BALI RELÉGUÉ DANS LE PATALA
Vésampâyana dit :
Je vais te dire les noms, les formes et les armes de ces principaux Dânavas. C’étaient 1 Vipratchitti , Sivi , Sancou, Ayassancou, Ayassiras, Aswasiras, le robuste Ilayagrîva, le rapide Kétoumân, Ougra, Ougravyagra , Pouchcara, Pouchcali, Asvva3, Âsvvapati , Prahlàda, As wa si ras, Coumbha, Samhrâda, Gaganapriya, AnouhrAda, Ilari, Ilara, YarAlia, Samhara, Aroudja, Vricbapanvan , YiroûpAkcha, Mounîndra, Tchandralotchana , Nichprabha, le riche Souprabha, Niroùdara, Ecatchacra, Mahàtcliacra , Dwitchacra comparable h Cala , Sarabha, Salabha, Coupatba, CApatha, Cratha, Vrihadkîrtti, Mahâgarbba 3, Sancoucama, MahAdliwani, Dirghadjihwa, Arcanayana4, MridoutchApa 5, Mridoupriya, Vàyou, Djavicbtlia, Namoutchi, Samhara, le grand Vikchara, Tcbandrabantri , Crodhahantri, Crodliavarddbana, Câlaca, CâlacAkcha, Vritra, Crodha, Vimokchana, Gavichtba , Havichtha, Pralamba, Naraca, Pritbou, IndratApana *, VAtâpin, le vigoureux Kétoumân, Asiloman, Pouloman, Nâchcula, Pramada, Mada, Sringâlavadana 7, Carâla, Kési, EcAkcha, RAhou, Hounda, Srimara, et beaucoup d’autres encore. Tous ces Dctyas s’approchèrent de Vichnou, au moment où il faisait ses trois pas.
* La plupart <lc ce» nom* se retrouvent ailleurs. Voyez surtout tom. I, lect. xli, p. 190.
' Le* ni au uk ri ts Dévanàgaris portent Stiika.
' Le manuscrit de M.'l'oà donne Mahâdjihwa,
* Le même manuscrit appelle ce personnage Arc**adana.
‘ Sur le manuscrit dévanàgari de Paris on lit Mndoacâya.
* Les deux manuscrits devanâgaris donnent Tckandra tûpana .
1 Au lieu de ce mot, le manuscrit de M. Tod en porte deux . Sipamroa et Càlmadana.
Quelques-uns de ces géants, la bouche ouverte et criant aussi fort que des ânes, élèvent dans leurs mains des lacets; d’autres tiennent de ces instruments qui tuent cent hommes, des tchacras, des tridents, des mortiers, des tonnerres, des cimeterres, des masses, des cognées, des javelots, des haches d’armes, des quartiers de rochers, des arbres tout entiers, des arcs, des massues, des flèches, des épées. Ces terribles et courageux ennemis agitent leurs armes diverses; leur extérieur et leurs vêtements sont aussi variés que leur ammre. On reconnaît parmi eux des ligures de tortue, de coq, d’éléphant, d’âne, de chameau, de sanglier, de poisson, de dauphin, de chat, de perroquet, de panthère, de Garouda, de rhinocéros, de paon, de cheval, de loup, de porc-épic, de cerf, d’ichncumon, d’épcrvicr, de colombe, de canard sauvage, de crocodile, de singe, de veau, de brebis, de buffle, de lézard, de tigre, d'ours, de léopard, de lion. Les uns sont couverts de peaux d’éléphant ou d’antilope noire, ou bien de vêtements d’écorce; les autres, de riches étoffes. Leurs têtes sont ornées d’aigrettes, de turbans, do diadèmes; leurs oreilles, de superbes pendants; leurs poitrines, de colliers magnifiques et de guirlandes diverses.
Armés de leurs traits enflammés, ces Asouras entourent Hrichîkésa qui marche. Celui-ci les repousse de ses pieds et de scs mains : sa taille s’élargit, et il occupe rapidement le monde. 11 marche sur la terre, et alors le soleil et la lune touchent à sa poitrine; il s’élève dans le ciel, et ces astres sont à la hauteur de sa cuisse; il monte encore plus haut, et il les foule sous ses pieds. Les Brahmanes rapportent que le puissant Vicbnou, vainqueur des Asouras, après avoir conquis les trois mondes, donna la terre à Indra, et à Bali la région inférieure du Pdtdla \ nommée Soutala. Le roi des Asouras l’accepta avec reconnaissance, et fixa sa demeure près du Basâtala. Là, après s’etre livré à une méditation profonde, il dit à l'adorable Vicbnou : « O dieu, que -dois-je faire maintenant? j’attends votre ■ décision. • Vicbnou répondit au roi des Dètyas : • Illustre Asoura, je suis « satisfait de tes sentiments, et je t'accorderai la grâce que tu voudras me
1 Ou donne le nom de P4tà la aux sept région* souterraine* , demeure ordinaire de* Nigas on serpents et des Asouras . sous le commandement de Sécha, de Bali et autres chefs. On appelle encore ces régions du nom général
de liaiAtala: mais le Hnsntuhi est quelquefois la septième région, comme le Soutala est lu sixième. U ne faut pas confondre le Pàtila avec le Naracn , séjour des hommes coupables apres leur mort.
