‹ Harmonies de la natureChapitre 35 sur 49 · RA1DB · texte numérisé non relu

RA1DB

Et vous^ Marguerite^ faites venir ce juif portugais.

MAAaUBRITB.

U ne tardera pas , madame.

ZORAIDE.

Des femmes séparées de leurs maris ^ des mères de leurs enfans , des amis qu'on enlève à leurs amis, loin de leur patrie qu'ils ne reverront jamais ; abandonnés à la fureur des bar* bares > sans consolation et sans secours : ce n'est là qu'une partie des maux qu'entraîne par tout pays l'esclavage. Que ce vieillard, né dans une condition distinguée , est à plaindre ! Hélas ! la grandeur de notre chute se mesure par celle de notre élévation ; mais que ce noir, jadis son esclave, a l'âme grande I Ab ! :si Empsael Tavoit entendu I il aime les actions généreuses* En faveur de l'esdave noir il auroit fait du bien à son ancien maître; il en eut fait à tous ces infortunés. Je n^ose entreprendre seule de left

46a HÂRMOKtE9

soulager ; il ne m'est pas permis de commnnî^ quer -^ivec eux ; Empsael a les Européens en horreur. Il faut que j'appelle à mon aide ce riche juif portugais^ et ce bon Père de la Merci, chargé des charités de l'Europe pour le soulagement des captifs; je leur donneraîles fruits de mes économies : allons les chercher. O Dieu ! bénis mes foibles secours pour de si grands besoins I Le grain de blé ne se multiplie dans les cliamps que par ta bénédiction. (^Elle ' rentre dans la chaumière.)

BEiŒZET , quaker j paraît sur le bord de la mer, portant des plantes dans une main et une canne dans l'autre.

Je crois qu'il seroit possible de faire à pied le tour du globe, en suivant toujours les bords de la mer ; on y trouve fréquemment de belles grèves, ^es ruisseaux, des plantes et des co-* quillages : c'en est assez pour se rafraîchir et pour vivre. J'ai parcouru ainsi une partie des rivages déserts de l'Europe et de l'Amérique, et me voici pour la seconde fois sur ceux de l'Afrique : partout la nature a pourvu â la communication* et aux besoins des hommes ; mais partout les hommes méprisent les bien-> &its de la nature et se rendent malheurenx les uns par les autres. J'ai laissé ^ Amériq[ue

Ofi Zk NATURE. 463

les noirs esclaves des blancs y je retrouve en Afrique les blancs esclaves des noirs.

Voici le chemin de la ville déserte^ où je dois faire ma première station; j'y trouverai assez de logement dans ses tours abandonnées : j'imite la cigogne^ qui, chaque annéb, passe Fhiver en Afrique , et fait chez les peuples barbares son nid au haut des monumens ruinés, et le pose sur un toit de chaume chez les peuples bons et hospitaliers. Voici une chaumière ; mais elle est entourée de pavillons : c^est le séjour d'Empsael. Ce noir est né avec toutes les bonnes qualités de son pays , mais les Euro* péens les ont altérées en allumant en lui le feu de la vengeance. Allons chercher les bons Africains au milieu de l'Afrique. Mais voici un étranger qui s'approche.

Page 1