‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 1 sur 140 · M. DCCC. XXXV · texte numérisé non relu

M. DCCC. XXXV

OU

De «

HISTOIRE DU PARIDJATA : DISCOURS DE NARADA.

Djanamédjaya dit :

Excellent Mouni , tu viens de me raconter les exploits du sage Crichna apparaissant au monde comme héros de Mathourâ : ton récit m'a causé un grand plaisir que je regrette de voir terminé. Parle-moi maintenant de ce même personnage devenu époux, et habitant de Dwâravatî : développe-moi le tableau des six qualités 1 dont il était orné. Tu peux satisfaire ma curiosité, car rien ne t’est inconnu.

Yêsampiyana répondit :

0 Djanamédjaya , ô fils de Bharata, écoute à présent quelles furent les actions de Crichna agissant dans sa nouvelle qualité d’époux.

1 Nous avons déjà parié plusieurs foi* de ce* m qualités qui conviennent aux princes. Voy. 1. 1 , u* lect . not. i .

HAR1VANSA.

L’illustre (ils de Vasoudêva, accompagné de la divine Roukminî, se rendit sur le mont Rêvata a. Celle-ci y célébra un grand jeune 5, à la fin duquel Crichna vint pour joindre ses offrandes à celles de son épouse, et pour traiter les Brahmanes suivant leur mérite. Ses jeunes (ils et ses frères assistaient à la fête dirigée par Nârada, ainsi que ses seize mille femmes, toutes resplendissantes d’un éclat digne de Vichnou. Crichna sut avec magnificence satisfaire aux demandes des Brali mânes attachés à leurs devoirs, réglés dans leurs actions comme dans leurs paroles, d’un non» et d’une famille4 distingués, illustres, pieux et purifiés par les plus saintes pratiques que recommandent les livres sacrés. Hari, qui est le désiré des hommes vertueux, accomplit tous les désirs de ces Brahmanes et ceux de ses parents, et se montra en cette circonstance observateur fidèle des convenances. Mais surtout il fut d’une complaisance remarquable pour tous les vœux de la fille de Rhîcbmaca, de sa hicn-aimée Roukminî.

Dans le temps que Crichna, aussi étonnant dans son amabilité que dans ses autres actions, était en ces lieux tranquillement assis avec Roukmiiiî, le Mouni Nârada se présenta devant lui. Le puissant frère d'Indra, Késava, reçut le saint Brahmane avec tous les honneurs prescrits par la loi. Le vénérable Bichi, en récompense de ces honneurs, donna à Crichna une fleur de Fâridjâta, dont celui-ci lit cadeau à Houkminî. Cette beauté, tendre foyer d’amour, près de Crichna, brillait de l’éclat le plus vif que puisse présenter une mortelle; mais quand, pour obéir à son époux, la fille de Bbichmaca , l’amante de Nàrâyana , celle qui réunit en sa personne les attraits des trois mondes, eut placé sur sa tête cette fleur pure et divine, ses charmes furent comme doublés. Le Mouni, fils de Bralimâ, Nârada, lui dit ;

* On se rappelle que le mont Rêva ta , dont le pied est baigné par le» eaux du golfe de Camha ie, était à la vue de Dwàravati ; les seigneurs Vndavas y avaient leurs maisons de plaisance.

1 Celte pratique de piété se nomme oapanririt : elle consiste en une abstinence complète de tout plaisir, comme nourriture, parfums, (leurs, parures, bétel, musique et danse. Elle se termine par un repas donné à un Brahmane, avant que l’on puisse rompre son propre jeune. Voycx à ce sujet la scène plaisante qui est vers la lin du prologue de la pièce intitulée Mritch •

tckacati. Voycx encore plus loin le» lectures « xxxvi et suiv. du Harivaata.

* lais Indiens s’informent avec soin de quelle famille sont les Brahmanes. Voyez, les lois de Manou, lect. lit, si. »3o. i4g et pats. Les Brahmanes ont soin d’ajouter à leur nom celui de leur père et la désignation de leur gotru , mot par lequel on indique la subdivision de caste en familles. On compte vingt-quatre gotra*. qui ont pour chefs des saints renommés pour leur science et leur piété, comme SAndiiya, Ca*ym> pa , Gôtamu , Ubaradwàdja , etc.

« Epouse vertueuse, cette fleur vous sied à merveille, et elle reçoit de vous

• un ornement nouveau. C’est vous qui venez de lui donner du prix , vous

• que la nature a douée de si heureuses qualités, vous qui faites la félicité « de votre époux. Cette fleur conserve sa fraîcheur durant toute l’année; « quel que soit le parfum que vous désiriez, quelle que soit l’exhalaison ,

■ chaude ou froide, que vous souhaitiez, cette même fleur satisfera tous « vos goûts : elle renferme toutes les saveurs, toutes les odeurs, et pro- « cure le bonheur que l’on demande. Est-il un parfum de fleur que vous « préfériez, cette fleur de Pâridjâta vous le donnera. Bien plus, source de « bonheur et de gloire, ô pieuse princesse, elle est encore un gage de vertu : « intelligente et raisonnable, elle perd son éclat avec l’impie, et le con- « serve avec la personne attachée à son devoir. A votre gré , elle vous pré- - sentera la couleur que vous aimerez, légère ou foncée; fidèle b retenir

