‹ Harmonies de la natureChapitre 36 sur 49 · BA.LA.BOU · texte numérisé non relu

BA.LA.BOU

Philosophe , te voilà donc ! je suis bien ais^ de te revoir; tu m'as donné, l'an passé, des plantes qui m'ont fait du bien.

BENEZET

Le régime végétal et Texercice guérissent de tpus les maux.

BALABOU.

Tu viens donc cueillir encore des plantes dans noire pays ?

464 HAUMOUltS

IBKEZBT.

Je yiens pour en cueillir et pour en planter.

BALABOU.

Bon ! cueillir des plantes I comn^e si ton pays n'en produisoitpas aussi ! Tu ne YÎen$ de si loin que pour chercher des trésors dans les ruines d^ nos yiUes désert^.

BKVEEET.

Ami y cVst la yérité ; ]y en ai trouve un fort grand.

BALABOU*

Où est-il ?

BKfEZET.

Il est avec moi.

BALABOU.

Ah ! tu devrois bien m^en faire part !

BENEZET

• Trîs-Tolontiers.

BALABOU ten4 un pgn de sa rçbe.

Donne.

BE5EZET.

Mon trësor est la paix de l'&me.

BALABOU.

Voilà de belles richesses ! Comment fai$<-ta pour trouver cette paix de l'âme dans la soU' tude ? J'y meurs d'inquiétude et d'ennui.

DE JJl NATtllE. 4^

BENBZET*

Je la trouve dans Tétude de la nature et dans la confiance en Dieu.

&A.LABOU.

Comment ! tu crois en Dieu ? On dit que les philosophes n'ont pas de religion.

BENEZET

Ami ^ tous les hommes adorent quelque divinité, ou au moins quelque chimère qui leur en tient lieu. Les plus infortunés sont ceux qui ne voient dans Funîvers d'autre dieu qu'euxmêmes ; ils meurent partout d'ennui.

BALABOU.

Gomment peux-tu adorer un Dieu , dans ta vie errante? Tu ne fréquentes ni église, ni synagogue, ni mosquée. Où est ton temple , ton livre de la loi, tes sacrifice^, ton autel §t ton prêtre ?

BEiïEZET.

Mon ami , mon temple est celui de la nature , sa voûte est le ciel, sa lampe le soleil; -mon livre de la loi Famour de Dieu et des hommes, mes sacrifices mes passions, et mon MXLitl mon cœur, dont Dieu même est le pontife. Crois-moi^ tous les teqoiples bâtis par la main 3. 3o

466 ir\n«oiti£s ^

des hommes ne sont qut de foibles imitations <le celui-là,

BALABOU*

Tous ces beaux sentimens ne te serviront à rien au jour du jugement^ si tu ne crois à notre Çrand prophète.

BENEZET

Je respecte toutes les- religions. Laisse-moi carder la mienne. Adieu , il est temps de. me mettre en route. Tiens ^ Balabou^ prends ce peu de tabac pour te souvenir de ton ami Benezet. (// lui donne du tabac àfumer.^

BALABOU.

Je te remercie. Adieu , bon philosophe : que le ciel t'amène à la* connoissance de la vérité.

BENEZET

Adieu. (^En s'en allant.) O chère solitude ! ce n'est que dans ton sein que Tâme jouit de la paix du ciel.

BALABOU^ seul.

Uhomme qui respecte toutes les religions n'en a aucune. C'est dommage que ce voyageur soit hors du bon chemin ! Il a un grand esprit. Il court le monde pour chercher des trésors y peut-être par le secours du diable. Après tout; il vaut mieux qu'il en profite qu'un sLutrec c'eat le meilleur homme que je connoisse. Il

notis aime; il a toujours quelque chose à nous doaner; il ne pianque à ce blanc^ pour être par^ fait^ que d'être noir : mais tous les blancs deTEurope sont plongés dans les ténèbres de Terreur, t^omment notre grand ministre a-t-il pu épouser une femme de leur pays? Elle est bonne et charitable; mais à quoi tout cela lui servira-t-il un ]0ur?Si je pouvoisla convertir, j'aurois^parsoa inoyen y un grand crédit sur son mari. Elle feroit bientôt ma fortune. Yoiçi le lieu où elle a coutume de venir passer la soirée; il faut que je cherche l'occasion de lui parler pendant l'absence d'Empsael.

A19NIBAL s'approche respectueusement de Ha^ labou et lui baise le bas de sa robe.

Bon soir^ mon père.

BALAfiOU.

Bon soir^ mon fils. Où vas-tu ainsi?

ANNIBAL

Je viens d'envoy«r un détachement de gardes noirs vers la ville; je vais maintenant faire ma ronde du côté de la mer. Ces maudits blancs nous donnent bien du mal!

