VERTUS DU MAHABHARATA
Djanamédjaya dit :
0 saint Brahmane, avec quelle cérémonie les sages doivent-ils écouter la lecture du Mahâbhârata? quel est le fruit de cette lecture? dans quelles fêtes' doit-on la faire? quels dieux honore-t-on dans ces fêtes? quels cadeaux doit-on offrir à la fin de chaque parwan *? quel lecteur faut-il désirer? Daigne répondre à ces questions.
Yêsampâyana reprit :
Apprends, ô roi, quelles sont les cérémonies qui accompagnent, et les fruits qui suivent la lecture du Mahâbhârata : je vais me conformer à tes désirs. Les dieux du ciel, voulant un jour, s'amuser, vinrent sur la terre, composèrent cet ouvrage, et repartirent ensuite pour le ciel. Ecoute donc avec recueillement ce que j’ai à te dire. Dans le Mahâbhârata on trouve l'origine, sur la terre, des Bichis et des dieux : on y voit, comme dans un tableau curieux, les Koudras, les Sâdhyas, les Viswadévas, les Aditya#, les divins Aswins, les Maharchis régents du monde, les Gouhyacas, les Gandharvas, les serpents, les Yidyâdharas, les Siddhas, Dharma, Swayambhou, le Mouni Càtyâyana, les montagnes, les mers, les rivières, les Apsarâs, les planètes, les années, les ayanas 5, les saisons, les êtres animés et inanimés, les Souras et les Asouras. 11 suffit d’écouter les récits qui détail-
1 Le mot qui signifie fête est rfjyTTf pârana. Un so prépare à un pâmna par le jeune et l« mortification.
* Parwan a ici le sens de grande division <t un livre.
* Voyei tom. I, lcct vtn, png. 44-
IIARIVANSA.
lent la nature, les noms, les œuvres de tous ces personnages, pour que le pécheur soit aussitôt délivré du fardeau de ses fautes.
L’homme qui a formé le projet d’écouter convenablement cette histoire depuis le commencement jusqu’à la lin, doit d’abord dompter tous scs sens et purifier son âme. Il a des srtiddhas à célébrer et des présents à faire aux Brahmanes, suivant sa fortune et sa dévotion. Ces présents, ce sont des pierreries, des vaches, des vases4 de cuivre, déjeunes filles parées et pourvues de toute espèce de talent, des voitures magnifiques, des maisons, des terres, des étoiles, de l'or, des bêtes de somme, des chevaux, des éléphants, des lits, des litières et des chars magnifiques. Tout ce qu’il y a de plus beau et de plus riche doit être offert non-seulement aux Brahmanes, mais à leurs femmes et à leurs enfants. La foi fera surtout le premier mérite de tous ces dons.
Mais si l’auditeur du MahAbhârata doit, autant qu’il est possible, être animé de bons sentiments, humble, soumis, rempli de droiture et de sagesse, purifié par la pénitence, croyant et doux, il est aussi des qualités que doit posséder le lecteur. Que celui-ci soit pur de toute souillure, recommandable par toute espèce de bonnes qualités. Qu’il porte un vêtement blanc; qu’il ait rempli les cérémonies du tantcâra; instruit dans toute science, plein de foi et de bienveillance, beau, vif. ami de la vérité, maître de ses sens, qu’il ne soit dominé ni par l’avarice ui par l’orgueil. Qu’ii lise avec fermeté ce poème admirable, si bien ordonné, aussi distingué par la sagesse du plan que par l’excellence des détails et la vivacité du style, offrant soixante-trois varnax et huit sthânas 5. Assis à sa place, qu’il se re- © cueille, et adore Nàrâyana et Nara, père des êtres; qu’il célèbre la gloire de la divine Saraswati 6. Pourvu d’un pareil lecteur, ô roi, et préparé par la pénitence, l’auditeur du Mahâbhârata est sur d’en recueillir le fruit.
Le premier jour de fête destiné à cette lecture, qu’il donne aux Brah-
4 Littéralement tics rasai à mettre le lait . 37^7^ oaptukiha.
* Je n’ai pas osé traduire ce» deux mois, dont le sens est incertain pour moi. Je suppose que par le mot iwnui on petit entendre les qualités du style, les béantes de diction; le diction-
naire de Wilson donne à sthdm le sens de cha »
pitre, section iTun litre. Varna signifie aussi description.
