BARONIE DE HAM
Raoul, d'Ollezy; — Grégoire et Hugues, d*Aulnois;. — le fils d'Oudart et Josceliu , do Flavy; — Gauthier, de Gibercourt;
— Jean , de Nancy ; — Hugues , d'Offois ; — Guidon , prévôt d'Offois; — Godefroid, de Liez; — Colin, le Veneur, fils de Pierre d'Bstourmel ; — Mathieu, de Le Héries ; — Gaudefroid, de Combles; — Guerric, de Pyeton; — Gauthier, d'Eppéville;
— Mathieu et Louvet , de Gossencourt ; — Jean , de Mone; — Jean Vint et Set ; — Renaud , de Magny ; — Renier , de Dury; — les enfants de Jean Cruche; — Colard, deBretigny ; Raoul, de Brécourt; — Symon, de Dallon; — Guillaume, d'Origny; — Godefroid, de Saint-Quentin; — Guillaume, d'Essigny.
Plusieurs dtuttes dénombrements des fiefs relevant de la seigneurie de Ham existent aux archives de l'empire. Nous signalerons entr'autres celui qui se trouve dans les Comptes de la vicomte, châtellenie, terres et seigneurie, de Ham, en 1407 (1).
Le domaine de Ham fut aliéné en 1641, malgré l'opposition des oflSpiers publics de cette ville, le roi ne réserva que le château , qui fut engagé au cardinal de Mazarin , le 6 août 1654; puis, en 1661, au marquis de Meilleraye, duc de Mazarin. Pendant cet engagement la place de Ham avait été entourée de fortifications très-importantes, que le roi Louis XIY fit démolir, en 4 685, sous le ministère Louvois, ne voulant pas laisser une place aussi forte dans les mains de son frère, le duc (f Orléans, à qui il avait donné en fief la seigneurie de Ham.
Un manuscrit appartenant à M. Lucas, de Ham, nous a conservé la désignation de plusieurs fiefs qui se trouvaient à Ham et dans les environs au xvii® siècle.
Voici ceux de la ville : Le fief du Grand Vinage (2). — Du Petit Vinage. — Du DroUde Mesurage. — Les fiefs et seigneuries du Bois de Ham. — La fief du Four, consistant eff cinq maisons et une grange sises rue Marchande. Ce fief, qui tirait
1) BibL imp. M- S. G. F. N» 1,185, p. 5.
2) Droit de pot de tin sur les y ignés.
300 CHAPITRE XW
son origine d'un ancien four banal , a donné son nom à une rue de Ham. — Le fief Bouffé, sis hors de la porte de Noyon.
— Le fief de Coupevoie. — Le 6ef Pallaneu, au terroir de Ham.
Voici d'autres fiefs des environs de Ham : Le fief de la Brosse ; de la Motte Saint-Martin; à' Aubigny-Planque -, S Herbu- Urne; de Palancu; de la Flaque; de Montalinumt, sis à Brouchy. — Le fief du Cauroy, sis à Cugny. — Le fief du Pin, sis à Sommette. — Le fief Raoul Paiou , sis au Mesnil- Saint-Vaneng. — Le Jardin Varenne et la terre de Villette,
— Le fief de Voyennes. — Le fief du Marais à la Violette, sis à Canisy. — La seigneurie de Joui^^e; le fief Raby, à Cuvilly. — Le fief Picard, de St-André, de Montizel, du Pontenage de Douilly, — Le fief de Bauincamp, sis à Matigny.— Le fief Martelet, sis à Quivières. — Le ^^î à^ Ronqu^olle , sis à Villers-Saint-Christophe. — Le fief SOstremont, sis à Germaine. — Le fief de Rosancourt , près le bois Griffon , et SRergny, au terroir de Douchy.
Les archives de la préfecture de TAisne nous ont fourni le dénombrement des fiefs qui relevaient de la tour de Ham, lorsque ce domaine devint en 1767 Tapanage du duc d'Orléans.
I** Le dénombrement donné le 8 janvier 4767, par le Chapitre de Saint-Quentin, de la S*® de Quivières, qui relevait de la tour de Ham. — 2® Le dénombrement du 18 août 1768, par M"* d*Estourmel, pour la S»® de Genvry. — 3® Un autre du 12 mars 1767, par les époux de Lignières, pourlaS*«deSamoux.
— 4<* Un autre du 30 avril \ 784 , par les Minimes de Chauny, pour le fief d'Aubigny. — 5® Un autre du 18 mai 1787, par le comte de Pardieu , pour moitié du fief de Pithon, sis à Aubigny. — 6® Un autre, du 20 décembre 1764, par l'abbé de Genlis, pour le fief d'Auvay. — 7<» Un autre pour le fief Tassonet, du 12 mars 1767, par M'« de Lignières. — 8<> Un autre , du 12 mars 1767, du fief de Touille.— 9® Un autre du 20 septembre 1763, par le M'* d'Estrades, pour le fief d'Ossey. — 10° Une
déclaration du 45 décembre 4768 , du fief Piquart, à Douilly, par Charles Jérôme Aquais et autres. — 44° Dénombrement d'une partie du fief d'Aubigny, du 8 juillet 4724 , par Marg'® Bohuret. — 42® Expédition de parchemin des années 4763, 4765, 4766, 4769, 4770, 4774, 4773, 1774, 4784, 4782, 4784, 4787, d'actes de foi et hommage, souffrance, etc., des fiefs relevant de la Tour de Ham.
La tige des Toparques, ou seigneurs de Ham, est une branche de la grande maison des comtes de Vermandois (4) , qui descendait elle-même , en ligne masculine, de Charlemagne. Celle toparchie se composait d'une portion démembrée du comté de Vermandois dont elle faisait partie.
Stmon (986), châtelain de Ham (castellanus de Hamo), considéré comme chef de la tige des seigneurs de Ham , paraît être issu de la famille des comtes de Vermandois. Il signa, en 986, avec Albert P*", comte de Vermandois, la charte de fondation de Tabbaye de Saint-Prix (2).
Yves (4055-4089) , pi'iio HamensisJ qui succède à Symon, son père, donna en 4 055 (3) Cugny aux religieux d'Homblières et à l'église de Noyon une terre considérable , Eremburgum, Il contribua largement à la fondation de la collégiale de Nesie, et il fut témoin , en 4 076 , à une charte qu'Hébert IV, comte de Vermandois, souscrivait en faveur de l'abbaye de St-Prix (4).
(1) Préface de la Vie de saint Vaneng, 4>ar le P. Christophe Labbé.
(2) Aug, Firom.iUust. par Emmeré. Preuves, p.- 33.
(3) Manuscrits de dom Grenier, paquet 4, art. A, p. 43.
(4) Aug. Virom, Ulust. par Emmeré. Preuves, p. 38.
Yves donnait, le ta mars 40R9, aux cbanoines de Noyoo une femme serve, donation approuv^ée par Odon, son fils (4).
Odon (2) P% (1060-4089), fils de Yves (a), paraît vers 4060 dans une charte de Tabbayed'Hombliëres, avec sa femme Emma C Alias Ricuina). Il vivait encore, ainsi que son père Yves, en 4089(4).
Odon II, (4408-44 44], {ffamensis castelU dominus,) surnommé PiedMa-Loup (Pes LupiJ seconda les efforts tentés par rËglise pour sortir des désordres où Tavait jetée Tinvasion des monastères par les laïques ; il se dessaisit, en 4408 (5), avec t» consentement de sa femme Louise, entre les mains de Baudry, évoque de Noyon, de la possession laïcale de Téglise de Notre- Dame de Ham, à la charge qu'on substituerait dans cette église des chanoines réguliers aux séculiers qui Toccupaient depuis sa fondation. Philippe P% roi de France, Adèle comtesse de Vermandois, son mari et son fils approuvèrent celte charte. Le pape Pascal II érigea la môme année réglise de Ham en titre d'abbaye.
Vers ce temps (4 4 4 2j vivaient Roger, châtelain de Ham et de- Péronne (6], et Mathieu de Ham.
Odon suivit Raoul, son seigneur, en 4430, au siège de Coucy, que Louis-le-Gros entreprenait pour châtier Thomas de Marie , le plus turbulent et le plus hautain des seigneurs de France. Odon parut encore dans le cartulaire de Corbie en 4 4 44, avec Anselme d'Amiens, Gérard de Picquigny, Bernard de Moreuil, Nivelon de Villers, Remond de Roye et Jacques de
(1) Mss. de Dom Grenier, 27* paquet, n* 3.
(2) Odon, Eudes, Oudard, signifie riche, dans les anciens dialectes^ de la langue tudesque.
(3) Aug, Vir. Ulutt. par Emmcré, p.JL^U
(4) Donation aux ehanoinet de Noyon. — Mss de Dom Grenier,. 27« paquet, n° 3.
(8) jiug, Vir. Ulnnt, par Emmeré, p. 140. — Mim. du yèrmandoU,. par CoUiette, t. 2, p. 156.
(6) Ârch. de Sain^-GprneiUe de Gompiégne. Gbarte de 1112. — Bibl. imp. Bfss de dom Grenier, paquet 4, article 4, p. 45.
Guise, chevaliers. A cette époque florissaient Wautier , châtelain de Ham, 4145, et Alard de Ham, chevalin.
Gébard (1144-M4S), {Hamensis dominûs) , fils d'Odon Pied-de-Loup (1) approuve la donation solennelle faite, en 4144, par la branche et le gazon {per ramum et cespitem) , de la dixme d'Âblincourt à Tabbaye d'Horoblières par Ode , femme de Robert de Roupy, lorsqu'elle présenta à Tabbaye de Ham ses enfants pour être moines. L'année suivante, 1145, il céda^ à Téglise Saint-Nicolas en Arrouaise , les eaux et la pâture situées entre le pont de Douilly et les moulins de Saencourt, du consentement de sa femme Marguerite et de son frère Lancelin (2). C'est dans cette charte que l'on rencontre le premier nom d'un maïeur de Ham , Robert le veneur [Roberttbs venator, major communiœj, mais la ville avait déjà une commune bien auparavant , puisque trois bourgeois de Ham avaient comparu déjà dans une charte de 1112 (3j. Gérard est encore nommé avec son père, Pes lupi, dans uneeharted'Homblièresde 1148.
Lancelin (1160) , frère de Gérard, toparque de Ham, signe en 1 160 la donation d'une terre à l'abbaye de Ham (4).
Odon III (1176-1215), {dominus castri Hamensis), fils de Lancelin et non de Gérard, qui était son oncle, fait en 1176 une donation à l'abbaye d'Ourscamp (5) et en 1 1 77 une autre donation aux abbayes de Ham et de Prémontré. Dans le sceau qui se trouve joint à ce document , Odon est représenté à cheval , tenant d'une main Yépée haute et de l'autre son éeu sur lequel on ne distingue pas d'armoiries On lit autour : -f-SiGiLL DOMiNi Odonis DE Ham . Sa fcmmc Elisabeth, ses frères Gérard , Simon et Lancelin , ses enfants Odon et Gautier son nommés dans la donation de 1177. La même année il autorise
(1) Aug. Vir. iUust.f ParEmmeré, p. .160, 11« li^ne.
(2) Arch. de l'abbaye de Gorbie. armoire 6, liasse 102, n" 2.
(3) Voir au chap. iv, les Uaire» de Ham, p. 28.
(4) Mss. de Dom Grenier, 16" paquet, n* 2.
(5) Bibl. Imp. Mn de dom Grenier, t6< paquet, n*" 27.
les religieux de Ham à défricher leur bois de Golancourt (i). Il aumôna à Sainl-Barlhélemy de Noyon, en 1181, son domaine de Tombes, et à Tabbaye de Corbie, en 4182, quelques terres de Douilly. Dans le sceau de cette dernière charte Técu d'Odon porte un croissant (2) ce qui semble indiquer qu'il avait déjà combattu les infidèles.
Odon III avait régularisé, en 1188, par une charte de commune, les libertés et franchises dont jouissaient les habitants de Ham dès 1 1 12 ; cette concession, faite avec le consentement de ses frères Gérard et Simon, de ses enfants Odon et Godefroy, et du châtelain Algrin, fut passée, à Ham, en présence de Philippe d'Alsace, comte de Flandre et de Yermandois (3).
Odon se croisa une seconde fois, en 1200 (4), et il partît, en 1 202, avec la noblesse du Yermandois pour F Orient, sous les ordres de Baudouin IX, comte de Flandre. Il prit part, en 1 204, à la prise de Constantinople ; mais plus tard , en 1205, à la suite de la déroute d'Ândrinople, dans la nuit où l'armée leva le siège de celte ville , il marcha , avec vingt-cinq autres chevaliers, « si droit et si vite vers Constantinople qu'il en reçut grand blâme (5). »
De son temps Wautier, châtelain de Ham , ayant aussi pris la croix, confirma, en 1202, avant son départ, aux chanoines de Ham l'aumône d' Algrin, son père, châtelain de Ham avant lui (6).
Odon fit, en 1 21 0, un échange de quelques terres avec l'abbé et les religieux de Corbie (7). Le dernier acte que nous trouvons de ce seigneur est une lettre, de décembre 1214S, dans laquelle il s'engage à payer au roi 100 livres parisis, si
(1) Archives du département de l'Oise. N° 1366.
(2) Chartes de Tabbaye de Corbie. citées par dom Grenier.
(3) Jug, Vir, itltut., par Emmeré, p. 169. — Voir chap, m, p, 29.
(4) Chronique de VUle^Hardouin, édit. par Bnchon, tome m, p. 3.
(5) Chronique de yule-Hardoûin, éditée parBuchon, t. m, p. 144, et Histoire des Croisades, par Michaud, t. 3, p, 323.
(6) Mss de Dom Grenier, 27*' paquet, n° 3.
(7) Hist, généalogique de France ^ parle P. Anselme, t. 1, p. 54.
SEIGNRURS DE HAM 305
Beaudouin de Praêt, chevalier, vient à prendre parti contre lui ou contre son fils (1).
Odon [V (1 21 6-1 234) {Odo quartus dominus Hamensis) (2), fait hommage lige [ligius] de la baronie de Ham au roi Philippe-Auguste, en mars 4216 (3). H fonde la môme année un anniversaire en Téglise de Biars (1).
Ce seigneur passe pour avoir reconstruit le château de Ham dans le style de la grande époque féodale. C'est lui qui fit creuser l'étang du château et ouvrir le vaste fossé qui l'isole de l'esplanade (5). Ce fossé fut non seulement défendu par des galeries voûtées, dites casemates, établies dans toute la longueur des contre-murs, mais encore noyé par les eaux de la^ommette et de la Beyne qu'on y amena et qu'on y renflait par des barages.
,En 42âO, Odon fit donation à l'église St-Éloy de Noyon (6) d'une maison sise près Ham , in vico Pontie, in porrochid S, Sulpitii. Au mpis de juin 4 223 (7) il jura sur les choses saintes, sacro sancta, en présence du bailly, £loy de Versailles, de rendre au roi Philippe et à ses successeurs le château de Ham à grande et à petite force a son commandement. Dans le sceau qui pend à cette charte, Odon paraît à cheval tenant l'épée dans la main droite, et de l'autre son écu chargé de trois croissants ; sa tête parait coiffée plutôt d'un bonnet de fourrure que d'un casque, et de sa ceinture pend une ^charpe qui flotte au vent. On lit autour du sceau : + Sigillvm Odonis domini DE Ham.
Le contre-sceau, d'un plus petit diamètre, porte au milieu un écu en foroie de cœur, chargé de trois croissants. On lit autour : -}" Secretvm odonis db Ham (8).
(1^ Arch. imp. Trésor des chartes. J, Gart. 395, Seeuntates, n« Ittl.
(2) Voir 5on épitaphe, chapitre xii, p. 132.
(3} Mém. du Fermandoh, par Colliette, t. 2, p. 124.
(4) Mts de VHistoire de Chauny, par le père Labbé.
(5) jékg. Vir, Ulust,, par Emmeré, p. 141.
(6) Arch. de TEmpIre. Sect. hi5t. K. 185. 2. 7.
(7) Arch. Imp. Sect, hkt. Carton J, 369. P)romesses, n« 21.
(8) Arch. Imp. Sceau. N*" 2,353 et 2^353 bis.
Odon IV mourutle 26 septembre 4234, et fut enterré dans l'église de Ham , où Ton voit encore aujourd'hui son tombeau. Nous eu avons donné la figure au chapitre xii, p. 132. Le manuscrit de Y Histoire de Chauny dit « qu'Odon fu enterré » dans la chapelle Saint-Etienne de Tégliçe de Tabbaye, où » étaient les tombeaux d'Isabelle , sa femme , et d'Odon , leur » premier enfant. »
Nous avons donné le (J^ssin de la pierre tumulaire de la noble châtelaine au chapitre xii, p, 133.
Tsabelle, femme d'Odon, était issue des seigneurs deBethencourt-sur-Somme, alliés aux premières maisons du Vermandois. Cette famille était au xi^ siècle en grande renommée à la cour du roi Henri P ; elle avait à Bethencourt un château solide et bien assis pour défendre le passage de la Somme sur l'ancienne chaussée de Bavai à Beauvais. Ce château dont il est quelquefois question dans Thistoire, exista jusque sous le règne de Louis XtlI.
