‹ Ham, son château et ses prisonniersChapitre 132 sur 138 · LE CHATEAU DE HAM · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE HAM

un ange en robe , entouré de feuilles de vigne , de choux, de chêne, de ceps avec grappes de raisin. Sur I*une des faces, un chien porte dans la gueule un écu représentant deux clefs pas* sées en sautoir. Lorsque la voûte de cette tour a été mise à Té. preuve de la bombe en 4832, on a constaté qu'elle avait été recouverte d*un magniGque dallage de pierres de Senlis ; ce qui indiquerait qu'un étage supérieur aurait été supprimé et justifierait son nom de Tour rasée. On a trouvé, à la même époque, dans les fondations de Textrémité de sa galerie souterraine, l'armure d'un chevalier avec son cheval.

Quant aux houppes répandues sur tout le monument et que certains historiens prétendent être des houppes pendantes au bout du cordon entrelacé que portent lesreligieuses^ elles étaient l'emblème adopté par le connétable longtemps avant 4449, car nous les trouvons peintes en bleu avec filets d'or sur la première page du manuscrit du Pas d'armés de la Bergère, tournoi qui eut lieu à Tarascon, le 5 juin 4449, et dont la relation est dédiée à Louis de Luxembourg.

À la bataille de Montihéry € lesar- » chers du corps du comte de Saiact- » Pol avoient paltotz de dessoubz de » drap gris découppé, et le dessus de » drap rouge tout chargé d'orfèvrerie, » à une houppe au milieu , devant et » derrière , sans avoir la croix Sainct- » Andrieux (4). »

(1) Mémoirei de Jean de Baynin , M. S. de la bibliothèque de Bruxelles, numéros 11677-11683.

La tour du connétable, plus connue sous le nom de Grosse Tour, est Tœuvre de Louis de Luxembourg. Elle caractérise Tesprit de Tarchitecture féodale, du XV® siècle, et son élude peut présenter d'autant plus d'intérêt que Louis de Luxembourg, ce grand constructeur ou restaurateur des châteaux-forts de Bohain, Beaurevoir, Guise, Vendeuil et Lafère, qui croyait pouvoir avec ces forteresses, non-seulement résister à ses rivaux , mais encore au roi de France et à ses armées, nous fait connaître, par l'inscription qu'il avait fait graver, au-dessus de la porte d'entrée, que c'est l'œuvre qu'il prisait le plus.

Un des caractères particuliers aux châteaux de cette époque, c'est l'importance relative de la tour principale, d'un fort diamètre, épaisse dans ses œuvres, très haute et très-saillante en dehors des courtines. Cette tour ne doit pas être regardée

comme un donjon proprement dit, mais comme une tour plus forte que les autres, et destinée à servir de donjon dans des circonstances exceptionnelles. Ce refugen'est plus placé, comme au XII" siècle, dans le centre du fort : et l'on n'a pas choisi pour l'établir l'emplacement soit le plus élevé, soit de l'accès le plus difficile.

Le connétable a assis son donjon dans la position la plus utile pour la défense de la forteresse ; en effet, cette immense

Là tour uu connétable i83

tour construite à Tangle Est de l'enceinte, établie en saillie des trois quarts de son épaisseur sur les courtines du Nord-Est et du Sud -Est, placée à 40 mètres de distance de la tour carrée qui servait primitivement d'entrée au château, commandait l'accès du fort, en donnant les moyens de prendre en flanc les assaillans. Cette tour est de plus très-bien plantée pour dominer les dehors du côté de la langue de terre par où Ton peut approcher assez près du château , enfin eWe est engagée dans Tenceinte de manière à ne Faisser qu'une circulation très-étroite sur le chemin de ronde du rempart. L'ennemi, se fût-il emparé de la cour du château, n'arrivait encore que difficilement à la porte de la Grosse Tour protégée, môme à l'intérieur, par un fossé plein d'eau et par un ouvrage dépendant du donjon qui commandait le passage du pont-levis. L'ennemi ne pouvait pas non plus monter sur les reùiparts sans se mettre complètement à découvert pour ceux qui étaient retirés dans la Grosse Tour.