* Voyez comment cette recommandation est observée dés les premiers mots du Ilarivansa , l. I, p. i. Saraswati. déesse de l’éloquence et protectrice des arts, inventa, dit-on. la langue sanscrite et l'alphabet dévanâgari.
mânes ce qu'ils peuvent désirer, et il recueillera les fruits de ïagnichtoma1 * * * * * * : il obtiendra d’être porté sur un char couvert d’Apsaris, et d’être admis dans le ciel avec les dieux.
Le second jour lui procurera les fruits de l'afira/ra 8 * : il montera sur un char divin, orné de pierres précieuses; ses guirlandes, ses parfums, ses bracelets, tout sur lui sera divin, et il habitera le monde des dieux.
Le troisième jour de fête lui fera obtenir les mérites du dtvâdasâha \ Tendant dix mille ans il restera dans le ciel, pareil à l’un des Immortels.
Un quatrième jour lui donnera les fruits du vâdjapèya 10 ; un cinquième doublera ces mêmes fruits. Il montera au ciel dans la compagnie des dieux sur un char aussi brillant que le feu ou que le soleil levant. Durant dix mille ans il goûtera dans la demeure d'Indra tous les plaisirs qu’il est possible de souhaiter.
Le sixième jour lui procurera le double des fruits du cinquième, cl le septième le triple. Porté sur un char semblable au mont Kèlâsa, et orné11 de Upis-lazuü , de pierreries, de corail, volant dans les airs à sa volonté, escorté d’une troupe d’Apsarûs, il parcourra les trois mondes, tel qu’un autre soleil.
Le huitième jour aura pour l'auditeur les mêmes résultats qu'un râdjasoûya **. Il montera sur un char brillant comme la lune À son lever, attelé de chevaux aussi beaux que les rayons de l’astre des nuits, aussi légers que la pensée. 11 aura pour le servir des femmes dont la face resplendira de même que la pleine lune, et à son réveil il trouvera à scs côtés des beautés dont la ceinture et les pieds retentiront de l’harmonieux bruissement de leurs parures 15.
Le neuvième jour sera pour lui aussi méritoire qu’un asu-amâdha. Elevé sur un char orné de colonnes d’or, d’un balcon11 de lapis-lazuli, environné
1 Sacrifice bu feu, qui dure cinq jour» bu
commencement du printemps.
* J'ai déjà dit lecture ocxl, note 5, que je
n'avais sur ce mot nucun renseignement. Je
ferai remarquer que le manuscrit bengali et le
manuscrit dévaniguri de Paris portent tous deux
A frira Ira.
* Probablement sacrifier de dmtzc jours.
“ Voye i loin. I , lect. i , pag. a.
M Le texte contient ici et plus bas l'adjectif rtrtica, pour lequel on peut recourir à
la note B de la ccxxxvii* lecture.
11 Voye* lom. I, lect. t, pag. a.
u Cet anneau, formé avec des clochettes qui entourent la jambe et 1rs doigts des pieds, se nomme noépoura.
“ Védka.
de croisées 15 d'or et escorté d’Apsarâs et de Gandharvas, lui-même étincelant de riches parures, couvert de guirlandes magnifiques, exhalant le parfum du sandal, il restera dans la compagnie des dieux, heureux luimême comme un dieu.
Le dixième jour de fête, il saluera avec respect les Brahmanes; et pour récompense de sa piété, il montera, après sa mort, sur un char retentissant de clochettes, orné de drapeaux et d’étendards, formé d’un balcon 18 de diamants, d’arcades 17 de lapis-lazuli et de pierreries, décroisées18 d‘or, d’un toit1* de corail, environné d’Apsarâs et de Gandharvas habiles dans le chant. Ce char sera son heureuse demeure. Q)uant à lui, paré d’une aigrette enflammée, brillant d’or, parfumé de sandal, il parcourra les trois mondes, honoré des dieux, et non moins heureux qu’eux. Pendant vingt et un mille ans il habitera le Swarga : toujours escorté des Gandharvas, environné de femmes divines, égal à un Immortel, transporté dans des chars superbes, dans des villes volantes, dans des mondes roulants, il passera de l’agréable séjour d’Indra dans les palais du soleil et de la lune, dans la demeure de Siva ou de Vicbnoti. Tel est le sort réservé au fidèle croyant; et cet avenir est certain : c’est mon maître qui l'a dit.
11 faut donner à l’écrivain50 de l’ouvrage tout ce qu’il peut désirer : des éléphants, des chevaux, des chars, des voitures, des bêtes de somme, des bracelets, des pendants d’oreilles, un cordon brahmanique, des étoffes, des parfums. Qu’il soit honoré comme un dieu. C’est là un moyen d’obtenir le monde de Vichnou.