Odon V (1234-1260) {dominm Hamênsis et Miles) y fait hommage au roi pour sa terre de Ham en 1234 (i) ; il est nommé dans un titre de l'inventaire du trésor des chartes en 4240 avec Odon de Fayel, près Saint-Quentin; Baudouin de Praët; Hellin de Waurin ; Dreux de Moy ; Jean de Sl-Sîmon ; Manasses de Mell(i et Jean de Coudun, chevaliers. Il fonde une chapelle à Saint-Prix en 1242. Il donna la censé de Foreste à l'église de Ham en 1242^ et approuva dans cette charte la fondation de la chapelle Saint-Etienne, faite par sa fille dans l'église de Ham (2}. Il donna, suivant M. de la Fons, en 1260, à Jean , son fils , quelques héritages qu'il avait à Bussy, prè^ Noyon. Sa femme Hellovis ou Héloïse, dame de Catheu, est nommée dans cette donation.
Jban P' (1244), surnommé le VieiLx, seigneur de Ham, fils
(1) Arch. imp. Reg. Tréa. de$ ehartet, <^lé xxxi. partie Milites, n» 25 et n° 26, et au chapitre xxv, p. 000.
l2) Bibl. imp. Mss de dom Grenier, paquet 4, art. 4, p. 73.
d'OdonV, faitavea au roi avant 1244 (i). li eut un fiis de son nom, qui fut père de Beaudouin de Ham, bienfaiteur de la collégiale de Saini-Quentin. II avait pour sœur Blanche , qui épousa Gilles de Mailly, seigneur d*Âulhuile.
Jban-Chârlbs II (1244-1269), surnommé le Jeune, sire de Ham en cette même année, tlransige, le 8 décembre 1244, avec l'abbaye de Ham pour les terres et seigneuries de Piihon. Il vend en 1248 (2), du consentement de ll^arie sa femme, et de Jean, son fils, à Tabbaye de Corbie, quatre muids de blé sur le moulin de Saacourt. Il fait don en 1256 (3), à Téglise de Saint-Ëloi de Noyon, de dixmes et vendanges assises sur une terre du terroir d'Oroire. Il vend encore à la môme abbaye là majorie de Chérisy, en 1259. Enfin il donne, en 1269, quelques biens à Tabbaye de Ham. Il vivait encore en 1272, suivant le cartulaire de Longpont.
Jean m, de Ham (1275-1283), {Arjniger)^ fils de Jean le JeunCy ratifia, en 1275, la vente de 16 muids de blé faite à FolarddeSailly, par Jean de Villers.(4). Il donna à Tabbaye de Ham, en 1276, du consentement de son père (5), les deux moulins de cette ville, situés sur la Somme. II confirma, en mars 12^3, Tacquisilion d'une maison à Flamicourt. Sa femme se nommait Marguerite (6).
Odon VI (1287-1 307), seigneur de Ham et de Marteville ; il eut deux femmes, la première nommée Marguerite, laquelle légua, avant 129i, aux religieuses de Genlis, un muiddeblé de rente. La seconde se nommait Dorée. Odon avait confirmé , en 1 294, à l'abbaye de Ham les cens et revenus qu'elle possédait (7).
OuDART I" (1308-1326), sire de Ham et de Marteville,
(1) Mém. dur^rmaréds^ parCoUiette, t. 2, p. 125.
(2) généalogie des Seigneurs de Ham, par le p. Anselme» t. 1, p. 54.
(3) Arch. de TEmpire. K,, 185. 2. ii.
(4)^Ms8 de V Histoire de Chauny^ par le père Labbé. • (5) Arch. de TEmpire. Trésor des ehartes, car. K, 185, n° 13. 1.
(6) Généaiogié^Blês seigneurs de Ham, par le p. ADselme, t. 1, p. 54.
(7) Mss de V Histoire de Chauny,
figure, en 1308, avec sâ femme, Isabeau de Heilly, dame d'Autie, dans une donation faite à Tabbaye de Longpont (1). 11 plaidait à Paris en 1313 (2lj. II comparaissait dans un jugement rendu, en décembre 4319, par le bailli de Vermandois» sur la plainte des maire et jurés de la ville de Ham, sous Taccusation d'avoir empiété sur les droits de la commun^ (3}.
OuDART II (1326-1348), seigneur de Ham, conseiller du roi, gouverneur du baillage d'Amiens, juge en ta Cour de Saint. Quentin, fait foi et hommage, en 1326, pour la baronie de Ham. Sa femme, dont nous n'avons pas trouvé le nom, était la mère de la dame de Souastre. Il fait un accord avec le maire et les jurés de Ham, le 23 octobre 1329, en présence de Jehan Blondel, bailli de Vermandois, envoyé parle roi Philippe VI (4). Il s'oblige, en février 1337, à faire tenir au roi le quart dé l'assiette de vin mise sur la ville de Ham (5).
Il fut envoyé, commissaire-en 1343, avec Ferry le Coich , pour connaître et punir les coupables de la rébellion arrivée à Orléans et autres villes voisines. Il confirma, en 1344, la donation faite à Tabbaye de Ham par Pierre, dit Grégoire (6). II consentit, en mai 1348, à un traité fait entre Jean de Châtillon, son parent, et les religieux de Ham. Il était, en 1347, gouverneur au baillage d'Amiens, chargé du soin des munitions des places et frontières de Picardie (7) .
Il ne vivait plus le ^7 septembre 1349 (8). — Ete son temps floriâsaient Guillaume de Haro, en 1 31 6, — Miohel de Ham, en
(1) Cwrtulaire. MssdeTabbaye de Longpont, p. 153.
(2) Ârch. de VOite. Fonds Prémontré, n« 1356. — Procunaîon , Erikoul le Barbois de GatUaneouri,
(3) Arch. imp. Trésor de» chariee, J. Reg. lxi, f» 158, verw.
(4) Arcblyet de Ham, liasse A A. 1, travée 1.
(5) Arch. de l'empire. Trésor des chartes, J, cart. 36.
(6) Arch. de l'Empire. K. 185. 13. 3.
(7) JUss de H. Philippe de la Fons.
(8) Histoire généalogique de la maison de France, par le p. Anselme, t. I, p. 56.
SEIGNEURS DE HÀM 309
4326, — Robert de Ham (frère de Oudart I) , marié à Marguerite, en 1330, — Thomas de Ham, en 1338 (4).
Jean IV (1349-4374), est le dernier seigneur de Ham , de la famille des comtes de Vermandois.
Il fut emprisonné à Saint-Quentin par le bailli de Vermandois, en 4350, et envoyé à Laon pour certains crimes et maléfices qui lui étaient imputés (2) ; son frère Ferry de Ham , chevalier, accourut bientôt avec ses hommes d'armes, força la tour de Laon et délivra le prisonnier. Le roi , à la prière du duc de Brabant, pardonna, en mai 4350, cette violence, à la condition que Jean le servirait avec 4 hommes d'armes à ses frais et dépens , pendant onze jours dans la guerre qu'il avait alors. (Reg. Trésor des chartes. 78.)
Jean IV fit, le 7 juin 4355, un accord avec lé maïeur Jean Carton et les jurés de Ham, touchant les vins, le sel , le mesurage des laines. Cette pièce, écrite sur parchemin, porte le sceau du seigneur en cire verte avec Técusson chargé de trois croissants {Arch, de Picardie, tome 2, p. 242). Il faisait, le 26 mai 4 367, aveu et dénombrement pour raison de la ville de Ham, tenue en fief du roi à cause de la châtellenie de Saint- Quentin (3). Il eut pour femme Marie de Pottes, qui, après sa mort, en 4374, se remaria à Drogon, dit Galehaut, seigneur de Villers et Seraucourt, déjà veuf lui-môme de la dame de Villers.
Jean IV, avait pour frères Hector de Ham , seigneur de Douilly ^ Odon et Nicolas, chanoines de St-Quentin ; Baudouin de Ham, seigneur de Dury, (Anselme, t. 4, p. 56). Un arrôt de 4354 désigne le seigneur de Ham pour l'un des six^'pairs du comté de Vermandois (4).
Jean eut deux filles , Jeanne et Marie. La première vivait encore en 4380. La seconde avait épousé, dit-on, mais sans
(1) 91 M de V Histoire de Chauny.
(2) Trésor^es chartes» Reg. Lxxvili, pièce 11 <" xi iiii", — pièce XXV et III " XXII.
(3) Arch. imp. Sect. adm. PP. 6. 1" partie j 200. r. (4j Arch. imp. Sect. jadic. v 630.
preuves, Enguerrand Vif, sire de Couey^ Ce seigneur eut pour femmes (d'après le père Anselme) : 4^ Isabelle d'Angleterre» dont il eut Marie de Goucy, femme d'Henri de Bar, et 2^ Isabeau de Lorraine, dont il eut Isabelle de Goucy , femme de Philippe de Nevers.
Enoubrrànd VU (1B80]« La seigneurie do Ham passa» suivant du Ghesne dans la maison de Goucy, par Tachât qu'en fit , vers 1380, Enguerrand VIL G'était un homme d'un grand mérite, suivant le témoignage des historiens du temps. Il avait été livré , en 4360, en otage pour la rançon du roi Jean, fait prisonnier à la bataille de Poitiers. C'^t pendant son séjour à la eour d'Angleterre, en attendant le paiement de la rançon du roi de France, qu'il fit la connaissance d'Isabelle, fille d'Edouard III, et qu'il épousa cette princesse, en 1365. Il, était, en 1 380, gouverneur général de Picardie.
Le roi voulut, après la mort de t)uguesclin, lui donner la charge de connétable, mais il refusa cet honneur et n'accepta que la fonction de grand bouteillier de France. Il accompagna le comte de Nevers dans la guerre de Hongrie, demeura pri- |
sonnier des Turcs à la journée de Nicopolis, en 1396, et mou-> rut à Burse, le 1 7 février 1 397. Son sceau porte un guerrier |
armé, qui tient de la main droite une lance avec bannière, et '
de la gauche un écusson écarteléj au 1^' et 4® vairé^ au 2® et 3« fascé.
Marie de Goucy (1383], dame de Ham, fille d'Enguerrand VII et d'Isabelle d'Angleterre, avait épousé en 1383 Henri de Bar (1), sire d'Oisy, qui fut tué en 1396 à la bataille de Nicopolis. Après la mort de son mari , Marie de Goucy vendit, le 15 novembre 1400 (2), à Louis P% duc d*Oriéans, frère du roi , une partie de ses riches domaines. Elle mourut en 1 404, empoisonnée , si l'on en croit l'Histoire du Religieux de Saint-* Denis.
(1) Henri de Bar, était fils de Robert de Bar et de Madame Marie de France, fille du roi Jean.
(2) Ordon .anees dei roU de Franc, t. ix, p. 1.
SEIOlfBURS DE fiAU 311
Apfès sa mort» le roi Charles VI abandonna, le 22 mai liOi, au duc d'Orléans, son frère, en accroissement d*apanage, (4), le droit de domaine qu'il avait sur la cbâtellenie de Ham ; par une ordonnance du môme jour», il lui accorda, à lui et ses descendants, la possession en pairie^ de cette cbâtellenie. {Ordonnances des Rois de France, t. ix, p. 3.)
Louis d^Orlëans ne jouit pas longtemps de cet apanage ; car il fut assassiné, le 23 novembre 1 407, par les gens du duc de Bourgogne (2). Dans le mois même de sa mort, le roi réunit à son domaine la cbâtellenie de Ham, donnée au duc d'Orléans, son frère maintenant trépassé (3).
La duchesse d'Orléans obtint sans doute de Charles VI le retrait de cette dernière ordonnance, car nous trouvons, le 3 janvier suivant (4) un acte de foy et hommage des villes et chastels de Ham, rendu au roi par cette infortunée princesse, et plus tard, le 43 janvier, des lettres par lesquelles il reconnaissait avoir reçu foy et hommage de sa belle-sœur, tant en son nom qu'en celui de ses enfants, à cause des terres de Ham , qu'il avait données à feu le duc d'Orléans, son mari (5).
Ces deux actes portent la date de janvier \ 407, mais comme on y parla de fen. le duc d'Orléaus, (assassiné le 23 novembre 4407; il est évident pour nous qu'ils doivent être attribués à janvier 4 408.
Le domaine de Ham fut attribué, en 4 408, par arrêt de la haute cour, à Isabelle de Coucy, sœur d'un autre lit de Marie de Coucy (6). Cet arrêt parait confirmer l'opinion de
(1) Arch. imp. Section historique. K. ($5, n* 26. — Ordonnaneei des roU de Frante, t. ix, p. 1.
(2) Les portraits de Louis d'Orléans et de sa femme, Yalentine de Milan, sont rapportés par Montfaucon dans les Monuments de la manarch e française. T. m. p. 180, pL xxvii.
(3) Ordonnances des roi»]àe]Pratiee, t. ix, p. 261.
(4) Arch. imp. Section administrative, P. P. 2»
(tt) Ârch. imp. Section administrative, P. 16, n» 6762. (6) Enf uerrand YII, avait éponsé en 2** noces, en 1382. Isabeaa de Lorraine.
du Cbesne, qui pense que le domaine de Ham avait été acheté par Enguerrand Vil.
Isabelle de Coucy, mariée à Soissons, le 23 avril 1409, au comte de Nevers, mourut, peu de temps après en 1 4H . Après sa mort, le château de Ham rentra dans les mains de Charles d'Orléans, alors réconcilié avec le roi, et ce seigneur en rendit foy et hommage, le 12 août 1413 (1]. Un an après, ce domaine redevenait la propriété de Robert de Bar, neveu de Marie de Coucy, héritier légitime, qui en rendait foy et hommage au roi, le 16 août 1413 (2). Ce seigneur avait épousé, le 6 février 1409, Jeanne de Bélhune, alors âgée de 11 ans. Il en eût une fille, Jeanne de Bar, en 1413, peu de temps avant sa mort, qui eut lieu , en 1 415, à la bataille d*Azincourt.
Jeanne DE Béthcne, veuve très-jeune (17 ans) de Robert de Bar, riche de beau;i domaines et de la seigneurie de Ham, se remaria le 23 novembre 1 418, soûs TiçAuence du duc de Bourgogne, avec Jean de Luxembourg, seigneur de Beaurevoir, puis comte de Ligny et de Guise, chevalier de la toison d*or, qui tenait le parti des Bourguignons. Ce comté fit hommage au roi le 18 janvier 1428(3). Il vendit aux Anglais, pour la somme de dix mille livres, Jeanne d'Arc, sa prisonnière, après l'avoir tenue en captivité dans les châteaux de Beaulieu, Ham et Beaurevoir. Jeanne de Béthune fit donation le 1 1 fév. 1 437, de sa terre et seigneurie de Ham (4) à son mari, Jean de Luxembourg. Il mourut, en 1440, au château de Guise, n'ayant pas eu d'enfant, et il fut enterré à Cambrai.
Le roi Charles VII avait confisqué ses biens parce qu'il tenait le parti des Anglais , mais après sa mort, en septembre 1 441, il en rendit la jouissance à sa veuve, Jeanne de Béthune. [Preuves de la maison de Béthune, p. 238.)
(1) Arch. imp. SeeUon administrative, P. 16« pièce» u? IS766.
(2) Arch. ïmp. Seetion[admmittrative, P. P. L. P. 15. N^l^Otf.
(3) Arch. imp. Section adminis rative, P. P^ 2.
(4) Invent. deJ.-B.te Picard, du 2 janv. 1616. — M" d» 281 de la bibliothèque de Tarsenal.
SIIGNEURS BI BAH 318
Jeanne de Béthifne avait une fille, Jbannb db Bar, qu'elle avait mariée en f 435, à Louis de Luxembourg; celle-ci eiitra en possession de la seigneurie de Ham, après la mort de sa mère, €aU50.
Loçis DE Luxembourg, comte dû St-Pol , était déjà recommandable par ses services envers le roi Charles VII, lorsqu'il avait épousé Jeanne de Bar, au château de Bohain, le 46 juillet i 435. Son mariage ne Tempécha pas de se trouver au siège de Pontoise, en 1 441 ; à celui de Dieppe en 1 443 ; à la prise de €aen, en1450; à la bataille de Montlhéry, en ,1465. Jeanne de Bar étant morte en 4 462, nous voyons figurer avec éclat, Tannée suivante, Louis de Luxembourg au pas d'armes célébré à Bruges, par le chevalier Philippe de Lalaing (1 463), en présence des princes et des princesses de la maison de Bourgogne. Le comte de Saint-Pol accomplit xxvii coups d*épée contre le chevalier Philippe de Lalaing (1). C'était le moment de la baute faveur de Louis de Luxembourg. Par son mariage avec Marie de Savoie, sœur de la reine de France, le 1*' août 1 464, il était devenu le beau^-frère du roi , et peu de temps après, le 5 octobre 1 465, il était appelé, par Louis XI, à la dignité de connétable.
Pendant cette période de sa faveur, le connétable fit d'importants travaux au château de Ham et il commença à élever, en 1461 (2), à l'angle Est du fort la tour énorme qui a gardé son nom. Nous en avons donné la description dans le chapitre XXIV, p. 282.
