INVASION DE
Ce n*est plus d'un siège dont il va être ici question , mais d'une capitulation très-honorable. Lors de l'invasion de 4815 , le général de Thyeïman se présenta, le 26 juin, à la tête du troisième corps de l'armée prussienne, devant le fort de Ham. La garnison du château se composait de douze artilleurs, neuf gardes nationaux et quatre-vingt-sept vétérans, en tout cent huit hommes y compris les officiers. Le matériel de défense était insuffisant et l'entrée des fossés praticable sur plusieurs points. Cependant le commandant du château de Ham, Balson, essaya , avec d'aussi faibles ressources , d'obtenir une capitulation honorable , et il réussit non-seulement à conserver à la France cette place de guerre avec son matériel , mais encore il arrêta pendant quarante-huit heures la marche du troisième corps de l'armée prussienne. Au lieu de répondre au canon de l'ennemi et de laisser voir sa faiblesse, il garda une réserve prudente et eut soin de montrer ses hommes sur toutes les parties des remparts , de soi^te que l'ennemi put croire qu'il avait une nombreuse garnison. Avec cette petite ruse et beaucoup de sang-froid , il obtint la capitulation suivante :
Propositions adressées le 26 juin, par le commandant d'armes du château de Ham, au baron de Thyeïman, lieutenant-général commandant en chef le troisième corps de l'armée prussienne.
1® Un nombre égal de troupe prussienne à celui de la garnison française sera admis au château , pour y tenir garnison , de concert avec ladite troupe française. — accordé.
(1) Mém. du Tic. de Turenne, éd. Michaud, 3« série, t. m, p. 4ISff.
SIÉGBS DE HABI 193
â^ Le château sera gardé par les troupes des deux nations , prussienne et française, et eonservé pour le gouvernement futur de la France. — accordé.
3° La partie des troupes françaises qui devra quitter le château faute de logement, pour faire place à la troupe prussienne, logera en ville et sera traitée à l'amiable par les troupes prussiennes, comme celle qui resterait au château. — ac^cordé.
4° La troupe prussienne n'entrera au château que dans la journée de demain 28 , pour donner le temps de lui préparer un logement. Â cet effet, le commandant de la troupe se concertera avec le commandant de la place. — accordé.
5® Tout le matériel de Tartillerie qui se trouve en ce moment au château ne pourra être déplacé ou enlevé que d'après les ordres du gouvernement futur de France; il en sera de mênàe à l'égard des archives de la place et des papiers et documents du génie. — Sera décidé par le feld-maréchal prince Blucher, commandant en chef de l'armée prussienne.
6^ Tous les bagages , meubles et effets des officiers, soldats et employés militaires de ce châtea u resteront i ntacts . — accordé .
7° La secrétaire archiviste de la place et les divers employés de l'artillerie et du génie conserveront leurs emplois. — accordé.
8^ L'officier français commandant la troupe française, comme roffici«r prussien commandant la sienne, seront tous deux sous les ordres du commandant du châteaii. — accordé.
Fait au château de Ham , le 27 juin 4815, à cinq heures et demie du matin.
Signé: Baron dbTHYELMAN, Signé : BALSON,
Lieutenant général, commandant en chef Chef de bataillon, comle 3* corps de l'armée prussienne. mandant d'armes et
commandant sup^ do la place et du château de Ham.
TOURNOI À HAM EN 1278. — PASSAGE DE PERSONNAGES IMPORTANTS. — INCENDIES, PESTES, FAMINES.
TOURNOI A OAM EN 1278.
Un trouvère du xiii® siècle, Sarazin , nous a transmis dans un roman en vers (1) la relation d*un brillant tournoi qui eut lieu à Ham vers la fin dû xiii° siècle. La date de ce pas d*ar* mes doit se trouver entre 4270 et 4296 , puisqu'il est question (p. 246) daroi Philippe, fils de saint Louis , qui monta sur le trône en 4 270, et que ce même roi prohiba les tournois en 4 296, Les sires Aubers de Longueval (2j et de Bazentin (3) furent chargés de le faire crier dans toutes les provinces de France et de rélranger.
« Prenés hiraus des mix saçans ,
« Et faites jà crier as chans ,
% A Warennes et à Noyon ,
« Si haut que par tout Toïe-on. » (p. 229.)
Nous ne suivrons pas le trouvère dans la description qu*il fait de ce tournoi , auquel assista la reine d'Angleterre , Geneviève, femme du roi Arthur, avec une suite de 700 personnes,
(1) Publié par Francisque Michel dans le tome ix de la Société de THistoire de France.