Ce réduit dominait, par sa hauteur, tout à la fois l'esplanade, la ville et la campagne; mais pour cela même et à cause du peu d'ouvertures qu'on avait laissées dans ses flancs, il était impuissant à défendre le pied de sa muraille qu'un mineur aurait pu facilement entamer, sans avoir, beaucoup à craindra les attaques de ceux qui la défendaient ; car, du haut de ce donjon, il eçt impossible de viser un objet placé à sa base, à moins de sortir presque tout le corps.

Quoique la découverte de la poudre, ou mieux, le perfectionnement de l'artillerie, eût déjà nécessité la recherche des moyens de défense en rapport avec les terribles effets de cette arme, les seigneurs suzerains furent longtemps à reconnaître sa puissance dans l'attaque, et l'on voit, par l'étude de la Grosse Tour^ que le connétable croyait encore que le meilleur moyen de résister au fracas des boulets était d'augmenter l'épaisseur des murailles.

Ce n'est que postérieurement et après que l'art dés sièges eut démontré l'insuffisance des murailles élevées et épaisses, qu'on

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reconnut que, pour protéger reoeeinte d'un fort, il fallait couvrir ses murailles par des ouvrages extérieurs. Le génie de Vauban n'était pas encore arrivé pour trac^ ses ouvrages à cornes, ses demi-lunes et ses tenailles en avant des enceintes^

Louis de Luxembourg, renchérissant sur les idées de l'époque, crut faire de la tour de Hamun donjon plus fort que celui d'Ën^ien que son père avait bâti dans le Hainaut, en donnant à ses murailles une épaisseur inusitée (14 mètres.} La maçonnerie, composée d'un blocage de moellons dans un bain de mortier, est, jusqu'en conlre-bas des parapets, revêtue extérieurement de grès taillés et piqués ; le grès était la pierre qui lui paraissait devoir offrir le plus de résistance au fracas des boulets. Loin de percer les murailles de fréquentes embrasures, de manière à armer ce réduit d'une nombreuse artillerie, on n'y ouvrit que quelques rares meurtrières, sa masse et si>n épaisseur devant éu^e ses principales forces pour résister aux efforts des assaillants. Cependant pour défendre le pied de là tour, on ne négligea pas d'amener vers le château les eaux de la Beyne et de la Sommelte, qui, retenues par des barrages ingénieusement disposés, dans de larges fossés, protégèrent les abords de la forteresse. L'un de ces barrages, établi dans l'intérieur du fort, faisait renfler les eaux de la Beyne dans les fossés du cbâteau , du côté de l'esplanade et autour de la Grosse Tour qu'il isolait du reste de l'enceinte; l'autre barrage, placé à la porte de Noyon , maintenait le niveau des eaux de la Beyne et de la Sommette réunies , assez élevé pour inonder au loin les abords de la place, du côté des courtines du Sud et de l'Ouest. La tour du Connétable passe pour avoir 100 pieds de hauteur et autant de diamètre, mais elle ne s'élève que de 28 ûiètres au-dessus du niveau des eaux du canal de la Somme qui en baigne aujourd'hui le pied. Cette hauteur de 28 mètres forme sans doute, avec les fondations, les 1 00 pieds d'élévation que lui donne la tradition ; son diamètre est de 33 mètres. Cette largeur, hors de proportion avec sa hauteur, est loin de lui

donner Télégance^es donjons de la grande époque féodale. Vue à une petite distance, cette tour n*est qu'une lourde masse do pierres sur lesquelles le temps a jeté une couleur grise d*un ton fin et harmonieux, et doht Tampleur colossale saisit Tâme d'une impression à la fois grandiose et triste.

La disproportion que nous signalons entre la largeur et la hauteur de ce monument, nous fait croire que cette œuvre capitale du connétable n'a pas été achevée, ni élevée à la hauteur qu'on avait l'intention de lui donner en jetant ses fondations et en traçant son périmètre. Sa construction nous parait avoir été arrêtée tout-à-coup, soit pour s'en servir dans un moment pressé, soit par l'abandon qu'on aurait fait des travaux à la suite de la fin tragique et inattendue de Louis de Luxembourg. Les parapets ne présentent pas le môme caractère de construction que le corps de la tour : ils sont très-rapprochés de l'extrados de la voûte du 1*' étage, enfin il n'y a ni mâchicoulis ni préparations pour recevoir des hourds, compléments indispensables de ce donjon. Qu'y aurait-il d'étonnant que le eonnétablc, dont la fin a été si foudroyante et si imprévue, eût été surpris par les événements qui ont amené sa mort avant d'avoir terminé cette œuvre capitale?

