CARACTÉRISTIQUES
Précurseur, celle du Disciple bieii-ainié, qu’il soit représenté protégeant un client ou dans la contemplation ravie de la vision apocalyptique ; le personnage de Saint Christophe regardant avec étonnement l’Faifant merveilleux dont le poids raccahle ; des abbés calmes et placides, des ermites plongés dans de profondes méditations comme Saint ^laur et Saint Gilles: tous ces types, également pieux et pleins d’originalité, ont été longtemps copiés et imités par des peintres et des miniaturistes. Mais c’est surtout dans la représentation de vierges que Memlinc a surpassé tous les autres peintres de l’école Néerlandaise. Il a choisi les modèles les plus aimables qu’il a pu trouver, les plus remarquables par leur délicatesse et leur distinction ; puis il les a idéalisées, glorifiées, transfigurées. On chercherait en vain dans toute l’œuvre de Xaii Eyck des figures de saintes aussi exquises, ou aussi parfaites sous le rapport des gestes ou de l’expression que la Sainte Barbe et la Sainte Katherine de Memlinc.
‘‘N’eut il fait que ces deux ligures” dit Fromentin, “on pourrait presque dire qu’il eût fait assez pour sa gloire d’abord, et surtout pour rétonnement de ceux que certains problèmes préoccupent, et pour le ravissement qu’on éprouve à les voir résolus. A n’observer que la forme, le dessin parfait, le geste naturel et sans pose, la netteté des teints, la douceur satinée des épidermes, leur unité, leur souplesse ; à considérer leurs ajustements dans leur couleur si riche, dans leur coupe si juste et si physionomique, on dirait de la nature elle-même observée par un œil admirablement sensible et sincère”.
Voyez encore les anges de Memlinc, si pleins de grâce, avec des traits aux expressions si charmantes, qu’ils contemplent avec ravissement l’Enfant Dieu qui vient de naître, ou qu’ils cherchent à l’égayer avec des douces mélodies en touchant de l’orgue ou en jouant de la harpe.
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Dans sa manière Je traiter le portrait, Memliiic diffère sensiblement de Van Eyck. Celui-ci, d’une absolue précision, reproduit, sans aucun souci de l’idéal, les types humains, surtout les types virils qui lui passent sous les yeux, de tous les rangs de la société. Que ce soit le duc de Bourgogne, un prélat, un chevalier de la Toison d’or ou un riche négociant, il ne les flatte i>as, pas même les femmes, pas même la sienne (Académie); ses portraits sont les véritables réproductions de ses contemporains avec ce qui les entoure; tout y est sauf la vie.
Tout autres sont les portraits de Memlinc. Et d’abord ses hommes sont apparemment tous des personnages honnêtes, graves et réfféchis et pourtant très divers de caractère ; comparez le bourgmestre Moreel (Académie), les vieux frères Antoine Zeghers et Jean De Kueninc et le jeune Jean Floreins. Mais c’est surtout dans les portraits de femmes que Memlinc se montre supérieur par le sentiment à Van h]yck. Cette particularité s’explique en ])artie par la difference entre la cour plutôt Bourguignonne que Flamande à laquelle Van Eyck était attaché, et oil le duc Philippe était entouré de ses maîtresses et de ses bâtards ; Memlinc, au contraire, était le familier de Charles le Téméraire, de la cour duquel ce monde interlo])e était si non entièrement éloigné, au moins tenu à distance par Marguerite d’York et Marie de Bourgogne, deux princesses vertueuses et irréprochables. Toutefois cette difference tient peut-être plus encore au caractère des deux peintres, l’un cherchant simplement à plaire, l’autre à édifier, à instruire; l’un faisant de l’art ])our l’art et l’autre de l’art pour Dieu. Cela est tellement vrai qu’on peut parfaitement saisir cette distinction dans la manière de traiter les accessoires, les fonds des tableaux. Van Eyck s’attache à reproduire des objets de luxe et de grande valeur. Pour Memlinc, il regarde ces choses comme moins
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importantes, et il ’ s’ai)pli(|ue surtout à introduire dans les fonds de ses tableaux des sujets ayant rapport aux personnages principaux; — le retable de rilôpital nous en offre un exemple remarquable. Alors môme qu’il peint des simples portraits, au lieu de les mettre sur un fond uni, il aime à les représenter dans un portique ouvert ou dans une salle dont les fenêtres donnent sur des i)ay sages étoffés de ligures. Tout dans ses tableaux, dit très l)ien Fromentin, “vit d’une vie profonde, sereine et recueillie. Dans cet art cependant si humain, pas une trace des vilenies ou des atrocités du temps. Consultez l’œuvre de ce peintre, qui, de quelque façon qu’il ait vécu, devait bien connaître son siècle, vous ne trouverez pas une de ces scènes tragiques comme on s’en est plu à en représenter depuis.
