PREMIÈRE CRÉATION
Aum ' I Adoration à Nârâyana !
Aum ! Après rhomnr>»ge rendu k Nârâyana, à Nara, le premier des êtres, gloire soit à la déesse Saraswatî ! Honneur à celui qui chassa les ténèbres de l’ignorance, au Maharchi ’ dont la science fut profonde et l’âme généreuse, â l’illustre fds que Satyavati eut de son union avec Parâsara, et qui.
' Hari, comme on pourra le voir plu» loin, est un des noms de Vichnou, Ce dieu, en s'in* camant sous le nom de Grichna . devint mem' bre d'une famille nombreuse issue de l'antique roi Pourou, et qui était une branche collatérale de la dynastie lunaire. A cette famille appartenaient les Vrichnis et le» Andliacas, dont il sera question tout h l'beure.
* Exclamation mystérieuse et symbolique, dont les trois lettres représentent la triade indienne. Bhagavad-giU , iecl. xvii, si. Ixti.% de Manou, lect. ii. si 76 et suiv.
* Maharchi signifie ^nnd Riefu ^ c’est -> àdire un de ces personnages qui pour leurs actions pieuses sont considérés comme saints. Il y a parmi eux des degrés, désignés par des
HAIUVANSA.
enfante par elle au milieu d'une île [diripa), reçut le surnom de Dwèpîyana ! De ses lèvres sortit le Uhârata, poème incomjMrable, aussi pur que purifiant, dont la lecture détruit le péché et donne le bonheur, plus elbcace que l'aspersion même des eaux du Poucbcara *. Gloire au fils de Pa nisara , à Vyàsa, dont la naissance a réjoui le cœur de Satyavatî ! Le monde boit avec avidité le nectar poétique qui découle de sa bouche. Donner au Mralimane in.struit dans les Vèdes et les écritures sacrées cent génisses aux cornes dorées, ou entendre la lecture du saint Bharata, c’est acquérir des mérites égaux.
Le Maharchi Vyâsa est aussi l’auteur du Harivansa, qui assure à ses lecteurs les mêmes fruits éternels que produisent ici-bas cent am-amèdhaa * et quatre cent mille sacrifices ordinaires *, ou bien ceux que l'on retire du sacrifice royal {râdjasoûya ) ’ par le moyen des cérémonies appelées vâdjapèya et hastiralha. Car tels sont les avantages accordés aux discours de \\Asa, comme aux chants du Maharchi Vàlmiki *. Pour celui qui tire une
noms particuliers, suivant la classo à laquelle iU appartiennent, comme lirahmarcki, Dèvarchit Ilâdjarchi, etc. Nous saisissons cette fKTasion pour avertir notre lecteur que nous nuits sommes fait une loi de reproduire le mot snnsrrit, toutes les fois que notre langue ne iK)us offrait pas d'expression t^uîvalente.
* Le mot Poachearu d(*signe en général un (■iaiig consacré, et en particulier un lac. à quatre milles <r.\jmère, pn's duquel existe une (>ctite ville, nommer aujourd liui Pokur. qui est un lieu célèbre de pèlerinage.
* Sacrifices dans lesquels un cheval était pris fKJur victime : cent sacrilices de ce genre valaient à celui qui les avait faits la dignité d*/atint ou rut des dieux.
* Je remis ainsi (m/acra/on} dans
ce passage olmuir. Ce mot est quelquefois une èpiüicte d'Indra. Je crois qu'il faut ici le décomposer, et traduire ^
5Tc|5hr| I : par etnt sacrifices malti^liaiü quatre mi7/e, c‘est-à-<!ire quatre cent mille:
comme ailleurs
dix mil-
liers d'années, ou mille années multipliées par dix.
' Sacrifice offert par un prince suteraiii a.ssisté de scs grands feudataires. On y présentait aux dieux une liqueur fermenh^. formée de farine et d’eau : c'était la cérémonie du nhijapeya. Pour celle de Yhastimtha, j'avoue que j'ignore en quoi elle consistait : ce moi est
composé de {kasti), éléphant, et de
W [ratha)^ char. Le Nouveau Journal asiatique, N** 54 «juin i83a, pag. 55o, décrit une cérémonie, moderne il est vrai, mais peut-être conservée des anciens temps, et qui pourrait avoir quelque rapport avec l'Aartiraffui.