(2) Àiibers on Aubiers de Long^ueyal, cheTalier, était fils de Gnîllaume de Long^ueval, châtelain de Péronne, seigneur de Longueval et de Framenrille. Il avait figuré au tournoi de Compiégne en 1238, avec les chevaliers de l'Artois ; il se croisa une première fois en 1245 avec le roi saint Louis et un grand nombre de chevaliers, et une seconde fois en 1270 avec les chevaliers de Fhdtel du roi.
(3) Régnant de Montauban, sieur de Bazentin, Averdoing, etc., avait épousé Jeanne de Longueval, fille de Guillaume de Longueval, il était donc «le beau-frère de Aubers de Longueval.
TOURNOI A HÀH 495
tant damoiselles que chevaliers. Cette princesse présida les fêles qui durèrent trois jours et dans lesquelles joutèrent plusieurs chevaliers delà Table ronde et une grande partie de la noblesse de France et d'Angleterre. Voici les noms de queiquesr^uns des seigneurs de la Picardie et de TArtois qui y figurèrent :
Wallerand de Luxembourg (p. 343) ; Jehan de Faucoucourt (p. 345); Beaudoin d*Arras (p. 273); le comte de Clermont (p.289) ; Vitasse, deSissy (p. S93) ; le sire deChauhies (p. 307); Mahieu de Vallaincourt (p. 324) ; Mahiea de Roye (p. 335) ; Gilles, d'Oisy (p. 339) } de Pereeval (p. 230) ; Jehan de Douay (p. 366) ; Jehan de Hargicourt (p. 374), etc.
Ce tournoi a-t-il eo lieu dans la ville de Ham-surSomme, ou dans le village du Hem-Monaeu , près Cléry f
Ceux qui prétendent qu'il a eu lieu au Hem-Monacu s'appuient :
4® Sur ce qu'on a écrit plusieurs fois dans le poème Hemsur-Somme;
2® Sur ce que le sire de Longueval, chargé particulièrement d^annoncer le tournoi , avec le sire de Bazentin, son beau-frère, possédait la terre du Hem-Monacu.
Ceux qui pensent au contraire que le tournoi a eu lieu dans la ville de Ham répondent :
4^ Que l'orthographe du mot Ham ne peut pas être une raison déterminante, puisque le poète a écrit aussi souvent Ham que Hem et que les deux localités sont situées sut la Somme.
2^ Que le sieur Aubers de Longueval possédait en effet la terre du Hem-Monacu à l'époque du tournoi. L'acte de vente de la cbatellenie de Péronne faite au roi saint Louis par Guillaume de Longueval, en décembre 4266 (4 ), mentionne la réserve faite par ce seigneur de la tenure du Hem, mais la désignation de cette propriété, donnée dans la charte, ne comprend qu'une Motte, des eaux, des terres, des vignes, des bois, etc., évalués
(1) Btbl. d'Arras , Le Pez , Généahgie, tome xvii , preuves de la iosaisoB de Longueval.— Arc Imp., j. 229, n" 17.
à la modique somme de 40 livres parisis (1 ) de rente. Or, le poème parle dans plusieurs endroits du bel castel de Ham (p. 230), ce qui doit s'appliquer au château de Ham, puisqu'on n'eût pas manqué de faire figurer dans la vente celui du Hem- Monacu , s'il y en avait eu un. Le Hem, petit village du canton de Combles, qui ne comprend aujourd'hui que 366 habitants , malgré l'annexe de Monacu , n'était alors qu-une métairie, une motte , avec quelques habitations , qui ne pouvait pas présenter de ressources sufisantes pour un tournoi ; tandis que la reine d'Angleterre , ses 700 chevaliers et damoiselles , les nombreux seigneurs français et leurs suivants ont pu être au contraire parfaitement logés dans la ville de Ham, et reçus dans le château alors dans toute sa splendeur féodale (2).
Nous ferons encore remarquer, comme nous l'avons dit au chapitre XI , p. 423, que plusieurs membres de la famille de Longueval ont choisi leur sépulture dans l'église de Ham.
Voici le sceau de Pierron de Longueval, un des membres les plus célèbres de cette famille ; il porto pour armes : Bandé de vair et de gueules à six pièces et chargé en chef d'un lambel. On lit autour : + S.
Pierron de LoNGVEWiLL(3).
gCEAU IIE LOSiGliEVAL
(1)«...VillamdeIlen, aquam^motain, terrain, terrag^ia, boscum, th » neam et alia quae castellanns Peronensis ienebat in territorio diclao » \ille de lien, quae omnia appreciata fuerunt ad yalorem xl librarum » annui reditus, elc.o
(2' Voir le dénombrement de cette chatcllenie importante, au XIII» siècle , dans le chapitre xxiv.
(3) Pierre, seigneur de Longueval, Landas, Ilem,Frize, Warlain, etc., capitaine de cinquante hommes d'armes , vivait en 1480.