• la douce essence du parfum que vous aurez choisi , elle vous servira encore* » de flambeau pendant la nuit. Vous n’aurez qu’à penser, et aussitôt par « la vertu de cette fleur, qui saura s'étendre et se multiplier, vous aurez

• des guirlandes, des couronnes, des festons, des parterres 5 entiers. Cette

• fleur remédie à la faim, à la soif, à la maladie, à la vieillesse, et vous « pouvez, en la portant, ressentir sa puissance. Ce n’est pas seulement I’umI

• ou l’odorat qu’elle charmera; pour le plaisir de l’oreille, elle vous pro-

• curera les chants et les concerts les plus doux et les plus variés que vous

■ puissiez imaginer. Mais au bout de l’an , cette fleur disparaîtra et retour- « ncra ver* son arbre. Telles sont, ô princesse, les qualités du Pâridjâta

• créé pour les dieux seuls. La pieuse Ournâ 6, fille de l’IIimâlaya et amante « de Siva, est toujours parée de ces fleurs, ainsi qu’Aditi, la fille de Pou- > loman 1 environnée de la cour du grand Indra, Sâvitrî • la mère des dieux,

« Sri \ modèle de perfection, les autres épouses des dieux, les dieux eux-

‘ J’ai rendu ainsi le mot .

qui présente plutôt l'idée du mot français rrpojoir. Cest un édifice temporaire, une salle ornée de fleur» à l'occasion de certaine» fëtcs, par «temple, pour un mariage, etc.

a Autrement appelée Pdrvatt ou Dourgd.

1 C’est Salchî , épouse d'Indra.

* La Sàvitri est une prière que le Brahmane doit «citer chaque jour On la personnifie , et

on la regarde alors comme femme de Brahmà . de la même manière que la Saadliâ. nourriture offerte au* mine», est représentée comme l 'épouse du dieu du feu. Sàvitri est non-seulement la mere des dieux . mai» encore celle des castes indienne» . parce que leur régénération par l'investiture du cordon est due à la vertu dj» cette prière.

* Nom de Lakchmf . épouse de Vichnou.

• memes et les Vasous. Le temps dans sa révolution est la mort de tout

• (jouissez du présent). Au milieu des seize mille femmes de Crichna, vous

• êtes aujourd'hui l'épouse préférée. Aimable rejeton des Bhodjas , vos rivales « sont douées de mille avantages ; cependant triomphez de leur humilia- « lion, et goûtez dans toute leur plénitude votre bonheur et votre gloire.

« La fille de Satrâdjit, la belle Satyabhâmâ va savoir que le vainqueur de « Madhou vous a donné cette fleur céleste, et elle sentira l’atteinte portée à « cette félicité à laquelle elle est accoutumée. La mère de Samba 1#, Gând-

• hârî et les autres épouses de Crichna, avides de bonheur, concevront de

■ vains désirs qui ne seront point satisfaits. Vous avez obtenu un bien uni- « que, qui l’emporte sur tous les autres, et que mille désirs, des plus fer* « vents, ne sauraient conquérir. Je puis aujourd’hui m’unir à Crichna pour

■ déclarer, ô noble fdle des Bhodjas, que vous êtes douée des avantages

• les plus brillants ; et le présent que vous venez de recevoir de votre

• époux, présent qui vaut toutes les pierreries des trois mondes, donne « maintenant à votre existence un prix incomparable. •

Ainsi parlait Nârada, et son discours était sincère. Quelques-unes des femmes attachées au service de Satyabhâmâ et des autres épouses de Crichna étaient présentes : elles entendirent les paroles de Nârada vantant l'excellence du présent fait à Roukminî; et bientôt, par suite de l’indiscrétion naturelle à leur sexe, tout le gynécée de Vichnou connut les détails de cette aventure. Ce discours, passant par la bouche 11 des suivantes, arriva jusqu’aux oreilles des maîtresses, qui se mirent à raisonner sur la faveur extraordinaire de Iloukminî : « En quoi, se disaient-elles dans leur conci-

• liabule, en quoi vaut-elle mieux que nous? Est-ce parce qu’elle lui a « donné un fils? Est-ce pour l’excellence réelle de ses qualités? • Les épouses de Crichna s'épuisent en longs discours; mais Satyabhâmâ, accoutumée à la tendresse de son époux, ne peut supporter le bonheur de sa rivale; elle était belle, jeune, fière de l’amour de Crichna : en entendant ce récit, qui blesse son orgueil, elle ressent le supplice de la jalousie. Celle dont le visage est ordinairement si calme, si riant, rejette avec colère sa robe qui brille de la couleur du safran11 : elle se couvre d’un simple voile. Son cour-

14 Elle Ki nommait Djàmbatuti. dorriUe en orvilU, (f| | '-tl 1 U I camàcanu.

” L’ei press ion sanscrite signifie mot à mot " uicoancounui.

