‹ Harmodius: tragédieChapitre 16 sur 72 · SCÈNE H. Ah · texte numérisé non relu

SCÈNE H. Ah

Sans admettre en sa loi des rigueurs qu'elle écarte, Athènes gagnerait aux exemples de Sparte, Peut-être ! et, parmi nous, l'État, moins agité, Verrait plus longuement fleurir la liberté.

Si des grands, des vieillards, Texpérience habile Pouvait mieux prévaloir sur ce peuple mobile. Je te sais favorable à ses prétentions ; Soyons juste pour lui, sans trop d'illusions... Mais achevons, ami, notre œuvre commencée ; Nous avons tous les deux une même pensée :

Voir les Athéniens tous libres à la fois, Rétablir de Solon les lois, les saintes lois,

Renverser Hippias et sa race funeste...

Soyons libres d'abord ! les dieux feront le reste.

ARISTOGITON

Travaillons en commun, hommes de tous les rangs! Moi, du parti contraire, en haine des tyrans, Je tends ma main loyale aux fiers Alcméonides. Par eux nous avons Sparte et ses fils intrépides ; Et, tous Grecs, nous vaincrons ces étrangers impurs. Ces Thraces qu'Uippias entasse dans nos murs. Est-on prêt? Les bannis passent-ils la frontière. Et s'arme-t-on dans Sparte, ou si l'on délibère?

HARUODIUS.

Lente et sage, et fidèle au plan déterminé, Sparte attend un signal par nous-mêmes donné.

SCÈNK H. 47

Et veut au moins, avant de nous prêter main-forte, Qu'Athènes ail frémi sous le joug qu'elle porte, Et que des citoyens, fussent-ils peu nombreux. Dénoncent les tyrans et se lèvent contre eux. Sais- tu si nos amis, bienvenus dans la ville, Ont un peu remué celte foule servile?

Le peuple est-il, au fond, du côté des tyrans? Les riches sont-ils tous trembleurs, indifférents? Enfin, par nous conquise et par nous présentée, La liberté, ce soir, serait-elle acceptée?

ABISTOGITO.N.

Va I la foule est toujours du côté du vainqueur ; , Elle accepte son sort de quelques gens de cœur. Et, par un coup hardi rompant son équiUbre,

48 HARVODIUS.

Comme on la fait esclaye on peut la faire libre.

Osons ce qu*oserait le moindre ambitieux ;

Qu'une fois le deToir fasse un audacieux.

Le but, c^est d'arracher notre peuple à sa honte :

Il bénira ce coup, si son âme remonte !

Nous laissât-il tous deux périr seuls aujourd'hui,

Nos deux noms bien-aimés ne mourront pas chez lui.

HARiionros.

Eh bien, n'attendons plus, s'il s'agit de la gloire!

ARISTOGITON

C'est peu que notre mort, cherchons une victoire, 11 faut frapper au moins quelques coups assurés ; Réunissons d'abord nos vaillants conjurés.

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