BALABOU.

Comment ! A-t-on vu paroitre quelque corsaire européen sur la côte?

ÂNNIBÂL.

Oh! ils ne sont pas si hardis. Je ne me plains que de nos esclaves blancs. Ce matin , on noa$ en a envoyé un de la prise espagnole ; on Ta mis sur-le-champ aux travaux , et il a disparu cette après-midi. Il est suivi d'un noir qui^ diton y a été son esclave et qui ne le quitte jamais. J'ai averti de tout cela notre renégat Achmet.

BA.LABOU.

Rien n*est aussi trompeur que les blancs.

ANKlBAIi.

On dit que celui-ci est gentilhomme. Qu^estce qu'un gentilhomme? On dit que c'est quelque chose de grand en Europe.

BÀLABOU.

Les gentilshommes d'Europe sont des hommes d'une caste qui ne fait aucun travail ni aucun commerce.

ANNIBAL

Ils doivent donc mourir de faim dans leur pays ?

BALABOV.

Au contraire^ ce sont eux qui en ont toutes les richesses et toutes les grandes places.

ABNIBAL.

Les autres blancs sont donc leurs esclaves?

BALABOU.

Oui. Ils sont faits aussi pour l'esdavage. Tu sais ^ mon fils, que plus on a de bonté pour eux ^ plus ils «en abusent.

ANNIBAL

Cest Zoraîde qui est cause des désordres qui arrivent parmi les nôtres. Chaque jour, elle obtient pour eux quelque nouvelle grâce auprès d'Empsael. Je ne sais pourquoi notre grand général a épousé une femme de cette couleur ; il faut qu'elle Fait séduit par quelque charme. Nos femmes noires sont plus belles, mieux faites, plus sages, plus vives, plus fortes, et cependant plus soumises à leurs maris que les femmes blanches.

BALABOU.

Il ne faut pas miépriser Zoraîde, parce qu'elle est blanche. Dieu lui a donné une âme comme à moi et à toi.

ANNIBAL

Je i\e la méprise pas pour cela. Il suffit qu'elle soit la femme de notre général. Comment peutil avoir eu si peu de goût ? On voit bien des blancs devenir amoureux de noires, mais bien peu de noirs aimer des blanches.

BALABOU.

Tu as raison. La couleur noire est la couleur

naturelle de l'homme et de la femme; c'est le soleil qui la donne^et elle ne s'efface jamais. La cool^ir blanche au contraire est une couleur malade y qui ne se conserve qu'à l'ombre*. Tous ces blancs d'Europe ont des Visages efféminés.

âNNIBAL.

Paî quelquefois bien ri en les voyaM débarquer de leur pays. Il y en avoit qui avoient sur leur tête de grands paquets de cheveux qui n'étoientpasàeux; ils les avoient couverts de graisse de porc et de farine , et d*une coif^ fure noire à trois cornes. «Ten ai dépouillé un jour dans tin vaisseau que nous prîmes; Je trouvai dans son habillement^ de la tête aux. pieds ; vingt-sept pièces différentes, cinquantedeux boutons^ six boucles, et dix poches remplies d'ime multitude de choses dont ils ne

sauroient se passer, et qui sont au nombre de^ douxe. Ils sont obligés, le matin, de se revêtir de tout cet attirail et de sTen dépouiller le soir. Les Aoirs, au contraire, avec une pièce d'étoffe dlitour des reins, une lance à la main, et un cimeterre au côté , sont prêts à tout en paîx comme en guerre. En vérité, les blancs sont faits pour les servir.

BALABOU.

Le visage d'un Africain est un visage de

DE/ tk jaAruKE. 471.

guerre; les blessures ne font point pe\ir au noir. Pour les y accoutumer y dès leur enfance on le couvre de balafres. Us vont sans crainte au--devant des épées et de la mort.

ANNIBAL

' Nous avons en tout Favantage sûr les blancs. Nous montons à cheval sans selle et sans étriers; nous sommes plus légers à la course ^ plus forts à la lutte, plus agiles à la nag% plus adroits â la chasse et à la pêche. Mais comment se faitil que ce noir qui s'est enfui avec ce blanc ait été son esclave ? Est-ce qu'il y a quelque jpays dans le monde où les noirs sont esclaves des blancs?

BALABOU.

Oui^ mon fils.

AIÏNIBAL.

Et comment se peut-il faire que les blancs puissent résister aux noirs?

BALABOU.

C'est que les blancs emploient les arts ma*' giques.

ANNIBAL

Est-il possible? .

BALABOV., -

Oui} ils ofit commerce avec le diable^

47 3 RARMONIÉS

A.NNIBAL.

Je Favois déjà oiii dire à mes compagnons*

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