‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 2 sur 140 · RÉPONSE D INDRA · texte numérisé non relu

RÉPONSE D INDRA

VésampAyana dit :

Le Mouni KArada se rendit au palais d’Indra. Il y arriva pour la nuit, et assista à la fête. Là, il trouva rassemblés les nobles Àditvas, les grands Vasous, les Râdjarchis, les Sages qui par leurs œuvres ont obtenu le Svvarga, les serpents, les Yakchas, les Siddhas, les Tcbâranas l, les pénitents, les Brabmarcbis, les Dévarcbis, les Manous, les illustres Souparnas 5 , les vigoureux Marouts a, enfin tous les habitants du ciel accourus par milliers. Par-dessus tous les autres brillait le dieu Soma, s’avançant avec majesté au milieu de sa cour, souveraine essence des choses, maître suprême , escorté de ces illustres Dévarcbis qui vivent, sans connaître la mort, depuis des milliers de calpas, qui, pareils au prince des dieux, sont toujours pour ces mêmes dieux un objet de vénération. Près de Soma se tenaient les Roudras, le fils de Casyapa , le dieu Scanda, fils de Roudra, Gangâ, la première des rivières, Artchichmân *, Toumbourou a, l'éloquent Routchi, enfin tous les chefs des ordres célestes, renommés pour leur pénitence. A leur suite venaient tous ces dieux, attachés aux règles saintes et aux pratiques de la piété, suivant avec constance la route de la vertu, se faisant un

u Voyc* plu» liant U noie i . 1 Ce sont le* vents.

1 Bardes célestes. * Ce mot est une épîihéte du feu ou du soleil.

* Oiseaux do l'espèce de Garouda. ‘ Noua d'un GandKana.

devoir d’honorer, parmi les humains, ceux qui honorent les Immortels, et payant par leurs services les bonnes œuvres de leurs protégés qui, dans les hommages qu’ils rendent aux Pitris et aux dieux, laissent de côté tout intérêt mondain, et s’appliquent à augmenter leurs mérites par la prière et la mortification. Le chel' brillant des Gandharvas, Tchitraratha, accompagné de ses enfants, faisait retentir le son joyeux de ses instruments divins : OùmAyou s, Tchitraséna, Hibâ, Hoûhoû, Oumbara®, Toumbourou et d’autres encore chantaient d’après les six tons de la musique 7. Ourvasi , Poûrwatchinti, Hémâ, Rambhâ. Hémadattâ, GhritAtchî et Sahadjanyâ mêlaient leurs voix aux concerts des Gandharvas. Cette auguste réunion semblait encore s’embellir de la présence de Soma, qui est la voie et l’Ame du monde; enfin ce dieu se retira enchanté de la réception d’Indra.

Après son départ, tous les autres prirent aussi congé du maître du ciel, dont ils n’avaient qu’à se louer, et retournèrent dans leurs demeures. Lorsque Pourandara fut resté seul avec sa cour accoutumée, le Mouni Nârada s’approcha de lui. Le dieu sc leva pour faire honneur au saint pénitent, et le lit asseoir sur un siège * de causa, semblable au sien. Alors le brillant Nârada dit à Indra : « Roi des immortels, le puissant Vichnou m’a chargé

• d’un message pour vous, et j’arrive du pays d’Anartta pour vous prier de « le tirer d'un embarras qu’il éprouve. » Le vainqueur de Pâca, charmé de ce début, répondit amicalement au Mouni : « Pieux solitaire, dites-moi « promptement ce que désire ce noble héros. Il y a longtemps que nous ne « nous sommes donné quelque marque de souvenir. Faites-moi part des ■ paroles d’amitié de l'illustre Crichna. »

Nârada reprit : « Grand Indra, je m’étais rendu A Dwâravati pour y visiter - votre jeune frère, glorieux soutien des YAdavas. Je trouvai ce héros, vaini queur de tous ses ennemis, occupé sur le Rêvata avec Roukminî A hono-

• rer par un sacrifice le dieu dont le symbole est un taureau. Je lui donnai

• une fleur de Pâridjâta dans l'intention d’exciter la surprise de ses épouses.