roux croît et s’augmente, comme la flamme dont on alimente l’ardeur. Brûlée des feux de l’envie qui la dévore, elle perd tout l’éclat dont jadis elle resplendissait, et se retirant dans un cabinet 15 solitaire où elle va nourrir son ressentiment de ses tristes pensées, elle ressemble à l’étoile qui entre dans le nuage orageux. Sur son front pâle comme la lune glacée elle attache un bandoan de soie u, symbole de la colère quelle se plaît à nourrir dans son cœur, et de la poudre onctueuse du sandal rouge elle teint le bord de scs tempes. I<a pensée de l’alfront qu’elle croit avoir reçu excite de plus en plus son indignation; elle secoue la tête, elle croise les mains, elle jette ses parures sur sa couche formée de longs coussins; elle s’adresse avec humeur aux suivantes dont elle est entourée; elle effeuille un lotus; elle soupire, soupire encore, et sous ses ongles fait froncer ses sourcils.

DÉSESPOIR DE SATYABHAMA.

Vêsampâyana dit :

Késava, connaissant le résultat de l'entrevue de Nârada avec Roukmmi, sortit aussitôt pour tâcher de réparer le mal par son adresse incomparable et son ingénieuse tendresse. 11 se rendit au palais de Satyabhâmâ, élevé par Viswacarman sur un beau coteau du Révata. Sachant quelle était l*orgucillcuse susceptibilité de la fdlc de Satrâdjit, il entra doucement; pareil à un amant craintif, il avait l'air de redouter son courroux, et ne s’avançait qu’avec précaution. Il dit à Dârouca 1 de l’attendre à la porte, et après avoir

logie, mai» qui pour l'usage s'est éloigné de son origine.

doacoûlapalta.

1 Nom de l'écuyer de Crichna.

a Ce cabinet s'appelle crodM-

gâ rti, ou crodkagrika (maison de

colère). Noua avons en français un mot, boudoir, qui présente le même sens dans son ttycoo-

chargé Pradyoumna* de rendre à Nârada les honneurs qui lui étaient dus, il pénétra dans l’appartement. De loin il la contemplait, confinée dans le cabinet de colère, et entourée de ses suivantes : tantôt elle soupire avec douleur; tantôt elle presse contre son visage les restes du lotus qu'elle a froissé entre ses doigts, ou du bout de son pied légèrement courbé elle bat la terre. Tantôt elle rejette sa tête en arrière, et sourit avec effort; tantôt reposant son front sur sa main, elle penche en avant son beau corps, et semble méditer. Puis elle prend des mains de ses suivantes la pâte de sandal, ou bien elle trouve un cruel plaisir à se frapper la poitrine : enfin elle se lève brusquement, et se promène à grands pa3.

Crichna, la tète cachée derrière un coussin, considérait tous les détails de cette scène et la physionomie des autres femmes qui entouraient sa bienaimée. Enfin, jugeant le moment favorable, il fait signe aux suivantes de ne rien dire, et, confondu dans leur foule tremblante, il s'approche avec précipitation r sa main saisit un éventail , qu’il agite doucement et en riant. L'air, que forment les légères ondulations de l’éventa il , est tout imprégné d’une odeur surnaturelle et divine : c’est le parfum du PAridjâta. Satyahhâmâ en est surprise : elle tourne la tête, et s’écrie; elle se lève, sans voir le dieu qui lui tourne le dos; elle demande à ses femmes d’où vient ce parfum merveilleux. Celles-ci, sans répondre à sa question, tombent à genoux, la tête baissée et dans l’attitude du respect. ■ Je ne reconnais pas

• ce parfum, disait Satyabhâmâ : il ne vient pas de la terre, qui ne saurait

• en produire de pareil. Qui peut nous l’envoyer?* et elle regardait de tout côté. Elle aperçoit alors le maître du monde, le divin Késava : dans sa surprise elle pousse un cri, et, les yeux baignés de mille larmes, malgré sa colère, elle le salue avec respect. Scs lèvres sont tremblantes, son front est baissé, sa respiration gênée : son visage, dont la beauté est relevée par la poudre noire qui teint le coin de ses yeux 5, se décompose en un instant : son sourcil se fronce , son regard est effaré ; elle couvre son front de sa main, et dit à Crichna ; • Vous voilà bien heureux 1 * Et en même temps U honte et la colère arrachaient à ses yeux des larmes qui ressemblaient à

* C'eut le fils de Crichna et de Roukmini.

1 Celle idée est contenue dans l'épithète aiitâpdngL L'usage des femmes

indiennes est de teindre le coin extérieur de leurs veux et leur* cils avec un cosmétique noir et liquide, nommé anrfjana.

CENT-VlNGT-TROISIÊME LECTURE.

des gouttes «Peau glacées roulant sur les feuilles du lotus. Le dieu la soutient; et ses mains, sa poitrine ornée du, divin Srhatsa, sont tout inondées des pleurs qui sillonnent les joues arrondies de son amante. Il essuie ces larmes, et lui dit :

« O mon amie, ô toi dont l’œil est aussi beau que la Heur du lotus noir, « pourquoi tes regards sont-ils chargés de pleurs, comme le calice du lotus « est rempli de l’eau du lac? Quand la lune doit briller de tout son éclat,

• quand le lotus doit, à l'heure de midi, étaler toute sa beauté, quelle « cause vient leur enlever ces charmes qui ravissent mon âme? O ma belle, « pour quel motif as-tu quitté la couleur dorée du safran pour prendre le « vêtement blanc? Ta couleur de prédilection n’est-elle plus la couleur

• jaune %? Avant l’arrivée de Nârada, le blanc n’était pas de ton goût. Pour*

• quoi ton corps est-il dépouillé de ces parures qui relèvent tes attraits?