« demander; pourvu que tes désirs ne nuisent point aux droits d’Indra, je « te le déclare , tu obtiendras le bien que tu auras souhaité. ■ Ainsi s’adressait au roi des Dètyas le frère du roi des dieux, le bienfaisant seigneur des inondes. ■ Oui , disait-il, j’ai reçu sur ma main l’eau que tu m'as donnée : « je t’accorde à mon tour la faveur de ne pouvoir être tué ni par les dieux » ni par les Dètyas. Habite avec tes compagnons et les autres Asouras la
• région du Pâtâla que je te donne. Rappclle-toi toujours ma puissance, et « songe que tu ne dois pas attenter è la domination du roi des Dévas. Sou- « viens-toi aussi d’honorer tous les dieux; et pour prix de ta soumission, « tu verras tes désirs magnifiquement satisfaits. Tu posséderas dans ce monde « et dans l'autre un bonheur aussi varié que certain. Tu régneras toujours
• sur les Dètyas, goûtant les plaisirs les plus purs, et célébrant des sacri- « fices accompagnés des plus riches présents. Mais si jamais tu franchissais « les limites, qui te sont assignées, tu le trouverais enchaîné par des nœuds
- de serpents. N’oublie donc pas d’honorer toujours le roi des dieux, que -je reconnais pour mon aîné, pour le premier des Souras, et auquel j’ai
- moi-même donné l’empire. ■
Bali répondit : « Dieu des dieux, qui portes la conque, le tchacra et la
• massue, maître auguste des Souras et des Asouras, souverain du monde « entier, dites-moi quel sera mon partage dans le Pâtâla. Comment m’y « tiendrai-je? Quels y seront mes aliments et mes moyens de subsis-
■ tance? ü chef des Souras, vous qui faites à jamais mon bonheur, expli- « qu ex -vous sur ce sujet. » Le dieu lui dit : « Tu jouiras, ô noble Dêtya,
• de six privilèges : tu pourras faire un Srâddha sans Brahmane 9, une lec-
• turc sans mortification, un sacrifice sans présents, une offrande sans
• prêtre, recevoir un cadeau de gens incrédules, célébrer un holocauste sans
■ pratiquer les cérémonies du sansedra . Que tu fréquentes mes amis ou « mes ennemis, que tu communiques avec des marchands ou avec de pieux « adorateurs du feu, que tu acceptes un cadeau d’hommes incrédules ou
■ religieux, tu ne contracteras aucune souillure : telle est la faveur que je
■ t’accorde , ô roi des Dètyas. *
Kn entendant ccs mots du grand Yichnou, Bali s’écria : « Ainsi soit-il 1 » et descendit dans le Pâtâla pour se conformer à l’ordre du dieu.
* Cu Uriilimaue j«orle le nom fMirliculier de Srvtnya.
DEUX CENT-CINQUANTE-SEfTIÈME LECTURE. 491
Ensuite le vainqueur assigna aux divers régents les postes qu’ils devaient occuper. Il donna l’orient au puissant Indra, le midi k Yama, roi des Pitris, l’occident au noble Yarouna, le nord k Couvera, chef des Yakchas, la région inférieure au prince des serpents, la région supérieure à Sonia. Après avoir ainsi partagé les trois mondes, et rétabli le trône d'Indra, le dieu fort par excellence, le nain seigneur de tous les êtres, se rendit au ciel au milieu des adorations des Muharchis. Sur le passage de l’invincible Vichnou, tous les dieux avec Indra exprimèrent leurs sentiments de reconnaissance et de joie.