Dans la lutte continuelle qui eut lieu entre le duc de Bourgogne et Louis XI, Louis de Luxembourg ne sut pas se décider franchement ni pour le roi, dont il était le connétable, ni pour le duc, dont il était le vassal ; ainsi, tandis qu'il promettait à Louis XI d'être pour lui envers et contre U>U8, il écrivait au
(1) Lepos d*arn^$ du ekevalierde Lalaing, — H** in-i", appartenant à M. le baron Blondel d'Aubers.
(2) jtuguita nrrmandaarum iUutt.f par Emmeré, p. 321.
même moment au duc de Botirgogne qu'il trouveraU bien moyen de saisir le roi et de l'envoyer finir sa vie quelquepart. Louis XI, informé de cette double promesse, fit proposer au duc de lui donner l'argent, les meubles du connétable, avec les villes de Ham et de Bohain, s'il voulait réunir leurs gens d'armes et attaquer leur ennemi dans son château. Le connétable, averti de ces ouvertures, obtint une entrevue du roi; elle eut lieu à Ham. Là, on convint des lèvres que tout serait oublié ; mais Louis XI connaissait les réticences et quand , le jour suivant, il repartit pour St-Quentin, il avait déjà entrevu dans son esprit cauteleux la place de grève et le bourreau. L'occasion ne se fit pas attendre et les indiscrétions du roi d'Angleterre fournirent à Louis XI un nouveau prétexte pour attaquer son ennemi. Les confériences furent reprises entre le roi et le duc de Bourgogne, et la perte du connétable y fut résolue Celui-ci, méconnaissant la force de sa position , s'enfuit de Ham» son vrai boulevard et sa plus siire retraite , pour aller se réfugier auprès de son ami le bailly d'Aymeries, à Mons , en Hainaut. Hais cet ami le fit .arrêter, malgré le sauf-conduit accordé par le duc de Bourgogne, et Louis de Luxembourg, fait prisonnier, fut livré au roi. Jugé par le parlement de Paris, il eût la télé tranchée, en place de Grève, le 19 décembre 1 475, à l'âge de 57 ans. Son corps fut enterré dans l'Eglise des Cordeliers de Paris.
Ainsi périt ce grand homme de guerre abandonné par son beau-frère Louis XI, par son neveu le roi d'Angleterre, par son ami le duc de Bourgogne. La mort du connétable ne fut qu'un honteux marché^ et si personne ne fut ému de voir tomber cette tête en place de Grève, c'est que le caractère cruel et hautain du comte lui avait depuis longtemps aliéné les esprits; mais il n'en resta pas moins un stigmate au front de ceux qui l'avaient lâchement abandonné pour se partager ses dépouilles.
Après la mort du connétable, Ham, suivant la convention du roi avec le duc de Bourgogne, fut remis à ce dernier. C'était le
SEIGMSURS DE HAM. 315
prix du sang, mais Tannée suivante, 4 476, le roi fit assiéger la ville, et tes eigneur de Lens, commandant du fort pour le duc de Bourgogne, le rendit aux Français. Louis XI, en possession de ce château, en fit donation, en février 4476 (4), à Pierre de Rohan, seigneur de Gié, duc de Nemours, comte de Guise et de Soissons, maréchal de France depuis 4 475 (2).
Pierre de Lcxeubourg, comte de Saint-Paul, de Ligny, de Conversan, de Brienne, etc., fils de Louis de Luxembourg, décapité, et de Marguerite de Savoie, est qualifié sur son épitaphe, de seigneur de Ham (3). Pierre était-il réellement seigneur de Ham à Tépoque de sa mort, au château d'Ënghien, le 4 5 octobre 4 482. Nous pensons qu'on lui a donné induement ce titre, parce que ce fut seulement en 4 487, que Marie et Françoise , filles de Pierre de Luxembourg et de Marguerite de Savoie, petites filles et héritières de Louis de Luxembourg et de Jeanne de Bar, rentrèrent dans la possession du domaine de Ham. La main-levée de Charles YIII, en juitiet 4 487, ne fâl homologuée par le Parlement que le 4 février 4 488, à cause des oppositions de ceux qui jouissaient de ces biens.
Marie de Luxembourg, qui eut dans sa part d'héritage le comté de Ham, avait épousé Jacques de Savoye» comte de Romont son, oncle maternel, celui-là même qui monta le premier à Fassam des murs de Morat, ce qui neTempècha pas de venir
(1) Registre du Parlement, j[^ H,
(2} Pierre de Rohaii, duc de Nemours, comte de Guise et de Soissons, seigneur de Gié, du Verger et de Ham, servit utilement la France sous Louis XI, Charles VlU et Louis XII. H fut fait maréchal * de France en 1475, et fut fort aimé de Louis XII.
Il est représenté dans deux gravures (*), tantôt à cheval, armé de pied en cap, tenant une hache à la main, et portant sur son casque une plume d'une longueur extraordinaire ; tantôt tenant son bâton de maréchal, avec un bonnet en tête, et le collier de l'ordre de Saint- Michel.
11 s'armait au premier et quatre, de Roh m qui est de gueules à neuf maeles d*or, 3, 3, 3; au second, de Navarre; au troisième, d'Epreuoo ; sur le tout, de Milan, Sa devise éUit : Dieu ga-d^ de mal te pétérin.
(3) Pierre de Luxembourg fut enterré dans l'abbaye de Gercamp. Le Mausolée de Toison-d'Or nous a conservé son épitaphe, p. 69.
(*) MonumtHts de ta Monarchie française» par Moathacoa, t. 4, p, U-l, planche 24.
finir ses jours à Ham , le 30 janvier 4 486. Sa veuve le fit en« terrer près du grand autel, dans Féglise de l'abbaye de Ham (voir son épitapbe, page 433 du chapitre xi).
Le comte deRomont avait laissé, de son union avec Marie àe Luxembourg, une fille, Françoise de Romont, qui épo'usa le comte de Nassau. {Aug, Viromand. illmt, p. 335).
Marie de Luxembourg se remaria en secondes noces , par contrat passé à Ham, le 8 septembre 1487, avec François de Bourbon, alors fort jeune ; ce prince mourut à Yerceil, le 30 octobre, 4495 (4), après avoir vaillamment combattu à Fornoue. Il était accouru en poste, sur le bruit qu'il devait y avoir bataille; car il n'avait pas pu faire le voyage d'Italie avec le roi (3). Philippe de Commines, dit que ce fut dommage, car il était beau personnage, jeune et sage. Marie rendit foy et hommage au roy, le 37 juillet 4 498. Plus tard elle fit le partage de ses biens à Lafère, le 4«' février 4548.
Marie de Luxembourg habitait souvent le château de Ham , elle y mit au monde :
4® Le 6 octobre 4 194 , François de Bourbon (voir sa biographie, p. 331, du chapitre xxi);
3® Louis de Bourbon, voir chapitre xxi, p. 333.
3*> Antoinette de Bourbon, voir chapttre xxi, p. 33i.
Marie de Luxembourg, veuve pendant 50 ans, acquit par ses
bienfaits le glorieux surnom de Mère des pauvres ; ce fut elle
qui fonda la belle verrerie de Saint-Gobain. Celte bonne prin-
* cesse mourut trop tôt, quoique dans un âge avancé, le 4 ''avril
François dé Bourbon et Jeanne de Luxembourg ont été enterrés dans l'Eglise de Saint-Geoi^es de Vendôme, contre le
(1) jirt de vérifier Us dates. T. 2, p. 732.
(2) Mémoires àe Ph. de Commines. Liv. vui. S. 9.
(3) On trouTe dans l'église de La Fère rinscription solTaote :
« A la mémoire de princesse Marie de Luxembourg , surnommée D la Mère des PauTres, morte le l'"^ ayril mdxlvi. » Suivent ses armes.
SlIGNKCaS DB HAH 34 7
mur de gauche, où ils sont représentés àgenouilfés devant un prie-Dieu.
Après la mort de Marie, Ham passa dans la maison de Bour-* bott-Vendosme. Antoine de Bourbon, qui recueillit cette seigneurie était fils de François de Bourbon et de Françoise d'Alençon. Gouverneur de Picardie jusqu'en 4555, et de la Guienne, au moment où il montait sur le trône de Navarre » à* la mort d'Henri d'Albret , dont il avait épousé la fille unique (4). Déclaré lieutenant-général du royaume, après la mort de François II (4560) , pendant la minorité du roi Charles IX ; blessé au siège de Rouen d'un coup de mousquet à répaule gauche; il mourut à Andelys, le 47 novem- 1»^4562.
Henri lY, fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, recueillit par héritage la seigneurie de Ham, qu'il réunit à la couronne de France, lorsqu'il devint roi.
Chatilàins, Gouvbrnbuhs bt Cohmakdants DU Chatbàu DB Ham.
Nous avons dit dans le chapitre ïxvi, page 304, que les seigneurs de Ham avaient été dans l'origine les gardiens de leur château ; mais qu'ils n'avaient pas tardé à en donner le commandement et la surveillance à des officiers de confiance. Ces officiers, nommés châtelains ne furent pas seulement chargés de la garde du château, mais on leur confia en même temps
(1) BoarboD-Vendôme porte : ^atwr â Iroh fleun de ijfsitor, à la totiif-s ou bande de ^eule9»
3f8 CHAPITRE XXV H
la recette desMroils seigneuriaux qui constituaient la baronie. Malgré l'importance de ces fonctions, nous n'avons trouvé que peu des nopois d^ ces officiers. Il est donc probable qu'ils ont été supprimés, lorsque la baronie de Ham passa, en 1380, dans la maison de Coucy, et qu'ils ont été remplacés par des gouv^neurs.
<® Symon (Castellanm) (4), qui vivait en 986, paraît avoir été tout à la fois seigneur et châtelain de Ham ; — 2<* Roger, qui vivait en 4442 (2), sous Odon II; — 3*> Algrin, qui souscrivit avec Odon, en 4 4 88, la charte de commune de Ham; — 4® et Wautier, qui prit la croix en 4202, en môme temps qu'Odon III (3). Tels sont les premiers châtelains de Ham dont nous avons rencontré les traces.
A partir du xiv* siècle nous trouvons des gouverneurs qui commandent le château de Ham, soit temporairement, soit pendant les sièges qu'il a supportés. Voici les noms de ceux que les auteurs nous ont transmis :
BausisRS (le sire de} qui, arrivant du Hainaut, défendit en 4373 le château de Ham contre les Anglais' (4).
Bernard d'Albret, capitaine de Gascogne, 4444 (5). (Voir le Siège de 4 44 4 , chap. xvii, p. 1 72.)
PoTHON, S' DE Xaintrailles, gouvemour pour le roi en 4 4^^, fait maréchal de France en 4 454, t en 4 464 . Son portrait existe au musée de Versailles, sous le n® 974 .
Lionel de Luxembourg, capitaine pour le duc de Bourgogne en 4 423.
Clugnbt de Brabant et Menessier Queret, gouverneurs de Ham, en 4 434 (6).
Bannière (Antoine de la}, 4 440 (7}.
(1) Charte de Saint-Prix, donnée dans tes Preuves, p. 33, de VAugusta Firomanduorum lUustrata, par Emmeré.
(2) Charte des archives de Saint-Cornille, deCompié^ne. 3) Mssde dom Grenier, 27« paquet, n« 3.
(4) Hist, du dioe, de Laon, par D. Lelong» p. 336.
(5) Enguerrand de Monstrelet, Ut. 1", p. 128. Edition in-folio. )6) Chronique de Charles VI. tome it, p. 473.
(7) De Cagny, Arrondissement de Péronne, p. 375.
CHATELAINS, GODYBRimURS ET COMMANDANTS 349
Lbns (le seigneur de), gouverneur, pour le duc de Bourgogne, du château , qu'il rendit au roi Louis XI, en 4 476, après la mort du duc.
Sarrebruchb (Amé de ), comte de Roucy et de Braisne ; il défendit vaillamment, en 4533, la place deHam et força les anglais de lever le siège. — Le roi François P' lui donna pour récompense le gouvernement dellsle de Fra^ce (1 j.
Sarccs (Jean de), un des plus grands captaines de son temps, gouverneur deHam avant 4536; car c'est du château de cette ville qu'il partit avec sa troupe pour aller s'enfermer dans Péronne, assiégée par le duc de Nassau (SI).
Michel de Y, gouverneur de Ham, f en 4565, suivant les épilaphes de l'église Saint-André de Saint-Quentin, citées par par Q. de la Fons, t. ii, p. 440, de Y Histoire de St-Quentin.
Robert db Chepot, 4556-4557 (3], gentilhomme de la chambre du roi Charles IX; gouverneur de Saint-Quentin. (Le P. Anselme. T. vu, p. 744 .)
Pierre be Chapuis, gouverneur de Ham, 4557 [4j.
DeGuion, gouverneur de Ham en 4558, suivant Ld Ligue à Àmiem, par M. A. Dubois, p. 38.
Navarbttb, maistre de camp, gouverneur espagnol, en 4568 (5).
Courbon (le sieur de) , gouverneur de Ham, en septembre 4558 (6).
Gômeron (Loys de Mot de), 4585-94 (7). Ce gouverneur fut pendu en juin 4595, en vue du château de Ham, par le général espagnol , comte de Fuéntës, à un arbre qui depuis a été
(1) Hiât. généalogique dé France, par le P. Anselme. T. viii, p. 536,D.
(2) E»Mi nar ia vUU de Péronne, par M. Martel, p. 66.
(3) Commentaire* de FrançoU de Rabutin, édition Miehaud p. 572. (4)' ArchÎTes de l'Hôtel-de-YiUe de StnQuenUii, liasse 152. Lettres.
(5) Comptes de Miguel de Jaca^ commissaire des ouTTages de la ville de Ham et des vivres et munitions de l'armée espagnole.
(6) Introduction à ta Chronologie de Palma Caget, édit. Michand , 1. 12, p. 65.
(7) Arch. de rHdtel-de-ViUe de St-Qaentin. Liasse 152. Lettres,
nommé l'Arbre Gomeron. (Voir le siégé de Ham, en 4595, chap. XVII, p. 483,)
Antoine de là Viefville, seigneur d'Orvillers, beau-frère (4) de Loys de Gomeron, 4595. -
Saisseval (de), François de Sénicourt, seigneur de Saisseval, de Warmaise, de Chëpoy, etc., fils de Pierre de Sénicourt et de Catherine de Hallencourt, engagé, en 4 594 , dans le parti de la ligue, qu'il quitta depuis ; il fut gouverneur de Beauvais en 459i. C'est lui qui repoussa énergiquement le comte de Fuentès, et a qui la garde de la place de Ham fut confiée par le maréchal de Bouillon (2).
Belin (de) (3), nommé gouverneur par Henri IV, le 29 novembre 4 595 (4)'.
A partir de la réunion de la seigneurie de Ham à la couronne, Bam n'a plus d'individualité et se confond avec le reste de la France dans celte unité de pouvoirs, rêvée par Henri IV, dans cette centralisation que commença Richelieu, que continua Louis XIV, et qu'achevèrent la Convention nationale et Napoléon, Ham n'est plus la ville d'up seigneur, c'est la ville de la couronne et son domaine, et quoique ce domaine ait encore été quelque fois engagé, le château est toujours resté entre les mains du roi comme propriété de l'Etat.
HuMiÈREs (d*) Louis II PE Crévant, vicomte de Brigueil , seigneur d'Azay, Argy, Orillac, qui devint marquis d'Humières, par son mariage avec Jacqueline d'Humières, le 48 février 4595. Chevalier des ordres du coi, conseiller en ses conseils, capitaine de cent gentilshommes de sa maison, et de cent hommes de ses ordonnances, Gouverneur de Ham et de Compiègne (5).
(1) Contrat dit mearia^t de Charlotte de Uoy, du 16 avril 1594.*
(2) Histoire univen. de de Thou, liv. cxii, t. vm, p. 584.
(3) Jean-François de Faudoas, comte de Belin , qui joua un rôle très-important pendant la ligue.
(4) inv. âee chartes ûe la maison de Luxembourg , p. 3. Bib. de Tarsenal.
(5) Hist. généalogique de France, par le P. Anselme, t. v, p. 568, D.
CHATELAINS, GOCVERNBURS BT COMMANDANTS 324
LoNGUBViLLB (le duc de) (4), 1616 à 16I9*
Albbrt duc db Lutnbs (Ch« d'), connétable de France, 1631 .
Anthoinb D*At7MALLB, écuyeT, seigneur de la Foilye, eto.
YuTNBAO (Claude), capitaine, 1624 (2).
Pbéault (Claude de), capitaine, en 1626 (3).
DoBuissoN (Alexandre), capitaine, 1626, démissionnaire 4651. — De Bertemoni, lieutMiant, 1629.
BuGNT (de), commandant intérimaire, 1651 (4).