* Vàlmiki est l'autear du Ràmiyana. Ce passage semble établir une différence entre les genres de ces deux écrivains: pour Vyàsa, on
emploie le mol (ra/cAfljJ, qui désigne
plutôt l'orateur ou le inoralistc; pour Vàlmiki, le mot Iff convient mieux au
rhytbme harmonieux et cadencé du poète
copie du Ilarivansa, en se conformant d’ailleurs aux règles de la pénitence, il est admis à savourer les doux pariums des pieds de Mari ”, comme l'abeille qui pompe avec délices les sucs du lotus.
Honneur donc è celui qu'on appelle le sixième Maliarclii, qui ne voit avant lui que le père commun des êtres, qui fut doué d’un pouvoir merveilleux et sans bornes, à Dwcpâyana, fils unique, avalare partiel de Nârâyana , et dépositaire de la science des Vèdes !
Dans la forêt de Némicha, Sônaca, chef d’une famille sacrée, venait d’adorer le premier et le plus puissant des êtres, objet de tant d’hommages et d’honneurs, source de justice, celui dont le nom s’exprime par une seule lettre'”, ce Brahma visible et invisible, orné de formes apparentes et imperceptible aux sens, suprême, ancien, infini, auteur de toutes les créatures, grandes et petites, ce Vichnou, heureux et donnant le bonheur, choisi entre tous, pur de toute souillure, maître du monde animé et inanimé, connu sous les noms de Hrichikésa et de Hari. Le pieux Mouni adressa la parole au fils de Soûla, habile dans la science des livres saints.
Sônaca dit :
Fils de Soûta, tu nous as raconté la grande histoire des fils de Bharata, et des princes leurs alliés. Tu nous as dit les œuvres vraiment admirables des Dévas et des Dànavas, des Gandharvas, des serpents, des Ràkc.hasas, comme celles des Détyas, des Siddhas et des Gouhyacas. Les récits variés m'i tu nous représentais ces luttes de la puissance et de l’injustice, ces généalogies illustres et renommées, ces hauts faits des anciens; oui, tous ces récits que nous faisait ta voix harmonieuse, pénétraient par notre oreille jusqu’à notre âme qui les recevait comme une douce ambroisie, et frémissait
' Baiser le» pied» d’une personne est une marque de res{>ecl que le disciple donne à son maître, que le dt>vot donne à l’image de son dieu. L’Indien, après sa mort, est admis tians le paradis de la divinité qu’il a spécialement adorée, et sa piété doit y être récompensée par la faveur de pouvoir baiser les pietls parriimés de son dieu. Si je no craignais d’étre acctcsé de vouloir prêter trop d’esprit à mon auteur, je
verrais daivs ce passage une allusion ingenieiise Le mot ( paifii ) signifie pied et frapntnl ie vers. Celui qui copie le llarivansa, doit néces. sairement goûter la douceur de» ver» de ce |K)ême dont llari est le héros.
** Voyez la notes. Le son -dnm est représenté en sanscrit par une seule lettre. sf
de plaisir. Nous connaissons ainsi la naissance des Gourous, mais non celle des eniànts de Vrichni et d’Andhaca. Te plairait-il de notis la faire connaître?
Le fils de Soûta répondit :
C’est aussi la demande que fit autrefois Djanamédjaya au pieux disciple deVyâsa. Je te rapporterai le récit do ce dernier, dans lequel il remonte à l’origine de la famille des Vrichnis. Le sage Djanamédjaya, ce descendant de Bharata, venait d’entendre toute l’histoire de ses ancêtres : il s’adressa k Vèsampâyana.