• Pourquoi ce front est-il caché sous un voile blanc, ce front qui doit être « marqué d’uu signe sacré 3? Ma belle et tendre amie, par quel motif ne

• porte-t-il pas la douce empreinte du sandal liquide et odorant? O ma « chérie, ce trouble qui règne sur ton visage jette aussi le trouble dans - mon âme. Le sandal onctueux ne forme plus sur ta joue des lignes6 aussi

• gracieuses qu’à l’ordinaire; ton cou, dépouillé des pierres précieuses qui

• l’ornaient, ressemble au ciel dont les étoiles sont voilées par les nuages « de l’automne. Ton visage, naguère aussi radieux que la lune, est devenu

• sombre; et de ta bouche riante et modeste, parfumée par une douce

• haleine, il ne sort aucune parole pour ton ami. A peine daignes-tu me ■ regarder. Tu soupires, et de tes yeux tombent des pleurs noircis par le « cosmétique 7. Charmante amie, c’est assez gémir. Ne verse plus ces lamies

• qui gâtent ton beau visage, et emportent la teinture de tes cils. Ne suis-jr « pas ton serviteur? Le monde le sait. Et pourquoi ne m’exprimes-tu pas tes « volontés? Quel mal t’ai-je fait, pour que tu te montres de fer envers « moi, ô ma belle maîtresse? Ne te suis-je pas soumis d’âme, d’action.

‘ Cette couleur jaune est aussi celle des vfte ment* de Cric hua.

* Ce signe s'appelle ickilnica, et ordinairement il est fait avec lu |>oudrc de sandal.

* Ces lignes sc tracent avec le doigt sur le front. U gorge, le cou . etc On se sert pour les former de parfums liquides et colorés avec le

safran . le sandal , etc. Cette opération de toilette s'appelle patmea, patrabAanga, patntUihd, pa~ trabalK, patrdngouli. ou patrdbali. line ligne perpendiculaire tracée sur le front sc noninuo&rJtlhieapûandm ou simplement pomndra.

1 Voyez pour l'esplication de cette circonstance U note 3.

x HARIVANSA. •

• de parole? C’est la vérité que je dis. Quelle différence entre la tendresse

• el l'estime que j’ai pour toi, et celles que je ressens pour les autres « femmes! Mon amour, immortel comme moi, t’est pour toujours assuré. « O femme pareille à une 611e des Souras, telle est ma ferme résolution. « Comme la solidité, l’odeur, le -son et d’autres propriétés encore sont les

■ qualités de la terre*, ma qualité, à moi, c’est l’amour. L’amour est en « moi ce que la flamme est au feu, la divine lumière au soleil, la grâce 9

• impérissable à la lune. »

Ainsi priait Djanârddana : l’heureuse Satyabhâmâ, essuyant ses larmes, dit à son amant : • Oui, seigneur, vous êtes à moi, telle était naguère - mon unique pensée. Mais aujourd’hui je sais que votre amour est incons-

• tant. Je reconnais bien maintenant qu'il n’est rien de stable dans ce monde ,

• rien de plus changeant que le temps, de plus incertain que le bonheur.

• Mon sort paraissait être celui d’une immortelle. Cependant vos discours sont-

• ils bien l’expression de vos sentiments? Je ne vois que des mots, des mots

• flatteurs et agréables. Mais votre amour pour moi est supposé : pour d’au-

• 1res votre amour est véritable. Vous savez, seigneur, que je suis sincère » et dévouée; et vous me dédaignez, vous me trompez. Voilà ce qui s’est vu

• et ce qui se verra toujours, ce qu'on a entendu et ce que l’on entendra J constamment : tel est le fruit destiné à l’amour. Cependant si j’ai mérité

• votre faveur, daignez le reconnaître. Pour vous prouver ma tendresse, je « puis supporter toutes les peines et les fatigues de la pénitence. L’époux

■ n’a qu’à commander, et le devoir des femmes est de se livrer aux exer- « ciccs de la mortification la plus rigoureuse ; mais qu’au moins la mauvaise « volonté de l’époux ne rende pas infructueuse la bonne volonté de la femme. *

Tel fut le discours de la belle Sutyabhâinâ; scs yeux se remplirent de larmes, et elle saisit le bord du vêtement jaune deCriclina, qu’elle porta à ses lèvres.

