loiseau, de Montréal, et dont on a fait récemment de si grands éloges :

“Le Christ n’a pas supprimé César. S'il a investi l'Eglise d'une mission supérieure et spirituelle, il a laissé à la société civile la : rission temporelle qu’elle tient de la nature. L’Et demeure donc libre de prendre telles mesures qu’il lui plaît en fait de douanes, d'impôts, de budgets, d’armées, de travaux publics, etc. Aussi longtemps qu’il ne blesse pas les lois de Dieu et

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les droits de l'Eglise, et que les intérêts spirituels et la fin suprême de l'homme ne sont pas en jeu, l’Eglise n’a rien À voir à ces détails Purement humains, qui concernent uniquement le bonheur temporel des peuples. L'ordre civil, dit Léon XIII, en parlant des Princes, est entièrement soumis à leur puissance et à leur sonveraine autorité” (Cours d'Apologétique par W. Devivier, p. 365).

Dans son admirable encyclique sur la Constitution chrétienne des Etats, Léon XIII dit encore: “Dieu a Partagé le gouvernement du genre humain entre deux puissances: la puissance ecclésiastique et la puissance civile; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son genre est souveraine, chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité de sa’ nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite dans laquelle chacune exerce son action jure proprio. (Cf. ibid., p. 361).

Ainsi donc, s’il est faux d'affirmer que la Foi et l'Eglise président directement et positivement à la gestion des affaires purement temporelles, il est conséquemment faux, abusif et dangereux d’employer des arguments d'autorité religieuse en de pareilles questions. Par suite, prétendre, au nom de la Foi et de l'Eglise, qui enjoignent d’obéir au Souverain, que nous sommes tenus de participer en hommes et en argent aux guerres de l’Angleterre — même lorsqu'il n’y a pas eu de commandement! — se réclamer de l’autorité épisco-

pale pour défendre la constitutionnalité du mode de notre contribution actuelle; diriger contre le nationalisme canadien la condamnation portée contre le principe des nationalités; confondre Putilitarisme et Pégoïsme national avec le souci des intérêts bien entendus du Canada que professe un certain groupe de nos hommes publics; parler sans cesse et à tout propos de religion et “des enseignements de notre Sainte Mère l'Eglise” dans des questions livrées à la libre discussion des hommes; écrire, par exemple, immédiatement après avoir défiguré et anathématisé le nationalisme canadien : “Comme l’Eglise, en nous inspirant de son esprit qui suffit à toutes nos aspi-ations et à toutes nos revendications, de ses enscignements qui renferment tous nos devoirs, nous tenons pour assuré...” (Voir l'Action catholique, 9 mars 1915), c’est là, je le répète, faire oeuvre non de catholique intégriste, mais de maniaque ou d’imposteur.

Outre l’inexorable ennui et l’agacement des nerfs que produit chez tous cette sempiternelle ritournelle religieuse, outre la mystification qu’elle engendre chez les simples, aux dépens souvent de la justice, il en résulte un grave détriment pour la vérité et surtout pour la foi et l'Eglise, qu’elle rend suspectes et odieuses, en leur donnant une physionomie d'outrancières, d’accapareuses de pouvoir et de touche-à-tout. C’est miner à l'avance le prestige dont l'autorité religieuse aura besoin, quand il s’agira d’intervenir dans des questions mixtes, où l'intérêt des âmes est en jeu.

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Combien les prescriptions de Léon XIII viennent ;:: à propos! “S'il s’agit, dit-il, de questions purement politiques, du meilleur genre de gouvernement, de tel ou tel système d’administration civile, des divergences honnêtes sont permises. La justice ne souffre donc pas que l'on fasse un crime à des hommes, dont la piété est d’ailleurs connue et Pesprit tout disposé à accepter docilement les décisions du S. Siège, de ce qu’ils sont là-dessus d’un avis différent. Encore moins est-il permis de suspecter leur foi ou de les accuser de la trahir (c'est nous qui soulignons). Que ce soit là une loi inviolable pour les écrivains et surtout pour les jourlistes. (Encyclique Immortale Dei).

Mgr L.-A. Paquet, dans son volume (Droit Public de l'Eglise, t. III P. 52), d’où j'ai extrait la citation précédente, ajoute: “Ailleurs Léon XIII (Encyclique Pergrata nobis) demandé aux catholiques deux choses: lune de ne jamais professer, de n’entreprendre quoi que ce soit qui répugne à la Foi chrétienne ou aux droits de l'Eglise; l’autre, de distinguer avec soin les affaires sacrées des affaires civiles et de ne pas faire servir le nom de la religion à patronner les partis politiques” : encore moins, ajouterons-nous, à faire des brochures électorales pour les ministres fédéraux. (1)

(1) Je ne saurais trop recommander la lecture des pages que le grand théologien canadien consacre, en cet endroit, à la presse religieuse. L'auteur semble les avoir écrites en ayant sous les veux le navrant spectacle des abus qui nous affligent depuis trop longtemps. Lisez plutôt : “Fautil. pour plaider avec succès la cause de Dieu et pour dé-

Voilà pourquoi votre homme avait parfaitement raison de reprocher à l’Ecole de “fourrer partout la religion”,

Q-—C'est bien aussi mon avis.

R.—Ne vous méprenez pas cependant sur le sens de mes paroles et de ma pensée. Comme. je l'ai déjà fait remarquer, je prétends bien que l’homme public, ainsi que l’homme privé, ne doit jamais dépouiller son caractère de catholique; il doit toujours agir en catholique et garder constamment sa conscience de catholique; ce qui néanmoins n'inclut Pas pour lui le devoir, ni même la possibilité, dé s’appuyer, pour juger des questions temporelles, sur des arguments tirés de la Foi et de Pautorité religieuse, puisque celle-ci ne s’ingère pas dans un tel domaine, Pour garder sa conscience de catholique, il lui suffit, dans la direction et les moyens que son sens politique lui fait adopter, de ne poser aucun acte qui ne soit conforme à la Foi et à la Morale catholiques.

Il en est de l’homme public, en matière temporelle, comme du philosophe en matière de logique, de droit naturel ou de psychologie. Celui-ci, pour démontrer a

fendre avec énergie les droits de l'Eglise, s’évertuer à noircir tous ceux que lon croit en faute et faire habiéclabousseur? Nous ne

'Eglise, mais de les y retenir, et c’est en éclairant vivement les esprits, non en irritant inutilement les coeurs, qu’elle remplit ce rôle salutaire.”

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ses thèses, va-t-il positivement recourir à la Révélation et à l’enseignement de l'Eglise? Evidemment non. Autrement, il ne ferait plus de la Philosophie, mais de la théologie, Il doit cependant se garder de ne rien énoncer qui y soit opposé; et si la tentation lui en venait, il aurait à ge rappeler qu’une vérité n'en peut contredire une autre, et, conséquemment, à exariiner Par quel endroit pèchent ses raisonnements, On Jui conseille également de bien se pénétrer des vérités de la Foi, qui illuminent l'intelligence, même pour les simples vérités de raison.

De même, si un homme public, dans les questions temporelles et politiques recourait — surtout dans notre Pays mixte — à la Révélation et à l'autorité de l'Eglise, on lui dirait: “Sommes-nous donc dans une théocratie ?”? N’empêche qu’il doit s'en inspirer pour ne pas errer. De Plus, en s’en pénétrant bien, il acquerra plus de lumière ét plus d'envergure même Pour la gestion des simples affaires humaines.

Q.—Pour le Coup on ne vous taxera pas de libéralisme, :

R—Qui sait? Il faut s'attendre à tout. Nous sommes en temps de guerre, voyez-vous.

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