PESTES, FAMINES
Si l'on considère la position de la ville de Ham au milieu d'une plaine marécageuse , baignée (sillonnée) par une rivière vaseuse et souvent débordante;, si l'on veut se reporter aux anciens usages de nos pères, vivant dans des demeures étroites et sombres, entassées les unes près des autres et construites de telle sorte que le faîte des maisons formait en s'inclinant au-dessus des rues tortueuses et rétrécies, des arceaux impénétrables aux rayons du soleil. Si l'on pèse toutes ces considérations et cent autres qui tiennent au costume, à la nourriture, aux mœurs, au manque de salubrité, de civilisation et de savoir vivre, on ne s'é^ tonnera pas que la peste ait si souvent fait de cruelles invasions dans cette ville.
Une autre cause de ces pestes si fréquentes au moyen-âge, a été la malpropreté des rues donc les premières ne furent pavées , dans les villes de province, qu'au xvi® siècle. Aucun alignement n'existait. On se servait de hautes échasses pour franchir les tas de boues , et c'est tout au plus si un homme à cheval pouvait passer facilement dans toutes les rues.
On doit penser que les épidémies darent toujours être considérables sur une population peu avancée dans l'art médical , négligeant les précautions d'hygiène les plus simples et pour ainsi dire n'employant pour toute mesure sanitaire que les processions, les neuvaines, les pèlerinages, les expositions de corps saints et d'autres pratiques pieuses, qui sans doute apportaient des consolations aux mourants et donnaient du courage aux survivants ; mais qui n'empêchaient pas les victimes de mourir en telle abondance que les chiffres des morts transmis par les historiens du temps sont souvent effrayants et presque incroyables pour des lecteurs du XIX® siècle émus et tremblans à la moindre épidémie.
1348. — Peste générale qui répandit la désolation dans la Picardie et amena la famine. [Hist, du Valois, tome 2. liv. v, p. 300.)
1349. — Peste noire (choléra morbus). Sa marche fut la même qu'en 1831 et 1832. Ce fléau enleva le cinquième de la population ; il suivit dans le Vermandois particulièrement le cours des rivières.
1 437. — Famine et loiips affamés.
1496. — Peste dans le Vermandois. {Cité picarde, p. 60.)
1579. — Famine suivie de peste qui sévit dans la ville de Ham et ses faubourgs, et l'on trouva dans les champs quantité de morts sans sépulture.
En 1 637, la misère fut effrayante dans les environs de Ham et si grande que les personnes se jetaient « sur les chiens et » sur les chevaux , après que les loups en avaient fait leur » curée; si forte qu'un grand nombre de personnes ne se » nourrissaient, pendant des semaines entières, qu'avec deslé- » zards, des grenouilles et les herbes des champs... Les vivants » se trouvaient couchés avec les morts et les petits enfants sur » le sein de leurs mères mourantes. » La cruauté des soldats faisait fuir les habitants dans les bois ; la faim les en faisait sortir. « Mais ce que nous n'oserions dire si nous ne l'avions