‹ Ham, son château et ses prisonniersChapitre 98 sur 138 · SIÈGE DE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE

Après le meurtre de Louis d'Orléans par le duc de Bourgogne (1 407) Charles d'Orléans ayant vainement sollicité, pendant plusieurs années , la réparation de cet assassinat , se mit en*rébellion , voulant , disait41 , venger l'honneur de son père par toutes les voies de fait. On vit alors arriver dans le Vermandois Bernard d'Albret , cousin du connétable , homme entreprenant , qui , à la tôle d'un corps de 500 hommes bien déterminés et choisis parmi les Gascons qui avaient naguère combattu sous les ordres du comte d'Armagnac , s'empara de la forteresse de Ham, qui appartenait en commun au duc d'Orléans et au comte de Nevers. Cette rébellion du duc d'Orléans et les désordres commis par ses partisans irritèrent les esprits contre lui. Un chroniqueur nous a fait d'borriWes récits sur les dévastations commises dans la Picardie par ses gens d'armes qui , après avoir dépouillé le paysan , ajoutaient du ton le plus insultant : « Allez trouver votre idiot de roi , ce « fainéant, ce captif (1). Des députés de ce malheureux pays

(1) Chvniquê é* Ckarle$ Vl ^ par le religieux de St-l>enw, (. iv. lÎT. XXXII » p. 453.

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ayant porté leurs doléances au conseil du roi , une lettre de ce monarque , en date du 28 août 4 41 4 , pria le duc de Bourgogne de venir défendre son royaume fsiej et ses sujets contre le due d'Orléans.

Jean-sans-Peiir, ravi d'avoir ce prétexte pour combattre so[\ ennemi personnel , le duc d'Orléans , se mit en campagne sans perdre de temps. Son armée était magnifique , toute la noblesse de Bourgogne, de Flandre et d'Artois s'était rendue à son commandement. Les bonnes villes de Flandre lui avaient envoyé leurs milices , au nombre « de quarante à cinquante « mille (1), très-bien armez et embastonnez selon la cousiume < et manière du pays. Ils avaient , pour porter leurs harnois , « vivres et habillemens de guerre , environ douze mille tant « chars que charrettes et un très-grand nombre de ribaude- « quins (S}. Ils amenaient des manteaux d'aissetlez, garnis par « derrière de longues broches de fer pour clore une bataille « et sur chacun d'eux était assis un ou deux veuglaires (3). »

Le duc de Bourgogne partit de Douai avec cet équipage , le 31 août 1 41 1 et vint loger à TEcIuse , puis à Harquion , où il attendit l'arrivée de toutes ses troupes. Il en sortit ensuite dans un appareil triomphal , vint camper à Monchy-Lagache, puis à Athies , dont les clefs lui furent présentées. De là , il envoya l'avant-garde de son armée vers Ham. Bernard d'Albret , sommé , au nom du roi , de remettre au duc la place de Ham , répondit à cette sommation par un refus arrogant et injurieux ; puis , voulant se signaler par une fanfaronade , il sortit à la tête de la garnison , fondit sur les Flamands avant qu'ils eussent établi leur camp , les mit en désordre , et il en eût tué un grand nombre si les gens du duc n'étaient accourus en foule ; en présence de forces imposantes et qui s'augmen-

^i) Ckron. iCBnguerrand de M&nHrtkt , éé. tIl-^, vol. !«, P 128. (2) Espèces de g^randes arbalètes que traînait un cheyal et qui lançaient au loin des jayelols avec une force terrible. ;3 Feuglmres , armes ^ feu , machines de guerre.

talent à chaque instant, il eut peur d'être écrasé et il rentra dans la place.

Le lendemain , Jean-sans-Peur , qui avait chevauché en belle ordonnance , « ayant avant-garde , bataille et arrière- « garde ^ » planta ses tentes sur les hauteurs de Sancourt, et d'Estouilly , à une portée de canon de la place. Nous empruntons , à un chroniqueur bourguignon (1) , ce curieux pa^ sage , relatif au siège de Ham de 4 411 . « Or avint que , quant « Flamens , lesquek estoient au siège de- « vaut Hem , et eurent assis et afusté plu- « sieurs bombardes et canons , tout prest « pour getter, Yl en y avoit trois princi- « pales , dont Tune estoit appelée le grosse « griêlle : et , quant le duc Jehan les vit « prestez de getter , il lui prinst pîctié de

^^^^ÊÊ ^ targassent et qu'il envoiroit parlementer « pour savoir s'ils voroient la ville rendre, i^^ri^^^ ^ ®* y^ y envoia Jaques de Hailly, -et leur /^^tiâëlHl ^ dist qu'il rendesissent la ville , ou se non « qu'en l'eure seroit assalie et conquestée « par force, et qu'il feroienl tant devers le « duc que ylz aroient bon trailiet et amia- « ble. Et yl respondirent que rien n*en fe- « roient et que brief aroient secours, et, « avec ce, dirent plusieurs ramprones (railleries), « et reproches aux Flamens, et « disoient qu'ils estoient de bure^ et qu'ils « fonderoient au soleil, et qu'il estoit « tanps qu'ils retournassent en Flandres « racachier leurs vacques, et pluiseurs « aultres obprobres , dont le duc Jehan en « fu courouchiés, et commanda à traire

(1) Bibl. de LUle, Manuscrit, n" 207, f"'' 179 et 188.