HoGQUiNCocBT (Charlcs db Moncht, marquis d'), 1652 à 1656. Ce général, issu d'une des premières familles, après s'éire couvert de gloire dans maints combats, particulièrement à la bataille de Retbel, où sa conduite lui valut le grade de maréchal de France, abandonna, en 1656, sous Tinfluence de la belle duchesse de Châtillon, dont il était amoureux, le para du roi pour entrer en négociation avec le prince de Condé. Celui-ci lui ayant fait offrir 400,000 écus et la lieutenance des Pays-Bas, s'il voulait lui livrer Péronne et Ham, dont il était gouverneur,d* Hocquincourt était sur le pointd'accepter ces offres, déjà le prince Je ConJé s'était avancé avec toutes ses troupes jusqu'à deux lieues de Péronne (5); mais de Turenne, prévenu à temps, courut à Compiègneen conférer avec la cour, et, quoique le cardinal fût très-mortifié de traiter avec un officier rebelle, il envoya cependant le duc deNavaille à Péronne pour s'entendre avec le maréchal f 6). Le duc trouva d'Hooquincourt donnant alternativement audience aux Espagnols et aux Fran. ^ais, et rapportant sans détour aux uns et aux autres les offres qu'on lui faisait.
Cette négociation aurait pu finir d'une manière désavanta* geuse pour la France, si le cardinal n'eût tranché la difficulté
(1) Henri d'Orléans II, duc de LongueyiHe, pair de France, gou- Terneur de Picardie, puis de Normandie, f 1663.
(2) Délibérations du Conseil municipal de Ham.
(3) Délibérations du Conseil municipal de Ham.
(4) Délibérations du Conseil mun cipal de Ham.
(5) Mém. du vicomte de Turenne, édit. Michaud, t. 3, p. 474.
(6) HUioire de Louis XIF, p. 434.
eo faisaot arrêter la duchesse de Châtillon. La crainte des ■uaTustraîtemeots qu'on aurait pu faire à cette dame détermina le maréehil à accepter âOO,000 écus, moyennant quoi il consatth à se démettre du gouvernement des deux j)laces de Ham el Péronne eo favmir de sou fils.
D'Hoequineourt fut tué deux ans après, le 43 juin 1658, son cwps fut enterré dans l'église de Notre-Dame-de-Liesse. — n portait pour armes : de gueules à trois maillets d'or, — Son portrait en pied, peint par Caminade, existe au musée de YersaiUes, sous le n® 4 ,51 9.
CàCTiLu (Alexandre-Louis de} écuyer, seigneur de Rollaneoait« Ueiitenanl du gouverneur, 4652. — François Hébert, soigneur de Segrez, capitaine au régiment de Rarabures, lieutenant du gouYemeur (4). — Charles Herbert, lieutenant Al goiiTemeor, 4657.
BorviLUS (Jean de), lieutenant-colonel du régiment de Bétknne, commandant de la ville et du château de Ham , décédé àHamJe93juin4658(2).
Mot (Charles de), marquis de Riberpré, maréchal de camp^ Ke^tMiant d*un régiment d'infanterie, gouverneur de Ham de «$S8 à 1680.— Lieutenants : Ch. de la Rigaudière, 4664 ; — FMitCK>b Lekrelon , 4667; — J.-B. d'Esclaus, 4670-75 (3).
lUrtE-FAYi (de), marquis de Jauvelle, capitaine-lieutenant A^ h $«cotide compagnie des mousquetaires, 4680 (4).
De lA Mottc-Yatbyillb, lieutenant-général des armées du Mi« gvMiYertieur de la ville et du château de Ham en 4694 (5). — IV D*\ise, lieutenant, 4687. — Delà Lusse, — De Saintt;u;if^« majors.
^ititt^AN (de), gouverneur, 4697. — Charles-Michel
vl^ ii¥t^én\lkirH9éÊim maison dn Luxembourg, p. 3. Bib. deVar-
vt^ IK^iMvv a*» la paroisse Saint-Pierre de Ham.
yst^ HM é*kifk>^^, --Picardie. 1678. T. 2.
yl) ¥W 4^ l«i Mmiim** «- Picardie. 1680 à 1689.
v^^ ¥W é» lu t'i^imt. leOI, t. 2, p. 560.
CHATELAINS, GOUVBRNKURS BT COMHANDANTS 323
d'HKRviiLT, eomte de Canisy, de Devise (4), eapitaine dans le régiment de Bretagne, lieutenant, 4684, 4695, 4720.
Grahmont (Louis-Antoine-Armand duc de), comte de Lespare, brigadier des armées du roi, nommé gouverneur, 4745- 4727(2).
Walle (de), gouverneur, 4736, 40 et 44 (3).
PoNTCHARTRAiK (Louis Phélîpeaux comte de), gouverneur, 4760 (4). — D'Hervilly, lieutenant, 4760.. — Loaiis-Marie- Antoine de Champagne, chevalier, seigneur d'^avrioourt , lieutenant 4779.
BiLLARDBRiE (Ic chcvaHer de la) décédé gouverneur du château de Ham en 4783, est remplacé le 6 février de la même année par M. de Pujol, maréchal de camp des armées du roi. -^ Charles de Bazignan, chevalier, lieutenant, 4783 (5).
Thiffon de la Bastille, ancien major de la place de Ham, 4789.
PioGER, ancien suisse de la cathédrale de Lens, commandant d'armée en Tan IL
RoGiER, commandant de place à Doullens, envoyé à Ham par le général de division de l'armée du Nord , le 22 prairial an II {6j.
Mbrt-Montignt (Loui^Joseph) , commandant du fort de Ham, en Tan III (7). Il y meurt le 46 frimaire an IV.
Chazaui), adjudant-général et chef d'état-major de la 2* division militaire, envoyé d'Amiens à Ham, par Lambardie, le 2 Vendémiaire, an IV (8).
Thuring (Henri-Joseph), adjudant-général, inspecteur dés
(1) Porte : de sabU »emi de fleurs de lys d*or»
(2) Délibérations du Conseil municipal. — Etat de la Franc, T. % p. 143.
(3) Plan des places fortes de Picardie, et septième abrégé de ta CartQ générale de France, p. 58, par Léman de la laisse.
(4) Almanaeh de Picardie de 1760.
(5) Cbarles de Basignan, né en 1737, aTait épousé à St-Quentin, en 1786, paroisse Sainte-Marguerite, d^^« Louise-Thérèse d'AmerTal.
(6) ÀrchÎTes de Ham. Reg, rouge, p. 300.
(7J Cité devant le comité du salut public, le 19 germinal an m. [8; ArchÎTes de Ham. Reg, rouge, p. 405.
côtes maritimes, chef de bataillon, envoyé, le 4 ^floréal an III, pour commander la ville de Ham, où il avait épousé, l'année jffécédente, M"« Antoinette-Augustine-Élisabeth Tupîgny. Il était parvenu au grade de général de division, l(Mrsqu*il divorça le 47 pluviôse an X. Il mourut à Tarmée.
MoNTiGNY (Louis-Joseph-Mârie), capitaine au 45® régiment d'infanterie, commandant, le 46 frimaire an Y. (Archives de Ham, Reg, Rouge, p. 377.)
DoDEciLLB, commandant de la garde nationale de Ham, est nommé provisoirement command' du fort, le 46 frimaire an Y.
FONTBNBU.B, capitâine^commandaut, le 25 frimaire an V.
MONTCHARHONT, d^.
LispiNASSE, chef de bataillon, 20 ventôse an YL
Collet, capitaine des vétérans, commandant par intérim.
Dbsbordes, capit°®-command^ le 45 thermidor an YIII (4).
Baudrt, capitaine-commandant, le 4 4 germinal an YIII.
Fontes, chef de bataillon, commandant d*armes.
YincENT, chef de bataillon, commandant.
NiÉLON, chef de bataillon , commandant. Tan XII.
PRESSECQ, chef de bataillon, d'août 1807 au 20 avril 4809.
CosTB, colonel, commandant, du 20 avril au 13 juillet 4809.
DiLLÉNius, chef de bat<>^ du 43 juil. 4809 au 8 juil. 4842.
Ballouin (François-Hilaire) , né à Saumeray (Eure-et-' liOire), le 23 octobre 4767. Lieutenant de la gendarmerie d'élite de Napoléon P% il fut envoyé, le 8 juillet 4842, pour commander le fort de Ham , poste qu'il occupa jusqu'au- 44 mai 4814. Après sa retraite, il continua d'habiter la ville de Ham, où il s'était nxarié et où il est mort, le 40 septembre 4837. M. Hallouin a laissé deux fils dont il a été question au chap. XXI, p. 244 .
Magen, chef de bataillon, du 25 mars au 4 juillet 4844.
Balson, chef de bataillon, commandant, du 45 juin 4845 au 43 avril 4846. Lors de l'invasion de 4845, ce commandant ebtint, par sa fermeté, du général prussien Thyelman la capitih
(1) Cité dans la relation du procès des naufragés de Calais, par M* de Choisenl. — Mémoires des Contemporains, 4* livraison.
CHATELAINS, QOUVBRNBUBS ET COMMANDANTS 325
laticm la plus honorable. (Voir au chapitre xvii, rinvasioo de 1845, p. 192).
Lioux (de), chef de bataillon, commandant, du 26 mars 1846 au 13oct. 1830. De Lioux (Cbarles-Marc-Eugène) , d'Ëstienne de Chaussegros, est né 1i Metz, le 2 janvier 1769, d'une noble et très-ancienne famille originaire de Provence et de Lorraine.
— Entré au service coriime sous-lieutenant, le 21 mai 1785,
— lieutenant le 1 5 septembre 1791 , il a fait en 1796 la guerre en Amérique. — Chevalier de Saint-Louis, le29nov. 1815.
— Chef de bataillon, le 9 mars 1816, retrhité en 1831, et décédé à.Saint-Mibiel (Meuse), le 18 novembre 4842.
M. le commandant de Lioux a laissé deux fils qui sont arrivés aux premiers grades de la Jiiérarchie militaire. — M. le général marquis de Lioux (Chafles-Louis-Eugène-Edôuard), commandeur de Tordre impérial de la Légion-d'Honneur, présentement commandant de la 1'® subdivision delà 2* division militaire à Rouen.— M. de Lioux (Alexandre), commandeur de la Légiond'Honneur, ofiScier de Tordre de Saint-Mauriceet-Lazare de Sardaigne, colonel du 7"*« régiment de chasseurs à cheval (4).
Delpirb (Pierre-François), né à Dôle en 1773, inscrit dans un régiment d'artillerie à Tâge de 43 ans, reçut la croix de la Légion-d'Honneur des mains de l'Empereur, en 4 807, se distingua aux batailles d'EssIing, de Wagram, chef d'état-major au siège d'Almérida, commandant d'artillerie de la division Heudelet, rentré en France en 4814, sa réputation lui valut la croix de Saint^Louis. Mis à ta retraite en mai 4 84 6. Nommé en 1830, sur la proposition du maréchal Soult, avec le grade de lieutenant-colonel, commandant du fort de Ham, il y resta jusqu'en 4837. Nommé major de Thôtel des Invalides, où il mourut le 24 mars 4846.
(i) Les armes de cette famille sont : éeartelé au 1«' et 4« d*azur d iroiâ bandeê d*or, qai est d'Estienne : au 2* et Z" d*or d la bande de gueules, qui est de Chaussegros. — Supports: deux griffons. — Deyise : Triplex difficile rumpiiur.
Reboul (Louis de), capitaine, commandant, du 9 avril 1837 au 12 janvier 1840.
Deharle, capitaine, commandant, envoyée Ham en 1840, lorsque le prince Louis Napoléon y fut incarcéré. M. Détriment fut alors commandant de place pendant tout le temps que M. Demarle commanda le château. Après l'évasion du prince, le 26 mai 1846, M. Demarle fut traduit devant le tribunal de Péronne, et renvoyé avec un jugement motivé en ces termes : « Attendu que loin qu'il résulte du procès des preuves » de négligence habituelle dans l'accomplissement de ses de- » voirs, delà part de Demarle, les debat$ ont mis en relief, au » contraire, son zèle, son exactitude et sa surveillance inquiète » et incessante ; qu'il n'appert pas des d^ats, que Demarle ait, » par sa négligence, facilité l'évasion du prince, renvoie, etc.
Détrimont capitaine, commandant de place, du 3 mars 1840 au 11 novembre 1847.
Besse, capitaine, commmandant du 22 novembre 1847 au 29 janvier 1850.
Baudot, capitaine, commandant du 17 mars 1850 au 3 novembre 1853.
Martt, capitaine, commandant du 22 novembre 1853 au 25 mai 1859.
Carrère, capitaine, commandant depuis le 25 août 1 859.
Prisonniers do Chàîeàu de Hàm.
Avant 4790.
M. de Peyronnel, d*accord avec la tradition, pense que le roi Charles le Simple a été prisonnier au château de Ham en 923 (1).
Neuf ans après, le comte Herbert de Yermandois y tenait prisonnier Ebrard, fils d'Hilgaud, comte de Ponthieu (2).
Potbon de Xaintrailles, qui joua un si grand rôle sous les règnes malheureux de Charles VI et de Charles VII, fut fait prisonnier à Ham, en U23. Walleran de Saint-Germain, gentilhomme, pris avec Potbon , y fut décapité par ordre de Jean de Luxembourg. (Voir chap. xvii, p. 178.)
La tradition rapporte aussi , mais sans preuves , que Jeanne d*Arc a été détenue à Ham en août i 430, lorsqu'elle fut conduite ^ prisonnière du cbâieau de Beaulieu à celui de Beaurevoir.
On dit aussi, à cause d'une chambre de la Grosse Tour, véritable cachot , qu'on nomme encore aujourd'hui la Chambre du Roi , que Louis XI a été tenu prisonnier au château de Ham par Louis de Luxembourg. Louis XI a-t-il couché dans cette chambre comme hôte on comme prisonnier? Aucun chroniqueur ne fait mention de ce fait , et cet emprisonnement parait peu probable ; mais il est certain que le roi a séjourné plusieurs fois au château de Ham , particulièrement en mai i 468 , en mars i 470 et en mai i 474 , et il a daté de celte place diversesi ordonnances (3).
(1) Le Livre des cent et un y t. vu, Ham, par M. de Peyronnel, p, 372.
(2) Mém. du Fermandois, par GoUiette , t. 1, p. 444.
(3) Ordonnances des Rois de France, t. xvii^ p. 404, 420, 422 et 426
328 CHAPITBB XXVIII
On rapporte aussi , mais sans plus de probabilité , que Te connétable de Saint-Pol, Louis de Luxembourg, fut emprisonné à Ham dans la chambre même qu'il avait destinée à Louis XI. Triste revers de la fortune, qu'il croyait pouvoir braver du haut de sa formidable tour!
Un curieux prisonnier du quatorzième siècle, fut Robert Patou, mayeur de Ham, qui eut, dit-on, la langue percée d'un fer rouge pour avoir défendu les prérogatives communales de la ville de Ham. Combien de mayeurs de nos jours en feraient autant !
Après la prise de Ham en 4 557, par le roi d'Espagne et ie duc de Savoie, Sépoys, gouverneur de Ham, fut enfermé au château avec d'Ëmery de Sépoys et Robert de Sépoys. Pisseleu de Heilly, qui avait montré dans ce siège un courage digne d'un meilleur sort, n'ayant pas pu payer l'énorme rançon que lui demandait le duc de Savoie, mourut son prisonnier. Pisseleu était de l'illustre famille de Heilly et fils de Guillaume de Pisseleu, qui en 4542, avait défendu d'une manière si admirable, Thérouane contre les Impériaux et les Anglais réunis.
Louis de Bourbon, prince deCondé, fils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme^ fut envoyé prisonnier au château^ de Ham en 4560, sous l'inculpation d'avoir favorisé l'entreprise d'Amboise. D'Aubigné, dans son Histoire (4), nous apprend de ce prince « que, tous les soirs, il faisait jouer à plusieurs passe- » temps puérils et courir les yeux bandés dans un rond fait avec > du charbon. Lorsqu'il reçut la nouvelle de sa délivrance, il » résolut de garder forme de prison; de Ham il alla à La Père.» Charles IX lui rendit la liberté à son avènement à la couronne. — Il fut tué de sang froid au combat de Jarnac, le 43 mars 4569 (2).
Yitermont d'Humières, était prisonnier au château de Ham, en 4695, lors du siège de la ville par l'armée royaliste. (Voir V Histoire de France, par de Thou, t. viii, p. 573).
(1) Histoire univenelle, par d'Aubigné, Ut. 2, €hap. xxi.
(2) Hist. des grands officiers, par le P. Anselme, T. i, p. 3$2.
PRISONNIBftS PU CBAtBÂU DE HAV 3S9
A la suire du siège de 1595, on fit prisonniers : Dominique Bandini, Napolitain, commandant polir TÉspagnedans la ville de Ham. (Bandini y mourut de ses blessures}, -r— Balthazar Caracciolo, de la famille du fameux marquis de Mico, commandant dans Ham.— Checco di Sangré.— Settimiodi Fabii, Romain. — FernandodiNinla.— Marcello-Molina.— Martio Schiavalo. — Scipione-Barone. - Martio^Nicolaï. — Annibali-Marlino. — J.*-B. Garesciano, tous capitaines commandant dans Ham. — Olmeda, commandant des Espagnols, qui, peu de temps après, fut envoyé h Saint-Quentin. — Marcelin del Giudice, envoya' i Chauny.*- Plus, 700 soldats prisonniers (1).
C'est une tradition dans le pays qu'un malheureux capucin, dont le nom et le crime sont toujours restés inconnus, a vécu de longues années dans un des étroits cachots de la Grosse Tour, où il est nrort en grande réputation de sainteté.