Je vais te dire maintenant, 6 roi, ce qu’il faut offrir aux Brahmanes à la lin de chaque paruan du poème.
Celui qui donne la fête doit avec soin s’enquérir de la naissance des Kchatriyas présents, de leur pays, de la manière dont ils remplissent leurs devoirs, de leurs actes de piété ou de bravoure. Ensuite, saluant les Brahmanes du mot suasti qu’il fasse commencer la lecture. A la lin de chaque paruan , qu’il présente aux Brahmanes des cadeaux suivant scs facultés; qu’il
" êFPTÎ — faW.
* H àiX'Wa. Le lecteur porte le noiu
de cj|t|^| tdieAiira.
*' Cc*t-«-dirc benc «/.
" gavûkcha.
* Vàdica.
” rfT7iïT toron*.
“ ïTFT
DEUX CENT-CI NQUANTE- HUITIÈME LECTURE. 499 donne en particulier à son lecteur des vêtements, des parfums; qu’il lui serve à manger du miel, du lait, des racines, des fruits, un mélange de lait, de miel et de beurre. Au premier pant'an, qu’il lui offre des boules de riz avec des gâteaux de tleur de farine, et des conliturcs. Au panean de Yassemblèe ( sabhà), qu’il serve aux Brahmanes du beurre; à celui de la forêt ( âranyaca ), des racines des bois, des fruits, des vases remplis d’eau®, des friandises 45 de toute espèce; à celui de Viràta, qu'il leur présente toutes les nourritures qu’ils voudront, et des étoffes diverses; à celui de Y attaque [oudyoga ) , qu’il donne aux Brahmanes les nourritures qu’ils peuvent désirer, des parfums et des guirlandes; à celui de Bbichma, qu’il leur fasse cadeau d’un beau char, et place devant eux toute espèce de mets bien préparés. Au panran de Drona, qu’il leur donne une nourriture de choix, des flèches, des arcs, des épées; à celui de Carna, que, l’âme pieusement recueillie, il fasse faire aux Brahmanes un repas composé de tout ce qu’ils peuvent souhaiter; à celui de Salya, qu’il les régale de boules de riz, de confitures, de gâteaux, de friandises. Au paruan de la massue (gadâ), qu’il leur serve un plat de moudgasu ; â celui de la femme \stri), qu’il leur donne des pierres précieuses. Au paruan du maître (éu'cfl), qfl’il leur présente du riz bouilli avec du beurre, et toute autre espèce d’excellente nourriture; à celui de la sdnti , qu’il leur offre du beurre; à celui de Yaswamêdha, qu’il leur fasse manger toute espèce de mets. Au pantan de Ycrmitage ( dsrama ), qu’il leur serve aussi du beurre; à celui de la masse (le fer ( mùsala ), qu’il leur offre des parfums, des guirlandes , des cosmétiques de tout genre; k celui du grand départ ( mahdprâsthdnica ), qu’il leur fasse accepter tout ce qu’ils peuvent souhaiter; à celui du suarga, qu’il leur serve du beurre. Au paru'un du llarivansa, qu’il leur offre du lait.
Chaque jour de fête, qu’une personne lettrée, prenant les divers volumes25 de cet ouvrage, les dépose dans un endroit propre, et qu’ellc-même, pure, vêtue d’une robe de lin blanc ornée de guirlandes, rende chaque fois aux manuscrits® une espèce d’hommage, en les entourant de parfums et de fleurs.
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C’est ainsi qu’aux présents d’or, d’argent, et d'autre espèce, le maître de la fête ajoutera des boissons, des mets, des guirlandes, tout ce qu'il est possible de désirer. 11 honorera tous les dieux, Nara et Nârâyana. 11 donnera aux Brahmanes des parfums» des couronnes, des cadeaux variés, et obtiendra, de cette manière, les fruits du sacriGce de latinttra Chacun des parwans lui méritera les fruits d’un sacrifice.