On est frappé, lorsqu'on étudie le système défensif de cette tour, du soin avec lequel on s'est mis en garde contre les surprises. Toutes les précautions ont été prises pour arrêter l'ennemi par des obstacles imprévus. L'assiégeant pouvait entrer dans le château sans que pour cela la garnison fût obligée de se rè^re; car alors, renfermée dans la Grosse Tour, son dernier réduit fortifié, elle pouvait encore résister longtemps, épuiser les forces des assaillants et leur faire perdre du monde à chaque attaque partielle.

Prenait-on le rez-de-chaussée, l'escalier en spirale qui donnait accès aux étages supérieurs était facilement et promptemeot harricadéy et l'assiégé conservait encore les moyens de défense et de communication avec l'extérieur, soit pour recevoir des

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seeours el des vivres,. soit pour échapper à Tennemi. Avec uins garnison déterminée et bien approvisionnée on pouvait résister encore quelque temps à une armée nombreuse et aguerrie.

On arrive de l'intérieur du cbâteau à la grosse tour par un passage, aujourd'hui de plain-pied, qui tourne de manière à forcer l'assiégeant à présenter le flanc droit, qui, ainsi, ne se trouvait plus couvert par les grands boucliers nommés pavois, dont on se servait encore dans les sièges au XV® siècle.

La porte d'entrée, à plate-bande, un peu arrondie aux angles, est à ogive intérieurement. Sur chaque grès formant la platebande, une houppe ou cordelière a été sculptée en relief. Audessus des houppes, le connétable a fait graver en gothique sa devise, ou ce mot de son humeur : mo ntQettr. La même inscription est reproduite extérieurement au-dessus d'une autre entrée qui donne sur la campagne.

Un de nos compatriotes, M. Léon Paulet , à qui nous devons de curieux détails sur le château de Ham, pense que les mots Mo Mykvx qui décorent la Grosse Tour du fort de Ham, ne furent pas spécialement affectés à ce monument. Dès longtemps avant ils étaient l'emblème adopté par le connétable ; ils lui servaient même de cri de guerre et signifiaient : « Je ferai de lYhon mieux, » devise qui est bien dans l'esprit du moyen-âge.

Nous trouvons encore celte devise brodée sur son étendard à la bataille de Montlhéry en 1 465 :

« L'estendart du comte de Sainct-Pol my-pârtie de soie grise » et rouge, à une licorne d'argent au bout de dessus envers la » lance, à toute la corne et le bout des pieds d'or, et si avoit » escript en grandes lettres d'or : Mo Myevx. »

L'entrée de la tour a conservé l'encastrement nécessaire à la manœuvre des chaînes du pont-levi's; on y retrouve aussi des^ rainures pratiquées dans les parois du mur pour laisser glisser la lourde herse de fer; et sur la droite du passage (A), le petit escalier qui conduisait les hommes chargés de manier la herse, au réduit placé au-dessus de la porte d'entrée. Là, des ouvertures ménagées dans là voûte leur permettaient, en cas d'alerte, d'ob-

LA TOUR DU COKXfiTABLE

server les soldats qui entraient dans le passage. On élevait la herse à l'aide d'une machine, et, à l'approche du danger, on la laissait retomber. Dès ce moment, le passage était fermé, et il fallait briser la herse pour pénétrer plus avant.

Outre la herse, pour défendre l'entrée, il y avait encore pour arrêter Tassaîllant une seconde porte massive hérissée de gros clous.

Avant de pénétrer dans la Salle-des-^ardes du rez-dechaussée, on rencontre à gauche, sous le passage' A, un magnifique escalier en spirale (F), qui descend, par vingt-neuf marches, aux souterrains, et monte, par 100 marches, à la plateforme de la tour. Il est pris dans l'épaisseur même des murs du côté de l'extérieur du fort, de manière à ne rien diminuer de leur force de résistance de ce côté. Chaque marche est formée d'un seul morceau de grès dur, taillé et piqué, mesurant i mètre 80 centimètres de longueur sur 40 centimètres d'emmarchement et 21 centimètres de hauteur. Chaque marche est enclavée, d'un côté, dans la muraille, et forme, au centre, une colonne de 0°" 30 cent, environ de diamètre.

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