“De vieilles et touchantes légendes, comme la Sainte F^rsule ou le Saint Christophe, des vierges, des saintes fiancées au Christ, des prêtres qui croient, des saints qui font croire à eux, un pèlerin qui passe.... voilà les personnages de Memlinc. En tout, une bonne foi, une honnêteté, une ingénuité qui tiennent du prodige, un mysticisme de sentiment qui se trahit plus qu’il ne se montre, dont on a le parfum, sans qu’il en transpire aucune afieetation dans la forme, un art chrétien s’il en fut, exempt de tout mélange avec les idées païennes.
“Memlinc dit ce qu’il veut dire avec la candeur des simples d’esprit et de cœur, avec le naturel d’un enfant. Il peint ce qu’on vénère, ce que l’on croit, comme ou y croit.” On reconnaît par ses tableaux qu’il était un homme humble, un cœur pur, qui garda l’amour des traditions chrétiennes à une époque où les arts qui jusqu’alors avaient été au service de l’Église, commençaient à abdiquer cette honneur et ne visaient plus qu’à flatter les sens et à plaire aux riches. Dans ses tableaux il n’y a aucune recherche de nouveauté, aucun mélange d’idées
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})aieimes ; il paraît avoir échappé à rinhueiice de la Ivenaissaiice paieniie qui commençait déjà à se faire sentir en Flandre. On peut être certain qu’il a vécu simplement et tranquillement ne s’occupant guère de ce qui se passait dans le monde extérieur. Il ne fonda pas d’école ; il exerça néanmoins une influence considérable, non seulement sur ses contemporains, mais aussi sur les artistes qui vinrent s’établir à Bruges au seizième siècle ; et c’est sans doute grâce à son influence que les traditions de l’ancienne école, entièrement abandonnées ailleurs, furent encore suivies à Bruges j usqu’au commencement du dix-septième siècle.
L’lIOPlTAL SAINT-JEAN
LTlôpital Saint-Jean, en face de l’église Notre-Dame, fut fondé au douzième siècle pour recevoir les malades des deux sexes, et desservi par des Frères à qui plus tard ou adjoignit des Sœurs. Le règlement date du mois de Janvier
La tour en batière qui surmonte l’entrée est la seule de cette forme que je connaisse en Flandre. Au-dessus du portail on voyait autrefois une eftigie de Saint Jean Baptiste, patron de l’hôpital, statue sculptée en 1441 par Jean van Cudsegliem, qui reçut pour son travail la somme de 54 livres parisis.
L’église fut construite en 1473-76; la partie qui en a été séparée, à l’ouest, conserve son plafond en bardeaux, et est ornée à l’extérieur, d’une corniche en briques à fleurons. Dans l’intérieur on voit, dans la nef, une statue de Saint Jérôme et un lustre en cuivre à seize branches de vigne se rattachant en deux rangs à une tige terminée en bas par une tête de dragon tenant un anneau entre les dents. La tige est surmontée d’une statuette de la Sainte Vierge avec l’Enfant Jésus, travail de la lin du quinzième siècle. Au-dessus du maître-autel se trouvent les bustes de Saint Jean et de Saint Pierre, et un tableau par Jacques van Oost le vieux, 1637, représentant la Sainte Vierge portant l’Enfant Jésus; elle est assise sur un trône et entourée de saints ; l’Enfant pose une mitre sur la tête
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(le Saint Augustin agenouillé devant lui. Au c(jté nord du sanctuaire on voit un tabernacle sculpté du quinzième siècle, avec des portes en cuivre d’un beau style, 1477, et des branches à cierges, et dans des niches à baldaquins de chaque côté du chœur, des statues de Sainte Anne, Saint Jean l’Évangéliste, Saint Jacques le mineur et Saint Antoine.