Qu’il ait soin de donner À son lecteur des cadeaux de tout genre : il en recueillera lui-même un grand avantage, \jc bonheur des Brahmanes rend les dieux plus propices. Il s’agit donc de les attirer par l’attrait de tous les biens qui peuvent les flatter. Voilà les instructions que tu m’as demandées et que j’avais à te donner sur cet objet. Tels sont les avan tages que procurent à l’homme qui a la foi les fêtes où se lit le MahâbhArata. Celui qui a constamment en vue son bien futur doit toujours écouter et faire lire ce poème. La victoire est dans la main de celui qui possède le MahAbhârata dans sa maison; ouvrage important et sacré, dépôt d'histoires diverses, honoré par les dieux eux-mêmes, et placé par tous au premier rang. C’est le premier de tous les livres. Tu trouveras en lui tou bien et ton salut, je te le dis. L’objet de ses chants, c’est la terre, la vache, Saraswatî, les Brahmanes et Késava. Dans les Vèdes, dans le IUmdyana et le Mahàbhârata, au commencement, à la (in, au milieu, partout, c’est Ilari que l’on célèbre : c’est l’histoire sacrée de Vichnou, et les sroutis * éternelles. Voilà ce que doit écouter l'homme qui aspire au bonheur suprême. Ce livre est la première des purifications, et le maître le plus éloquent des devoirs. II réunit toutes les qualités; et celui qui veut sc préparer le sort le plus merveilleux suivra avec soin les prescriptions indiquées pour chacun des parwans de l’illustre Mahâbhârata.
M Voyex U noie 8. Je trouve encore ici Afri- “ C’est-à-dire lès saintes écritures, comme nltra. les Vède*.
DESTRUCTION DE TRIPOURA.
O Brahmane, je voudrais bien apprendre de quelle manière le dieu aux trois yeux donna la mort aux trois Àsouras qui volaient dans des villes aériennes *.
Vêsampâyana répondit :
Écoute les détails de l’histoire que tu me demandes. Sancara, de trois flèches bien ajustées, mit jadis à mort ces héros Asouras doués d’une force de bras extraordinaire, et acharnes à la perte de tous les êtres. Tripoura, dont tu as tant de fois entendu parler, traversait les airs comme une masse de nuages. Avec scs larges murailles d’or, scs portiques de pierres précieuses, elle éblouissait les yeux, et brillait telle qu'une des villes des Gandharvas, si magnifiquement ornées. Des chevaux ailés et vigoureux la traînaient partout au gré de ses habitants. Ils s’élancaient en hennissant, pleins d’ardeur et de courage, fendant l’air de leurs sahots semblables à la feuille du lotus, et l’ébranlant de leur course aussi rapide que le vent. Aux yeux des maîtres vénérables de la science, des Richis resplendissants et purifiés par la pénitence, cette cité apparaissait comme une ville de (iandharvas remplie de chanteurs et de musiciens. Ses maisons magnifiques et peintes
1 Cette légende est racontée do diverses manières- Le récit que l'auteur donne ici est assez mal conçu , et le style ne m’en parait pas le même que celui des lectures qui précèdent On y remarque une certaine affectation à répéter
une seconde fois les détails déjà exprimés. J'ai fait un peu disparaître ce défaut dans la Ira* d uct ion. Le poète confond ensuite les deux personnage* de Siva et de Vichnou d’une manière peu adroite.
«l’une couleur jaune, couvertes d’un or étincelant et d’armes brillantes, lui donnaient l’apparence du séjour du roi des dieux. À voir le sommet de ses palais immenses, comparables à la cime du kèlâsa, on l’aurait prise pour un ciel orné de plusieurs soleils. Scs tourelles et ses pavillons, tout scintillants d’or, semblaient former comme autant de points lumineux. Des cris aussi formidables que celui du lion faisaient trembler les échos. Les rues élaient couvertes d’un peuple innombrable; le parc de Tchétraratha n’offre pas plus d’agréments que n'en présentait cette ville parée de mille drapeaux , et rayonnante comme un ciel semé d'éclairs.