* IVmt-élre Dambara.

1 Celle idée cal eiprimèc par le mot

ehadgoana J'ai compris qu*D s'agissait des tons de la musique . qui sont au nombre de six, correspondant «us six saison* On les personnifie

par sis génies. appelés Bhèrara, Mdlava, Sri rdga, Hwidolu ou l'oMinta. Dtpaca et Meglut. Voyez à ce sujet deu* Mémoires des Recherche* Asiatique*, vol. 111, pag. 04, el vol. I\, pag 446.

1 Ce siège porte le nom particulier de pita.

HAR1VANSA.

« En voyant cette fleur produite par le roi des arbres, et qui satisfait a tous

• les désirs, celles-ci ne purent maîtriser leur admiration. O magnifique « souverain des dieux, je leur expliquai les diverses qualités de cette fleur

• et la manière dont le puissant Casyapa avait créé le Pdridjâta. Je leur

• dis comment Aditi avait tressé, avec les fleurs de cet arbre, une guir-

• lande qui orne la poitrine et purifie l’âme, et chargé Casyapa de me la « remettre; comment, dans la même intention, vous-même vous en aviez

• reçu une de Satclu, aussi bien que les autres dieux de leurs épouses; enfin

■ comment ces guirlandes sont des gages de la reconnaissance de Casyapa et

• des dieux. En entendant mon discours, une des épouses chéries de votre

■ frère, nommée Satyabhdnui , conçut le désir de jouir des heureux privilèges « du Pàridjâta, et son époux, ô noble souverain du ciel, se laissa toucher

■ par ses prières. Ce vaillant héros, qui est Vicbnou, s’est engagé envers elle

• par une promesse, et m’a tenu un discours que je dois vous rapporter. 11 « prétend qu’en qualité de votre jeune frère il mérite d’être écouté dans « ses caprices, et il vous prie de lui céder le Pdridjdta. J’ai promis d’appuyer « auprès de vous les prétentions de son épousé, distinguée entre toutes les « femmes par son extrême piété. Songez, maître des dieux, que Crichnu

• est heureux dans les entreprises les plus difficiles : d’ailleurs n’est-il pas

• bon que les humains aient une idée du bonheur des Immortels? •

O lils de Courou, en apprenant les intentions de Crichna , Indra dit au sage ISârada : • Saint Brahmarchi, restez à votre place; j’ai entendu votre « discours et je vais répondre au message du puissant Vichnou. ■ Nàrada conserva la place qu’il occupait, et le maître des Souras, assis également sur un siège semblable à celui du Brahmane, après avoir obtenu son attention, s'exprima en ccs termes, tout en jetant les yeux sur la nombreuse cour dont il était entouré :

* Illustre pénitent, saluez de ma part Djanàrddana, et dites à celui qui « est la félicité de tous les êtres : Tu es, sans aucun doute, le maître du

• monde, et je te suis soumis. Le Pâridjdta et les autres trésors sont à toi.

• Tu es descendu sur la terre pour alléger le fardeau sous lequel elle gé-

• missait : lu as revêtu un corps humain dans la vue de mieux réussir en

• tes desseins. Quand ta mission sera terminée, et que tu auras obtenu le « ciel, alors je pourrai combler tous les désirs de ton épouse, et lui ou- « vrir les trésors du Swarga; mais, pour une circonstance frivole, troubler

• l’ordre anciennement établi dans le monde mortel, c'est là ce que je ne

• saurais faire. Si je m'oubliais à ce point, tous les chefs des Pradjàpatis

• nie dénonceraient au grand Brahmé, à ses enfants et à ses petits-enfants. « Les devoirs et les œuvres de tous dans ce monde sont bien déterminés.