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« sur eulx , et tirèrent prumiers de deux petits engiens , les- « quels ne firent riens aux murs de la porte. Et , quant ce a virent ceulx de la Tille , adont prirent lem caperons et « torquaient les murs en moquerie. Et, quant ce virent les Fla- « mens , adont leur envoyèrent une piere plus grosse qu'ung « tonnel, qui estoit en le grosse grielle; mais le bonbarde € estoit sy hault afustée qu'elle passa tout par deseure la ville, « et oultre la rivière de Somme. Et, quand Flamens virent qu*il « avoient faly, sy le requerquèrent et asirent sy bas qu'au traire tt fist ung bont devant le porte , et de ce bont frapa le mur et « très perça les deux parois d'une tour de le porte , et se fery « de chemesme bont en le cauchié, ou encore fit ung merveilleu « bont, dont elle tua viii hommes et bleça plusieurs aultres...»

Les pierres énormes que les Flamands lançaient à l'aide de leurs machines, endommagèrent les maisons du faubourg Saint- Sulpice, la partie de la ville rapprochée de la Somme et particulièrement l'abbaye et son église. Les assiégeants, profitant du moment de terreur que l'effet de ces formidables engins produisait sur les assiégés , attaquèrent vigoureusement la ville et l'assaut qu'ils lui donnèrent dura plus de trois heures; mais la défense de la garnison et des habitants fut à la hauteur de l'attaque, et sur aucun point on ne se laissa forcer.

Le duc de Bourgogne, voyant qu'il ne pouvait enlever la ville de vive force, fit jeter le lendemain plusieurs ponts et passages sur la rivière de Somme, afin de tourner la place et de l'assaillir de tous les cotés à la fois.

Les assiégés , à la vue des engins de guerre que les Flamands et les Picards dressaient à l'envi contre la partie de la ville investie, perdirent courage et renoncèrent à toute résistance. Bernard lui-même sentit son cœur faillir; il assembla ses compagnons d'armes et leur tint ce langage [1) : « Mes amis , » nos affaires sont en tel état c(ue je dois plutôt vous faire com-

(1) Chron, de Charles VI , par le religieux de Saint-Denis , f . iv, Hy. XXXII, p. 469.

» prendre la nécessité qui nou& presse que vous donner des » conseils. Nous ne pouvons plus espérer de défendre la ville » et notre unique moyen de salut est de sortir d'ici. Vous n'i- » gnorez pas sans doute que si nous tombons entre les mains » de Tennemi c'en est fait de nous... »

Tous ses soldats goûtèrent cet avis , et se disposèrent à quitter la place. Le restant de la nuit fut employé à tromper Tennemi en allant et venant sur les remparts , comme si Ton se fût préparé à une vigoureuse résistance, mais au point du jour, « Bernard fit ouvrir la porte de Chauny, dévaler lé pont-levis, » et ouvrir la barrière , faisant semblant de vouloir faire une » escarmouche ; lors , tout-à-coup , lui et ses gens qui éloient }» bien montés , frappèrent vaillamment et hardiment sur Tua » des logis du duc de Bourgogne et tellement se portèrent en » avant qu'ils passèrent outre, abandonnant à leur malheureux* i> sort les pauvres habitants de la ville et ceux des villages voi- » sins qui s'y étaient réfugiés (1).

Les ducs de Bourgogne et de Brabant, informés du départ de la garnison, abandonnèrent la ville à leurs soldats ; ceux-ci ' y entrèrent sans résistance, pillant, robant et emportant tout ce qu'ils pouvaient raiiiasser, tuant ceux qu'ils rencontraient, et emmenant prisonniers dans leurs tentes les femmes et les enfants. Après le sac il» mirent le feu partout et les maisons, édifices et églises de la ville ne formèrent plus bientôt qu'un monceau de ruines (âj. Les habitants qui s'étaient retirés dans les caves et celliers y périrent piteusement. Cependant, six ou sept religieux de l'Abbaye , à la tête desquels marchait le Prieur tenant une croix en sa main moult réverement, parvinrent à se sauver jusrqu'à la tente du duc de Bourgogne, où ils furent en sûreté (3).

Les habitants de Nesie, à la vue de la fumée de l'incendie

(1) HUt, de Charles T/, par JuTénal des Ursins, coUec. Michaad, t. II, p. 467.

(2) Chroniques d*Enguerrand de Monsirelet, éd. in-f»,vol. !•% f» 129.

(3) Chroniques de Monstrelet, édi. in-f>, vol. i", fol. 129, y*".

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