Le prince Dctya, Souryanâhha, Tchandranâbha3, et d'autres Dânavas distingués par leur force, s’y livraient au plaisir, et, fiers de la faveur de Brabinâ, parcouraient les routes réservées aux dieux seuls, et la voie des Pitris. Ainsi ces Dànavas, l’arc à la main, occupaient ce chemin qui n’était pas fait pour eux. Alors les Souras vinrent trouver Brabinâ, tristes, pâles de crainte , et se voyant hors d’état d’aller vaquer à leurs fonctions. Elevant vers lui leur voix plaintive, ils lui dirent : «Tourmentés par nos ennemis, • nous sommes privés de la part «pie tu nous as assignée dans ce monde. In- « diquenous le moyen de nous venger pai leurinort. » Le bienfaisant Brabinâ, cherchant à les calmer, leur répondit î « Allez, dieux immortels, vous ■ adresser à Roudra. Lui seul a le pouvoir «le dompter ces Dânavas. •
Après avoir entendu cette réponse de Bralimâ, les dieux, accompagnés des Roudras, descendirent et se placèicnt au pied du Vindhya, sur le Mérou, cl au centre de la terre même. Par les rigueurs de leur pénitence, ces Mounis, enfants de Casvapa, cherchèrent à se remire dignes d’approcher de H ara occupé des exercices de 1 yoga : ils se mirent à réciter les parole» du texte sacré. Insensibles aux charmes des plus belles femmes, couchés sur des lits de darbha 5, ils n avaient plus pour ornements que du
* Le texte ne donne pas le nom du troisième prince Asonra , annoncé au commencement. Je trouve ailleurs que ces prince» sont appelés Sourapadmu. Tnrucu et Smhavacrn. I* ** faveur de Siva mémo leur avait accordé la faculté de traverser le monde en un seul jour sur un chariot volant, dans leurs villes situées au
milieu des airs Us avaient emprisonné un grand nombre de dieux. Siva. pour les punir, lit sortir
de ses yeux de» rayons qui prenaient une forme de géants à six bras et à doute létes. Un de ces géants fut .Scanda Cmimàra qui détruisit ces trois Asoura». lesquels élaient scs cousins. Le plus âge fut partage en deux partie», qui s« inélamoqihosércnt l'une eu paon , monture du dieu , et l'autre en poule {fowl ) , qui fut son étendard.
* Cesl le cousu \poa cynofunttdcs ,
DEUX CENT-CINQUANTE-NEUVIÈME LECTURE. 503 cuivre et du fer, et pour vêtements que les belles et douces peaux des antilopes noires, qu’une mort naturelle avait frappées. Mais après avoir longtemps habité la forêt, protégés par une puissance magique, ils s’élevèrent dans les airs et entrèrent dans le palais de Jlara; ainsi couverts de peaux, et accablés par la douleur, ils se prosternèrent aux pieds du maître du monde, et lui adressèrent un discours respectueux. « Les plus beaux pri-
• viléges, à dieu, quand tu es contre nous, ne nous servent pas plus qu'une
• oblation de beurre que l’ignorant jette sur un feu couvert de cendres. • — « Que les désirs de Rrahmà soient remplis : il ne s'agit que de choisir le « temps et le lieu convenables. • Ainsi parla aux Immortels l'ètre puissant qu’bonorent également les Souras et les Asouras.
Touché des maux des dieux, celui qui a le taureau pour étendard résolut la perte des Asouras. Il s’élance sur sa monture, et dit aux sujets d’Indra :
• Suivez-moi, vous tous qui désirez la chute de Tripoura. Nous allons nous » conformer à l’oracle de Brahmà, et guérir tous vos maux.» Aussitôt il s'arme en même temps que les dieux et Indra. Les Adityas montent sur un char, tous menaçants, tous brillants d’or, et pareils à des feux étincelants. Les Roudras, accompagnés du dieu qui porte lui-même le noin de lioudra, prennent leurs armes, distingués par leur aigrette et leur éclat brûlant, et s’élevant aussi haut que des montagnes. Les Viswas, forts par leur forme universelle, qu’ils changent à volonté, entrent aussi dans cette conjuration formée contre les Dànavas. Entouré de tous ces illustres dieux , Siva court attaquer Tripoura, et les flèches partent bientôt de son arc. Les Dêtyas, percés subitement et précipités du haut de leurs palais, tombaient à terre, semblables à des rochers ébranlés et abattus par la foudre. Sous les épées, les lances, les disques, les haches et les flèches des Dévas, ils roulaient comme les montagnes, quand Indra trancha leurs ailes. Déjà leurs forces s'éteignaient sous les coups qui leur étaient portés : les deux partis s’attaquaient avec acharnement, et, pour s’y reconnaître au milieu de cette œuvre de destruction, il fallait plus que les yeux ordinaires; il fallait l'œil divin.
Le soleil penchait vers l’occident, et ce fut alors que les Asouras, vaincus et tout sanglants, reprirent quelque avantage. A la faveur de la nuit ils retrouvèrent la victoire, et firent retentir leurs cris, pareils au bruit du nuage orageux. Leurs traits aigus perçaient les dieux épouvantés, qui avaient
IIARIVÀNSA.
trop présumé de leur triomphe. Armés de pierres, de dards, d'épées et de massues, et encouragés par le sacrifice d’Ousanas4, les Dêtyas soutenaient le combat avec honneur.