PASSAGE DB PBRSOIfnAGBS IMPORTANTS 497 PASSAGB A BAH DB PERSONNAGES IMPORTANTS.
1257. — Le roi saint Louis étant à Ham, accorde des privilèges à l'abbaye de Vaucelles (i).
1278. — Guy, comte de Flandre, couche au château de Ham (2).
Charles V à Ham en septembre 4 368, accorde des privilèges au monastère de Vaucelles. (3):
L'empereur d'Allemagne Charles IV passa dans la ville de Ham , avec les seigneurs de sa suite , en visitant la France (4) au mois de décembre 1377.
Le duc de Nevers passe la nuit au château de Ham, le xxix* jour de janvier 1413 ; c'est là que la ville de Noyon lui envoya Simon le Barbier, pour lui montrer les lettres du roi Charles VI et lui signifier qu'il ne serait pas reçu dans ses murs (5).
Le duô Guillaume traverse Ham en 1 41 6 en menant son beaufils le Dauphin à^ Compiègne, où il trépassa le jour de Pâques. (Monstrelet, édit. in-f», vol. 1*% p. 241, v<».
Plusieurs seigneurs du conseil dti duc de Bourgogne qui se trouvaient à Ham avec monseigneur de Richeraont, écrivaient le 11 septembre 1434 au gouverneur de Noyon, pour qu'on leur permît d'y acheter du vin. C'est à cette époque qu'eurent lieu à Ham des pourparlers entre les comtes d'Etampes et de Livry (6) .
C'est le château de Ham qui fut d'abord désigné pour l'entrevue des plénipotentiaires et ministres du roi Louis XI et du duc de Bourgogne , chargés de déterminer les limites de la Flandre et de l'Artois. Le congrès, qui eut lieu en effet à Ham du 21 au 29 septembre septembre 1 468, n'ayant pas abouti , un nouveau rendez-vous fut fixé àPéronnepourle 1 4 octobre 1 468(7). Ce fut
(1) Ordonnaoces des rois de France, t. y, p. 141 (en marge).
(2) Àrch. de la Flandre orientale.
(3) Oidonnances des rois de Francei t. t, p. 142.
(4) L'abbé de Cag^y, HUt. de Varr. de Péronne, p. 377.
(5) Reg. du conseil municipal de Noyon, f" 75, r^
(6) Reg. du conseil de Noyon, f» 63, r»
(7) Ordonn. des rois de France, t. Ivii, p. 133, lettre du roi Lonis XI.
498 CHAPITRE IVIU
dans cette entrevue que le roi Louis XI s'y rencorftra avec Charles le Téméraire.
Louis XI est venu à Ham le 9 mai 4 468 (4] , en mars i 170 et en mai 4474 (2). Il y signa une trêve d'une année avec le duc de Bourgogne.
Charles YIII était à Ham en 4 489 (3].
Marie de Luxembourg reçoit, en 4504 , dans son château de Ham, Philippe, archiduc d'Autriche, et l'archiduchesse à laquelle elle tint compagnie. Pendant les deux jours que cet illustre couple passa chez elle, elle le traita magnifiquement. (4).
Peu de temps après la conclusion de la ligue de Cambrai , c'est~à-<lire 4508-9, Hercurin de Gattinare avec Hugues de Helun, Aimé deViry et Jean Caulier, furent députés en qualité d'ambassadeurs de l'Empereur et de Marguerite d'Autriche, auprès du roi Louis XII. Cette ambassade, conduite par Louis d'Hangest, seigneur de Monmort, conseiller et chambellaB du roi , séjourna à Ham le \^'^ février 4 54 4 (5).
Le roi François V vint a Saint-Quentin en 452^7, où il rencontra Vendôme , seigneiff de Ham. Ils quittèrent tous imx SaintrQuenlin et vinrent coucher au château de Ham. De là le roi aUa à Lafère, à Cbauiiy et à Notre-Dame de Liesse.
Ghartes-Quint se rendant d'Espagne en Flandre pour chiner les Gantois, traverse Ham en 4539 avec une suite de plus de 500 chevaux.
Le duc de Guise, qm se trouve à Ham te^ août i536, eor voie de cette place un secours d'hommes et de munirons à la ville die Péronne assiégée (6). •
Cofiigny vient inspeeter le fort de Ham et les fortifications de la ville en 4550. — Le môme général y passe le 2 août 4557,
(1) Epreuve, prem. partie, GooBpîégiie.
(2) Ordon. des rois de France, fonw xvii, p. 404, 420, 422 et 426.
(3) Ordonn. des rois de France, t. xx, p. 195.
(4) jéug. vir. ilL par Emmeré, p^ 340.
(5) Négoe. diplôme entre laFcance ci F Autcicbe, tome il, p. 38. . (6) Basai sur la vilte de Péronne, par M. Martel, p. 81.