‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 86 sur 140 · VOYAGE DES DIEUX AU MONDE DE BRAHMA · texte numérisé non relu

VOYAGE DES DIEUX AU MONDE DE BRAHMA

Djanamédjaya dit :

O saint Moum, que firent les dieux vaincus par les Asouras? Comment parvinrent-ils â reconquérir le ciel?

\ èsampâyana reprit :

Après avoir entendu la voix divine qui lui avait parlé, le roi des Souras

* Un manuscrit porte ■Stoitri, la Louange.

DEUX CENT-CINQUANTE ET UNIÈME LECTURE. *71 se rendit avec ses sujets vers l’orient, au palais d’Aditi. 11 raconta à cette déesse comment cette voix était venue frapper ses oreilles. Aditi lui répondit : «O mon fils, s’il en est ainsi, il vous est impossible, même avec « le secours de tous les Marouts, de triompher de Mali, fils de Virotchana.

• Il n’est qu’un seul être capable de le vaincre, ô Indra; c’est le dieu aux

• mille têtes1. Allons interroger là-dessus votre père Casyapa : il sait la

• vérité, il nous dira par quel moyen le grand Dôtya Bali doit être vaincu. •

Alors les Souras allèrent avec Aditi se présenter devant l'antique Casyapa, saint Mouni, tout brillant des feux de la pénitence, précepteur des dieux, toujours humide des eaux de ses triples ablutions2 *, éclatant comme le soleil, couronné d’une flamme lumineuse, pur et mortifié, appuyé sur son ilanda 5, couvert d’un vêtement d’écorce, et par-dessus d’une peau d’antilope noire4, aussi beau que Brahmâ, aussi resplendissant que le feu du sacrifice alimenté par le beurre consacré et sanctifié par la prière, toujours occupé de lectures pieuses, profond dans la science divine, maître des Souras cl des Asouras, illustre fils de Maritchi, lequel, par l’excellence de sa nature, a contribué à la création des êtres, et est connu pour être le troisième & Pradjâpati. l-es Souras, se prosternant devant lui avec Aditi, lui font tous quatre salutations, de même que les Mânasas* font à Brahma. Ils lui rapportent qu’une voix a déclaré à Indra que le grand Bali ne pouvait être tué par aucun des dieux. En entendant le discours de ses fils, le Pradjâpati Casyapa conçut la pensée de se rendre avec eux dans le monde de Brahmâ. ■ Transportonsrnous, leur dit-il, dans la demeure de Brahmâ, tou-

• jours retentissante des accents de la vérité, pour y entendre* la décision

• même de ce dieu. »

Alors les Souras, avec Aditi, suivirent Casyapa au séjour de Brahniâ, lieu divin, fréquenté par les dieux et les Bichis. Ils y arrivèrent en un moment, portés sur des chars magnifiques qui roulaient à leur volonté. Pressés de voir Brahmâ et de jouir de son éclat immortel, ils entrent dans la salle

1 Vicltnou est ici coofondu avec le serpent

A rifl n la qui a mille têtes.

• C'est-à-dire les ablution» du matin, de

midi et du soir.

* Voyez lois de Manou, lect. i, al. 45. 46

et 47-

* Voyez iM. si. 4i.

* Os mots sont obscur* : il» signifient peutêtre que Casyapa appartient à la troisième génération, étant fds de Maritchi, lequel doit sa naissance à Brahniâ.

