INTRODUCTION
Depuis la contrefaçon des pièces de Shakespeare faite an dernier sifiglejpar' Ducis , nombre de productions en vers, ayant la prétention, d'être des traductions, ont été publiées en France. Une des plus remarquables tant par la somme de'talent qui y est malheureusement gaspillée, que par l'effronterie des changements apportés au texte original, est sans contredit, celle écrite par Alexandre Dumas conjointement avec Monsieur Paul ]\Ieurice. Hamlet, arrangé, comme dit la vieille chanson :
"A la façon de Barbari
Mon ami ! '
pour les besoins de leur cause, par ces deux Messieurs, fut représenté à Paris sur le Théâtre Historique le 15 Décembre, 1847, ^sans grand succès. Les personnages de la pièce de Shakespeare ^sont tous défigurés, les scènes sont déplacées, mutilées et changées. Le tout a été ainsi travesti pour capter les bonnes grâces de cet être blasé, yclept le Public Parisien, inapte, à ce qu'il paraîtrait, à comprendre les magnificences de Shakespeare. Un détail que nous signalons en passant, qui a blessé notre oreille, comme le ferait l'émission d'une note fausse, ce sont les appellations peu héroïques de Monsieur, et de Messieurs qui coudoient à chaque instant les expressions : Pririce ! Seigneur ! Majesté! (Le mot Majesté, ferons- nous observer, n'était pas alors appliqué aux Rois, l'humanité était moins dégradée qu'elle ne l'est aujourd'hui, on se contentait alors de saluer les Rois et les Reines, ces sangues qui vivent aux dépens des peuples dont ils sucent la substance, du simple nom à' Altesse ! et c'était bien assez par Dieu !) — Revenons aux Messieurs de Messieurs Dumas
X INTKODUCTION.
et Piiul Meurice. Concevez-Tous Monsieur Néron, Monsieur Britannictis, Monsieur César, Madame Agrippine, Madaine Athalie .... Risuni teneatis ? Nous signalons encore au Charivari^ au Nain Jaune^ au Figaro de Paris, au Punch et au Fan,, au Sancho et au Grelot de Bruxelles, le mot chapean qui hurle de figurer le couvre-chef d'un personnage de ce temps là, du courtisan Osrick ! . . . Nous n'eussions jamais pensé devoir trouver ces graves incongruités de style sous la plume de l'auteur de Christine et Fontainebleau — une œuvre tout à fait hors ligne, — presqu'un chef-d'œuvre ! . . .
Malgré ces énormités, qu'il importait de signaler, ne fut-ce que pour faire voir comment, même les grands esprits de l'époque, entendent la traduction en français des meilleurs ouvrages anglais, l'œuvre de Messieurs Dumas et Paul Meurice renferme de fort.
beau^vèrSXTSSîà ces deux Messieurs ont ea le tort, pour ne pas, dire l'impardonnable mauvais goût, de faire, entr' autres vulgafîtés, de l'ombre du Père d'Hamlet, une ombre chinoise, une espèce de touche à tout, arrivant sans dire gare ! alors qu'elle tTést pas désirée, et contribuant en fin de compte, à un dénouement absurde. Tout le cinquième acte est du dévergondage, c'est une folie écrite après boire; la survivance d'Hamlet est une idée burlesque. Nous ne concevons pas la profanation, la desécration du Génie. Quand iin écrivain se donne la tâche glorieuse, mais ingrate, de faire passer dans sa langue des œuvres telles que celles signées : ''Shakespeare ! " il doit se respecter assez, et respecter assez ses futurs lecteurs, pour reproduire au mieux de son pouvoir le grand Génie qui lui sert de modèle, et ne i)as faire d'un chef-d'œuvre une pasquinade !
C'est ce que comprit un charmant poète, un esprit conficiencieux, un écrivain de haute intelHgence, Emile Descliamps, quand, en 1848, il produisit sur le théâtre del'Odéon une version de Macbeth, qui eut alors 100 réprésentations consécutives. Malheureusement, — ici ce ne fut pas la faute du poète, il n'était pas, lui, Directeur de l'Odéon, comme Alexandre Dumas était Directeur du Théâtre Historique, et par suite Maître chez lui, alors (pi'il y fit représenter 8on Ilamlet, par lui faussement attribué à Shakespeare — malheureusement, disons-nous, le Direc-