On allait autrefois prier auprès d'une pierre qui avait longtemps servi d'oreiller à ce pauvre moine ; et le corps de ce prisonnier s'était tellement endurci aux privation9 de toute nature que cette pierre, qui lui avait servi de chevet, portait l'empreinte de son oreille. Une naïve dévotion lui attribuait une merveil* leuse vertu.
Les femmes faisaient toucher leurs vêtements à la pierre du capucin , et les jeunes filles en emportaient un morceau ; car, suivant la légende, ces dernières devaient, après ce pèlerinage, se marier dans l'année.
Voici un couplet d'une malicieuse chanson qu'on fit a ce
lUijet :
« Filles de Picardie
a Venez au caveau de Ham ,
« Et TEglise tous marie
« Avaiit qu'il ne soit un an.
« Ayez figure vermeille ,
« Bonne dot ; et y pour certain ,
« Vous bénirez Voreille
« L'oreille du capucin. »
'^1) Histoirt de France, par de Tbou. T. vni, p. I$77, •— Davila. T. in, liv. XV, p. 8.
330 CBAFITRB XXVIII
Ed pareourant dernièrement le Journal manuscrit d'un chanoine de Saint-Quentin, Charles de Croix, qui rend compte des événements qui se sont passés dans le Vermandois , du 24 juillet 4647 au 3 octobre 4 685 (4), nous avons trouvé à la page 429, la mention de l'incarcération, faite en 4658, dans le basfond de la tour de Ham, d'un capucin nommé le père Constantin. Voici comment Charles de Croix rapporte ce fait :
Le ireize mai 4658, trois cavaliers de la garnison de Saint- Quentin, rencontrèrent près du village de Saint-Simon, un inconnu qui, à leur vue, rebroussa chemin. Cet inconnu, botté, éperonné, ayant l'épée au côté, un manteau sur les épaules , un chapeau brodé sur la tête , portait le eostinne militaire d'un cavali^. Arrêté et fouillé, on trouva sur lui un passeport, signé de M. le prince de Condé et daté de Bruxelles. On l'amena i Saint' Quentin, où il fut reconnu pour le père Constantin, capucin, qui avait prêché l'année précédente dans l'église de Saint-Quentin. Du couvent des capucins il dit s'être retiré dans celui de Coulommiers-en-Brie, puis il avoua s'être fait huguenot et avoir renoncé à la religion catholique. Parti pour la Hollande, où il avait été reçu Ministre, il était rentré en France. Ses démarches dans les environs de Saint-Quentin , dont il ne put expliquer le but d'une manière satisfaisante, le firent soupçonner d'espionnage et de mauvais desseins contre la sûreté de la ville. On l'envoya au lieutenant-criminel , à Laon , le 49 mai 1658; mais le prisonnier n'ayant rien voulu répondre à ce magistrat , celui-ci , persuadé qu'il avait des intelligences avec les ennemis , l'envoya à Ham , où il fut tenu prisonnier dans la basse-fosse de la Grosse Tour de. cette citadelle.
Telle est, à peu près textuellement rapportée, la mention que nous trouvons, dans le Journal de Charles de Croix, de l'incarcération du père Constantin, capucin, dans le caveau de la grosse tour ; or nous croyons bien que le capucin de la tour de Ham n'est autre que ce père Constantin , qui , enfermé comme
(1) Journal manuscrit in-4° de 039 page?. Bibliolhèqae de M. Le Serrurier, conseiUer à la Cour de cassation.
PEISONNIBRS AU CBÀTEÀV DE HAM 331
espion, lors des guerres de la Fronde, dans le bas-fond de la tour, y a été oublié et y est mort, après avoir vécu pendant de longues années dans ce tombeau.
Grégoire Lefosseur, prisonnier de guerre du pay&de Brabant, contracte mariage à Saint-Martin de Ham, le 20 juin 1 659, avec Barbe Bendel (1).
Le marquis de Yaltot et de La Cappelle, prisonnim*s au château de Ham, s'évadent le 24 septembre 4687. Le procès-ver* bal de ce jour constate que « les deux fugitifs ont du sortir par la cbeminée de leur chambre, d'où ils ont passé sur la porte d'Orgronetqueles draps de leur Ut, découpés en petites bandes attachées les une& aux autres, leur ont servi d*échelle pour descendre d'une des tours du château dans les fossés. » Cinquante pieds d'élévation n'avaient pas effrayé ces hommes intrépides, pour lesquels la captivité était pire que la mort 1 ,
Le sieur de Boucart, prisonnier de guerre, et son valet, s'étant évadés du fort de Ham, le 34 juillet 1 74 0, avec l'aide de la sentinelle nommée £a Grenade, chargée de les surveiller; le soldat fut condamné à être pendu, ce qui fut exécuté le 9 août 4 740, sur Tesplanade, en vue du château de Ham (2).
Le chevalier d'Aydic (comte de Rion) , d'abord abbé , puis amant, puis mari de la duchesse deBerry, cette fille du régent, dont les particularités jotérnalières et sans fin avec le duc d Orléans, son père, mettaient son mari hors des gonds (3), fut envoyé au château de Ham , par une lettre de cachet du régent, pour s'être battu en duel avec Bouton. La cédulle portait pour deuo! anSy attendu qu'il avait accepté de se battre avec un roturier. La duchesse de Berry lui fit avoir sa grâce au bout de six mois et ne prit de repos qu'elle n'eût fait pendre le pauvre Bouton , le 49 juin 4747, un mois avant sa mort. M. de Musset a publié un roman intitulé la Duchesse de Berry, dont de Rion est le héros.
(1) Actes ciyils de la paroisse de Saint-Martin de Ham.
(%) Procès-verbal des archives de la place de Ham.
(3) Mémoires de Saint-Simon, T. xiv, p. 34 et T. xvn p. 262.
339 CHÀPITRF XXVIII
Le comie de Larochefoucauld (de Roucy), fut exilé à Ham par lettre de cachet, victime du ressentiment de la duchesse de Chateauroux, femme toute-puissante sur reprit de Louis XV; elle exigea pour reparaître à la cour Thumilialion des princes du sang , Texil de Maurepas, des ducs de Châtillon, de Boui)^ Ion, de Larochefoucauld, etc.
Jacques Cassard, de Nantes, capitaine de vaisseau dans les armée» navales du roi de France, chevalier de Saint-Louis, Vnn de ces nombreux et intrépides marins qui ont illustré la Bre-> tagne, et dont Duguay-Trouin disait : « c'est le plus grand » homme de mer que la France ait à présent; je donnerais » toutes les actions de ma vie pour une de la sienne, » fut envoyé prisonnier au fort de Ham, en 4726, par lettre de cachet du cardinal de Fleury. Quel était son crime? d'avoir réclamé en marin, auprès du ministre, contre un arrêt du parlement qui Pavait ruiné , en rejetant sa demande coatre des arma-' teurs de Marseille qui refusaient de lui rembourser ses avances pour Tarmement de douze vaisseaux de TEtat.
Cassard mourut à Ham , après 1 4 ans de captivité , le 91 janvier 1740, à l'âge de 60 ans; il fut enterré dans le cimetière de la paroisse Saint-^Martin de Ham.
François de la Barre, baron de Saint-Hermel, détenu par ordre du roy au château de Ham , gisant dans une chambre basse de la cantine du château, fit, le 7 octobre 4738, devant M" Réné-Bernard Cauvry, son testament en faveur de l'Hôtel- Dieu de Ham , auquel il laissa une rente pour la fondation de deux lits de malades (4). — Il mourut le 24 octobre 4738, et suivant ses dernières volontés, fut enterré dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu.
Chauvelin (l'abbé), Henri-Philippe, conseiller au parlement de Paris, a été, suivant la Biographie universelle, prisonnier au château de Ham ; mais nous savons qu'il fut , dans la nuit
(8) TesUment du 7 octobre 1738. Etade deM< Yavasseur, doUîi^
PRISONNIERS DU* CBATKAC DE HASI 33$
du 8 au 9 mai 4753, conduit au mont Saint-Michel, et qu*un autre conseiller du parlement fut envoyé à Ham.
Lautreo (le comte de] de Cabors, dont M. de Peyronnet a raconté Thistoire d*une manière si touchante (1) , fut enfermé à Ham, le 32 juillet 4754, pour avoir, par rivalité d'amour, tué au pied des autels, son onde qui Tavait trahi. Les cachots de Ham furent depuis le refuge de son crime et de sa folie. Placé dans un réduit fort obscur , il restait tou|oars couché et sa seule oceupation était de distribuer une partie de sa nourriture aux rats et aux souris qu'il avait apprivoisés. Sea ongles, sa barbe étaient d'une longueur démesurée. Lorsqu'on irint lui annoncer qu'il était libre, après quarante-deux ans de captivité, il avaii alors SO ans, il demanda avec instance qu'on le laissât à Hum. Les habitants de la ville eurent la générosité dd l'adopter et de pourvoir à ses besoins jusqu'à sa mort. On en parlait aux enfants, pour leur faire peur de sa grande barbe, comme d'un autre croquemitaine.
Lacombe-Maillard^ de Grenier, et de Bellegarde, gardes-ducorps de Sa Maj^té, compagnie de Beauveau, envoyés i Ham, le 42 octobre 4759, à cause de l'afibire de Cambrai (2), réussirent à s'évader le 24 novembre 4759. Suivant le procèsverbal dressé et la perquisition faite par le major Galonné, on constata qu'une forte bûche, placée en travers d'une embrasure de la muraille, à l'angle de la Grosse Tour (côté Nord), maintenait encore des lambeaux de draps, ayant servi d'échelle de corde aux fugitifs. On battit en vain les environs de Ham , les prisonniers ne furent pas retrouvés.
Parmi les prisonniers de la seconde moitié du xviii* siècle, nous trouvons le comte de Mailly, de la branche d'Haucourt, parrain du dernier marquis de Mailly-Nesle. M. de, Mailly avait eu une querelle avec plusieurs seigneurs de la cour de Louis XY, qui s'étaient prorais de se battre en duel contre lui jusqu'à ce qu'il succombât. Le roi Louis XV, qui aimait et
(l) Le livre des eeni et^un, T.vii, p. 374. Ham, par M. de Peyronnet. (9) Mémoi es de Saint-Simon, t. 2, p. 132.
334 CBÀFITRB UVItl
estimait particulièrement le comte , informé de ce projet et voulant préserver de Mailly d'une mort certaine, prévint l'heure fixée pour la rencontre des parties, fit arrêter le comte en son hôtel et renvoya dans la citadelle de Ham , en vertu d'une lettre de cachet. Puis, ayant arrangé l'affaire de son autorité, il fit sortir M. de Maitly du château de Ham, et, voulant lui donner une nouvette preuve de son estime, il le nomma maré^ chai et renvoya, en 4776, gouverner la province du Roussilion. Dans ces fonctions, le maréchal s'attira l'amour des Roussîtlonnais. Arrêté en t794, il fut envoyé a DouUens par André Dumont, et guillotiné à Arras par les ordres de Joseph Lebon, le 25 mars 4794, à Tâge de 85 ans.
C'était en vain que te 44 mars 4764 les hommes de ronde appelaient le sieur Piquefeu de Lopgpré fils , qui avait le château de Ham pour prison, par suite des lettres du roi du 39 octobre 4757. On enfonça la porte de ta chambre du jeune homme , mais il n'y était point , et des recherches firent découvrir un bout de corde rallongé par deux courroies, pendant jusque dans les fossés du château, contre la muraille extérieure du fort, du côté de l'esplanade. L'enquête ne put faire connaître comment la mère du prisonnier lui avait fait parvenir ces objets. Quant à l'évasion, elle fut d^autant plus adroitement exécutée qu'elle eut lieu en plein jour.
On connaît l'histoire du inarquis de Marbœuf ou Malbœuf , de Rennes, qu'il ne faut pas confondre avec le gouverneur de la Corse. Ce gentilhomme normand était presque fou, lorsqu'il fut enfermé au château de Ham , le 4^^^ août 4768, pour avoir insulté la reine Marie-Antoinette. Il était arrivé à un état d'imbécillité tel qu'il passait son temps à jeter des pièces d'argent après les hirondelles planant au-dessus de l'^étang qui t>aignait les murs de sa prison.
L'évasion de Campion de Monthazon offre un certain intérêt. Cet homme courageux avait pratiqué sous son lit, dans la muraille de sa chambre, une ouverture correspondant à un ancien logement qu'on lui avait fait quitter, après une première
tentative de fuite avortée. Malgré les fers qu*il portait aux. mains, la surveillance active dont il était Tobjet , Montbazoa put changer de cbambre, forcer deux barreaux de la fenêtre el, se faisant une échelle de ses rideaux et de sa paillasse, il se glissa dans les fossés sans être vu« Le procès*verbal de cette évasion est daté du 27 janvier 1770.
A la suite de l*édit du 7 décembre \ 770, arraché à Louis XV par le chancelier Maupeou, Torganisation du parlement M* changée ; un arrêt du grand-conseil supprima les charges des conseillers et leur défendit de prendre le titre de membre du parlement. Les principaux conseillers furent exilés, et Brochart de Breuil fut envoyé à Ham en 4771 .
Le chevalier d'Hérouville, qui avait le château pour prison s'échappa, le <7 octobre 1774 , par l'ouverture d'une embrasure placée à côté de la fenêtre de sa chambre,
La garnison du château de Ham était mise en émoi, le S8 janvier 4773, parla nouvelle de la fuite du sieur Mernier^ détenu par lettre de cachet. Cette évasion avait ^té si bien préparée et si adroitement exécutée, qu'il fut impossible, malgré les plus minutieuses recherches, de découvrir par où le coupable s'était enfui.
Hédoin de Ponce-Ludon, capitaine d'infanterie, était détenu au château de Ham, vers 1780, pour quelque étourderie (1).
De Richebourg de Champanet, de Paris, fut envoyé dans les prisons de Ham, le 1*' janvier 1785, pour certaines chansons, et mis en liberté le 1*' octobre 4786 (2).
De la Morlière, de Rennes, y fut enfermé pour inconduite, du 30 juillet 1 785 au 30 juillet 4 786.
De Saint-Vincent de la Cotte, de Mont-Aillier, mis en prison le 29 décembre 1785, s'évada le 21 novembre 1786.
Le comte de Busset, du Languedoc, de la famille des comtes
(1) Extrait du toI. vi, p. 221, de la Biographie universelle, article Hedoin Jea' 'Baptiste,
(2) ArcbîTes de FAisne et de la Somme.
336 CBAPITRS XYItl
de Bourbon-Busset(4), major du fort royal de. la Martinique^ fut emprisonné à Ham, le 49 septembre 4785.
Blondel de Bonneuil , de Paris, envoyé à Ham, le 20 février 4786, fut transféré au Mont-Saint-Michel le 27 mars 4787.
De FauIquifiT, deBastia, en Albigeois, enfermé le 29 mars 4 786 pour l'affaire du spectacle à Beauvais, y est mort le 4 j®^ 4 786.
Devis, lieutenant au régiment Colonel général, fut enfermé pour inconduite le 34 juillet 4 786.
De Roehechouard (le v^ de), brigadier des armées du roi a été envoyé prisonnier à Ham le 4®' octobre 4786 et exilé à St-Quentin, le 4 février 4788. Prisonniers de 4790 à 4815(2).
Mirabeau fut détenu à Ham pour avoir publié un Mémoire au roi ewr l'agiotage. Le roi fit écrire en ces termes au gouverneur du château ^e Ham , par le baron de Breteuil: L'intention du roi est de prendre sur ^on compte la pension de M. de Mirabeau, et qu'il soit bien traité; j'en préviens le commandant du château de Ham.
Coilache, président du tribunal révolutionnaire de Ham, fut, en 4794, enfermé au château par ordre d'André Dumont.
Le 42 germinal an HI, la Convention, sur la proposition d* André Dumont (de la Somme] (3) , décréta Tarrestation de Choudieu , Châles et Foussedoire. On ne se borna pas là dit M. Thiers, dans Y Histoire de la Révolution française; on rappela que Huguet avait pris la parole pendant Tenvahissement de la salle, et s'était écrié : Peuple, n'oublie pas tes droits! que Léonard Bourbon présidait la Société populaire de la rue du Vert-Bois, et qu'il avait poussé à l'insurrection par ses déclamations continuelles ; que Duhem avait encouragé les révoltés pendant l'interruption de la populace ; que les jours précédents, il avait été vu au café Payen, à la section des In-
(i) Hist. généalogique du P. Anselme. T. i, p. 375. . (2) De 1793 à 18001a tour, deroite à rentrée du fort, serrait de prison aux réyolutionnaires et la tour de gauche aux nobles. Les révolutionnaires, pour se moquer des nobles, habillaient un des leurs en prêtre et le chassaient à coups de fouet. D'autres fois, ils en conduisaient un ayec pompe à l'endroit le plus apparent de la tour où Is faisaient semblant de le guillotiner.