Dans la chapelle de Saint (/orneille on voit au côté sud une armoire aux Saintes Huiles de 1477 surmontée d’un bas-relief de l’Agonie au Jardin des Oliviers. Dans le mur au côté nord se trouve encastrée une dalle incrustée de lames de cuivre on guise de cadre orné de banderoles entrelacées; les vides sont remplis de feuillages et d’ornements variés. Aux angles et à mi-hauteur des côtés se trouvent des (juadrilobes en saillie. Le (|uadrilol)e en haut à droite, i)orte la figure de Job tenant une banderole avec ces mots : Quid est homo. Job 7; celui de gauche, celle de Moïse avec la réponse: Terra et pulvis. Gene. 3.; celles du bas, les figures de David et d’un psalmiste tenant chacun une harpe et une banderole; - sur une de celles-ci on lit : Vanitati similis. Psal. 143; sur l’auti’e : Umbra prêterions. Usai. 143. Le quadrilobe au côté droit est orné d’un écusson resté vide; celui de gauche porte parti : au H*', une demi-croix accomi)agnée d’un léopard au premier canton, à la bordure chargée de dix étoiles, au 2®, une lasce frettée. Les inscriptions sur les banderoles du cadre sont ainsi connues : Hier leghet begrauen brooder Jan / De cueninc wylent meestre van desen hospitale ouerleet à® XV® XV den xj®“ in / april naer paesschê. , Sepulture vau breeder Jan De / Mersseman de welcke starf meestre en i burssier vâ desen godhuuse Ti xv' xxxij dê / xxiiij dach vâ ougst. Hier licht , breeder lauwereins wittinc D ])ie / ters burssier staerf dë xxij®'* in October 1537. / Sei)ulture vâ ; breed® »k>os Hughemâ starf meester en / burssz vâ hierbïnê dë xxx*^" î uouëb xv® xliij.
li’noPITAJi SA TNT- JEAN •
Dans la sacristie on conserve dans une belle gaine en cuir gaufré, un cylindre en cristal du xv® siècle, contenant lin os d'un des bras de Sainte Ursule ; un antre, orné à chaque extréniité d’une couronne d’argent doré, contient une épine de la couronne de Notre Seigneur et un grumeau du sang de Saint Thomas de Cantorbéry, xv® siècle ; un reli(|iiaire en forme de corne soutenu [lar un pied en argent ciselé et surmonté d’une statuette de Saint Corneille, XV® siècle ; un reliquaire de Sainte Apolline et quatre vases à Heurs en argent battu, xvi® siècle ; un calice dont la tige est ornée des ligures de la Foi, de l’Espérance et de la Charité, et le pied, de celles des Evangélistes, vers 1740; et une chasuble avec dalmatique et tuniijue à orfrois brodés ornés de jiierreries et de pei’les ; la broderie, au centre de la croix, rejirésente Saint Augustin adorant l’Enfant Jésus entre les bras de sa mère, 1633.
LTidirmerie ancienne, actuellement hors d’usage, fut construite dans la seconde moitié du treizième siècle ; la rangée d’arcs ogivaux soutenus par des colonnes massives qui la divisent, et celles qui la séparent de l’église et du bâtiment vers le sud méritent l’attention ; cette dernière construction qui donne sur la Keie, date de 1289-91. Les dispositions do la charpente du toit de cette partie, et le ])iguon occidental avec le portail en face des constructions modernes sont â remarquer. Les salles affectées actueU lemcnt aux malades datent de 1856 ; elles sont de fort mauvais goût ; elles occupent remplacement du cimetière où l’on enteri*ait autrefois, outre les frères et les sœurs, ceux qui mouraient dans rilô[)ital et dans les prisons de la ville, ainsi que les supi)liciés.
Au réfectoire on conserve quehjues verres intéressants du dix-se})tième et du dix-huitième siècle, ainsi que quelques pièces d’argenterie Brngeoise : une montardière, un poivrier, et des cuillers de 17 49,
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Dans raiicieiiiie salle du chapitre il y a, outre les tableaux de Mendiuc, ime statuette polychromée et dorée de Sainte Ursule du quinzième siècle, et une autre, très petite, de la Sainte Vierge portant rPmfant Jésus, abritée sous un baldatpiin ajoure d’un travail très délicat, vers 1480.
Dans le cloître, à gauche de la sortie, se trouvent des armoires du dix-septième siècle, un banc et une i)laque en cuivre avec une inscription acrosti(|ue commémorant un certain Pierre van Muelenbeke, négociant qui vivait à la hn du quinzième siècle.
La pharmacie contient une série de portraits des tuteurs de rilôpital, une belle collection de grès, une petite crèche de Noël en bois sculpté et polychromé et trois mortiers en cuivre ; le t)lus ancien de ceux-ci })orte cette inscription :
lAN VAN DEN GIIEIN HEET MI GHEGÜÏEN INT lAER M CCCCC
Lxviii ; un autre : marc le serre me fecit 1502, et un troisième : m dc xxxxiv fvdit ioachimvs blandin.