Djanamédjaya dit :
J'ai entendu le long récit que tu m’as fait du Mahâbhârata, de cette histoire immense et variée. Tu m’as conté les exploits d’une foule de héros; j’ai distingué, entre autres, les noms et les actions des enfants de Vrichni et d’Andhaca, habiles à diriger les chars. Saint Brahmane, tu m’as parfois entretenu, d'une manière générale ou particulière, de leurs liauts faits les plus renommés. Puisque je n’ai plus de plaisir à espérer de ces récits, comme les Vrichnis et les Pândavas sont sortis d’une souche commune, toi qui connais leur origine, qui as vu l'illustration de leur race, pieux pénitent, dis-moi en détail ce que fut la première de ces deux familles. Je voudrais bien apprendre les filiations successives des Vrichnis. Racontemoi sans réserve leur histoire tout entière, en remontant même jusqu’i la première création de l’espèce humaine.
Le fils de Soûta dit :
Le noble et vertueux Mouni le salua, et, pour répondre à ses vœux, commença son récit à l’origine même des choses.
Vèsampâyana dit :
Écoute, ô roi, une histoire sainte et divine, dont la vertu est d’effacer le péché, et qui, féconde en incidents variés, a mille rapports avec nos écritures sacrées. Quiconque en gardera fidèlement le souvenir, ou voudra
plusieurs fois en entendre le récit, assurera pour jamais à sa race la félicité du paradis [swarga).
Celui qui à la fois est et n'est pas, cause indépendante, étemelle, spirituelle, a produit de lui-même la matière première [pradhâna] et l'esprit [pourottcha), et ce grand tout qui est en même temps hwara. 0 prince, sache que c'est là Brahmâ ", dont l'énergie créatrice est infinie; Bralimà, auteur de tous les êtres, accompagné partout de Nârâyana. Agent spontané " dans cet univers, de lui sont sorties les diverses classes de créatures; de lui vient cette création étemelle qui se renouvelle dans le monde. Je vais, comme la science de nos sages me l'a enseigné , te raconter, pour la gloire même de nos premiers ancêtres, cette longue histoire dont le récit assure la fortune, la renommée, la victoire, le bonheur céleste, une longue existence à tous ceux qui marchent fermement dans les voies de l'honneur et de la sainteté. Ainsi, puisque tous deux nous sommes également purs et préparés, je te dirai l'oeuvre merveilleuse de la création, pour arriver ensuite à la famille de Vrichni.
Le divin Swayambhou voulant créer les différents êtres, forma d'abord les eaux, dans lesquelles il déposa un germe viviGant. Les eaux ont été appelées ndras, comme étant filles de Nara , qui est le premier mâle Elles lui servaient de voie (ayana); de là vient qu’il a été appelé Nârâyana. Dans le lit même des eaux pamt un œuf d’or. Là, de lui-même était né Brabmâ ; ce qui l’a fait nommer Swayambhou. Il y resta un an , et il doit son nom i'Hiranyagarbha à son séjour dans cette enveloppe d'or. De cet œuf, brisé en deux parties, il Gt le ciel et la terre, et dans l'intervalle qui les sépare il
BrthmA doit être dlsliogué de £nzbma. Le premier est le crée leur agustot. U cause effîciente du moode : le second est resseoce du monde , U source divine d'oii sortent les êtres et où ils retournent. L*un est en sanscrit un nom masculin, l'autre un nom neutre. Brahma renferme BrahmA, Viebnou ctStva.
J'ai rendu do cette manière une expression bien difficile à entendre dans son acception philosophique. L'oAiinodra est un des cinq grands éléments (maAdèAcd/os), comme il est aussi une des iacultés de Time humaine. Est-ce
la conscience de soi-méme ? est<ce la feculté d'agir par soi-méme, ou la liberté ? quelquefois on doit le traduire par orgueil. \'oy. Bhagavad gita, lect.xtll,sl. 5; lectxvi, sl.i8;lect. xvni, si. 55; et Lois de Manou , lect i , si. aù- Bralimi est ici
ï ce qui me semble indiquer la liberté, la spontanéité du mahat, c*est-è-dire du principe intellectuel. Vojex pour ce mot 1a note spiritueUe de M. Haugbton, dans son édition de Manou, 1. 1 , p. 4^5.
” Vo^es Lois de Maoou . lect. i.
répandit l’air. La terre nagea sur les eaux qui l’entourent, et les régions célestes furent établies au nombre de dix.