(3) Moniteur de 1795, an iir, n° 195, p. 798.
valides, buvant avec les principaux chefs des terroristes, et les encourageant à Tinsurreclion. On dénonça encore d'autres conventionnels, entr'autres Ruamps et Amar, le membre I9 plus abhorré de Tancien Comité de sûreté générale. A la suite de ces propositions, la Convention décréta Tarrestation de Choudieu, Châles , Foussedoire, Huguet, Léonard Bourdon, Duhem^ Buamps, Amar, et décida qu'ils seraient conduits sur le champ au château de Ham.
Ces huit députés, enfermés à Ham après le 4 avriH795, furent mis en liberté à la fin des travaux de la Convention, le 4 brumaire (26 octobre 1795). Choudieu, placé depuis dans les bureaux du ministère de la guerre, et désigné pour être déporté après le 3 nivôse, se réfuta en Hollande, et s*y établit libraire. Léonard Bourdon, agent du directoire à Hambourg^ était, en 4805, administrateur de Thôpital militaire de Toulon. Huguet a été postérieurement condamné à mort, le 6 octobre 4796, comme complice du rassemblement du camp de Grenelle (il avait 39 ans). Amar fut impliqué depuis , et acquitté, dans l'affaire Babeuf.
La Convention ne s'arrêta pas là, et, quoique les chefs de la Montagne eussent été envoyés au château de Ham, on «crut qu'il en restait encore d'aussi redoutables. Taltien désigna luimême à la tribune : Cambon , le dictateur des finances ; Thuriol, autrefois Thermidorien, mais redevenu Montagnard; Crasseux, l'un des soutiens les plus énergiques des Jacobins ; Lesage-Senault, qui avait contribué à faire fermer leur club, mais qui dépuis s'était effrayé de la réaction ; Lecointre (de Versailles), adversaire déclaré de Billaud ; Collot et Barrère; Maignet, l'incendiaire du Midi ; Hentz, le terrible proconsul de la Vendée; Levasseur (de la Sarthe) , l'un de ceux qui avaient contribué à la mort de Phélippeaux et Granet, de Marseille. Tous ces conventionnels, dit le MoniUur (4 ), furent décrétés d'ar-
[1] Moniteur de Fan m, n° 200, p. 814.
reslation, et comme leurs huit collègues, envoyés à Ham ; mais de ces neuf députés, il n'y eut réellement d'enfermés au château de Ham que Lecointre, Maignet, Hentz, Levasseur et Granet; les autres trouvèrent moyen d'échapper à cet emprisonnement. Est-ce pour ce fait que Louis-Joseph Méry-Montigny, commandant du fort de Ham, fut appelé au comité du salut public , le 49 germinal an III (8 avril 4795) (4), et accusé d'avoir mis en liberté des prisonniers? on peut présumer que non; car le commandement du fort lui fut rendu, après qu'il eut été entendu. Il mourut à Ham, un peu après, le 4 6 frimaire an iv (6 décembre 1796).
Bouclette, arrêté peu Se temps avant le 9 thermidor, par mesure de sûreté générale, fut envoyé à Ham, où il était avec Pache (2) et d'autres prisonniers , lorsqu'un décret de la Convention , du 5 prairial statua que les prisonniers du château de Ham : Pache, ex-maire de la conjmune de Paris ; Audouin, son gendre; Bouchotte, ex-ministre; Daubigny, son adjoint; Clémence, Marchand , Haron , employés au Comité du salut public, et de sûreté générale, et Hassenfrats, seraient traduits au tribunal criminel du département d'Eure-et-Loir, pour y être incessamment jugés. Ce procès n'eut pas de suite, et Pache et Bouchotte furent élargis par le Comité de sûreté générale, ce dernier après une prison préventive de seize mois.
Le général Rossignol, si connu par ses actes de barbarie, dans la Vendée, où le général Hoche s'illustra par son savoir et son humanité, fui arrêté le 43 thermidor (2 août 4794), et, par décret de la Convention du 914 nivôse an III (48 janvier 4795), envoyé au château de Ham, où il fut détenu pendant plusieurs mois. Presque oublié dans sa prison, il dut sa liberté aux troubles qui précédèrent la journée du 43 vendémiaire. Lorsqu'on lui disait que sa mauvaise tactique avait fait tail-
(1) Moniteur an m, n* 365.
(2) Pache ayait toute sa famille ayec lui lorsqu'il arriva à Ham. Sa mère, quoique très-âgée, l'ayait suiyi.
1er en pièces les soldats de son armée, Rossignol répondait: N'ont-ils pas juré tous de mourir pour la patrie? Rossignol a été impliqué depuis dans l'affaire Babeuf, puis dans Tattentat du 3 nivôse, et déporté pour ce fait par Fouché.
Quand on amena au château de Ham les prisonniers autrichiens, du régiment de Kaunitz (4), le 16 prairial an y, ces pauvres gens, avaient entendu raconter tant de choses des républicains français qu'ils pensaient être mangés vivants : quelle ne fut pas leur surprise de voir toute la population de Ham se porter au-devant d'eux , attirée par la nouveauté de leurs costumes, et d'en recevoir de l'argent et des effets I Dans leur reconnaissance , ils s'écriaient les yeux humides de larmes : Oh! praves Françouss! On cite avec plaisir ces traits d'humanité, si honorables pour les habitants de la ville de Ham.
Pancemont-Antoîne-Xavier Maynaud, évêque de Vannes, incarcéré en 1797 au fort de Ham par le Directoire, fut bientôt après remis en liberté par le premier consul.
Les émigrés, naufragés à Calais, le 23 brumaire an IV, traduits d*abord devant une commission militaire, furent renvoyés absous. Malgré ce jugement, ils n'ea furent pas moins détenus dans les casemates de Lille pendant quatre ans, par suite de rachamement de Merlin.
L'ordre donné au général Pill, le 10 vendémiaire an VIII, d'évacuer les prisonniers de Lille sur Ham, ne reçut son exécution que le 10 brumaire, et celui-ci profita de la'22* demi-brigade, venant de Hollande et passant par Lille, pour les faire partir à la suite de ce corps. Mais les naufragés n'étaient plus que trente^ix au moment du départ, dix-sept avaient déjà péri de maladie et de misère dans les prisons de Lille.
Voici l'extrait d'une réclamation collective que ces malheureux écrivaient à leur arrivée à Ham, le 18 brumaire an VIII. Cette pièce originale, qui porte trente-cinq signatures, existe à Ham. Elle nous fait connaître les mauvais traitements auxquels
(1) Livre de visite des Prisonniers, p. 459.
340 CHAPITRE XXVilI
ie$ prisonniers ont été en butte, dans leur changement de pri-* son, par suite des ordres du général Pilh
« Un ordre affreux, dans lequel, sous le nom de prétendus naufragés^ ils étaient dépeints comme des scélérats, était lu par ses ordres chaque matin aux troupes. L'officier commandant le détachement avait en conséquence donné Tordre de tirer sur le premier qui s*écarterait du milieu du chemin. Le nommé Solignac fut menacé par lui d*étre fusillé sur le champ et il fut au moment de sabrer un jeune enfant de 1 \ ans, nommé Ignace VitouXf qui lui dit : Eh bienydtuyen, tuez-moi. Cette marche semJblait être dirigée par Robespierre, et rappellait cette époque
» Sans Tadjudant de la place de Douay, et sans Tadministration généreuse du département du Nord, tous les effets eussent été perdus, «t encore en a-t-on perdu un quart. Lorsqu'on représentait à l'officier que la charrette qui les portait était à l'abandon, il répondait, avec l'ironie la plus brutale, en disant à ses soldats : Faites aller ces gens là à coups de bayonnettes. Tel a été le résultat des ordres trop bien exécutés du général Pill, depuis Lille jusques Douay. »
» Arrivés à Cambray, le maréchaldes-logis de la gendarmerie de Douay, proposa au commandant de la place de conduire les naufragés par Saint-Quentin^ au lieu de suivre par Péronne la demi-brigade. Cette demande fut accordée. A BanatiSf le maréchal-des-logis ota les chaînes à chacun, il fallut les scier à plusieurs dont les poignetç, enflés et meurtris, rendaient impossible de les détacher, il les laissa libre de marcher à volonté. J'ai répondu de vous, dit-il : sa confiance ne fut point trompée, et 36 individus libres, escortés par 6 gendarmes, les suivirent avec M ponctualité de l'honneur. — C'est la plus belle réponse à faire aux chaînes et aux ordres du général PilL »
D Arrivés à Ham , le commandant n'étant pas prévenu et n'ayant aucune fourniture , ne put donner que le local , on fut
PRISONNIBES DU CHATEAU DB ttAM 341
enfermé et, il faut Tavouer, le premier abord fut pénible. L'on fut plus de 36 heures sans pain ; Ton était buit et neuf heures de suite dans le jour sans pouvoir parler à personne ; les malades, les hommes bien portants obligés de satisfaire les besoins les plus pressants de la nature sur le plancher de leur prison; point de feu pour ceux qui n'avaient pas le moyen de payer, point de couvertures; enfin l'humanité de divers habitants de Ham répara ce que les magasins ne pouvaient fournir, ils envoyèrent des matelas à quelques-uns; ceux des naufragés qui avaient quelqu'argent en louèrent. Le froid et l'humidité péné^^ traient, et point de chauffage, le commandant en donnait k Lille, ici il n'y en a pas; un habitant généreux envoya un peu de bois , ceux dés prisonniers qui avaient acheté des tourbes, les partagèrent avec ceux qui n'avaient point de secours et c'est à l'humanité des habitants de Ham que les naufragés doivent d'être d'une manière moins fâcheuse. »
» Le commandant mit les naufragés au secret : des hommes acquittés > enchaînés, au secret; tout cela était la conséquence des instructions du général Pill etc. »
Suivent les signatures de MM. Charles-Gabriel de Choiseul- Plainville; Joseph-Thibaut de Montmorency; Victor Vibraye; Guillaume Geudeville; Jean-Fortuné Muret ; Jean Casenave; Guillaume Koignant; Jean-François Le Blond; Philippe- Maxime Langlois ; Jean-Joseph Faligoule ; Georges d'Heliand ; Pierre Boudin dit So^nae; René Gousset; Charles-Boniface Houard ; Anglibert Thyri ; Pierre Raguin ; Charles-Guillaume Bernard; Louis Brissack, dît James; Charles Sylvain Lasne; Jean-Pierre Galletî; Vincent Hay; Philippeaux; Pierre Lecomte; Jacques-Louis Collin; Charles Godard; Laurent Fougeray; Louis Delattre; Ignace Vitou; Julien Coquillard; Antoine- Joseph Gombeau; François Basin; Alexis Bouquillion; Bastien Remboule; René Vering; Jacques Cormolin.
On sait comment ils recouvrèrent leur liberté. M. deChoiseul jeta sur l'esplanade , de la plate-forme de la tour où on l'avait
mené respirer Tair, une lettre attachée à une pierre. Une pauvre femme la trouva et la mit à la poste. La lettre était adressée à la duchesse de Choiseul, sa tante, qui la reçut à Paris, le 44 frimaire au soir. Cette dame avait alors chez elle MM. de Bougainville, Courtois, Fargue et Channorier. Ces amis de la famille de Choiseul n'eurent pas été plus tôt informés des souffrances des prisonniers, qu'ils coururent chez M*"® Bonaparte , où se trouvait Regnault de Saint-Jean-d'Angely. Peu de moments après leur arrivée, le premier Consul entra ; vivemement pressé par toute cette société , Napoléon donna le soir même, l'ordre à Fouché de s'enquérir si les faits rapportés dans la lettre de M. de Choiseul étaient véritabes. L'information les ayant confirmés, le 48 frimaire anVIII parut un décret qui ordonnait que les émigrés français naufragés à Calais seraient déportés hors du territoire de la République; attendu qu'il est hors du droit des nations policées de profiter de l'accident d'un naufrage pour livrer, môme au juste courroux des lois, des malheureux échappés aux flots.
M. de Choiseul partit deHam, le 27 frimaire an YIII, avec une grande partie de ses compagnons d'infortune, qui ne voulurent pas le quitter ; il passa par Lille, et il arriva le premier de Tan à Munster. MM. de Montmorency et de Yibraye ayant demandé et obtenu un sursis de départ, restèrent encore quelque temps à Ham , et les anciens habitants se rappellent avoir vu M. de Montmorency se môler aux mascarades qui eurent lieu dans la ville, déguisé m grand diable vert. On est heureux au milieu des douleurs de la prison, de trouver quelques pages moins tristes.
En l'an VIII, on y envoya Desotteux-Cormatin , major de l'armée vendéenne, curieux personnage à tant de titres, et dont parle M. de Lamartine dans le dernier volume de ses Confidences; il fut mis en liberté le 8 brumaire an IX par ordre du ministre de la justice.
En l'an X, on y enferma les prétendus accapareurs de grains
PRISONNIBES DU CHATEAU DE HAV 343
du déparlement de la Meuse-Inférieure : Jacques Hoffmann , Guillaume ClaessenSyArnouldClaessens, marchands àMaseick; — Perren Giclissen; — Louis Cardinaels, maire à Keppel; — Godefroy Neven, maire à Cauzille; — Glaentzer, négociant à St-Goar; — Charles Parcus, négociant à Mayence; — Charles- Antoine Razella, id.; — Théodore Roethgen, de Grimlinghausen ; — Jacques Steimberger , de Dormagen ; — Jacques Wittgens , de Grimlinghausen ; — Borghmans ; Rayemacker ; SchellenSy de Corsendonck ; — Nicolas de Borman, maire de Breé.
Des Belges prévenus d'avoir exporté du grain à Télranger : Bertrand, d'Anvers; — Chrétien Esser, de Grimlinghausen ; -^ Grégoire, Lautin, de Sielsaite; — Jean-Baptiste Yanden Bosch, de Malines; — Schneider, maire deNiveuheim; — Kucks, Henri, de Grimlinghausen; — Chrétien Mathiesen, de Norff, etc.
Bellegrade ou Bellegarde, mulâtre, né à la Martinique, chef de bataillon , aide-de-camp de Toussaint-Louverture , pris et ramené en France avec lui, fut enfermé à Ham ; le 29 nivôse an XI^ où il resta jusqu'au 44 février 4814, époque où il fut envoyé à Amiens-
En Tan XI, on transféra à Ham , des prisons de Dunkerque, François L'Hannard, ex-chef-d'Escadron^ au service de l'Allemagne.
En l'an XII, on y envoya : 4® de Bicètre, Jean-David Ramel, d'origine suisse; 2^ du Temple; Joseph Dulongprey , de Cherbourg; 3^ du château de Joux, le marquis Jacques Dutheil-Larochère, et Silvain-rifieolas Dutheil fils, capitaine de dragons.
Le procès instruit le 25 floréal an XII (4], contre Georges Cadoudal , Pichegru , Moreau , Armand et Jules de Polignac et
(1) Voir le Procès imtruitnar laCoufds Justice crimioelle et spéciale, contre Georges etc., recueilli par des sténographes. 2 yoI in-8» Paris» chez Patris , mdgcciv.
d'autres prévenus, accusés d'être les complices du dessein de Georges contre la vie du premier consul, porté devant la Cour de justice criminelle de la Seine, se termina ^ le Si prairial tn XII, par la condamnation â mort de SO accusés et l'empri* sonnement de 5 autres.
M. Armand-François-Héradius de Polignac, dont la ' condamnation à mort avait été commuée par le premier consul en deux années d'emprisonnement, fut envoyé avec son frère Jales-Armand-Auguste, et Louis Léridaht, au château de Ham, où ib arrivèrent le 7 messidor an XII.
Au bout d'une année, c'est-à-dire le 28 pluviôse an XIII, messieurs de Polignac obtinrent d'ôtre transportés dans une maison d*arrêt du faubourg Saint-Antoine, à Paris, où ils restèrent sous la surveillence de la police.
Théodore Roussigny, ex-chef d'escadron au service de la Russie, arrêté par ordre de l'Empereur, comme ayant trempé dans la conspiration de Georges Cadoudal , fut envoyé prison* nier au château de Ham , le 1 4 thermidor an XII. La fille de la blanchisseuse des prisonniers, Aurélie Commun, devint amoureuse du bel officier, et Roussigny la paya de retour. Mille ruses furent employées par les deux amants pour entretenir une correspondance ; panier à double fond , billets cousus dans les cols de chemises, ou plies et cachés dans des os jetés dans régoût, tout fut tenté pour déjouer la surveillance des gardiens.
Sur les indications de Roussigny, Aurélie partit pour Paris afin d'aller demander à l'Empereur la grâce de son amant. Elle i*adreisa à la princesse DemidoiT qui devint sa protectrice et oblùii pour Roussigny d'être transféré au château de Bouillon, où sa grâce lui fut accordée quelque temps après. L'ingrat partit du château de Ham le 43 juillet 1809, et une fois libre U oublia bien vite la pauvre Aurélie. Celle-ci, inconsolable de la perte de son amant, succomba peu de temps après, sous les atteintes d*une maladie de langueur.