En ce moment Sancara, montant sur son char et ralliant tous les Souras, vient par scs cris arrêter les Dêtyas. Tout l’horizon est éclairé de sa splendeur : il brûle comme le soleil de la lin «les âges, qui dévore tous les êtres et reste seul dans la destruction générale. Le char du dieu, emporté par des chevaux aussi rapides que la pensée, et surmonté du signe du taureau, brille au milieu des airs et ressemble à la nuée chargée d’éclairs et de tonnerres. Cependant les Siddbas, élevés dans les plaines célestes, chantaient le dieu qui a le taureau pour étendard, qui est le premier de tous pour ses œuvres sacrées, et que l'on appelle Tryambaca. A ces louanges applaudissaient les Ru bis, exténués par la pénitence et amis de la vérité, les innombrables Souras, qui se nourrissent de l’ambroisie, et les Gandharvas aux voix harmonieuses. Remplis de joie, rayonnants de beauté, les combattants se trouvaient alors dans la région du ciel consacrée aux Pitris*. Les dieux attaquent cette ville formidable des Dânavas, couverte d’une foule de pavillons et «le tours, et garnie d’une multitude de ces instruments destinés à tuer cent personnes. Les Dêtyas, à leur tour, lancent au milieu des rangs ennemis une grêle de flèches brûlantes et do tridents. Leurs exploits étaient merveilleux : guerriers expérimentés, avec leurs massues, leurs traits, leur magie, ils repoussaient, ils détruisaient les massues, les traits, la magie de leurs adversaires. Los flèches, les lances, les haches, les armes fulminantes, les cimeterres magiques et vivants pour donner la mort, frappaient de toutcûté les dieux. Même le char qui portait Hara, et que l’on pouvait comparer à une ville «le Gandharvas, tombait sous la force «les coups ennemis. L’époux de Satcliî se voyait arrêté par celte attaque puissante des Dêtyas.
En ce moment une clameur horrible retentit dans le ciel. Un cri d’effroi sortit de la bouche de tous les grands Richis, enfants de Brahmâ, quand ils virent le char invincible de Sancara tomber à terre aux yeux du monde entier. Tous les êtres se trouvèrent abattus avec lui. Les cimes des montagnes tremblèrent, les arbres furent agités, les sept mers se troublèrent,
4 Oimnas ou Soucra est la planète de Veau», * Au lieu de ce mot le manuscrit bengali dit qui prêt iscœeni apparaît vers le soir. lu région de Mitm.
et les dix régions cessèrent de briller. Alors les vieux Brahmanes commencèrent une de ces invocations pieuses qui appellent la victoire; ils implorèrent cette puissance qui réside en Brahmâ , et qui procure toujours, et à tous les êtres, le salut et la gloire dans ce monde et dans l’autre. Le maître souverain , par la vertu de {'yoga, se donna une forme. Merveilleux effet du sdma divin ! Le char fut tout à coup illuminé de l’éclat de cet être qui contient Vichnou, Si va, les dieux de toute espèce, les saints Bichis, habitants de la forêt. Vichnou *, le grand yogin , sous la forme d’un taureau, traîna ce char, escorté de tous ces dieux qui avaient perdu la force et le courage. Balançant ses cornes vigoureuses, il poussa un mugissement pareil au bruit de la mer agitée. Le taureau courut vers la troisième région de Vâyou7, et jeta un cri aussi terrible que le son de l’océan à l'époque du panran . Les belliqueux Dêtyas sont épouvantés, et cependant ils veulent encore faire usage de leurs armes. Fiers de la force de leurs bras, de leur bravoure, de leur habileté à tirer de l'arc, ils croient pouvoir renverser l’armée des Souras. Le dieu, plaçant sur son arc trois flèches enflammées, et qu’il forme lui-niéme de trois éléments merveilleux, de la vérité, de la science divine et de la pénitence, les lance sur la ville des Délyas. Les traits divins*, semblables au danda de Brahmd, rcteutisseut trois fois, et, ardents, dorés, purs, terribles, légers et tels que des serpents armés d'un poison puissant, ils arrivent sur les trois quartiers de cette ville. Tripoura , sillonnée de ces flèches brûlantes, est bientôt consumée avec ses portes et ses édiGces, et s’évanouit en fumée comme le nuage desséché par la chaleur. Elle tombe sur la terre en éclats aussi noirs que le lapis-lazuli, et pareils à des cimes du Vindhya brisées par la tempête.