• Que j’abandonne la ligne qui ma été tracée par le souverain des êtres, ce

• créateur sage et puissant me maudira en apprenant que j’ai transgressé

• l’ordre général. Aucun frein ne retiendrait plus les Détyas et leurs alliés,

• si pour une femme je laissais emporter le Pâridjâta. Le trouble se glissc-

■ mit dans l’âme des habitants du ciel.

• Que mon frère, considérant la marche du temps, jouisse sur la terre des

■ plaisirs que Brahma a bien voulu accorder aux humains; mais qu'il attende « pour goûter ici, dans le ciel, le bonheur qui fait mon partage. Djanârd-

• dana oublie-t-il donc quels sont les droits d’un frère aîné? Pourquoi re- » nonce-t il à son devoir pour suivie la passion? Il est honteux, surtout pour

• le grand Crichna, de se déclarer l’esclave d’une femme. Il ne doit pas sur la « terre faire alliance avec le déshonneur ; tel est mon sentiment. Si le vain-

■ queur de Madliou a daigné se revêtir de l'humanité, il faut, ô Nàrada, « qu’il respecte ce qui appartient à son frère aîné. C’est témoigner du mé- » pris pour moi que de porter la main sur les trésors du ciel; et c’est une

• chose particulièrement blâmable, que le mépris qui vient de la part d’un r parent. Que Crichna se conforme aux règles établies par le dieu né du

■ sein d’un lotus, et qui a déterminé l’action et les limites des qualités du « tnvartja *.

« Si je transportais le Pâridjâta sur la terre, tous, à commencer par la « fille de Pouloman, me blâmeraient. Les mortels, jouissant des avantages

• du Pâridjâta dont ils verraient les fruits auprès d’eux, ne feraient plus

■ d'efforts pour arriver au ciel, et toute distinction aurait cessé d’exister entre « les dieux et les hommes ; car on recueille dans le ciel le fruit des œuvres « qu’on a faites sur la terre. S’ils étaient en possession du Pâridjâta , quel « motif d’action resterait aux mortels, puisque cet arbre céleste est une » source inépuisable de biens et de trésors? Il n’y aurait plus dans le monde

• que des dieux. Les hommes, maîtres sur la terre des fruits qu’ils ne pou- « vaient espérer que dans le ciel, et devenus désormais semblables à nous ,

* Ce» qualité» «ont le devoir, 1a richesse, , et le désir, ^7T*T

• s’abstiendraient de sacrifices et de toutes pratiques pieuses 10. Maintenant,

• dans la vue de gagner le ciel , pleins de foi , éprouvés par la pénitence , ils « travaillent sans cesse à notre prospérité par leurs sacrifices, leurs prières et « leurs offrandes. Possesseurs du Pàridjâta, ils cesseront de faire tout cela;

■ et nous, privés de leurs hommages, nous serons faibles et sans vigueur. « Pour obtenir une pluie favorable, une heureuse moisson, ils nous com- - bleot aujourd'hui de présents, et nous offrent des sacrifices; mais donnez-

• leur le Pâridjâta , et qu’ils viennent à souffrir de la faim ou de la soif, des

• maladies ou de la vieillesse, de la mort, de la langueur, de la mauvaise

■ odeur, enfin de ces maux qui naissent de l’œuvre humaine, ils sauront « alors s’en délivrer eux-mèmes.

■ Ainsi je ne puis lui accorder cet arbre. Tel est le discours, ô Brahmane,

• que vous rapporterez au puissant Vichnou. Vous tacherez de ménager les « sentiments de mon frère; mais, si vous m’aimez, vous devez lui parler

• avec franchise. Vous pouvez, pour son épouse, faire porter à DwAravatî des « perles, des pierreries, du bois de sandal et de l’aloès, de riches étoffes. « Que Késava demande tout ce qui est compatible avec la nature humaine;

• mais qu’il ne dépouille pas le ciel de ses privilèges. Je donne toutes les « pierreries, toutes les étoffes qu’il est possible de donner; mais pour le

■ Paridjâla, sage Mouni, c’est un bien des habitants du ciel, jamais je ne « l’accorderai. »

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