Cependant le fils de Virotchana , Bali , se trouvait gardé *• par les serpents à sept têtes, Cambalâswa, Tara et les autres; le Dévarchi Nârada s’approcha de ce prince ainsi tristement enchaîné, et, touché de son malheur, il lui dit : « Je veux t’indiquer un moyen de te délivrer. Je i’ensei-
■ gnerai un hymne en l'honneur du premier des dieux, de l'étre inlini,
• impérissable, sans commencement et sans fin, lequel un jour sera11 lils « de Vasoudéva. O roi des Dètyas, en récitant d’un cœur vraiment pur, « d’une âme recueillie, cet hymne merveilleux, tu obtiendras ta délivrance. » Alors le (ils de Virotchana apprend de Nârada cette prière composée de vingt strophes, et, dans l’attitude du plus profond respect, il récite ces mots dont la terre est doucement émue :
■ Adoration au seigneur immortel, impérissable, généreux, au dieu qui
• dort sur les eaux, à Vichnou sur l’ombilic duquel s’élève le lotus!
■ Tel que le soleil qui amortit ses feux, 6 dieu, tu prends la forme « d’un enfant pour conquérir les trois mondes. Use envers moi de la même « bonté.
« Le soleil et la lune avaient disparu du ciel; les sacrifices, la peni-
■ tence, les cérémonies étaient mis en oubli. Dans ta pensée tu formas les
■ mondes. Use envers moi de la même bonté.
« Alors apparurent Brahmâ, Roudra, Indra, Vâyou, Agni, les fleuves,
■ les serpents, les montagnes et le roi des Brahmanes13. Use envers moi « de la même bonté.
u II faut supposer que Bali avait essayé de nisme que commettait ici le poète en parlant s'enfuir, ou que les Nàgas abusaient de leur de Vasoudéva.
pouvoir pour le tyranniser. “ Ce roi des Brahmanes, c'est Soma ou 1a
u J'ai ajoute ce futur pour sauver l'anachro* lune.
■ Jadis à la fin d’un Cnlpa, Mircanda 15 entra dans ton ventre, et y vit " tous les êtres animés et inanimés. Use envers moi de la même bonté.
■ Seul et n'ayant d’autre compagnon que la science, par la sainte vertu « de Yyoga, tu as produit ensuite les trois mondes. Use envers moi de la « même bonté.
■ Lorsque tu es étendu sur les ondes, plongé dans un mystérieux yoga, « tu formes encore alors les inondes dans ta pensée. Use envers moi de
* la même bonté.
« Tu as revêtu la forme de sanglier célébrée dans les Yèdes et men-
* tionnée dans les sacrifices, et sur une de tes défenses tu as relevé la terre. « Use envers moi de la même bonté.
* O Hart , en élevant les Sacrifices sur ta défense de sanglier, tu as établi « les trois pindas 11 en l’honneur des Pitris. Use envers moi de la même
* bonté.
■ Tous les Souras tremblants de peur fuyaient devant Hiranyâkcha : ô - dieu, tu les as sauvés. Use envers moi de la même bonté.
■ Ton bras, armé du tchacra arrondi, a dans le combat tranché la tête « d’IIiranyàkcha ls. Use envers moi de la même bonté.
« Jadis par le moyen de Iloùmcâra 16 tu as ôté la vie À Iliranvacasipou, « dont les os, la tête, la cervelle ont été brisés. Use envers moi de la ■ même bonté.
« Autrefois, sous les yeux mêmes de Brahmd, les Yèdes avaient été en- « levés par deux DAnavas; c’est toi, ô dieu, qui les as recouvrés. Use envers
* moi de la même bonté.
• Prenant la forme d’un cheval n, tu as tué Madhou et Kétabha, et rendu « les Yèdes à Bralimâ. Use envers moi de la même bonté.
« Les dieux, les Dânavas, les Gandharvas, les Yakchas, les Siddhas, les » grands serpents ne connaissent pas ta fin. Use envers moi de la même
* bonté.
« Tu es sous le nom d'dpân tarutamas l* devenu le fils de Véda, et par
M Ce mot Mdrcanda est ici pour MirautdiyQ. Voyez lect. cxcvi, pag. 397.
" Voyez lois de Manou, lecture 111, si. ai!> et a 16.
11 Voyez lecL eexuv.
** Voyez lecl. ccxxvi , pag. 3HB, note 5.
“ Voyez lect. eexi.
“ Je ne connais pas In légende qui concerne ce personnage , dont le nom signifie aqiumun navis vàtcurilat.
« toi les Vèdes ont été jadis enseignés. Use envers moi de la même bonté.
• Les Vèdes, les sacrifices, les holocaustes, les offrandes en mémoire « des Pilris , voilà , ô dieu , ton grand mystère. Use envers moi de la meme
• bonté.