Bralimâ donna naissance au Temps, à l’intell^ence au Désii-, à la Colère et à la Volupté, et, pour exécuter la création dont il avait fait le type, il mit au monde les Pradjapatis, Marîtchi, Atri, Angiras, Poulastya, Poulalia , Cratou et Vasicbtha. Ce sont aussi les sept Mânasas “, ou les sept Brahmàs, que les anciens livres nous représentent comme nés de Brabmâ et animés par Nârâyana.
Ensuite il créa Roudra, formé d’un souffle de colère, et le seigneur Sanatcouniàra , l’aîné des ancêtres du monde. O fils de Bharata, les sept Pradjûjwtis, Roudra, Scanda (son fils) et Sanatcoumâra se mirent à produire les êtres, répandant partout l’inépuisable '* énergie du Dieu. Des sept patriarches sortirent sept grandes familles, qui, attachées aux exercices de la piété et fécondes en rejetons, ont pour leur honneur donné au monde les Maharchis et les divers ordres de Dévas.
Brahmâ créa encore dès le commencement les éclairs, les nuages châtiés de tonnerre, l’arc d’Indra, les saisons et le bruit précurseur de la foudre. De lui sont venus les trois Vedes, le Rig, l’Yadjour et le Sâma, pour l’accomplissement du sacrilice. De sa bouche il produisit les Dévas, les Pitris de sa poitrine, de parties plus ou moins nobles les hommes, les Asouras, les Sàdhyas, tous les êtres de quelque forme qu’ils soient.
'* Cest le mol ïRg (Afana^}, que j'ai Iradiiil par inieUifçence.
'* Le mot mdntiM a pour racine mantu, râme. et il semble qu'il dt'sîgne ici des Hrts issus de l'ame universelle, dont l'auteur imnitWIiat est Brahmâ ou Nérayana. Ce sont peut-être aussi les types primordiaux, n'eiisUinl que dans la peiLM'v du (Vcaleur. Dans les Lois de Manou , liv. I, ces Pradjàpatis sont iilsde Manou. Ona doitnê leurs noms aux sept étoiles qui forment la constellation du Chariot [ieptem triona). Ce .sont en sanscrit les Saplarchis, ou sept Uicliis. L’étude des p<M'mes sanscrits m‘a convaincu , et le lecteur pourra aussi le reconoailre, que beaucoup de leurs fables sont astronomiques. Boudra, Scanda ou Cârtlkéva et même Sénat-
( oumâra sont des personnages de la sphere indienne, qui nous est peu connue malheureuseqncnl, et qui nous donnerait la clef de toutes cea fictions qui, au premier abord, paraissenl absurdes.
“ Ce passage priafciilc le verbe dont la signification est un objet de rvintestatk>n. Il se trouve aussi dans le Bhagavad-gltà . lect. X. si. 6s. M.deSchlegel a cm pouvoir y retrouver l’idée de ce repos que la Genese attribue an Créateur le seplieine jour de son œuvre M. de Chèiy. dans ses remarques sur la traduction de cet ingénieux prolesseur, pense que ce mot représente l'état immuable de Dieu, dont la cri'ation ne diminue point la grandeur et l’énergie. S’il m’était permis de parler apit*«
Tant que le Créateur, distingué par le nom d’Apava, parce qu’il se jouait sur les eaux fut occupé de cette première œuvre, les êtres qu’il produisait ne se multipliaient point. Il se partagea lui-même en deux moitiés, dont l’une fut mâle, l’autre femelle : dans cette seconde moitié de luimême, il forma l'immense variété des êtres, embrassant tout de sa grandeur, et pénétrant tout ce qui existe dans le ciel et sur la terre de cette circonstance est venu le nom de Vichnou. Il créa VirâdJ : Virâdj donna le jour au premier homme (Poaroucha ) ; et ce Pouroucha est le premier Manou. Chaque Manou règne pendant une période de temps appelée manwantara. Celui qui préside an second manwanlara c.st surnommé Apava Ainsi Pouroucha Manou fut père et roi des hommes. Cette création, issue de Nàrâyana, fut faite sans le concours des sexes.
Celui qui aura bien connu l’histoire de cette pi-emière création, obtiendra ce qu’il aura désiré, une longue vie, de la gloire , des richesses, de la famille.