Le trait divin de Sancara 8 avait détruit Tripoura : les dieux poussent des cris de joie, et demandent que tous leurs superbes ennemis soient exterminés. Le grand yogin Vichnou reçoit les félicitations des Bichis sembla-
* Il es»! prtdiableque l'auteur de cette IcgWldo appartenait à la acctc de Vichnou, et que, voulant retirer à Siva l'honneur du déttoùment, il a substitué son dieu a celui qui était jusqu'à présent l'at l. ur principal. Siva porte l'épithete de llarvaru, parce que Vichnou lui a servi, diton. de trait enflammé pour brûler Tripoura. Ailleurs nous avons vu que Vichnou s'etait
changé en roche blanche pour écraser cette ville.
* Vtiyoavichaya. Vent -on . par ce mot , désigner la région du nonl-est. dont Vâyou est le régent ?
* L'auteur le* ap[wHc trait» Je lirahmd.
1 Pour être conséquent avec lui-même, l'auteur aurait dû dire VtcknotL
HAR1VANSA.
blés à Brahmî, de Sancara lui-mt'mc, des dieux qu'accompagne Brahma, et qui reprennent enfiu leur courage et leur force
EXCELLENCE Dü HARIVANSA.
Djanamédjaya dit :
O saint Mouni, quel est le fruit que Ton retire de la lecture du poardna 1 du Harivansa? Dis moi aussi l’espèce de présent que cette lecture nécessite.
Yèsampâyana dit :
O prince, la lecture de ce poarûna comble tous les vœux : les autres désirs que l’on pourrait former s’évanouissent alors comme la glace au lever du soleil. L’homme dévoué à Vichnou obtient, par la lecture de ce poème, le fruit que lui procurerait celle des dix-huit pourânas. Hommes ou femmes, tous méritent ainsi la faveur de baiser les pieds de Vichnou* : c’est le pri-
*• Ici «J termine le manuscrit bengali. Ce manuscrit finit par ce» mot»
Ul*:U lecture suivante ne so trouve que sur te manuscrit dévanâgari de Paris; la dernière sur les deux manuscrits dévanàgaris.
1 Le mot poonbui signifie ancien; et l'on donne quelquefois ce nom aux vieilles légendes des Indiens. Cependant on compte spécialement dix-huit pourri nas et dix-huit oapapourdnas. dont voici les noms, tels que M. Wilson les a donnés. Les Pourânas sont : 1* le Rrùhma; a* le Pàdma; 3* le Brahm&nda; 4* l’Âgnéya; 5* le Vêchnava ; 6‘ WGârouda ; 7* U* Brahma vèvartta ; 3* le Séva; «y lo JLinga; io' le Nâradîya; 1 1* le
Scanda; ta'le Mârcandéya; i3* le Bhavkhval; 1 4* le Màtsya ; 1 5* le Vârèha ; 1 6* le GVma ; 1 7* le Yàtnana; i8* le Bhàgavata. Le» OupeponrAnas sont ; i* l’Adi; a* le Nrisinha ; 3* le Vâyou; 4* le Sivadharroa ; 5* le Dourvasas ; 6' le Nârada ; 7* le Nandikéswara ; 8* l’Ousanas ; 9* le Capila ; 10* le Varouna ; u* le Samba; ia* le Qlicâ; i3* le Mahcaarara; i4* le Podma; t5*lc Dévl; i6*leParâsara;i7*)eMaritcha; 1 K'IcRhàscara.
* Cest ainsi que j'ai traduit cette phrase, lecL 1, tom. 1, p. 3. Cependant cei mots peuvent se rendre d'une manière plus simple, et
mm
peut signifier tout simplement
h séjour de Y tcLiOn.
vilége réservé à ceux qui, remplis de foi, écoulent avec attention les slocas et les demi-s/ocor du Harivansa. Sans doute l’âge Cali offrira, même dans le Djamhoudwîpa , peu d’auditeurs du Mahâbhàrata. Je te le dis en vérité, ô roi! les femmes qui souhaitent un Gis doivent aussi écouter ce poème qui célèbre la gloire de Vichnou.
Pour récompense de cette lecture, l’homme riche, qui désire son véritable intérêt, doit donner une vacbe aux cornes dorées, noire, avec son veau, et couverte d’étoffes. Qu’il présente au Brahmane et à sa femme des parures et des pendants d’oreilles; qu’il offre aussi à ce Brahmane des terres. Il n’est rien au-dessus d’un cadeau de cette nature. Qu’il lui donne encore un cheval et un bœuf avec son joug.