* Ce passage un peu incomplet a besoin, pour /'Ire entendu , que l'on combine ensemble le si. su et le» si. 75, 76, 77 et 78 de 1a t" Icct. des lois de Manou, d'où il résulte que chacun des cinq élément* a une qualité particulière, et que le* derniers possèdent les qualités de ceux qui le» précèdent sur la liste : de là vient que la (erre, qui est le cinquième, a les qualité» du

son. de la tangibilité, de la couleur, de la sa veur et de l'odeur. Dans cette énumération de qualités n'e*t pas comprise la solidité, que nous trouvons ici. çfJJJ Acfunnd

* On fait de la Grâce, ^"IT^T ^nt‘ • une nymphe qui est I 'épouse du dieu de la lune Voye* la cxvii* lecture

ENTREVUE DE CRICHNA ET DE NARADA.

Yêsampâyana dit :

0 fils de Bharata , Nârâyana répondit alors à la pieuse Satyabhâmâ , orgueilleuse et colère à force de tendresse : • Belle aux yeux de lotus, le cha-

* grin me brûle et me dévore. Et quel motif cause ton affliction? Je t'en « conjure par ma propre existence : si tu as pour moi quelque tendresse, « si tu crois encore au dévouement de ton époux, explique-toi. »

Satyabhâmâ, voyant que Crichna était sincère, lui répondit, le front baisse et d'une voix coupée par ses sanglots : ■ O vainqueur de Késin, ô « noble et généreux époux, c'est à vous que je dois le bonheur et la gloire « dont je jouissais, et dont on a tant parlé dans ce monde. Si je lève nia » tète avec orgueil , si parmi toutes les femmes je suis un objet d’envie , c'est « vous qui en êtes l’auteur. Eh bien ! aujourd'hui je suis la risée de mes

■ rivales. Tel est l'effet d’un récit que viennent de répandre partout nos sui-

■ vantes; récit, hélas! trop vrai! Nàrada vous avait donné une fleur de Pâ- « ridjâta : vous en avez, fait présent à quelqu’un, dit-on, et ce n'est pas à « moi. On dit encore que la même personne a reçu de vous des pierreries « en profusion, et les témoignages les plus évidents de votre attachement,

* de votre préférence ; que Nàrada lui a prodigué devant vous les plus grands

* éloges, et que vous avez avec plaisir entendu ce panégyrique. Si elle 1 « mérite en effet les louanges que ne lui a pas épargnées Nàrada, pour- » quoi faire retentir jusqu'à nous, malheureuses que nous sommes, les « échos de sa gloire? Si, après m’avoir (ait goûter les délices de votre ten- « dresse, vous voulez, seigneur, me condamner au chagrin, ordonnez, je « vous prie, et la pénitence aura pour moi des charmes. Mais ce n’est pas t ici un vain songe qui m’abuse : j’ai bien entendu le récit véritable de mon

1 II est à remarquer que Sutyabhàmi ne prononce pas le nom de sa rivale. Crichna a a usai U même discrétion.

10 HAR1VANSA.

■ infortune, et vous avez été ie témoin de cette scène. Que ce soit un

- caprice de l'illustre Mouni , je le veux; niais ce qui m’irrite, c'est que

• vous étiez présent & l’éloge qu’il faisait. Vous l’avez dit vous-méme : c’est « l'honneur qui est dans le monde la vie des êtres vertueux; privée de

• cet honneur, je ne dois plus vivre. Ce qui faisait autrefois mon espoir va » former aujourd’hui ma crainte. Celui qui est fort par excellence ne veut

• plus me prêter sa force. Abandonnée que je suis par vous, ô dieu, quelle

■ route vais-je suivre? Irai-je encore avec vous dans des chemins parsemés « de lotus a? Quelle faute ai-je donc commise envers les dieux , pour avoir « mérité de perdre votre amitié, ô vous qui faisiez mon orgueil? Après un « tel malheur, comment puis-je revoir encore le Rèvata couronné des fleurs

- du printemps? Haïe de vous, comment puis-je encore, épouse infor-

■ tunée, goûter la douceur de cet air qui m’apportait et le parfum des « fleurs et les sons agréables des instruments? Tombée dans votre disgrâce,

• comment contemplerai-jc encore le spectacle de la mer témoin de ces « jeux 3 auxquels je me livrais à vos côtés? Vous me disiez : Sâtrâdjiti, nulle

- autre n’est plus aimée que toil Ce beau discours a cessé, et qui pourra

• me le rappeler? Après m’avoir vue si heureuse, si honorée, ma belle- « mère me verra donc méprisée, et célèbre maintenant par mon malheur?

- Que j’étais insensée avec mon amour tendre et dévoué 1 Mes yeux fas- « cinés vous voyaient toujours sous le même aspect. Je ne vous croyais pas « fourbe et trompeur : je sais aujourd'hui que vous êtes changeant, inli-

• dèle et dissimulé. En vain vous affectez le laux semblant d’un dieu, vous » vous couvrez d’une apparence divine : imposteur, je vous connais, vous « n’êtes qu'un inconstant aux discours mielleux, à l’âme perfide. ■

Crichna essaya d'apaiser la fière Sâtrâdjiti, ainsi subjuguée par sa jalousie. « O ma belle et douce maîtresse, lui dit-il, ne te livre pas à ce cha-

* Ce passage renferme une expression coin posée dont le sens est difficile à saisir : c'est le mot coamoa dtca tig a tâm en rap-

port avec ïtRt yatim, Mon excellent maître.

