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Mais on m’objectera encore : “Patriote passe pour un prêtre, et votre volume va mettre le clergé en mauvaise posture.”
Pardon, les Pages que nous livrons à l'appréciation des lecteurs consciencieux, loin de nuire au clergé
Prometttant fardeau que l’un — où quelques uns — de ses membres fait actuellement peser sur tous. Depuis Papparition des articles et de la brochure de “Patriote”, surtout depuis la notoriété universelle que Pintégriste a voulu donner à son incommensurable. lettre ouverte, qu’il aurait dû Plutôt, pour son honneur, ten. scellé jusque dans son tombeau, il faudrait être sourd pour ne Pas entendre, contre le clergé qu'on associe au pamphlétaire, les récriminations amères et les propos irrévérencieux qui éclatent de toutes parts, qui filtrent même des milieux et des familles les plus attachées à l'Eglise.
Le peuple — et certaines gens instrnits aussi — est
206 Halte-là! Patriote C
simpliste. Il généralise et confond trop facilement toutes choses, Il attribue, sans raison suffisante, au corps entier la faute d’un seul ou de quelques membres, Eh bien, il importe alors aux gens qui savent mieux, de dégager la responsabilité du corps auguste qu’ils respectent et vénèrent. Ils rendront service au clergé en montrant que celui qui 8 ainsi manqué à ses devoirs de charité et de justice n’est pas un prêtre comme les autres, mais un politicien de bas étage. C’est ainsi que Louis Veuillot agit avec certains abbés de son temps.
Quelques-uns parmi les nôtres, lorsqu'ils ont trempé dans une vilaine affaire et failli à leur devoir public, se retranchent parfois dans leur qualité de Canadiensfrançais et posent en victimes patriotiques. C’est odieux et peu recommandable pour la race ; et nous, protestons, Eh bien, nous ne devons pas permettre non plus qu’un prêtre se targue impunément de sa soutane pour mieux insulter et calomnier son prochain, jusque dans la maison de celui-ci. Nous devons surtout empêcher, autant qu’il est en notre pouvoir, qu’il ne s’affuble d’un vêtement encore plus noble, en se couvrant indûment da manteau des évêques, pour accréditer ses thèses abracadabrantes et ses accusations de flibustier politique.
Oui, il importe à tout prix de détruire dans l’esprit du peuple cette solidarité qui n’existe pas et ne saurait exister entre l’auteur de l’inconcevable lettre et le reste du clergé.
Sans doute les prêtres ont tous le même caractère sacré, mais ils diffèrent var ailleurs. Or, ce n’est pas
son caractère surnaturel qui lui a dicté sa lettre; ce n’est pas même la partie supérieure de l’âme purement
humaine, 11 n’a certes pas obéi aux meilleurs instincts
Après avoir, dans leur esprit, bien séparé le pamphlétaire du corps vénérable dont il fait Partie, nos’lecteurs voudront bien faire une autre distinction, Je le leur demande en justice et en charité. Qu'ils daignent aussi ne pas confondre en l’abbé lui-même le prêtre et
l’homme, non plus que Je citoyen privé et le publiciste politique.
Ce n'est pas au
Voilà pourquoi, nous devons encore respect au prêtre, qui garde toujours son caractère, quoi qu’ait dit ou fait l’homme et le politicien.
Au reste, pe crois “Patriote” bon prêtre, au sens formel du mot. Seulement, tout comme ces pauvres malheureux imbus de la doctrine libérale qu’il pourfend en théorie, il semble lui aussi avoir dressé une cloison étanche dans la conception de ses deux vies d’homme privé et d’homme publie, + C’est à peu près la même
remarque que faisait Mgr L.-A, Paquet, que nous avons déjà cité (1), avec cette différence que le prélat, lui,
ne mme {1} Voir P 58.
constate surtout la variation de conscience avec le changement des partis au pouvoir.
Eh bien, oui, — Sa vous étonne peut-être? — l’intégriste abbé est un franc libéral, un homme à cloison. Ce qu'il ne voudrait probablement pas se permettre dans la vie privée, devient tout à fait licite pour lui dans la vie publique. Dénaturer et les doctrines vraies et les doctrines erronées — suivant les besoins de la cause et de l'attaque — fausser la pensée d’autrui, injurier, calomnier devient pour lui permis, dès qu'il s’agit d’adversaires politiques et que cela doit être utile au parti. Le licite et l’illicite pour lui semblent se mesurer à l’utilité du parti; en sorte qu’on peut conclure en toute vérité que, libéral, il verse aussi dans le nire utilitarisme et le pire égoïsme que l'Eglise ait condamnés et flétris. Et s’il en accuse les autres, c’est pour donner le change et peut-être aussi Pour mieux se dissimuler à lui-même le mal qui le ronge. -
Il s’insurge contre ceux qui mettent sa bonne foi en doute. Personnellement il me répugne souverainement de suspecter la sincérité d’un adversaire; et je ne me le permettrai pas même à l'égard de “Cognat-Patriote”, Soit dit cependant sans vouloir condamner ceux qui, vaincus par les apparences, ne se croient pas tenus à la même réserve.
