‹ HamletChapitre 2 sur 84 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

teur de l'Odéon exigea d'Emile Deschamps des embellissements au drame de Shakespeare ; et les Sorcières durent reparaître au dénouement. Quand Messieurs les Directeurs des Théâtres de France et de Navarre voudront-ils bien comprendre (jiie l'abus du surnaturel détruit et tue reô'et d'un surnaturel bien entendu, au lieu de le renforcer? Quand voudront-ils réfléchir que du Sublime au Eidicule, il n'y a qu'un pas ? Faire revenir au cinquième acte de Macbeth les Sorcières c'était gâter l'œuvre entière d'Emile Deschamps ! c'était le pendant de la malheureuse Ombre du Père d'Hamlet condamnée du fait d'Alexandre Dumas à se traîner à la dernière scène devant la rampe pour expliquer au spectateur ébahi la moralité de l'œuvre ! Mais que voulezvous, c'était la mode du moment ! . . . Un Macbeth de Monsieur Paul Lacroix a été récemment donné à l'Odéon. Quel peut être le mérite réel de ce Macbeth ? Nous ne saurions le dire. Ayant échoué dans nos efforts en voulant nous en procurer une copie, même en nous adressant directement à l'auteur, nous devons conclure que, malgré les réclames de la Presse Parisienne qui ne manquent jamais aux productions, quelqu'elles soient d'ailleurs du bibliophile Jacob, la pièce, en dépit des hosannahs de contrebande de la camaraderie, n'a pas encore été imprimée ;

ce qui aboutirait à un succès d'estime .... Total zéro !

Kevenons à Hamlet.

Comme œuvre dramatique nous avons formulé notre pensée sur Hamlet dans l'Introduction de notre traduction de Macbeth. Non bis in idem, nous nous reportons à notre dire, nous n'avons rien à ôter, rien ù ajouter.

La traduction que nous publions aujourd'hui est une espèce de fac simile, de photograpliie, si l'on veut, de la version d'Hamlet tëlTë' que 1^ pièce fut représentée au théâtre de la Princesse sous la direction de Charles Kean. Les quelques rares additions par nous faites, empruntées aux éditions plus anciennes, n'ont trouvé place dans notre œuvre, que pour rendre plus complète en France l'intelligence de la pièce, nos compatriotes ne possédant pas comme le possède tout anglais lettré, son Shakespeare ad nnguem. Ainsi que nous avons fait à l'égard de Macbeth, nous avons traduit le blank verse qui n'existe pas en français, par le vers

Xll INTRODUCTION.

héroïque, — vers majestueux sans doute, mais hélas ! bien moins concis que le hlank verse. {^) Nous avons traduit la prose en prose, les lambeaux de chant d'Ophélie en vers lyriques, en ayant grand soin toutefois d'éviter les impertinences de rhythme, la cacophonie de rimes que Messieurs Alexandre Dumas et Paul ^leurice ont cru pouvoir se permettre, sans s'inquiéter le moins du monde si les rimes de leurs chansons étaient ou non en désharmonie flagrante avec les rimes de leurs alexandrins.

Si notre traduction peut, de la part des étrangers qui ne connaissent pas la langue anglaise, apporter un tribut d'admiration de plus au grand Génie qui fut Shakespeare, nous ne regretterons pas de l'avoir entreprise.

(') Nous avons cherché la concision, et généralement nous sommes parvenu à la trouver, souvent il est vrai, non sans peine. Toutefois nous plaidons guilty à l'occasion d'un passage de la scène XXIII du 4'^™^ acte, page 112. Quand la Reine vient annoncer la mort d'Ophélie, alors que nous nous préparions à envoyer à l'imprimerie \q fit for the press, — le bon à tirer de la feuille H (ceci est un détail de la vie d'un poète, qui tranquillement, dans son studio, corrige ses épreuves, nous le livrons sans façon au lecteur), n'avous-nous pas trouvé quatre vers masculins marchant bras dessus, bras dessous sans aucunes femmes entr'eux, i(i e.^<, sans la moindre rime féminine les séparant! Sus! il nous a fallu, en dépit de Shakespeare lui-même, créer ces deux vers féminins qui ne demandaient pas l'existence :

"Au dessus de l'étang, dans un recoin paisible Laissant tomber ses bras et sa tête flexible."