M de Chéxy, pensait que la force grammaticale de la phrase entraînait ce sens : Ut route ium« par Coumomltrati. Mais je ne connais pas

de légende où il soit question des malheurs d'une amante qui aurait porte le nom de Coumoaduwti. Il y a bien une rivière de cc nom qui sort du mont Vindhya : mais j'ignore quel en est le cours. J'ai donc hasardé le sens que je présente ici : viam per nympkaeas tnntem.

JjalacrûU. Nous verrons plus loin . lect. auxv . la description de cette fête.

* grin. Pourquoi m'adresser ces reproches, à moi qui suis toujours ton ser-

* viteur? Si Nârada, devant moi, lui a donné cette fleur de Pâridjâta, c’est

* que l'adroit Mouni croyait me plaire : c’était un moyen de me témoigner » sa reconnaissance des présents qu'il avait reçus de moi. Calme-toi, voilà » toute ma faute : il faut me la pardonner. Si tu veux, ô ma tendre amie,

« des fleurs de ce Pâridjata , je t’en donnerai, je te le promets. Môme je « placerai, dans ton palais, pour tout le temps que tu voudras, l'arbre lui-

* même que je ferai venir du ciel. »

A ces paroles de Crichna , Satyabhàmâ répondit : ■ O seigneur, s’il est » possible que je possède le Pâridjâta, je n’ai plus de ressentiment. O » Crichna, j'aurais toutes les qualités, et je l’emporterais sur toutes les « autres femmes! • • Tentons d'abord la voie des négociations \ » dit le vainqueur de Madhou, le maître puissant et le divin auteur du monde. Et cependant la joie était au cœur de sa belle et pieuse amie. Crichna, accoutumé à combler les vœux des êtres bons et vertueux , commença par faire ses ablutions, et acheva toutes les cérémonies nécessaires5 : en meme temps dans sa pensée il appela Nârada, A peine le dieu achevait-il de se purifier, que le saint Mouni appanit sur la mer. Crichna, animé par l’amour du devoir, rendit au sage, ainsi que Satyabhàmâ, tous les honneurs accoutumés. La fille de Satrâdjit elle-même lava les pieds de Nârada, tandis que Crichna lui présentait l’eau dans un vase d’or. Le Mouni était assis; et Késava, le maître du monde, lui servait des mets excellents. Le généreux Nârada , aussi distingué par son éloquence que par sa foi , ayant mangé avecreconnaissance ce que lui offrait le souverain des êtres, finit par se rincer la bouche, et donna sa bénédiction que Késava reçut avec plaisir; puis, étendant sa main droite remplie d'eau, il dit à Sâtrâdjiti, qui fixait sur lui ses yeux modestes et aussi noirs que le nuage : « Beauté divine, soyez toujours, « comme aujourd'hui, soumise à votre époux. Puissent les fruits de ma ■< pénitence contribuer à rendre votre félicite à jamais incomparable! ■ 1) dit, et l'amante de Crichna se leva. Pâme comblée de joie. Avec l’assen-

1 C'est ce qu'on appelle le • * Ce9 cérémonies, sur lesquelles je n’ai aucun

pmikamah calpah, c'est-à-dire le premier dm détail, portent le nom général «le | g|

quatre moyen, indiqué» par le» loi* de Manou , re-m .hwanua comme, lect. tu, si. 198.

liment du Brahmane, le *age et puissant héros mangea le reste 8 de son repas. Cependant, après l'accomplissement de toutes ces cérémonies1, Satyabhâmâ, suivant les directions de son époux, et quittant la place qu’elle avait occupée près de lui, avait salué avec respect le saint Mouni, et s’était retirée dans l’intérieur de scs appartements.

Alors Nârada, tranquillement assis, dit à Crichna : • Je vous remercie de « votre politesse, héros vertueux : je vais me rendre au séjour d’Indra, où

■ les Gandharvas, réunis aux chœurs des Apsarâs, se disposent à célébrer « par leurs chants et leurs danses leur souverain, le premier des dieux. Le « grand dieu Sonia lui-même sc dérobe 8 aux yeux des mortels pour aller « avec dévotion assister à celte fète, qui tous les mois se renouvelle dans « le palais de celui dont la foudre brise les rochers en éclats. En rcconnais-

• sancc de votre réception hier je vous ai donné une fleur cueillie sur

• le roi des arbres, sur le grand Pâridjâta : c’est à votre intention que je

■ lavais apportée du ciel, cette fleur divine qui fait le bonheur des dieux. « L'arbre qui la produit est pour Satchî un objet de prédilection, toujours « honoré pour U félicité dont il est une source intarissable. Le grand PA- « ridjâta fut jadis créé par le vénérable et pieux Casyapa, fils de Maritcbi,

■ noble et riche trésor de pénitences. C’est un présent que sa tendresse

• fit un jour à Aditi, pour satisfaire aux saints désirs de cette déesse. Je

■ veux, lui avait dit Aditi, obtenir de vous, excellent Mouni, un présent « qui assure mon bonheur, qui me procure à volonté toute espèce? de paru-

■ res, les plaisirs de la danse et du chant, une jeunesse éternelle, l’éloi-

• gnement de toute passion , de tout chagrin , qui conserve en moi l’atta-

■ chement que j’ai pour mon époux et pour les règles du devoir. Casyapa « créa donc pour Aditi le Pâridjâta couvert de fleurs odorantes, dont la « propriété est de satisfaire tous les désirs. Cet arbre, agréable à tous les

• êtres, remarquable par sa hauteur, a trois branches9, et porte des fleurs

• Tel est l usngc consacré pur les si. 116, 1 1 7 et 1 18 de la in* lecture des lois de Manou. Ce rate est appelé vighasa [ ibid. si. a85).