Kn Tan XIII on y enferma Louis Daniel, de Corsél, ancien
PRISONNIERS DU chatkaO db hau. 345
chef de chouans; puis des soldats plus obscurs : Louis Legoff, de Seglien; -« Hatburin Guyomard, de Merdrignae; — François Thomas^ deGuerne; — Guériii-Jean-Baptiste Lebras, d*Auray ; — Antoine Comelin » de Noyai ; — Claude Samson, de Champ ;-^ Jean Loyer, de Méneac ; — Mathurin Daniel, du Roo-Saint^André; *- iean Guillemot, de Latouche; — François Courtel , de Motton : -^ Jean Honneur, de Putelange ; — Ainbroise Denis /dit DesbuUet^ du Mans; — Nicolas^Joseph Dequan, de Messe; — Jean Geene, patron de vaisseau ; — Edouard Boôssuland, né à la Guadeloupe, au service de TAngleterre ; — Bernard Roubet , employé aux vivres de la marine; -^Toggia François; — Hars François , de Monterblanc ; — Jean Seveno, de Plaudren; — Pierre-Anne DUdouit, dit J)e$ Aum^ Seaux, de Saint-Malo, ancien caphaine au 2* régiment de la marine a Brest; -— Mathurin Peuven, d*Auray.
L*abbé Louis-Henri de Briosne, arrêté pour ses opinions religieuses et légitimistes, et pour son opposition a Bonaparte dans ses rapports avec le Pape, fut transféré de Brest à Ham, le 47fructidor an XIII; il en sortit le 14 février 484 4, et fufévacué sur Amiens (1.4). A peine âgé de cinquante -cinq ans, iï semblait ^4r6 un cenUnaye descendu vivant encore dans le tombeau anticipé,' il ne pouvait plus trouver seul ni la porte de sa chambre, ni même son lit,
. En 4806 et 1807, on y envoya bon nombre de prôlres vendéens : Jean-Baptiste Cesvet, de Raton; — Charles Denis, tfAuray ; — Mathurin Lemay, de Lominé ; — Louis Daniel , de Corseul ; — Jean-Baptiste Raymond, de Terves ; — Jean-François Patey, du Mesnil-Villeman, etc.; — un capitaine prussien, Ernst-Frédéric Stumer de Breslau; — un capitaine Allemand, Ch. Senig, de Weslaer.
En 4809, Pierre-Marin Meriin , de Surques; — Florentin- Joseph Petit j d'Annay ; — Henri-Auguet, de Gaucbin ; — François Hélart, de Sénlecque; — Louis-Marie-Hubert Merlin,
(14) Registre d'écrou.
rparin, d*Outreaux; -> Charles Leturgé, de Haute-cloque; — Jean Chauvel, de Ruca; — Mathurin Depagne, de Sainl- Potan ; — François Petit, dit Boquet, deMareuil.
En 1840, Joseph Xinienès de Yega Godoi , cadet espagnol , prisonnier de guerre, né à Ropesa (Estramadure), âgé de 49 ans. (Serait-ce un fils de don Manuel Godoï, prince de la paix?)
A l'occasion dos discussions avec le Pape , on y enferma, en 4840, plusieurs ecclésiastiques : Mathieu Pauli, ex-^vicaire de Neukirchen ; — Nicolas-Othon Vanckerkoven, curé à Berlaer;
— Corneil Franck, vicaire à Dufifel; — Pierre Verstappen, vicaire à Kessel, t à Ham ; — Guillaume Heslen, curéà G«stel ; Vande Goor, cUré à Tongerloo; — Corneil Dits, vicaire à Poëderlé ; — Henri Wouters, d'Anvers ; — Henri Aerts, d'Anvers, récollets; Van Bouwel, curé de Kessel; -^Monseigneur Oustenbroc, évoque de Gand.
En 4844 et 4842: Vanderswalen Conradus, secrétaire de la mairie de Flessingue ; -^ Jean Lyckembrock et Jean Frasser, de Flessingue; — Korsten,de Midiebourg; — Luchtens Adrien et Dierîckx, prêtres slivenistes; — Dionys, deGierlé, récollet;
— Concha Emmanuel, moine espagnol ; — Menendez Ignacio et dom Pedro Collado, valets de chambre du prince d'Espagne Ferdinand,
Sorti François, Tripier André-Jean, Saint-Bonnel Albert- Constant , Rivoire Jean-Pierre, Carrega Antoine-Louis, Montrt>nd Casimir, impliqués dans diverses conspirations.. Parmi ce» prisonniers, Sorbi, Italien, compromis dans la conspiration i^ Mallet, parvint à s'échapper du fort.
On croit reconnaître les détails de son évasion dans un roman intiUilA : 1$ CacKoi de la Tour de Ham ou Us Deux Frères. Si^rbi» pondant son emprisonnement, avait fait la connaissance do Saiut^ |I(UUH>I, Jeune militaire, enfermé comme lui au château do IIhiu piHir avoir entrepris, avec le général irlandais KoUi, de doliMor It^ prin(H>s d'Espagne, détenus au château de Valencey. V\*>* dvHi\ pvij*omùers so communiquèrent leurs projets et cheroluMviUdo oonoorl les moyens de s'évader du fort. Par une soirée
d^hiver, ils s'échappèrent de leur quartier et se rendirent sur les remparts, munis d'une échelle de corde qu'ils avaient fabriquée avec de vieux lambeaux ; là, après avoir attaché leur mauvaise éehelle le plus solidement possible au mur d'enceinte, près de la Gro8$e Tour, ils tirèrent au sort pour savoir qui des deux descendrait le premier. Le sort fut favorable à Sorbi, qui parvint teureusement à terre. Hais la corde se rompit pendant la descente de Saint-Bonnel ; il tomba^'une très-grande hauteur, et, sa tête frappant sur ses genoux, il se cassa plusieurs dents et se coupa la langue. Meurtri, couvert de sang, il n'en traversa pas çioins à la nage le fossé du fort, et se cacha dans les ro* seaux. Quelques coups de feu ne les atteignirent pas ; ils gagnèrent Compiègne, puis Paris, où ils trouvèrent un refuge. Mais peu de temps après, Saint-Bonnel, victime d'une.dénoncîation, fut repris et envoyé à Vincennes.
Jacques-Rigobert Bazin, homme de lettres, rédacteur du Démocraie, auteur des Lettres Françaises, des Lettres philosophiques, impliqué dans la conspiration du général Mallet, dont il était l'ami, traîné de prison en prison, fut envoyé au château de Ham le 6 octojire 18H. Après avoir longtemps étudié des plans d'évasion, il s'arrêta à celui de sortir de sa cellule par la cheminée. Une fois cette idée arrêtée, il fit part de son projet à deux autres détenus ses voisins. On se concerta, et, par une nuit de juillet 4842, on pratiqua des ouvertures dans les cloisons pour se réunir, chacun apporta les draps de son lit, et l'on commença la périlleuse ascension. Déjà deux d'entr'eux étaient deiscendus sains et saufs au bas de la tour, quand le troisième, ayant lâché la corde, tomba d'une assez grande hauteur, néanmoins il était parvenu à rejoindre ses compagnons d'infortune qui fuyaient, lorsque l'alarme fut donnée. Les prisonniers furent repris au delà de Brouchy, a plus d'une lieue du fort, où ils furent ramenés étroitement garrotés. Jetés, avec les fers aux pieds et aux mains , dans un cachot, on les y laissa pendant un an. L'un des trois devint perclus de ce mauvais traitement. Bazin fut transféré à Rouen en 18U.
348 CHAPITEB XXVlll
Sous FEmpire, le château de Ham était occupé par la garde départemeotale. Le r^me intérieur était confié à an comnandant, un concierge et quatre gardiens. Les détenus étaient divisés en quatre quartiers. La (Hromenade était réglée el mesurée à chaque quartier ; elle durait deux heures. Chaque prisonnier recevait 95 sous ; plus tard, 35 sous.
A la rentrée de Louis XVIII, le château de Ham renfermai encore, indépendamment de douze prêtres français, quatantecinq prisonniers^ parmi lesquels on remarquait : dix Prussiens du corps de Lutzow; — de Kropf Charles; — de Sanowsld Jean, chef d'escadron ; — d*Aschembach Ferdinand, cajHtaine; «* Cunppuis François; — de Normann Charles; — de Ndira Frédéric; — d*Oppeln Jean; — de Fleurs; — Henri Julien, lieutenants; — de Moellcndorf, aide-de-camp; — le comte de Hammerstein Hans, général de division au service de la Wesphalie; — un capitaine russe, Leiowskoy Ignace; — dix-huit prêtres belges ou bretons; — un général anglais, Jacques Can)phell, et Lina Sassen, sa femme; — Carmeling Henri, capitaine du génie hollandais; — L^non Hartog, médecin d'Amsterdam ; — Carrega Antoin^e-Louis , Corse, ancien mili* taire et, disait-on, cousin de Napoléon ; — Coucbery Victor, frère du député, impliqué dans FaSiaire Moreau; — Buohel Pierre, prêtre; -^ Rivoîre Jean-Pierre, de Lyon, médecin français ; — Concha , moine espagnol ; — six chefs vendéens, parmi lesquels d'Espinay de SainvLuc, Adrien-Joseph, maréchalde camp, émigré non amnistié, rentré en France sans autorisation , âgé de 1\ ans, il ne faisait plus que végéter au château de Ham , et il en était venu au point de ne plus savovF où U ^lail; -—«Lerictant, de Vannes; — etJacques-Rigobert Bazin, dont nous avons ci-dessus raconté la tentative d'évasion.
Prisonkibrs db 1814 a 1630.
Louis XVin, par une ordonnance du 34 mai 1814, ôta au
château de Ham sa destination de prison d'Etat, ce qui ne
Tempêcha pas d'y envoyer, en 1816, le baron de Travot, lieu-
tenant'général , condamné à mort par le conseil de guerre de
PEISONNliaS ou GHATBAU DE HAM 349
Rennes, eldont la peine avait élé commuée en vingt ans de prison. La raison du malheureux Travot, qui était alors presque sexagénaire, se troubla à Tidée de cette longue captivité, et, lorsqu'il arriva à Ham, le 44 avril 4816, il était complètement fou. L'histoire contemporaine doit un juste tributt d'éloges au dévouement de sa courageuse épouse qui l'accompagna à Ham , plaida à Paris la cause du malheur, et obtint, après deux ans, la grâce du malheureux général, dont la raison ne revint jamais.
Le maréchal de Honcey, duc de Conégliano, sur son refus de siéger au conseil de guerre, nonuné pour juger le maréchal prince de la Moskowa, fut, par ordonnance du roi, du. 29 a^ùt 1815 (1), destitué de son grade de maréchal de France, et condamné à trois mois de prison, qu'il a faits au château de Ham.
La malheureuse expéditioa du Sénégal, confiée par le gouvernement français à M. Le Roy de Chaumareix, capitaine de vaisseau, fut suivie, le 2 juillet 1816, du naufrage de la Méduse, Ce naufrage, attribué à Timpéritie du capitaine, fut encore at. triste par le drame émouvant qui se passa sur le radeau des naufragés. Nous n'analyserons pas ici cette relation doulou* reuse faite par des témoins oculaires, acteurs de ce drame, MM. Corréard et Savigny.
M. de Chaumareix , l'homme le moins propre à exécuter un commandement, fut, le 3 mars 1817, traduit, àRochefort, devant un conseil de guerre, et, convaincu d'avoir forfait à l'honneur, condamné à trois ans de prison et dégradé. C'est au fort de Ham qu'il a subi sa peine, de 1817 à 1820.
On raconte de lui une anecdote qui serait risible, si elle ne se rapportait pas à son commandement sur la Méduse, A son arrivée à bord de ce bâtiment, M. de Chaumareix, ne se rappelant plus certains termes techniques du langage marin , s'était adressé à un vieux quartier-maitre avec lequd il avait navigué
(1) Moniteur du 1» septembre 1815, p. 908.
350 CHAPITftE XXYltl
jadis. — « Mon ami, lui avait-it dit, je viens de passer vingt années dans mes terres; j'aurais besoin de me remettre au eouranl de certaines choses. Allons sur le pont : nous ferons faire quelques manœuvres et vous me rappellerez les termes du métier. »
On va sur le pont, le qiiartier-ma!tre donne un ordre à un mousse ; mais celuhci Tayant mal exécuté.— « Triple imbécile I lui cria le vieux marin, est-ce que tu vien» de passer, toi aussi, vingt années dans tes terres? »
Prisonniers n 4830 a t8i8.
La révolution de 4830 a traduit, devant la Cour des pairs, sous rinculpation de trahison , les derniers ministres de Charges X, signataires des ordonnances de juillet :
1^ Auguste-Jules-Armand-Marie, prince de Polignac, pair de France, âgé de 50 ans, ancien ministre des affaires étrangères et président du conseil des ministres ;
2^ Pierre Denis, comte de Peyronnet, âgé de 52 anis, pair de France, ancien ministre de l'intérieur;
3* Marie -Come-Annibal- Perpétue -Magtoire , comte de Guernon-Ranville, député de Maine-et-Loire, âgé de quarantetrois ans, ministre de Finstruction publique;
4^ Jean-Ctaude-Balthazar-Victor de Chantetauze, âgé de 44 ans, député, ministre de la justice.
Après les débats, qui ont duré du 15 au 23 décembre, sous la présidence de M. Pasquier, les conclusions des commissaires de la chambre des députés, MM. Persil, Bérenger et Madier de Monjau, et la défense présentée par MM. de Martignac, Hennequin, Crémieux et Sauzet, la cour des pairs a déclaré les quatre accusés coupables du crime de trahison et considérant, etc. (1)
< Condamne le prince de Polignac h la prison perpétuelle n sur le territoire continental du royaume, le déclare déchu de » ses titres, grades et ordres, le déclare mort civilement.
» Condamne le comte de Peyronnet, Victor de Chantelauze,
(1) Monilêur du 21 décembre 1830, b« 356, p. 4704.
PRISONiril»S DU CHATB4U DE HAK 354
» le comte de Guernon Ranville à la prison perpétuelle, ot- » donne qu'ils demeureront en état d'interdiction légale, con- » fermement aux articles â8 et 29 du Code pénal , les déclare » pareillement déchus de leurs titres^ grades et ordres. »
Ces quatre ministres furent amenés de Yincennes au château de Ham, le 29 décembre, pour y subir leur peine.
A peine les prisonniers étaient-ils arriva à Ham que madame la princesse de Polignac (Marie-Charlotte Parkins , deuxième femme de M. de Poligna'c], vint, avec un noble dcvouement, s'installer dans la ville, où elle devint une Providence pour les malheureux de Ham et des environs par sa générosité inépuisable. Deux fois, pendant l^emprisonnement de son mari, elle quilta la ville de Ham pour aller faire ses couches en Angleterre, afin d'évi&er à ses enfants les effets de la mort civile prononcée par le jugement de la cour des pairs^
M. le prince de Polignac était le type du grand seigneur: bonté excessive, aménité charmante. Pendant son séjour en prison , il composa ses Etudes historiques , philosophiques et morales. Mis eh liberté en 4836, il sortit du château, le 29 novembre , et partit pour Calais , où il s'embarqua pour TAngleterre. Il est mort en 4847,
Dans les commencements de son arrivée au château de Ham, M. le comte de Peyronnet sollicita à plusieurs reprises du commandant du château le changement de l'heure qui lui était accordée pour sa promenade , mais celui-ci au lieu de chercher à rendre plus légères les chaines de ses prisonniers, répondit par un refus mêlé d'ironie : « Si cette heure-là ne vous convient pas, vous resterez chez vous. » L'ancien ministre, blessé, resta chez lui; car, à partir de ce moment jusqu'à celui de sa mise en liberté , c'est-à-dire pendant les six années qu'il passa en prison , il ne dépassa jamais le seuil de sa chambre. M. de Peyronnet composa à Ham son Histoire des Francs. Lorsque les portes de sa prison s'ouvrirent le 29 novembre {836, il se retira à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).
CHAPITRI XXVUI
LB PRINCE AUGCSTE-JULES-ABHAND-IIARI^ DE POLIGNAC ,
Président an Conseil des Ministres en 4830.
PRlSONKIBftS DU CHATBAU DB HÀH 353
M. de Chautelauze partit le 26 novembre 4 S36 pour le département de la Loire; M. de Guernon, le 24 novembre, pour Banville (Calvados}.
Le 47 juillet 4840, don Ramon €abrera, général espagnol, fui conduit au fort de Ham, par mesure de politique ; ce chef carliste ayant, après la mort de F^dinand Vil (4833), pris parti pour l'absolutisme, contre la reine Isabdle , soutint la marche du prétendant jusqu'aux portes de Madrid. Vaincu par la tra- ^ hison de Maroto, il fut mis en déroute et pris par le général Espartero, le 6 juillet 4840. Le gouvernement français refusa d'abord de le recevoir comme un réfugié politique et le fit enfermer au château de Ham , où il fut amené la 47 juillet 4840, et d'où il fut transféré sur Lille le 9 août de la même année.
Le jour même du départ de Cabrera arriva, à une heure du matin, le prince Louis-Napoléon, envoyé à Ham en attendant son jugement sur Vafiaire de Boulogne. Il y resta jusqu'au 4 4 août 1840. Puis il fut ramené à Paris, où il comparut devant la Cour des Pairs, par laquelle il fut condamné, le 6 octobre 4840, à une prison perpétuelle. Le lendemain de ce jugement il fut réintégré dans la prison de Ham.
