CARACTÉRISTIQUES
Vierge est laide ; c’est probablement le portrait de la première venue des maîtresses de Philippe le Bon ou d’un seigneur de sa cour; l’expression est d’uii caractère toutà-fait mondain; sa physionomie n’a aucune grâce; mais elle trône superbement et en vraie reine. De son côté l’Enfant Jésus a un air vieillot fort désagréable ; il doit avoir été copié servilement sur un pauvre modèle; Ses mouvements sont vigoureux et vraiment enfantins ; on dirait (pi’il est sous le coup de je ne sais quelle crainte inspirée par Saint Georges. Celui-ci, malgré son armure si richement damasquinée, n’est ((u’uii conscrit vulgaire qui soulève son casque et salue le Christ d’uu air niais fort étrange. Le Saint Donatien, mitré d’or et revêtu d’une chape maguitique, est un prélat de cour plein de dignité, rien de plus. Entre toutes les ligures, celle du donateur est incontestablement la plus réussie ; elle est d’un réalisme poussé aux dernières limites; c’est jusque dans les plus minutieux détails, l’exacte reproduction de ce vieux chanoine. Comme dit très bien. Eromentin, “c’est une merveille de dessin physioiiomicpie et de peinture”. Les accessoires, l’architecture, les vitraux, l’ameublement sont rendus avec une scrupuleuse fidélité.
Vau Eyck s’impose par la fierté du style ; il fait de l’art pour l’art, et avec la conviction (pie nul autre ne peut contester sa supéidorité comme artiste, il signe bon nombre de ses œuvres avec la devise als ich can, comme je puis^ comme nul autre n'est capable de le faire!" 11 cherche à dominer le spectateur, à lui faire admirer ses œuvres et reconnaître son immense talent. Et en vérité, pour peu qu’on y concentre son attention, la peinture de Van Eyck fait oublier tout ce qui ii’est pas elle. Cependant le maître n’a pu se soustraire à I’inliuence de la société au milieu de laquelle il vivait, société qui malgré le relâchement des mœurs était encore imprégnée de religion et de
MEMLINC
foi. Mais autant (jue cela lui était })ossible à l’époque oii il vivait, il a donné en plein dans les visées de l’art moderne.
Les œuvres de Meinlinc ont un tout autre caractère et font bien meilleure impression. D’abord sa manière de sentir est tout autre que celle de Van Eyck. En vrai artiste chrétien il cherche à gloritier la vérité parmi les hommes, et à faire éclater aux sens, pour autant que cela est possible, l’adorable beauté du Verbe incarné, de la Vierge sa Mère et des Saints. Il nous enseigne, et en même temps il chante, il magnifie Dieu. Van Eyck, alors même qu’il peint des sujets religieux, n’éveille en nous que des idées terrestres, tandis que ^lemlinc, quand il représente des choses de la terre, nous fait penser aux choses du ciel.
Dans les tableaux de Memlinc, l’Enfant Jésus a une expression bien pins noble que chez Van Eyck. Il a un front intelligent et de superbes yeux, et ses mouvements moins vigoureux ont l)eaucoup i)lus la grâce et le charme de l’enfance. Gérard David seul a réussi à créer (Retable de l’Académie, extérieur) un type aussi aimable, aussi parfait.
Les Madones de Memlinc, par leur })iireté exquise, leur tendresse, leur douce majesté intellectuelle, réalisent seules le caractère de la Vierge Mère, tel qu’il nous est révélé par les Evangiles. En efièt, je ne connais pas de peintre, d’aucune école, qui surpasse Memlinc, soit qiril la représente adorant l’Enfitnt nouveau-né, soit qu’il la montre humblement assise devant la crèche, soutenant les membres délicats de son divin Fils, pendant qu’il reçoit les offrandes des Mages, soit enfin qu’elle trône en majesté entourée d’anges et de saints.
Memlinc, à en juger par ses tableaux, doit avoir lu attentivement, doit avoir médité les Evangiles et les vies des saints, car l’expression qu’il donne à ses personnages est toujours conforme à riiistoire. La figure austère du