‹ Harmonie et mélodieChapitre 11 sur 29 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

ne peut refaire sa nature. De plus, j'aime passionnément la liberté, et ne puis souffrir qu'on m'impose des admirations. Les enthousiasmes de commande me glacent le sang dans les veines, et me rendent incapable de goûter les plus belles œuvres.

Ea fin de compte, si je me permets de critiquer les œuvres de Richard Wagner, c'est à un point de vue purement relatif. Pour les juger sainement, il faut les mettre dans leur milieu, les rapprocher des drames de Gœthe et de Schiller. C'est le théâtre allemand, lequel ne convient pas au tempérament français ; au point de vue allemand, il échappe à ma compétence. Je reste au point de vue français, ce qui ne veut pas dire au point de vue parisien et boulevardier. Pas d'équivoque, je vous prie.

A ce point de vue, le théâtre de Richard

INTRODUCTION. xxiii

Wagner apparaît plein de défauts, ou, si l'on veut, plein de qualités qui ne sauraient s'assimiler à la nature française. A force d'articles à haute pression, de conférences, d'auditions habilement présentées, à force de persévérance surtout, on arrivera pourtant à persuader à notre public qu'il comprend l'art allemand, comme on lui a persuadé qu'il comprenait l'art italien. On est bien arrivé à l'enthousiasmer pour la tragédie italienne! En réalité, on arrivera, on est déjà que trop arrivé à le rendre indifférent à l'art français, ce- qui équivaut à tuer l'art français dans sa source même, car il n'y a pas d'art sans public. L'art est un langage : celui qui prêche dans ledésert a bientôt cessé de parler.

Qu'y a-t-il donc dans cette propagande d'un art étranger, faite avec tant d'acharné-

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