L'adversité abat souvent les courages, et la captivité énerve les intelligences, le prince grandit au contraire dans cette épreuve. La chambre du prisonnier devint le cabinet de travail du savant. Nourri de fortes études, il traita successivement divers sujets historiques et examina, à un point de vue trèsâevé, les questions qui s'agitaient alors et qu'il traita dans deux brochures remarquables : L'Analyse de la que^ion des sucres et l'Extinction du pau/périsme. Malgré les difficultés de sa position d'exilé, il élabora et entreprit d'écrire l'histoire de l'artillerie (4).
Le prince avait un avantage que peu d'hommes possèdent :
(1) Pendant le séjour da prince Louis-Napoléon au fort de Ham , le prisonnier s'est adressé à moi pour la recherche dans les archives de Saint-Quentin, de quelques documents pour son ouvrage sur
le latin, le grec, l'anglais, Fallemand, Titalien lui étant également familiers, il put puiser dans toutes les langues, et aucune bibliothèque de l'Europe ne garda pour lui de secrets. Avant la fin de sa captivité, le prisonnier de Ham avait publié le premier volume et le plan général de ce grand ouvrage, auquel il donna le titre modeste d* Etudes swr le pdêsé et l'avenir de l'artiUerie.
Le prisonnier n'avait pas seulement entrepris, dans cette publication, d'élever un monument d'érudition ; mais il poursuivait encore une tâche plus utile, il voulait faire progresser l'artillerie en introduisant dans cette arme des perfectionnements de la plus haute importance, afin de concourir à la défense et à la gloire de la France.
Le prince Louis Napoléon s'échappa de sa prison sous un dé- JUéii/ guisement[4}, le âo jkmr t846, à sept heures du matin, à
l'artillerie. Je donne ici la dernière lettre, entièrement de sa main , qu*il m'a adressée pour m'en remercier.
« Fort de Ham , le 6 Juillet 1844.
» Monsieur,
» J'ai reçu avec reconnaissance les notes que tous avez bienToalo » rechercher pour moi aux archives de âaintr-Quentin. Bien qo'asseï^ M modernes , elles n'on sont pas moins intéressantes pour mon tra- » y ail. Les pièces marquées Saint-Luc sont sans doute du temps de » François, m arquis d'Epinai de Saint-Luc , qui fut grand-mattre » de l'artillerie en 1596.
» Je regrette de tous avoir donné tant de peine ; car je sais par » expérience combien il est fastidieux de faire des recherches dans » de vieux manuscrits ; je vous remercie donc sincèrement. Monsieur, » de l'obi' geance que vous m'avei montrée, et je vous prie de reoe- » voir l'assurance de mes sentiments distingués.
« Napoléon-Louis. »
A Monsieur Ch, Gomart, à Saint-Quentin,
(1) Etat des effets d'habillement qui ont servi à révaiion do Prince Louis-Napoléon Bonaparte, saisis par la gendarmerie de Saint-Quentin, et déposés au greffe du Tribunal civil de ladite ville, savoir :
1» Un pantalon en grosse toile bleue.
2o Un bourgeron en toile de coton croisée, en plusieurs morceaux.
30 Un tablier en toile bleue avec un crochet et son cœur en cuivre. ,
4" Une casquette en drap bleu avec visière semblable.
LK RINCE Loiis-\4i»OLKO>- . Pri^^onllio^ au Ch:i(eaii ilc Ueîtn.
: -ic
» Lundi matin, je vis les ouvriers entrer à 6 heures et de* mie; lorsqu'ils furent à l'ouvrage, Charles porta à boire dans une chambre, afin de les empêcher de se trouver sur mon passage» il devait aussi appeler un gardien en haut, tandis que le docteur Conneau causerait avec les autres; et cependant, à peine sorti de ma chambre, je fus accosté par un ouvrier qui me prit en passant pour un de ses camarades-; au bas de Tescalier je me trouvai face à face avec un gardien (4 } . Heureusement, je lui mis la planche que je portais devant la figure. Je parvins dans la cour, tenant toujours ma planche du côté des sentinelles et devant les personnes que je rencontrais.
» En passant devant la première sentinelle, je laissai tomber la pipe que j'avais mise à la bouche; je m'arrêtai pour en ramasser les morceaux. Je rencontrai alors l'ofiicier de garde, mais il lisait une lettre, et ne me remarqua pas. Les soldats au poste du guichet semblèrent étonnés de ma mise ; le tambour se retourna même plusieurs^ fois. Cependant le planton de garde ouvrit la porte et je me trouvai bors de la forteresse, mais là je rencontrai des ouvriers qui venaient à ma rencontre et qui me regardaient avec attention. Je mis bien ma planche de leur côté; mais ils paraissaient si curieux que je pensais à peine pouvoir leur échapper, lorsque je les entendis s'écrier : Oh ! c'est Bernard 1
» Une fois dehors, je marchai rapidement vers la route de Saint-Quentin. Peu de temps après, Charles, qui la veille avait
(1) Un gardien le trourait au bas de Tescalier, accoudé sar la rampe, pendant qae le prisonnier déguisé descendait derrière M. Conneau. Celui-ci, royant que le gardien fixait TouTrier, dont une planche qu'il portait sur Tépaule avait jusqu'alors caché la figure, arriré an bas de Tescalier prit familièrement le gardien par le bras et lui faisant faire un demi tour de manière à ce qu'il eut le dos tourné k l'escalier, et lui dit à l'oreille : « le prince est fort malade et je rais chercher des médicaments chez le pharmacien. » Pendant qu'il lui parlait le prisonnier avait descendu les dernière^ marches de l'escalier, franchi la porte, et était déjà dans la cour.
358 CHAPITRJB XXYIII
retenu une voiture pour lui , me rejoignit et nous arrivâmes à Saint*Quentin.
» Je traversai la ville à pied, après m^étre défait de ma blouse.
I» Charles s'était procuré une voiture de poste, en prétextant une course à Cambrai. Nous arrivâmes sans encombre à Valenciennes, où je pris le chemin de fer.
» Je m'étais procuré un passeport belge; mais on ne me l'a demandé nulle part.
» Pendant mon évasion , le docteur Conneau, toujours si dévoué restait en prison et faisait croire que j'étais pialade (4), afin de me donner le temps de gagner la frontière. J'espère qu'il n'aura pas été maltraité. Ce serait pour moi une grande douleur, vous le comprenez.
» Mais, mon cher M. Degeorge, si j'ai éprouvé un vif sentiment de joie lorsque je me suis vu hors de la forteresse, j'éprouvai une bien triste impression en passant la frontière ; il fallait pour me décider à quitter la France, la certitude que jamais le gouvernement ne me mettrait en liberté, si je ne consentais pas à me déshonorer ; il fallait aussi que j'y fusse poussé par le désir de tenter tous les moyens pour consoler mon père dans sa vieillesse.
» Adieu , mon cher Monsieur Degeorge. Quoique libre je me sens bien malheureux. Recevez l'assurance de ma vive amitié, et, si vous le pouvez, tâchez d'être utile à mon bon Conneau.
» Louis Napoléon. »
Lettre écrite au général comte de Monlholon, alors détenu
au fort de Ham :
« Ham, le 34 mai 4846.
» Mon cher Général , » Vous serez bien étonné de la décision que je viens de
(1) Chaque fois qu*no gardien était à proximité de la chambre do prince, M. Conneau tenait conversation avec son prétendu malade qu'il interrogeait. On entendait alors une autre voix répondre. Celai I le bon docteur qui faisait la demande et la réponse en contrefaisant la voix du prince.
prendre, et encore plus que l'ayant prise je ne vous en ai pas prévenu d'avance. Mais je crois qu'il valait mieux pour vous, vous laisser ignorer mes projets, qui ne datent que de peu de jours, et puis j'ai la conviction que mon évasion ne peut qu'être avan< tageuse à vous et aux autres amis que je laisse en prison. Le gouvernement ne vous retient prisonnier qu'à cause de moi , et lorsqu'il verra que je ne compte nullement user contre lui de ma liberté, il ouvrira, je l'espère, les portes de toutes les prisons. Mon père est Irès-malade, mon devoir est d'aller le rejoindre. » Croyez, général, que je regrette bien de ne pas avoir été vous serrer la main avant de partir, mais cela m'était impossible, mon émotion eût trahi un secret que je voulais garder, etc.
Pièces écrites et signées par le Prince lui-même. « Fort de Ham, le 24 mai 1846.
» Je déclare que tout ce que je laisse en partant, dans ma
chambre et mon salon, appartient en toute propriété à M. le
docteur Conneau, qui pourra en disposer comme bon lui sem*
blera.
» Napoléon-Louis Bonaparte.
Lettre écrite le jour de son évasion, adressée au doyen de Ham, M. Tirmarche,aujourd'hui^onseigneur l'évoque d'Adras
« Ham, le25 mai 4846.
» Monsieur le Doyen , Je voudrais bien que vous eussiez la bonté de remettre à de-* main ou après-demain la messe que vous vouliez célébrer aujourd'hui au château, car m'élant levé avec de vives douleurs, je suis^ obligé de prendre un bain pour les calmer. « Recevez. »
« Moucher M. Âcar, Je suis en bonne santé ici, faites le savoir à ce bon Conneau et au Général. Â trois heures hier, j'avais passé la frontière, non sans émotion. — « Le 26. » » Adieu , recevez l'assurance de mon amitié sincère. » Sans signature f timbre de Bruxelles sur l'adresse.
Rentré en France en 1848 et peu de temps après appelé par la confiance du peuple à la tête du gouvememenl, l'ancien prisonnier de Ham éprouvait le besoin de témoigner sa reconnaissance aux habitants de cette ville, pour les marques nombreuses d'imérôt qu'il en avait reçues pendant sa captivité. Ceux-ci désiraient également revoir le prisonnier bienfaisant qui avait eu, i travers les barreaux de sa prison, la main toujours ouverte pour secourir Tindigence et le malheur. Aussi, lorsqu'il vint i Ham, le S2 juillet 4849, il fut reçu ave& un élaii sympathique et l'hospitalité de la ville ne faillit ni à lui , ni aux nombreux visiteurs que sa présence avait attirés.
Dans cette visite, Louis-Napoléon était accompagné de HH. Boulay, de la lieurlhe; Rulhières, ministre de la guerre; Lacrosse, ministre des travaux publics ; Porion, Creton, de Beaumont, deLagrenée, deFourment, Dubois, La Bordère» Randoing, d'Hornoy, Horel-Cornet, de Grosrier, Fouquierd'Hérouêl , Bavoux, Vieillard , membres de TAssemblée l^lttive; du général Pyat, Vaudrey, de Persigny, Laity, Conneaa, Edgard Ney, V. Faucher.
Après les réceptions officielles , le Prince visita le château ; il revit , non sans émotion, la chambre dans laquelle il avait passé six ans de sa vie; il nous fit remarquer que la planche qui avait servi à son évasion manquait à la bibliothèque; il parcourut le jardin qu'il avait créé, nous montra le banc en bms qu'il avait fait, nous initiant à chaque pas aux vives émotioiis que faisaient naître enibi les souvenirs de sa longue captivité.
Au banquet qui lui fut offert par la ville de Ham, le Prince , répondant à un toast que lui avait porté H. le Maire, s'exprinu •n oei termes :
« Monsieur le Maire,
» Je fuis profondément ému de la réception affeetoeose f^ Je reçois de vos concitoyens. Mais, croyez~le, si je sois — b llam, 00 n'ost pas par orgueil, c'est par recono
J*avais à cœur de remercier les habitants de cette ville et des environs, de toutes les marques de sympathie qu'ils n'ont cessé de me donner dans mes malheurs.
» Aujourd'hui, qu'élu par la France entière, je suis devenu le chdf'légitime de cette grande nation, je ne saurais me glorifier d'une captivité qui avait pour cause l'attaque contre un gouvernement régulier. Quand on a vu combien les révolutions les plus justes entraînent de maux après elles, on comprend à peine l'audace d'avoir voulu assumer sur soi la terrible responsabiHté d'un changement. Je ne me plains donc pas d'avoir expié ici , par un emprisonnement de six années , ma témérité contrôles lois de ma patrie, et c'est avec bonheur que dans les lieux mômes où j'ai souffert, je vous propose un toast en l'honneur des hommes qui sont déterminés , malgré leurs convictions, à respecter les institutions de leur pays. »
Le même jugement de la Cour des Pairs avait envoyé à Ham M. le comte de Montholon , maréchal de camp et déjà compagnon de captivité de l'Empereur à Sainte-Hélène. Ce général composa pendant son séjour à Ham, V Histoire de la Captivité de Sainte-Hélène, La préface de cet ouvrage est datée du château de Ham, le 5 juin 1844. Après l'évasion du Prince, M. de Montholon fut mis en liberté le 48 juillet 4846.
M. le docteur Conneau, né à Milan, de parents français, condamné dans l'affaire de Boulogne, avait été envoyé à Ham avec je prince; compris dans l'amnistie de 4844, il avait demandé et obtenu la faveur de rester auprès de Louis-Napoléon, dont, comme nous venons de le voir, il favorisa singulièrement l'évasion.
M. Charles Thélin, mis hors de cause dans l'affaire de Boulogne, attaché depuis l'enfance à Louis-Napoléon, obtint l'autorisation de partager sa captivité. Ce fut lui qui accompagna le prince dans son évasion , après en avoir préparé les moyens.
M. Demarle Auguste, commandant d'armes au château de Ham, mis en état d'arrestation^ le 26 mai 1846, par suite de
révasion du prince Louis-Napoléon, fut rendu à la liberté le 46 juin 1846(1).
Prisonniers de 1848 a 1854.
La révolution de 1848 y exilaje chef arabe Mohamed-Ben- Abd-Allah , mieux connu par le surnom de Bou^-Maza (mot à mot le père de la chèvre) ^ schérif arabe, se disant représentant de la volonté divine. Après avoir combattu pendant deux ans nos armées en Afrique, il fut à la fin réduit à fuir, abandonné de toutes les populations nomades, fatiguées de la guerre. Il comprit alors seulement la force «de nos armes et vint se rendre, le 13 avril 1847, au colonel de Saint-Arnauld, en lui disant : « J*ai fait tout ce que j'ai pu pour ma religion et pour mes frères ; tu es celui des Français contre lequel j*ai le plus souvent combaUu, c*esl à toi que je veux me rendre. » Ramené en France, il fut traité à Paris plus tôt comme un hôte que comme un prisonnier. A la révolution de février, il chercha à profiter du premier moment de trouble pour s'échapper, et il allait s'embarquer à Brest, lorsqu'il fut arrêté, puis écroué dans la prison 'de Ham, le 10 février 1848. Le prince Louis- Napoléon, lors de la visite qu'il fit, le !£2 juillet 1849, aux habitants de la ville de Ham, adoucit la captivité de Bou-Maza, en lui donnant la ville pour prison et en augmentant la pension que lui faisait le gouvernement. Mis en liberté en 1854, il a quitté à cette époque définitivement la France pour prendre du service dans l'armée ottomane.
A la suite de la dissolution de l'Assemblée législative, décrétée par le prince Louis-Napoléon, le 2 décembre 1851 , les portes du fort se sont ouvertes pour recevoir huit membres de cette Assemblée : MM. les généraux Cavaignac, Changarnier, de Lamoricière, Bedeau, Le Flô, M. le colonel Charras, MM. Baze et Roger (du Nord).
La fiancée du général Cavaignac , M"^ Odier, et sa mère ,
(1> Voir chapitre xxvii, p. 328.
PRISONr^IERS DU CHÂTEAU DE HAM 363
fidèles à sa fortune, accoururent à Ham et obtinrent du président Louis-Ntpoléon , non-seulement Tautorisation de le voir, mais l'ordre de son élargissement. Après son mariage le général s'éloigna quelque temps de la France et depuis il menait une vie retirée au Mans, lorsqu'on 1857 il fut, le 28 octobre, frappé do mort presque subitement.
M. Roger, du Nord, mis en liberté le 13 décembre 1851, est rentré dans la vie privée.
M. Le Flô, parti pour Boulogne le 9 janvier 1852, séjourna quelques années en Angleterre; il est aujourd'hui rentré en France.
M. Lamoricière,. sorti le 9 janvier 1852, a résidé tantôt en Allemagne, tantôt en Belgique, tantôt en Angleterre. A h fin de 1857, à l'occasion de la mort presque subite d'un doses enfants, qui se trouvait en France avec sa mère, l'Empereur a accordé spontanément au général l'autorisation d'y rentrer.
M. Bedeau, parti pour Bruxelles le 9 janvier 1852, vit retiré en Belgique, où la ferveur de ses convictions catholiques a donné lieu au bruit de son entrée prochaine dans les ordres.
M. Changarnier réside à Malines , refusant de profiter de l'autorisation qui lui a été accordée de rentrer dans sa patrie.
M. Charras, retiré en Belgique, a pris part à plusieurs publi* cations et a fait paraître dernièrement un livre sur Waterloo.
M. Baze habite, depuis 1852, la ville de Liège où il exerce avec succès ta profession d'avocat. Il a refusé d'accepter Tautorisation de rentrer en France qu'avait obtenu pour lui son compatriote Jasmin.
Quel singulier et méditatif tableau nous offre cette revue des prisonniers de Ham, et combien l'histoire de cette forteresse est féconde en grands enseignements !