4 Voyez tom. I , lect. 1 , pag. G.

des assemblées» vaste, magnifique, objet de désir pour les uns, de terreur pour les autres. Là résonnent sans cesse les airs du Sàma et les chants modulés sur des strophes de six padas On y entend les cantiques mélodieux du Rig-véda sortir de la bouche des grands Brahmanes, instruits dans les Vèdes et les Vcdângas, aussi habiles dans l’art de la musique que dans l'art de réciter les vers sacrés et les formules du sacrifice, savants dans toute espèce de science. Les accents du bonheur retentissent dans ce séjour, non moins riant que la demeure des dieux. Les fils de Casyapa, en arrivant, frappés de la douceur de ces chants, songèrent à toute la pureté qu'exigeait d’eux cette sainte demeure. Silencieux, réfléchis, uniquement attachés à la pensée de Brahmâ, ils se regardaient, ouvrant leurs yeux étonnés. Ensuite ils adorèrent le maître des mondes, se mettant à la suite de Casyapa. Cependant ils entendaient toujours ce doux et magnifique concert, aussi harmonieux que le ramage des cygnes, et formé des paroles des Vèdes prononcées par ces sages, instruits dans les mystères du Mimansa*, du Locàyata *, et les secrets de toute autre science. Ils voyaient ces pieux Brahmanes, renommés pour leurs pénitences et ornés de tous les mérites que donnent la prière et le sacrifice. Au milieu de cette salle était assis Brahmâ, aïeul des mondes, maître auguste des Souras et des Asouras, auteur sacré des Vèdes, entouré d’une magic toute divine. Près de lui étaient placés les pères des êtres, Dakcha, Pratchétas, Poulaha, Marîtchi, Bhrigou, Atri, Yasichlha, Gôtaina, Nârada. Avec eux se montraient la Science ( vidyâ ) , le Sentiment (rnamu), l’Éther 10, l’Air, le Feu, l’Eau, la Terre, le Son, le Toucher, la Forme, le Goût, l’Odeur u, la Nature, le destructeur des for-

J Voyez les extraits du Rig-véda publiés par M. Rosen. Le mot parla signifie ici demi- ivre, hèmuliche.

* Système philosophique ou plutôt théologique de* Indiens, fonde par Djémini. Y visa fut au*»» l'auteur d’une école, appelée Outtara mtruàiua.

* M. Wilson regarde l'opinion de* Lociya ticas comme fondée sur l'athéisme, et leur donne pour maître Tchlrwéca. poêle citerait-il ici de cette maniéré cette secte philosophique, si elle avait été réellement fondée sur le scepti-

cisme et l'absence de tout principe religieux ?

“ I-»* texte porte *4rrly t»r| antarikchnm . que j‘ai cru devoir ici regarder comme un *yno nyme -'■yi'-t.isT Acâsa ; c'est dans lo même sens que la vu* lecture du Bhagavadgita , si. 4. emploie l?T Àham. Plus bas j'ai pris aussi ftslfï ,*djtu pour un synonyme agai.

11 Ces cinq qualités sont celles que les Indiens attribuent aux cinq éléments. Voyez lois de Manou . lect. i , si. 75 et suiv.

mes ( Vie Ara), et les autres grands agents, les Védângas, les Oupdngas ", les quatre Vèdes, avec leurs Oupanichats, leurs Mètres (Pddaj), et leurs Préceptes (Cramas), les Rites, les Sacrifices, la Volonté créatrice ( Sancalpa ), le Souffle conservateur. Tels étaient les êtres placés près de Brahmâ, ainsi que bien d’autres; la Richesse, le Devoir, le Désir, la Haine, la Joie, Soucra, Vriliaspati, Samvartta, Boudha, Sanêslchara, Râhou, toutes les Planètes, les Marouts, Visvvacarman, les Constellations, le Soleil, la Lune, la Sâvitr» victorieuse, la Voix aux sept formes w, les Smritis w, les Chants 15, les Saintes- Ecritures les Commentaires n, tous les Livres enfin revêtus d’une forme corporelle; les Kchanas18, les Lavas1®, les Mouhoûrttas M, le Jour et la Nuit, les T)emi-mois, les Mois, les six Saisons, les Années, les quatre Ages, le Crépuscule, la Nuit aux quatre formes11, la Révolution divine22, toujours constante dans son mouvement éternel.

Casyapa et ses pieux enfants étaient entrés dans cette salle de Brahmâ, brillante , merveilleuse , remplie de Brahmarchis. A la vue du dieu couvert de parures éblouissantes, incompréhensible, inaltérable, assis sur son trône éclatant, ils baissèrent la tête jusqu'à scs pieds divins, qu’ils touchaient de leurs fronts. Leur conscience était calme, leur âme pure de tout péché. Le puissant Brahmâ, apercevant tous ces Souras qui venaient d’arriver avec Casyapa , éleva la voix.

'* On appelle oupAnga une division des ouvrages sanscrits rangés en quatre sections, savoir : i" le* Pourânas , a4 le Nyâya, 3* le Mima nsa, 3* le DharmasÂtlra. Voyct Recherche» asiatiques , tom. I , pag. 3ÜO.

u Allusion aux sept notes de musique

14 Coq» de lois.

" GAthd*.

“ Xijamtu.

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