GOUPB DE L^ TOUR DU CONNÉTABLE AU CHATEAU DE HAM
L'escalier qui conduit à l'étage inférieur de la tour commence en spirale, puis il descend directement vers le souterrain (6j.
On renconlref avant d'arriver au fond de la tour, deux couloirs (M, H) placés à droite et à gauche de Tescalier, conduisant à des petits postes (N, N) qu'on a improprement qualifiés d*oublieltes et sur lesquels les romanciers ont raconté des histoires atroces. On sait qu'on donnait ce nom à des puits dans lesquels on précipitait les prisonniers au moyen d'un plancher qui se dérobait sous leurs pieds.
L'étage inférieur, appelé le Souterrain est composé d'une immense salle ronde (G) de o^ de hauteur sous clef de voûte, de i 0°» de diamètre, voûtée en plein-cintre, avec des arêtes qui, toutes, aboutissent au centre. Ce caveau est humide et obscur, car le sol n'est élevé que de 0*" 1 5 centimètres au-dessus du niveau de l'eau, et il n'est éclairé que par un très-étroit soupirail (P) qui traverse toute l'épaisseur delà muraille. On y trouve
un puits (H), et six cellules (0,0,0,0,0,0).
Ces cellules, ouvertes dans l'épaisseur des murs, ont été pratiquées après la construction du donjon plutôt pour l'élablissement de fourneaux de mines et pour faire sauter la tour à un moment donné, que pour servir de cachots. Cependant les gonds qui garnissent encore aujourd'hui l'entrée de ces cavités montent que ces réduits ont retenu des prisonniers. C'est là que
PLAlf DfS SOUTERBACfS^E LA TOUR DU COIfNÉTABLB.
Ton enfermait les graads coupableâr; mais on ne rencontre nulle part la salle de la question avec son fourneau et son lit de pierre.
Qui pourrait, sans une émotion profonde, sans un frisson d*effroi , contempler ces murs témoins de tant de douleurs, de tant de gémissements. Comment ne pas songer sans un serrement de cœur, aux infortunés qui ont habité là et dont plusieurs ont légué leurs souvenirs à la postérité en figures ou en lettres vivantes sur la muraille.
C'est une tradition , dans le pays , qu'un malheureux capucin a vécu- pendant de longues années, prisonnier dans un de ces étroits cachots et qu'il y est mort en grande réputation de sainteté ; quoiqu'il nous paraisse bien difficile de croire qu'un prisonnier privé d'air, de lumière et d'espace, ait pu vivre dans ce trou humide où régnent l'obscurité, la folie et la mort.
Nous rapporterons cette légende dans le chapitre xxviii.
L'étude des dispositions intérieures du rez-de-chaussée montre qu'elles sont combinées pour la défense plutôt que pour l'habitation ; il se compose d'une grande sallehexagone à ogives, dite la Salle des Gardes. Les nervures qui du sommet des ogives vont aboutir au centre de la voûte y formaient, avant sa recons- < truction (1841}, une magnifique étoile à six pans dont la clef de voûte était le centre. Cette immense salle n'est que très-faiblement éclairée par deux meurtrières (D, D), qui donnent sur les fossés des remparts et par les portes A,À. On y trouve une vaste cheminée, un puits (H), des bancs de pierre et une chambre (T) qui a dû servir soit do râtelier d'armes, soit de magasin pour les munitions de guerre ou les provisions de bouche.
On a mis à découvert, en 1829, le passage (A, A) muré sur la moitié de son épaisseur et depuis longtemps condamné; il conduisait à une porte de secours, donnant vers Texlérieur. Cette issue n'a pu servir, dans l'origine , que pour communiquer par une petite bonnette av«c la demi-lune placée en avant de la courtine Sud-Est ; car la porie est à 7 mètres au-dessus du niveau de Teau des fossés. On retrouve dans ce passage les rainures de la herse, l'escalier et le réduit des hommes chargés de la manier. La voûte de la salle des Gardes était percée contre un des murs latéraux, par un trou rond assez grand qui aboutissait au pavé de la salle de l'étage^upérieur. La voûlo de la salle du premier était également percée par un troua l'aplomb de celui de l'étage inférieur, ce qui permettait de transporter facilement d'un étage à l'autre , au moyen d'un treuil , les provisions de bouche, les armes et les munitions de guerre.
Destinée sans doute au seigneur du château, la salle du premier étage (K) est mieux éclairée et plus ornée que celle du rez-de-chaussée, si l'on peut appeler ornements un écusson avec des emblèmes sculptés sur la clef de voûte, sur les manteaux des cheminées et quelques moulures ajoutées aux nervures des
PLAN DU RKZ'Dfi-CHAUSSéB DE LA 10UR DU CONNÉTABLE.
CHÀPITRS XXIV
Ogives. On y parvient de Tescalier (F) par un petit couloir (A)^ qui était fermé d'une double porte, La vaste salle hexagone (K) à ogives dans laquelle on pénètre, connue sous }e nom de Salle du Conseil, présente un aspect grandiose qui frappe d*abord ; elle est de la même grandeur et de la môme hauteur que celle du rez-de-chaussée , c'est-à-dire qu'elle mesure une hauteur de 9 mètres sous clef de voûte. Une seule quverture (Q) à baie en croix qui donne sur la campagne , conduit le jour dans la çalle par une galerie (M), q\ji porte en longueur ii mètres et va, en s' élargissant vers l'intérieur. Elle est à ogives avec voûtes d'arêtes surchargées de nervures, et élevée de deux marches audessus des dalles de la Salle du Conseil, Deux bancs en pierre régnent de chaquacôté des murs, c'était la place ordinaire des haf)ilanl$ de la salie lorsque le froid ne îles obligeait pas à se rapprocher du foyer,
Deux vastes cheminées à chambranles énormes, adossées contre les parois des murs, permettaient au seigneur de se chauffer à un foyer séparé de celui de ses officiers.