1 Ceat le même mot que ci-deasus, âvaiyartam.

* Il semblerait que par cette fiction on veut rendre compte du phénomène qui a lieu aux environs de la nouvelle lune.

* Le Piridjéta serait-il un arbre allégorique représentant les trois Y'èdes, ou bien une espèce de ritnd, rédigé par Casyapa, et contenant trois parties ? Voyex plus loin les lectures ex xxvi , cxxxtii et cxxxvm qui renferment des règles de purification , pratiquées et révélées par la femme de Siva. Celte coni|mruison des livres sacrés avec des arbres n’est pas rare dans Ica

• de toute espèce de formes qu’il varie suivant le goût de chaque beauté.

• Il peut, si l’on veut, imiter les grâces du lotus. Casyapa, pour le former,

■ a pris la moelle de l'arbre appelé Mandâra, et a fait ainsi du Pâridjâta une « véritable merveille. Aditi, ayant formé une guirlande do ces fleurs, la

• remit à son époux Casyapa , pour récompenser mes services par ce présent, « gage précieux de bonheur et de pureté. Ce fut dans la meme intention

• que de semblables guirlandes furent données à Indra par Indrânt, à Soma « par Rohinî, et à Couvéra par Riddhi ,0. La félicité est donc le fruit que « produit le Pâridjâta, ainsi nommé parce qu’il est né sur le bord [pârè « djâta) du Gange céleste u. On l’appelle aussi Manddra , parce qu’il res-

■ semble pour scs fleurs au Mandâra divin. Enfin il porte encore le nom de « Couda ra ,a, parce que les créatures ignorantes, en le voyant, s’écrièrent : « Quel est cet arbre (copi ddroo)? Et voilà pourquoi cet arbre céleste,

■ dont vous avez vu une fleur, est connu sous le triple nom de Mandâra , de « Covidâra et de Pâridjâta. •

MENACES DE CRICHNA.

Nàrada allait partir; le puissant Vichnou lui dit : « Saint Maharchi, vous

■ allez au Swarga, et bientôt vous vous trouverez à la cour du dieu dont

■ la prudence a causé la ruine de Tripoura *. Je ne prétends pas vous donner

auteurs indiens. Voyez le commencement de 1c zv* lecture du Bhagavad-giti.

M II pareil que c'est le nom de l’épouse du dieu des richesses.

“ Le Gange coule d’abord dans le ciel , et il est appelé Vichnoapadt, parce qu'il sort de dessous les pieds de Vicknou.

11 Le dictionnaire de M. Wilson donne à ce mot une autre origine ; avais nous voyons ici un

nouvel exempte de la bizarrerie du poète quand il veut être étymologistc.

1 On désigne ordinairement par cette périphrase le dieu Siva, vainqueur du roi de Tripoura. aujourd'hui Tipperah. Cependant il serait possible que l’on voulut ici parler d’Indra, qui souleva contre Tripoura U colère do Siva. Le mérue Indra porte le nom de Potirondam, parce qu'il brut lm villa avec sa foudre.

II AUI VAN. S A.

« un ordre , mais je vous prie de parler en mon nom au vainqueur de Pâca 1 « Rappelez-lui notre antique fraternité ; ditcs-lui que mes épouses ont « entendu parler de cet arbre fameux, nommé Pâridjdta , que le divin « Mouni Casyapa a jadis créé pour l’amour d’Aditi , et qui donne la pureté

• et le bonheur. Elles savent qti’Indra a fait présent aux déesses, pour

• éterniser leur sainteté, de cet arbre merveilleux; et elles ont conçu le « désir d’obtenir la même faveur. Illustre Brahmane, faites valoir les motifs « de piété, de générosité, d’amitié meme, et tâchez de déterminer Indra « à m’envoyer à Dwâravatî le Pâridjâta, que plus tard je lui rendrai fidé- « lement. Tel est le langage que vous tiendrez au dieu vainqueur de Bala 3, « pour l’amener à me faire le présent que je lui demande. Quand je con-

• sidère le mérite de mon messager, je ne puis douter du succès de sa « négociation, ■

Ainsi parlait le vainqueur de Késin au divin Richi Nârada , qui lui répondit en souriant : • Chef des Yâdavas, tel est sans doute le langage que

• j'adresserai au roi des dieux; mais il ne donnera jamais le Pâridjâta.

