‹ HamletChapitre 33 sur 84 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Hamlet {seul).

Enfin me voilà seul !.. Eh I que suis-je donc ? . . Rien ! N'est-ce pas monstrueux que ce comédien Ait pu mouler son âme, et mouler son visage A rendre le {pourquoi des instincts d'un autre âge,

A revêtir ses yeux de l'amer de ses pleurs,

Et de son désespoir à cuver les grandeurs,

Que sa voix fut dès lors voilée, anéantie,

Echo, dans tous les cœurs, créant la sympathie,

Et tout cela pourquoi ? . . . Pour quelle vérité

Digne d'être léguée à la postérité ? . . .

— Pour rien ! vraiment pour rien ! si ce n'est pour Hécube,

Et pour lui qu'est Hécube ? . . Oh ! bien moins qu'un pied cube

Du plus vil des métaux ! . . . Adonc que ferait-il

Si de la passion vibrait l'instinct viril

Que j'ai par devers moi ! . . . Dans de vives alarmes

La scène ! ... il le noierait d'un déluge de larmes !

Et jetant au public de son navrant discours

Le prétexte et la trame et le hideux concours,

n émerveillerait les facultés de l'âme ;

Les oreilles, les yeux pour lui seraient de flamme.

Et cependant que moi, comme Jean le songeur.

Mièvre je languis sans verve et sans ardeur,

Sans que soudainement m'excite à la vengeance

Le crime sans remords d'une royale offense,

Pas même pour un roi qui fut mon père à moi.

Un roi qu'on a détruit sans un semblant d'émoi.

Adonc suis-je un poltron ? — Qui me jette à la face

Que je suis un gredin, ou bien un Boniface ?

Qui me casse la tête, ou me prend par le nez,

Ou m'insulte à plaisir d'un : '^ Seigneur vous mentez ! "

Je prendrais, je le crois, tout cela sans rien dire,

Et peut-être, qui sait ? avec : " Merci Messire ! "

J'ai le foi d'un pigeon, — sans doute j'ai du miel

Où se ressent l'injure, — à la place de fiel ;

Sinon j'eusse engraissé déjà, je le proclame.

Les milans du pays des débris de l'infâme,

Un scélérat fieffé, — traître et luxurieux.

Perfide, sans remords, soulard et crapuleux. (')

Quel âne suis-je donc ? C'est du beau ! c'est du propre !

C'est de quoi, m'est avis, relever l' amour-propre !

{•) H y a dans le texte de Vacting édition: O Vengeance I . . . Nous ne traduisons pas cette interpolation ne l'ayant trouvé dans aucune des nombreuses éditions consultées par nous. — Note du Traducteur.

Que moi l'unique fils d'un père assassiné, Du ciel ou de l'enfer par la main amené A poursuivre le crime, et poser la vengeance Sur l'affreux criminel de la hideuse offense. Ainsi qu'une catin je soulage mon cœur ^ar paroles en l'air, par des mots sans valeur ! Et me mets à jurer comme une péronnelle Une affreuse souillon laveuse de vaisselle. Fi sur cela ! fi ! pouah ! A l'œuvre mon cerveau ! Ne saurais-tu donc pas enfanter du nouveau ? Quand j'y pense parbleu ! je me suis laissé dire Que, sur tous, le théâtre établit son empire, Que de grands criminels voyant en action Poser là devant eux comme apparition.

En présence de tous, le secret de leurs âmes, Ont proclamé leur crime aussitôt, les infâmes ! Car, c'est un fait certain, le meurtre ténébreux Quoique sans langue, parle énormément aux yeux. J'ai ces acteurs, je vais m'arranger de manière A monter une pièce au meurtre de mon père Analogue en partie — elle sera demain Mise en scène devant le nouveau souverain. Devant mon oncle : — Moi je n'aurai la berlue. Moi je le sonde au vif, sans le perdre de vue : S'il tressaille ou frissonne alors de compte fait J'aurai su sans rien dire agripper son secret, Ce qui me reste à faire après ça, c'est faisable I Cet Esprit que j'ai vu peut bien être le diable ; Or, c'est connu, le diable a pouvoir s'il lui plaît De prendre forme honnête et la prend en effet. Qui sait s'il ne veut pas, c'est une âme traîtresse. Pour me faire damner exploiter ma faiblesse. Et ma mélancoUe ? . . . Oh 1 je veux des motifs L'un à l'autre enchaînés — oui — des faits positifs. La pièce ! ah ! oui, voilà selon toute apparence La clé qui doit m'ouvrir du roi la conscience 1

(// sort.)

La TOIl.K TOMHK.

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