■ Le Richi Dîrghatapas, par suite de la malédiction d’un gourou, était
■ né aveugle : par ta faveur il a vu le jour. Use envers moi de la même
• bonté.
« Un éléphant, voué à ton service, avait été dévoré par un alligator, et « se trouvait déjà au pouvoir de la Mort : tu l’as sauvé *°. Use envers moi
■ de la même bonté.
• Eternel, infini, sage et savant, tu chéris ceux qui t’honorent, tu con- « fonds les orgueilleux. Use envers moi de la même bonté.
• Je m'incline avec respect, et j’honore ta conque , ton tchacra, ta massue,
• ton carquois, ton arc et Garouda lui-même : délivre-moi des liens dont
• tu m’as enchaîné. *
Le dieu touché de cette prière dit à l’oiseau Garouda, l’ennemi des serpents : «Va délivrer Dali de scs liens. » Alors le vigoureux Garouda, déployant ses ailes, descendit aux racines memes de la terre, où sc trouvait le malheureux Rali. Les serpents, effrayés à l’arrivée du fils de Yinatâ, laissèrent le prince Àsoura et s’enfuirent dans la ville de Bbogavati **. Bali, délivré de sa captivité par la faveur de Vichnou, restait pensif, l’œil baissé et le front morne. Garouda lui dit ;*0 roi des Dânavas, Vichnou me « charge de te dire : Habite désormais librement le Pàtàla avec tes fils, tes
■ parents et tes sujets. Cependant ne t’en éloigne pas d’une gavyoati rk. Si
• tu manques à cette condition, que ta faute retombe cent fois sur ta tète. * À ces mots du roi des oiseaux, le prince Dànava répondit : - Je suis sous
• la puissance de ce grand dieu. Lui-même il m’a indiqué mes moyens « d’existence. Mais comment, ô roi des oiseaux, puis-je vivre heureux en
• ces lieux?» Garouda, répliquant à Bali, lui dit : ■ Telles sont les condi-
• lions que t'a dictées ce dieu. Ceux qui sacrifient sans cérémonies, sans « prêtre, sans pratiques de pénitence, et qui sans discernement font part
• de leur sacrifice aux uns et aux autres, ne doivent pas espérer de se voir
’* Une aventure presque semblable est ra- 11 Capitale des serpents, contée d'Aclitivarra. " Mesure itinéraire qui équivaut k peu près
** Cette légende ne m'est pas connue. k une lieue.
HÀR1VÀNSA.
• agréer par les dieux. Il en sera autrement de toi et ce privilège doit « ici améliorer ton sort. *
C’est ainsi que Yicbnou, le maitre des trois mondes, par l'entremise du fils de Casyapa, délivra Bali.
O grand roi , celui qui lit avec dévotion cet hymne en l'honneur du dieu immortel, efface tous ses péchés. La récitation de cet hymne procure à celui qui a tué une vache ou un Brahmane l’abolition de sa faute; un enfant, à l’homme privé de famille; un mari, à la jeune fille; une heureuse délivrance, 4 la femme en couches; un fils, à I épousé enceinte. Lesyoji/tf, disciples de Capila 2\ savants dans le SAnkhya, et qui veulent arriver au salut, par le moyen de cet hymne , se purifient de leurs fautes et parviennent dans le Swétadvvîpa **. Oui, cette prière donne tout ce qu’on peut désirer. L'homme qui la lit le matin en se levant, le corps exempt de souillure, lame soumise par la pénitence, verra sans aucun doute tous ses vœux accomplis. Le roi qui, bien disposé parla piété, écoute dans les Panvans26 cette histoire de l’apparition divine du nain, devient vainqueur de scs ennemis, comme Yichnou lui-même. Il obtient une gloire complète, et de nombreuses richesses. Il est, de même que le nain, l'objet de l’amour de tous les êtres. Ses enfants et ses petits-enfants croissent en santé, en vertu, en bonheur. Le dieu des dieux, Djanârddana, est lui-même heureux de cette lecture : c’est ce qu’a dit Crichna Dwépâyana qui en éprouva pour sa part le favorable effet , et ne forma aucun vœu qu’il n’ait vu comblé.
** Le texte ne prêterait à un sens tel queCia- leur du système philosophique appelé jdnMya.
rouda aurait l'air de dire que Bali prvJiUra de ** Autrement \'Ue blanche, séjour de Viclmou. lu part du sacrifice destinée aux dieux. M Jours de fête. Voyez tom. I , lect. IV , p. a5.
* FlU de Gard un* et de iK-vahoûti. au- note «8.