Ainsi celui qui écoute et qui fait faire la lecture du Harivansa se délivre de tout péché, et un jour il habitera le séjour de Vichnou. 11 élève onze des Pitris, ses ancêtres, et se prépare à lui-même et à son fils un pareil sort. Il doit pendant dix jours de fête prolonger cette lecture. Tels sont les conseils que j’avais aujourd’hui à te donner, ô prince vertueux !
TABLE DES MATIÈRES
Yèsampâyana dit :
Voici un sommaire des matières contenues dans le Harivansa. La première création ( ddisarga ); la production des créatures; l’histoire de Prithou, Gis de Véna; la description des règnes des Manous; l’origine de la maison de Vêvaswata; l’histoire de Dhoundhoumâra; la naissance de Gôlava; l’histoire de la famille d’Ikchwâcou et de Sagara; le culte des Pitris;
' Il n’y a pas une exactitude très-rigoureuse nombre des sujets traités dans cet ouvrage ne • dan» l'énonciation des matières . et un grand tout pas mentionnés dans ce sommaire.
la naissance de Soma et de Boudha; U gloire de la famille d’Àmâvasou; la prééminence d’Indra dans le ciel*; la race de Kcliatravriddha; l’histoire d’Yayàti; la gloire de la famille de Pourou; l’iiistoire de la pierre Syamantaca; le sommaire des avatares de Vichnou; le grand combat de Tàracâ; la description du monde de BrahmA; le réveil de Vichnou; l’allocution de BrahmA; le discours de la Terre; les avatares partiels des dieux; le discours de NAraila; l’histoire des germes endormis; l’éloge d'ArvA; la naissance de Criclma; le départ de Vichnou pour le Govradja; le char renversé; la mort de PoûtanA; les deux ardjoanas arrachés; l’apparition des loups; l’émigration dans le VrindAvana; la description de la saison des pluies; la description du lac d’Yamounâ; la victoire remportée sur Câliya; la mort de Dhénouca ; celle de Pralamba ; la peinture de l’automne ; le sacrifice de la colline; le (iovarddhana soulevé; le sacre de Govinda; les jeux îles Gopîs; la mort de l’Asoura ArichU; la mission d’Acroura; la réponse d'Andhaca; la mort de Késin; le voyage d'Acroilra; la vision du monde des serpents; l’histoire de l'arc brisé; la révélation de Cansa; la mort de Couvalayâpida ; celle de TchAnoûra et d’Andhra; la mort de Gansa; les plaintes des femmes de Cansa; les funérailles de Cansa; le sacre d’Ougraséna; le retour de Crichna et de RAnia de chez leur gouroa; le siège de MathourA; la fuite de DjarAsandha ; le discours de Vicadrou; l’apparition de Parasourâma et son discours; l'assaut de Gomanta; le conseil de Djaràsamlha; l'incendie du mont Gomanta; la visite A Caravîra; la mort de Srigâla; le retour à MathourA; i’VamounA traînée avec le soc; le départ de MathourA ; l’histoire de la mort de CAlayavana , victime de la ruse de Crichna; la fondation de Dwâravati; l'enlèvement de Houkminî; le mariage de Boukniinî; la mort de Roukmin ; la prière quotidienne de Baladéva; les exploits de Bala; la mort de Naraca; l’enlèvement du PâridjAta; nouveaux détails sur la fondation de DwAravati; l’entrée à Dwâravati; l’établissement de la salle du conseil; la mort de Chatpoura; celle d'Andhaca; la fête maritime; les jeux sur Peau donnés par Crichna; les banquets des héros Bhètnas; la danse dcsTchhAlikyas-Gandharvas; la promesse de Hari à Satyabhâmâ ; l’enlèvement de Bhânoumati , fille de Bhânou ; les discours de Nàrada; l’histoire de la famille de Vrichni; la mort de Sambara; les ex-
1 C’est la lecture intitulée Chute et restauration d Indra.
piications données sur le bonheur; les exploits de Yâsoudéva; les combats de Bâna; les révélations sur l’avenir; les détails sur te Pouchcara; les histoires du sanglier, de l’hommc-lion et du nain; la destnirtion de Tripoura.
Ici finit le Harivansa.
Heureux soient l’écrivain et le lecteur !
Aum ! Si en jetant les yeux sur ce livre on y découvre des fautes, qu’on veuille bien me les pardonner.