Afin de détacher le Saule Pleureur de son contact inharmonieux avec le Ruisseau, rendant ainsi par le fait par six alexandrins (Excusez du peu!), ces deux vers «lu texte original ;

" There is a willow grows ascaunt the brook That shows his hoar leaves in the glassy stream."

Tour cette fois, nous le répétons, nous plaidons guilty, invoquant en noti'e faveur les circonstances atténuantes que l'on nous accordera, nous l'espérons du moins, puisqu'on les accorde en France à tout propos, à celui qui a tué fiapa, maman, &c., &c,— sans doute parce que papa, maman devant mourir un jour, ce n'est que peccadille de faire l'office de Madame la Mort, quelques quarts d'heure avant celui fixé par le destin.

Nous tenons à constater ici que nous ne sommes pas à l'égard dos vers masculins se suivant sans se ressembler, c'est à dire avec des rimes différentes, de l'école de Charles Baudelaire, un poète et un grand poète celui-là cependant ! mais dont les pièces contenant des vers masculins avec des rimes différentes, ou des vers féminins arrangés de la môme manière, ne sont en réalité qu'un affreux charivari. Ces abominations préméditées, sous couleur d'originalité, forment des tache» énormes sur la surface de rc beau soleil poétique. — Note du TradiwAtftr.

INTRODUCTION. XUl

n est question de célébrer le 23 Avril prochain le trois-centième anniversaire de la naissance du Cygne de l'Avon par l'érection d'une statue à sa mémoire. '■^ Bene sit!''^ dirons-nous, c'est s'y prendre un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais ! Du reste à notre avis, Shakespeare a depuis longtemps sa statue élevée, sans frais aucun, dans le sanctuaire de la pensée de chacun de nous. Son nom n'évoque-t-il pas les œuvres puissantes, dont, par l'imagination, nous le voyons entouré ? Si monumentum quœsieris ? . . . Circumspice! — Pour Shakespeare, poète sans égal, un monument n'est pas un objet de première nécessité comme lorsqu'il s'agit de préserver de l'oubli une Nullité Royale ? . . . C'est un monument de luxe, c'est du superflu; puis, comme nous l'avons dit autre part :

" Quand on est Immortel à quoi sert une tombe !" Et bien que nous tenions à honneur de faire partie du Comité qui a pour mission de rendre hommage à l'Auteur d'Hamlet, nous ne sommes pas sans appréhension, par les statues qui, sous prétexte d'ornementation, courent et déshonorent les places et les rues de la bonne ville de Londres, et par cette gigantesque mauvaise plaisanterie à clada^ qui, de façon si burlesque, couronne l'arc de ' Constitution Hill,' que le monument projeté ne soit encore un monument libelle dans le genre de feu le bâtiment de l'Exposition de 18G2, ou dans le genre du monument consacré à Dublin à ce pauvre Tom Moore, qui n'avait rien fait de son vivant, que nous sachions, pour mériter après sa mort d'être

condamné à perpétuité au pilori, et à devenir l'objet des

quolibets sans cesse renaissants de la part de tout nouvel arrivé dans la Capitale de l'Irlande !

Dî talern avertite casum !

Un mot encore.

Nous nous garderons bien d'analyser les mérites de l'Hamlet de Shakespeare ; l'œuvre porte en elle-même sa recommandation. Nous détestons d'ailleurs les commentateurs, race parasite qui s'agrippe, qui s'acharne à un grand homme, l'exploite, et vit de ses sucs ; race vampire, (pii lui boit le sang, même après sa mort, sous prétexte de le faire revivre ; . . . qui prétend savoir tout, et même bien plus encore sur le grand homme défunt dont elle ne

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