Dans la partie droite, on trouve attenante à la
grande salle , une fort petite chambre (V) qui a dû servir de ( liainbre à coucher, car elle a une cheminée. Ce réduit appelé
PLAIf DC PREMIER ÉTAGE DE LA TOUR DU CONNÉTABLE.
la Chambre du Boi, est en réalilé un véritable cachot éclairé par un petit soupirail placé très-haut. Le nom de Chambre du Roi, que lui a conservé la tradition, voudrait-il dire que Louis XI y a couché, lorsqu'il est venu visiter à Ham le connétable, son beau-frère, en mars 4 470 , ou dans le second séjour que le roi fit au château de Ham auprès de sa belle-sœur malade, Marie de Savoie, en mai 4471 (1)?
On prétend encore quec*est dans la Chambre du Conseil, alors salle d*honneui^ du château , que Louis XI célébra les fêtes de Pâques*, assis à table à côté de sa belle sœur Marie de Savoie, femme du connétable, ayant en face de lui son hôte Louis de Luxembourg et la reine Louise de Savoie.
Quand on compare le' confortable des belles maisons de la noblesse et des riches financiers de notre époque avec ces anciennes forteresses, où Ton ne rencontre que des appartements tristes, humides, malsains, peu éclairés , on est frappé de Tindifférence qu'on y remarque pour le bien-être matériel , pour le luxe et le confort. On a négligé les commodités les plus simples de la vie , quelque facilité qu'on ait eu à se les procurer. On se demande quels hommes et surtout quelles femmes pouvaient habiter de pareils lieux; comment jes grands seigneurs, leurs nobles dames, Marie de Savoie, belle-sœur du roi^ouis XI, femme du connétable, qui était, après le duc de Bourgogne, le plus riche seigneur du royatjme, que dis-je, le roi de Fi'ance lui-même, ont pu habiter de pareils réduits I
On parvient sur la plate-forme qui couronne la Grosse Tour par l'escalier en spirale , surmonté d'un mur jusqu'à une certaine hauteur et couvert d'un toit d'ardoises de forme conique , mais qui a dû évidemment être dans l'origine revêtu de dalles.
La plate-forme présente un vaste espace circulaire de 24 mètres de diamètre. Cette surface a été longtemps couverte par un toit de forme conique. Une ancienne vue du château nous
(4) Ordonnances des Rois de Fratce, t. xvii, pagres 401, 420 et «iil- Tantes.
montre la Grosse Tour, en 1643, avec un toit ayant la môme forme. Cette vue nous apprend aussi que ce monument était déjà couronné d*embrasures pour y loger des pièces de canons. Les huit embrasures qui y sont aujourd'hui sont modernes et elles ont été disposées de telle sorte que les feux des pièces peuvent s'entrecroiser. Entre chaque embrasure, un conduit a été ménagé dans le parapet pour Técoulement des eaux pluviales par des gargouilles. Nous allons passer en revue ces ornements, qui nous paraissent être des symboles de la pensée que Louis de Luxembourg avait attactiée au sommet de son œuvre. La gargouille placée au-dessus de la porte d'entrée du côté
du fort représente, sculpté en ronde-bosse , un chevalier plus grand que nature,debout,armé de sa cotte de mailles ; sa main gauche est repliée sur sa poitrine; la main droite, appuyée contre le corps, tient un écu sur lequel est sculptée une tôle de Méduse. A travers les jambes du chevalier rampe un monstre, serpent ou dragon, qui mord le bas de Técu.
La gargouille suivante représente une harpie à tête de chat, emblème des chats, gats ou gâtes, sortes de galeries en bois couvertes de merrains, de fer, de peaux, qu'on approchait des places fortes pour combler les fossés et >^^iî"rt^^^W'iW''^ffl'j'HWiffl' saper les courtines.
LA TOUR bU CONNÉTABLE
Une autre représente un chien ailé, deTespèc»
des lévriers ; c'est Temblôme de la fidélité.
Ici, c'est un bouc sans cornes, ou chien avec de la barbe ; là une tôte de cheval au cou bardé de fer.
Enfin la dernière nous paraît représenter le bossimy ou bélier des anciens, avec lequel on battait en brèche les murailles avant remploi de l'arlillerie. Le cou du bélier, allongé et cylindrique, est orné d'un collier de perles et accompagné dVcailles de poisson.
Quelques antiquaires ont cru reconnaître dans celle gargouille
la tôle de Mélusine deLusignan. Louis de Luxembourg, qui se faisait honneur de descendre de Mélusine (1), aurait, dans leur opinion , placé en haut de la tour de Ham cette fée à tôte de femme sur un corps de serpent (2).
Le personnage de Mélusine, ou dé maintes autres fées qui hantent les vieux châteaux, n*est pas pour nous un type unique etspéciai au château de Ham, mais le reflet d'antiques croyances. Il est évident que toutes ces légendes que la tradition populaire nous a conservées, et qui racontent des merveilles sur les dames blanches qui hantent les anciennes tours, ne s'appliquent pas à une seule localité , mùïs qu'il y a communauté d'origine entre les fées qui apparaissent au bord des fontaines et celles qui jettent des cris douloureux sur les ruines des vieux châteaux féodaux.