• (D’ailleurs il n’est pas seul à défendre cet arbre V) Quand autrefois les

• dieux et les Asouras se réunirent pour baratter la mer avec le mont Man-

• dara, le Pâridjâta sortit du sein des flots a, et le dieu Siva fut chargé de

• le transporter sur le sommet du Mandant. En chemin, Indra lui exposa

• son désir de voir cet arbre délicieux placé dans le jardin de Satchî. Siva

• voulut bien condescendre à sa demande, et le Pâridjâta ne fut point porté

• sur les coteaux du Mandara; mais il devint l’arbre favori de Satchî, et

• Indra sut avec adresse se l'approprier. Cependant, plus tard, pour com-

• plaire à üuinà, Siva forma dans un vallon du Mandara un bois de Pârid-

• jâtas de la longueur d’une gavyoûti t. Les traits brûlants du soleil, les

• rayons glacés de la lune, le souffle du vent ne sauraient percer l’épaisseur

• de ce bois. La lillc de l’Himâlaya 1 y entretient une douce température ,

* A*Oura lu/* par Indra.

Autre Asoura tue aussi par Indra.

‘ Cette phrase est ajoutée par le traducteur pour donner le motif de ce qui suit.

‘ Voye* dans les notes que M. Wilkins a ajoutées à an traduction du bhagavad-ghâ . un épisode extrait du Mahâbhàrata et dans lequel on raconte ce barattcmenl de la mer. I jo fuit que

l'auteur rapporte ici n’est pas la création du Pàridjâta, déjà mentionnée dans la lecture précédente; c'est la manière miraculeuse dont il fut recouvré, après avoir été perdu dans le déluge.

* Mesure itinéraire de 3,000 dardas ou brasses [fathonu ).

1 C'est-à-dire Oumà, épouse de Siva , appelée aussi /’dnrafî (moalana).

• et ces lieux sont éclairés de la splendeur de Siva. A l’exception de ce dieu

■ et de moi, personne n'a le privilège d’entrer dans ce bois sacré. Là, de tout

• côté, les Pâridjâtas produisent les plus belles pierreries que l’on peut dé- « sirer, et que Mahâdéva * distribue à ses principaux serviteurs : forêt char- « mante, ornée de fruits merveilleux, douée de mille qualités rares et pré-

• cieuses, et couverte d’un ombrage magnifique sous lequel le dieu qui a « pour symbole un taureau 9 reçoit quelquefois Soma et les grandes divinités. « Ces arbres appelés aussi Mandants . embellis de toute la magnificence de

• Siva, sont nés pour le bonheur d’Ouinâ et le malheur des téméraires qui « oseraient profaner ce bois. Un jour un Dètya terrible et courageux, nommé » Andhaca, fier de la protection d’un dieu et bravant le danger, eut l’audace

■ de pénétrer dans cette enceinte défendue. Le grand Siva ne ménagea point

■ son ennemi; et cet Asoura, qui se croyait privilégié contre toute espèce

• d’attaque, dix fois plus fort que Vritra lui-même, expira sous les coups

• du dieu des dieux. De même, ô Crichna, tu ne peux obtenir qu'au prix

■ des plus grands malheurs ce Pâridjâta, source abondante de tous les biens,

■ et sur lequel le puissant Indra et la divine Satchî ont les yeux toujours

■ ouverts. *

* Pieux Mouni, reprit Crichna, le sage Mahâdéva a bien fait autrefois de

■ se montrer complaisant pour Satchî , et de lui accorder le Pâridjâta ; mais

■ ce grand dieu, ce puissant auteur du monde, ne peut pas m’accorder moins

• qu’à mon frère aîné : telle est ma pensée. Quoique plus jeune que le vain-

■ queur de Uala, je mérite bien aussi qu’on ait égard à mes caprices, et je

■ ne vaux pas moins que Djayanta. Essayez donc, sage Brahmane, auprès « d’Indra tous les moyens que vous suggérera votre amitié pour moi. Ma

■ résolution est bien prise; je veux que le Pâridjâta soit apporté du ciel

■ pour l'honneur de Satyabhâmâ. Vous me demanderez comment il est pos-

• sible que je commette une injustice. Et, sous ce rapport, a-t-on un fait,

• une parole même à me reprocher? Le monde n’a-t-il pas toujours trouvé « en moi le défenseur de l’opprimé? La vertu ne m’a-t-elle pas vu toujours

• disposé à la servir? Comment donc aujourd’hui cesserais-je d’être juste en ^ mes discours? Je vous le répète donc, saint Brahmane; les dieux, les

* Nom du dieu Siva, c'est-à-dire te grand “ Vritra est un Asoura vaincu par Indra,

dieu Voyea pour l’histoire d' Andhaca te» lectures

* C est le dieu Siva. cxtiu et ciliv.

« Gandharvas, les Râkchasas, les Asouras, les Yakchas, les serpents conjurés « contre moi, ne sauraient détruire ma résolution. Si le maître des dieux « ne veut point vous remettre le Pâridjâta, alors j'élèverai ma massue contre

■ la poitrine de Pourandara 11 toute teinte du sang de Satchî écrasée sous

■ mes coups. C’est là ce qu’il faut lui dire, s’il est insensible aux premières « ouvertures de conciliation. Vous connaissez mon intention ferme et inva- « riable; tâchez qu’il puisse n’en pas douter. »

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