J’en connais un — non des moindres — qui longtemps a tâché de se persuader que, après tout, l'infa-
tigable dénonciateur pourrait être sincère. “Je me suis
le Devoir, ete., j'ai dû forcém
ments constants à la plus él
qui ne lisenc que sa prose s’en
Mais ceux qui voient les deux
vite comment l’abbé élude ou arrange les faits, dénature pensée adverse avec une
Pour ne pas dire en eng Cela tient non à la contradiction quil oppose à ses adversaires, mais aux procédés déloyaux auxquels il recourt sans cesse dans le débat. Ceux qui en sont victimes, naturellement s’indignent. De là, des autres Camps, ces emportements et ces traits acérés qui, au-dessus du rédacteur, atteigr 1t l'oeuvre même du journal qu’il compromet et les personnages qai la patronnent dans l’ensemble.”
D’aucuns, après la simple lecture de ce volume, où NOUS avons mis quelque peu à jour ces méthodes louches et ces procédés décencertants, seront peut-être enclins
à penser comme cet honnêt homme er‘in désabusé. Telle ne’st pas mon opinion.
Au risque de passer pour v«if. je veux sincèrement croire à la sincérité subjective de “Patriote”. La passion, l'entraînement du partisan avant tout, l’emprise qu’exerce sur lui l'illusion libérale et utilitariste dans la manière de concevoir et de pratiquer la vie publique, illusion bien propre à illusionner sur la légitimité des moyens de parvenir à ses fins; et enfin la conviction obsédante que le salut réside dans le triomphe du parti laimé et l’écrasertent des libéraux et des nationalistes ; tout cela, dis-je, peut à la rigueur exonérer “Patriote” au point de vue bonne foi et sincérité subjective. Je n’oserais même affirmer qu’en dénaturant tout pour mieux accuser il n’a cru faire oeuvre méritoire. Et s’il était dans cette persuasion invincible, il faut bien théologiquement conclure que, de fait, cette oeuvre lui sera comptée au ciel, — et assurément aussi sur la terre, dans le royaume des puissants du jour. (C’est même déjà fait, puisqu'on l’imprime et lui fournit de la publicité gratuitement.
Vous me direz que ma manière de voir est plus du table que rassurante et que, s'il s’agit d’être attaqué, assommé et dévalisé, vous préférez avoir affaire à un agresseur croyant mal faire qu’à un autre croyant par là faire oeuvre pie; car le premier agira alors avec répugnance, tandis que le second y mettra une ardeur de néophyte? Vous avez raison. Mon explication, due vous trouvez trop charitable, comporte en effet des con-
séquences plus graves pour la sécurité de la réputation des honnêtes gens. C’est une des nombreuses épreuves qu’il nous faut subir dans la société, quittes à opposer aux malfaiteurs de bonne foi encore plus qu’aux autres une défense intelligente et appropriée,
Néanmoins je tiens à ma charitable interprétation et je veux qu’il soit bien compris que partout, dans ce volume, où j'ai employé des épithètes apparemment dures, elles qualifiaient lobjectivité des actes et non leur moralité subjective. Quand j'ai parlé de conscience, il s'agissait de conscience droite et non de conscience erronée. Quand j'ai fait ressortir les motifs et les mobiles des attitudes diverses, quand j'ai scruté les intentions, il s’agissait des intentions considérées, non au point de vue moral mais psychologique, lesquelles ressortent manifestement des actes posés, Psychologiquement l'intention de “Patriote” et de Pépistolier est de sauver son parti avant tout et de détruire coûte que coûte, par tous les moyens, M. Bourassa et 8 nationalistes. Cette intention ressort en toute évidence: elle crève les yeux. Moralement, intention du “Patriote” a pu être excellente. Il se peut qu’il soit persuadé qu’en agissant comne il a fait, il travaille à la plus grande gloire de Dieu.
Un dernier mot. Bien qu’ils soient publics, je regrette d’avoir eu à faire ressortir les manquements et les humiliantes petitesses d’un homme revêtu d’un tel
caractère. Mais on reconnaîtra qu’il n’en pouvait être autrement. Le libéral intégriste s’obstinait et s’enhardissait dans ses injustes dénonciations: il fallait bien, quoiqu’il en coûtât, en venir à cette pénible solution. Le lecteur l’aura compris.
Je terminerai par un souhait: c’est que, rentrant en lui-même, il considère sérieusement si sa bonne foi n’est pas objectivement mal fondée. Ces pages qu'il ne manquera pas de lire aideront considérablement cet examen.
Quant à réfléchir, la chose lui sera, je crois, d'autant plus facile qu’il va probablement sentir un certain vide se faire autour de lui, quand beaucoup de gens, sincères et le suivant de confiance, auront enfin découvert
jusqu'où il les a indignement trompés.
Alors, désabusé lui-même, il songera peut-être à la réparation qui s'impose en justice. :
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